De le voix
Quintilien donne b la voix et & la prononciation les mêmes qualités qu'au discours même.
1. Elle doit être correcte * , c’est-à-dire exemple de défauts, en sorte que le son de la voix et de la prononciation ait quelque chose d'aisé, de naturel, d'agréable, accompagné d'un certain air de politesse et de délicatesse, que les anciens nommaient urbanité , qui consiste à en écarter tout son étranger et rustique.
2. La prononciation doit être claire ; à quoi deux choses contribueront. La première. c’est de bien articuler toutes les syllabes ; car souvent on mange les unes, et on ne fait que glisser sur les outres. Mais le défaut le plus ordinaire, et qu’on doit éviter
i M. Leng'et tenait ce traité d'un célèbre acteur de ton Ir rn . nommé t'iortdor.
•Cle. Ilb 3, de Orat. n. 213. — Quint. Ilb. Il, rap. 3.
> a Emenoala erit, id est vllio caiebil. si tuerlt oi a belle , etretidalum , jucundu», urbauum : Id est. tu n que nulle nrque nuilcltai, neque pcrigrlnius reso- • net. » (Qsurr.)
avec le pins de soin , c’esl de ne point assex appuyer snrles dernières syllabes, et de laisser tomber sa vois à la fin des périodes. Comme il est nécessaire de faire sentir c hnque mot*, rien aussi n'est plus désagréable ni plus insupportable qu'une prononciation lente et (minante, qui appelle, pour ainsi dire, toutes les lettres , et semble les compter les unes après les autres.
La seconde * observation èsl de savoir soutenir et suspendre sa vois par différents relies et différentes pauses qui composent une même période. Un exemple rendra la chose plus sensible; je le (Ire d'un autre endroit de Quirililien. Les points marquent Ici les repos. Alilmadverti, judices ... omtiem accusaloris orationem... In duas... divisant esse partes'. Cette courte période ne renferme qu'un sens unique, qui ne serait distingué par aucune virgule, sans le mot judices , qui est une apostrophe; cependant la cadence, l’oreille, la respiration même, demandent différents repos, qui font tout l’agrément de la prononciation. En accoutumant les écoliers A faire ces pauses dans la lecture, même où il n'y a point de virgule, on leur apprend en même temps A bien prononcer.
3. On appelle prononciation ornée * celle qui est secondée d'un heureui organe, d'une voix aisés, grande, flexible , ferme, durable , claire , sonore, douce et entrante. Car il y a une voix faite pour l'oreille, non pas tant par son étendue que par une facilité a se laisser manier comme on veut ; susceptible de tous lassons, depuis le plus fort jusqu'au plus doux, depuis le plut haut jusqu'au plus bas; semblable à un instrument monté de toutes ses cordes, qui rend tel son qu'il plaît a la main d'en tirer *. Outre cela , il faut une grande force de poitrine, et des poumons capables de fournir aux plus longues périodes, et d‘y fournir longtemps.
’ « üt Mt eulera nHeuarla vertiorum ripl srutio , lu « tonnes compaure el velut snnumerxre 11 Itérai mo- « lestum el odiosum. « JQuml.)
* Ibid.
> Ibid. Ilb. «. e *. - * lUd.
1 a Omnes voces, ut nervi In fidlbos, lu sonml. tu k « motu «tirai quoque tant pal». > (Cic. dt Oral. Ub. g, n. 216.
Ce n'est |ms par de violents efforts , ni par de grands éclats , qu’on vient à bout de se faire entendre, mais par une prononciation nette, distincte, soutenue. L’habileté consiste à savoir ménager adroitement les différents ports de voix , à commencer d'un ton qui puisse hausser et baisser sans peine et sans contrainte , A conduire tellement sa voix qu’elle puisse se déployer tout entière dans les endroits où le discours demande beaucoup de force et de véhémence, el principalement à bien étudier et A suivre en tout la nature.
L’union de deux qualités opposées , el incompatibles en apparence, fait toute la beauté de la prononciation : l’égalité et la Variété. Par la première , l’orateur soutient sa voix el en régie l’élévation et l’abaissement sur des lois fixes qui l'empêchent d’aller haut et bas , comme au hasard, sons garder d’ordre ni de proportion. Par la seconde , il évite un des plus considérables défauls qu’il y ait en matière de prononciation, je veux dire une ennuyeuse monotonie ; et il y jette au contraire une agréable variété ' , qui réveille, qui soutient, qui charme les auditeurs; semblable en cela aux peintres *, qui, par une infinité de nuances et de teintes presque toutes imperceptibles , et par l’heureux mélange du clair et de l'obscur, savent donner du relief à leurs tableaux . et y garder les justes proportions que chaque partie demande. Qulntilien fait l’application de celte dernière règle à la première période de l’exorde du beau plaidoyer de Cicéron pour Milon. Cet endroit mérite d'être lu aui jeunes gens.
Il y a un autre défaut non moins considérabicque celui de la monotonie, et qui en tient beaucoup aussi, c’esl de chanter en prononçant. Ce chant consiste A baisser où A élever sur le même Ion plusieurs membres d’une période, ou plusieurs périodes de suite, en sorte que les mêmes inflexions de voix reviennent fréquemment et presque toujours de la même sorte
* «r Ad aurea nostraa et aciionls suavitalem , qald est « vicissiludine, eUarietale, el commulaiioneaptiua?» (Cic. de Oral n. 225.)
* « Hi sunt actori, ul plclorl, eifoilil ad rarlandum < colores. • (IWd. n. 217 )
k: Enfin la prononciation doit être proportionnée lui sujets que l’on traite * ; ce qui parait surtout dans les passions, qui ont toutes s'il est permis de parler ainsi, un langage propre et un ton particulier * : car autre est celui de la colore, autre celui de la compassion, et ainsi du reste. Pour les bien eiprimer, il faut commencer par les ressentir3; et pour cela se représenter rivement les choses, et en être touché comme si elles se passaient en nous -mêmes. De cette sorte la roi» , comme inlerprète de nos sentiments, portera sons peine dans l'esprit des auditeurs la même disposition qu'elle aura prise dans le fond de notre cœur; car, fidèle image de l'Urne, elle reçoit toutes les impressions, tous les changements dont l’âme elle-même est susceptible. Ainsi dans la joie elle est claire, pleine, coulante; dans la tristesse, au contraire, elle est traînante, basse et sombre. I.a colère la rend rude, impétueuse, entrecoupée. Quand il s'agit de confesser sa faute, de faire satisfaction , de supplier , elle devient douce, timide, soumise. En nn mot, elle suit la nature, et emprunte le Ion de toutes les passions.
Elle varie de même et prend différents tons, selon les différentes parties du discours : elle se conforme à la diversité des sentiments, et quelquefois même, quoique plus rarement, I la nature et â la force de certaines e»pressions particulières. On sent combien il serait ridicule de commencer tout d’un coup un discours par union élevé el Violent *, rien n'étant plus propre à gagner les esprits que la modestie et la retenue. Le» récits, destinés â mettre l'auditeur ah (hit de la chose dont II Vagit, demandent un ton simple, urli, Iran-
' Qolnill.
1 « Omnis molua animi sinon quemdam à natur» babel « volluin . fl sonum, et grslutn, elc. » (Ccc. de Oral. ttb- S, K 215-219. t
* « In hla primum est bette affirl , et conripere imjgi- « nés rrruin, et tanquam verts inoverl. Sic relut media a vos, queni tublium à notas acceperil, huncjudicum « animts dabit. bai en. ni mentis iodes, cl relui eirm- ■ plar; ac lolidem, quoi ilia, mutaiioues babel, a (Quisi.)
. • « A prineipto clamare, agreste qulddam eau • (Cic. i de Oral. lia. 3, n. 227 )
quille, et semblable â peu près à celui de la conversation. 11 en est ainsi de tout le reste;