‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 230 sur 298 · MES · texte numérisé non relu

MES

mais de plaire à l'auditoire et de s’attirer son estime.

La matière ordinaire des eiercires doit être ce qu’on explique en clisse pendant le cours de l’année, en sorte que, pour s’y bien préparer, il suffise presque de se rendre bien attentif aux leçons du professeur. Un écolier plus laborieux , et qui a des secours 'particuliers. peut y ajouter quelque chose; et en cela sonxéleest fort louable, pourvu que ce travail extraordinaire ne nuise point aux devoirs essentiels de la classe.

Je voudrais , quelque auteur qu’on expliquât, surtout s’il est grec , qu’on établit pour règle , dans les exercices , de commencer par faire expliquer à l’ouverture du livre, et que l’écolier marquât en peu de mots de quoi il a’agit dans les endroits sur lesquels il serait tombé. C'est le moyen d’obliger le répondant d’élre également prêt sur tout, et de prouver aux auditeurs que les exercices se font de bonne foi.

Ce fondement une fois posé, je le répète encore, il faut employer tous ses soins pour répandre de l’agrément dans les exercices. On a vu souvent des auditoires assez nombreux prêter une attention étonnante pendant un assez long temps, parce que les choses y étaient traitées d’une manière fort intéressante.

Un jeune homme répond sur l’Evangile grec selon saint Luc. Après que, pour faire ses preuves, il a expliqué, comme je l’ai dit. quelques lignes de tdlé cl d’autre â l’ouverture du livre , il s’arrête aux histoires les plus remarquables, par exemple à celle de Laznic et du mauvais riche, lieu fait ls récit, en y mêlant les | assnges latins et même grecs, de l’Evangile qui renferment quelque belle maxime. Faclum est ut rnoreretur mendicut.i t portaretur ab angelis in atrium Abrahœ. ilurtuus est uuiem divrs, et sepultus est in iuferno *... Cruciur in Itàc flnmmà. Et dixil illi Abraham : Fili , recordare quia tecrpisti buna in vili tuà . et Lazurus similiter mala ; «une aulem hic consolulur , tu verà crutiaris’, etc. On demande b l’ecolicr lequel il aurait mieux

■ Luc. IP, SSL

* y. XV, 25.

aimé être’, ou du riche nu de Lazare : il n’hésilc pas sur le choix. On lui en demande ensuite les raisons; l’endroit même qu’il explique les lui fournit. Par là ori le met sur les voies, et c.n lui donne lieu de tirer de son propre fonds, ou du moins du livre qu’il a entre les mains, des réflexions très-solides sur les principales circonstances de cette histoire. A celle occasion, on lui fait rapporter tout ce qui est dit dans le même Evangile sur la pauvreté et sur les richesses. Il est aisé de comprendre combien, sous le prétexte d’enseigner la langue grecque à un jeune homme , on lui peut mettre d’excellents principes dans l’esprit. On voit toujours les auditeurs sortir extrêmement contents de ces sortes d’exercices.

Quand les écoliers répondent sur Quinte-, Ource, sur Sallu'te. sur Tite-Livc, sur quelques Vies de Plutarque , combien y a-t-il de réflexions à faire sur les actions des grands hommes dont il y est parlé ! Il n’est pas étonnant que des auditeurs qui ont du sens et du goût soient charmés d’entendre dire de si belles choses à des jeunes gens , et de leur voir faire usage de ce qu’il y a de plus beau et de plus solide dans les auteurs anciens.

Un des exercices qui réussissent le mieux , et qui plaisent davantage au public, est sur la rhétorique. Ou fait lire à un jeune homme des endroits choisis de Cicéron et de Quinlilien , où les grands principes d'éloquence sont établis ; et on les lui fuit apprendre par cœur pendant le cours de l’année, à la place des leçons ordinaires. On lui en fait faire l'application h des harangues de Dèmosthène et de Cicéron , qu’on lui a auparavant expliquées avec soin. On l'oblige de marquer la différence du style et du caractère de ces deux grands orateurs , qui ont toujours été regardés comme les modèles les plus parfaits de l’éloquence. Des plus habiles avocats du parlement , qui assistèrent en grand nombre à un pareil exercice que faisait le dis d’un illustre magistrat en ïortirenl extraordinairement toolenis; et il est vtai que le répondant parlait avec toute la grâce que l’on peut désirer.

On vient de faire tout récemment dans un collège l’essai d’un nouvel exercice , qu'on a

1 Le fils «tué de M. de Fleur;, procureur génünl.

lieu d'espérer qui aura des suites avantageuses parl’hcureux succès qu’il a eu II regarde la langue française. On avait fait lire à doux jeunes frères1, dont l’un éludiaiten cinquième, et l’autre en troisième , des remarques sur celte langue, extraites avec choix et discernement de plusieurs livres qui Imitent de celle matière. Ils en ont fait l’application à plusieurs endroits tirés de l'histoire de Thèndose par M. Fiée hier, qu’on leur a proposés à l’outerturedu livre, et ils y ont fait observeren même temps, comme cela se pratique en expliquant un auteur latin, ce qui s’y trouve de plus beau et de plus remarquable, soit pour les pensées et les expressions, soit pour les principes et la conduite de la vie. Celte interrogation , ajoutée aux autres matières qui composent cet exercice , a paru être fort du goût du public , et a fait désirer qu'elle lût mise dans la suite en usage. N'csl-il pas raisonnable en effet de cultiver avec quelque soin l’étude de notre langue propre et naturelle, pendant que nous donnons tant de temps à celle des langues anciennes et étrangères ?

g II. Des tragédies.

Voici un genre d’exercice fort ancien dans l'université, qui est encore en usage dans plusieurs collèges, et que d’autres ont entièrement nbondonné. Sans prétendre condamner ceux de mes confrères qui pensent autrement que moi sur cette matière . ce qui ne m’appartient point , je ne puis m'empêcher d’approuver extiêmemcnt la conduite de ceux qui ont cru devoir renoncer absolument à la coutume d'exercer les jeunes gens à la déclamation en leur faisant réciter des tragédies, parce qu’il me semble que celle coulume entraîne après elle beaucoup d’inconvénients.

1. Quelle charge, quel fardeau pour un régent, d’avoir à composer une tragédie! La profession n’est-elle pas assex dure par elle mêine , sans eu appesantir encore le joug par un travail si triste et si ingrat?

i. J appelle triste et ingrat un travail dont on ne peut pre-que pas se promettre un heureux succès. Un sait ce que coûtaient à Jl. Ra-

cine les pièces de théâtre qu'il nous a laissées; et cependant , outre un génie admirable et des talents singuliers pour le théâtre , il avait tout son temps à lui. Que doit-on attendre d'un régent, d'ailleurs fort occupé, et qui peut avoir tout le mérite de sa profession sans avnir le talent de faire de bons vers français, moins encore celui de faire de grands poèmes?

3. S'il y a quelque chose capable de ruiner la sanlé d’un professeur , c’est d'exercer à la déclamai ion pendant un temps assez considérable , huit ou dix écoliers. Il faut, comme le dit Juvénal des maîtres de rhétorique, avoir une poitrine de fer pour résister à une fatigue si accablante :

Declamare dnett, ô fs frf a pectorl, Yeell t

J’en appelle à l'expérience.

à. II arrive souvent que les écoliers, sous prétexte de se préparer à là tragédie, abandonnent ou négligent pendant prés de deux mois le devoir essentiel de la classe; ce qui n'esl pas un petit inconvénient.

3. Je n’insiste point sur la dépense qu'entraînent nécessairement les tragédies, ni sur la peine qu’on a souvent â trouver des acteurs, qui se croient quelquefois en droit de faire la loi au professeur parce qu’il ne peut se passer d’eux.

6. Encore si les jeunes gens tiraient de cet exercice un profil solide et durable ! Mais il faut, pour l'ordinaire, que, le lendemain du jour où la tragédie â été représentée, on oublie tout ce qu'on s’est bien donné Je lâ peine â apprendre par cœur.

On a prétendu remédiera une partie de ces inconvénients en choisissant dés tragédies composées par les plus habiles auteurs, et eu tes accommodant au thèillre des collèges, c'est à dire en retranchant de ces pièces les personnages de femmes; ët il faut avouer qu’on y a réussi eu partie, et que par là on remplit la mémoire des jeunes gens d’excellents morceaux de pucsie qüi peuvent beaucoup servir â leur former l’esprit et le goût.

7. Mais il peut y avoir dans cet usage-là même un défaut, qui est commun aux bonnes cl aux mauvaises tragédies, Quinlilien observe', après Cicéron, qu’il y a une giande

< « Ne gestus guidera ornais ar malus à conneau pe-

' Fils du mime magistral.

différence entre 1s prononciation des comédiens et celte des orateurs, quoique l’on doive convenir que l'une peut servir b l’autre. Si cela est, pourquoi exercer les jeunes gens dans une manière de prononcer qu’il faudra nécessairement qu’ils évitent quand ils auront t parler en public?

8. Une des grandes peines du régent dans cet exercice (je l’ai plusieurs fois éprouvé, et je ne suis pas le seul), c’eSlde contenir dansl’ordre les écoliers qu’on est souvent obligé de réunir ensemble, et sur lesquels il est difficile de veillec comme on le doit, le soin de formée à la déclamation ceux qui parlent actuellement demandant l'attention du maître tout entière.

9. Je finis, pour abréger, par l’inconvénient qui doit paraître le plus grand, parce qu’il peut nuire à la piété et aux mœurs : c’est le danger qu’il y a que cette sorte d’exercice ne fasse naître dans l'esprit des maîtres et des écoliers, comme cela est asseï naturel, le désir de s'instruire par leurs veux de la manière dont on doit déclamer les tragédies, de frèquenler pour cela le théâtre, et de prendre pour la comédie un goût qui peut avoir des Suites bien funestes, surtout b cet ége.

Ce qui contribue le plus, si je ne me trompe,

I conserver les tragédies, c’est que plusieurs les regardent comme le Seul moyen de donner à la distribution des prix une rerlaine solennité nécessaire pour exciter et pour entretenir parmi les jeunes gens l’émulation, qui est un des grands avantages des collèges. A cela je ne puis opposer une meilleure réponse que l'expérience même. J’ai vu, pendant plus dé vingt ans de suite, distribuer les prix dans un exercice ordinaire avec une très-grande célébrité et un très-grand concours de personnes choisies et distinguées, qui pendant tout l'exercice gardaient un profond silence; ce qui n'arrive pas toujours quand on représente des pièces de théâtre. Cela n’est point particulier à uh collège. Il y en a plusieurs où ces exercices se font avec beaucoup d'éclat; et tout récemment il s’en est fait un au col-

« tendu) Ht Quanqoam enim ulrumque eorum ad « quemdam modum preatare debel orator, pturimùm < tamen tbertl I «centco...» (Qdirt. Ilb. l.cap. 11.)

lège de la Marche, pour la distribution des prix , où l'auditoire était très-nombreux et très-choisi, et où le répondant 1 s'est acquis une grande réputation. ,

Toutes ces raisons, jointes ensemble, me font croire que la tragédie convient moins aux jeunes gens que les autres exercices dont j’ai parlé. Mais, comme les sentiments doivent être libres, et qu'ils sont partagés sur ce sujet, je n’ai garde de blâmer ceux qui retiennent l’ancien usage en y apportant toutes les précautions nécessaires.

Une des plus essentielles, ce me semble, est de ne point faire entrer dans les tragédies la passion de l'amour, quelque honnête et légitime qu’elle puisse paraître, a Tout ce qui • peut faire sentir l’amour, dit M. de Fénê- « Ion *, plus il est adouci et enveloppé, plus

< il me parait dangereux. • M. de La Rorhefoucault pense de même. « Tous les grands « divertissements, dit-il, sont dangereux pour « la vie chrétienne; mais, entre tous ceux « que le monde a inventés, il n’y en a point

< qui so't plus â craindre que la comédie.

« C’est une peinture si naturelle et si délicate s des passions, qu'elle les anime et les fait « naître dans notre cœur, et surtout celle dé « l’amour, principalement lorsqu'on se repré- « sente qu'il est chaste et fort honnête; car « plus il parait innocent aux âmes innocentes,

« et plus elles sont capables d’en être tou- « chèes , etc. »

Je ne parle point ici du ballet et de ta danse, qui servent quelquefois d’accompagnement h la tragédie, parce que cette coutume n’a point lieu dans l’université.

11 s’y était glissé un abus encore plus intolérable , et défendu expressément par In loi de Dieu 1 ( je ne sais pns quelle en était l’origine ). et qui a duré longtemps; c’élail de travestir les jeunes gens en femmes dans les tragédies. Avait-on pu Ignorer, pendant tant d’années, qu'une telle coulumc, pour me servir des termes de l'Ecriture, était abominable

1 C'était le Ois de M. de Fieubcl, conseiller au parlement.

* Education des tilles.

9 « Non induelur mulier veste virili. ncc vlr utclur a veste feminei : abominabilis enim apud Dcutn est qui « faclt hcc. » (Veut. 22, b.)

Dgle

devant Dieu? L'imprudence de quelque personne , peut-être peu instruite ou peu relieieuse , l'aura d'abord introduite. On a 9uivi après, sans réflexion, un ussge qu'on a trouvé établi. Dès que l’université l’a défendu, tout le monde a ouvert les jeux , et s'e-t rendu à un règlement si sage et si nécessaire. Ceux qui y eurent le plus de part y furent principalement déterminés par ce qu’ils avaient entendu dire d’un professeur fort habile et encore plus homme de bien qui témoigna en mourant une peine extrême d’ovoir suivi cette coutume , qu'il savait avoir été pour quelques écoliers une occasi in de dérèglement. C’est 14 le temps et la situation où il faut se placi r pour juger sainement de ce qui est à suivre ou à éviter.

Il s'est fait depuis peu dans le collège de l'Esquile, à Toulouse, confié aux soins des révérend» pères de la doctrine chrétienne, un changement qui a rapport à la matière que j’ai traitée au commencement de cet article; et ie crois en devoir ici faire part au public.

La distribution des prix, établie sagement dans toutes les écoles pour animer les jeunes gens à l'élude par la vue d'une récompense honorable , se fais vil de temps immémorial dans le college de l'Esquile après la représentation d'une tragédie, comme dans presque tous les collèges des autres villes et provinces du royaume. Ce sont messieurs les capitouls de Toulouse qui président, au nom de toute fa ville , à celle distribution , laquelle se fait avec beaucoup de pompe et de solennité; ce qui marque qu’on y regarde le soin de l'éducation de la jeunesse comme un objet public, et comme une des parties les plus essentielles d'un bon gouvernement.

Les professeurs de rhétorique de ce collège, uniquement attentifs é l'avancement de leurs disciples, voyaient avec peine depuis longtemps les inconvénients attachés à la représentation des tragédies, mai» une retenue naturelle è de» personnes modestes, cl qui se défient de leur propre sentiment, les empêchait de se déclarer contre une coutume si ancienne et si générale. Enfin , néanmoins ,

1 M. de Bellevillc, piotesseurde rhétorique au collège du Pleiiti

l'amour du bien public les rendit plus hardis, et ils proposèrent de substituer à la rcprêsentat ion de la tragédie un exercice littéraire , tel qu'ils apprenaient qu'il s'en faisait dans la plupart des collèges de l’université de Paris. Comme le changement proposé regardait l'intérêt public, il se tint, le 13 mai 1738, une assemblée générale de tout le corps de la bourgeoisie. Ces sortes d’assemblées sont présidées par deux commissaires du parlement, et messieurs les gens du roi y assistent et y opinent. Celle dont il est ici question était fort nombreuse cl choisie. Entre plusieurs personnes qui opinèrent sur la matière proposée, M. Lardos, célèbre avocat, homme de lettres, et généralement estimé , Gl un excellent discours dans lequel, après avoir exactement détaillé la manière dont les prix avaient été distribués jusqu'alors , et comment on selail gratuitement imposé le joug de ta tragédie, il fit loucher au doigt combien il y avait à gagner dans ie changement que les pères de l'Esquile proposaient. Messieurs les magistrats du parlement approuvèrent fort le sentiment de l'avocat cité plus haut. Ainsi il fut décidé ce jour-là que la tragédie serait supprimée, et que l'on nommerait des commissaires pour concerter avec les pères de l’Esquile la nature de l'exercice qui eu tiendrait lieu dans la suite. Les commissaires furent nommés, et pris parmi les bourgeois, selon l’usage, par le comnns-aire du parlement, qui ne manqua pas de mettre de leur nombre l'avocat qui avait si bien parlé. Messieurs les capitouls donnèrent jour pour le sept de juin suivant ; ce fut alors qu avec eux et les quatre commissaires nommés, et les père» de l'Esquile, on régla tout ce qui regardait le nouvel exercice public, où désormais devait se faire la distribution des prix. Messieurs les capitouls et commissaires déclarèrent tous, en opinant, quia acceptaient sans aucun changement le projet que les pères axa eut proposé, et qu'ils se croyaient obligé» de les remercier d’avoir fait une propos lion si utile à la ville. C’est ainsi que l'affaire (ut terminée; et les deux exercices qui se sont laits depuis en conséquence, en 1738 et 1739, ont convaincu le public de la sagesse et de l’utilité de celte délibération. La distribution des prix s’est faite dans ces deux exer-

cices avec beaucoup plus de paii et de dignité que du temps de* tragédies , et l'as.- emblée était bien plus choisie.

Je ne puis le dissimuler , un tel changement, dans une grande et puissante ville comme Toulouse, m’a causé un sensible plaisir; et la maturité avec laquelle la chose a été examinée, et décidée contre le préjugé de la coulume et d'un usage ancien, me confirme dans ce que j'ai toujours pensé sur ce sujet, en même temps qu'elle me donne lieu d'admirer la prudence, le bon sens, l'amour du bien public, qui ont animé dans cette occasion les magistrats et les habitants de Toulouse. Je sais que des personnes, aussi distinguées dans Toulouse par leur rang que par leur esprit et leur bon goût, ont beaucoup contribué à ce changement, étant fort en état de donner conseil sur les exercices littéraires , dont l'un d'eux ' au moins a fait autrefois & Paris une si heureuse expérience. Je souhaite que cet établissement réussisse de plus en plus n Toulouse . et il me semble qu'on a tout lieu de l'espérer; et je souhaite fort aussi qu'un exemple si utile ail beaucoup d’imitateurs.

8 III. De la prononciation.

J’ai promis de dire un mol de la prononciation . qui fait partie de ia rhétorique ; et c'en est ici le lieu. Il est à craindre que les maîtres ne la négligent trop, et pour euxmêmes, et pour leurs disciples. On doit, surtout dans les classes plus élevées, prendre chaque semaine un jour pour y exercer les jeunes gens è la déclamation pendant l’espace au moins d'une demi-heure. J’ai vu pratiquer assez régulièrement celle coutume pendant que j'étais écolier ; et je m'y suis conformé élan! devenu maître. Le traité de Quintilien ’ sur la prononciation est court, mais excellent, et il peut être fort utile aux maîtres, en y joignant celui de Cicéro:.9. Il y en o un autre en fiançais, mais manuscrit,

1 M. le président de Caulei.

• Llb lt. cap. 3.

a De Oral. Ub. 3, p. 213-2*7.

qui vient du fameux M. Lenglet 1 , qui excellait dans l'art de prononcer, encore plus que dans tout le reste. Je me servirai de ces différents traités pour donner sur la prononciation les régies les plus générales , el qui sont le plus d'usage.

La réponse de Démoslhène’ sur ce qu'il jugeait tenir le premier rang dans l'éloquence, est connue de toul le monde ; et elle montre que ce grand homme regardait la prononciation, non-seulement comme la plus importante qualité de l'orateur , mais , en un certain sens, comme l'unique. En effet, c’est celte qualité dont le défaut peul le moins se couvrir, et qui est le plus capable de couvrir les autres ; et l’on voit souvent qu'un discours médiocre, soutenu de toute la force el de tous les agréments de l'action, fait plus d’effet que le plus beau discours qui en est dénué.

L’aclion est composée de deux parties, qui sont la voix cl le geste , dont l’une frappe les oreilles , et l'autre les yeux . deux sens par lesquels noos faisons passer nos sentiments et nos pensées dans l'Ame des auditeurs.

Page 1