‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 233 sur 298 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DG DBVOIK DES PAHBISTS.

Quintilien fait commencer le devoir des pères et mères au moment môme de la naissance de leurs enfants, par le soin qu'il veut qu’ils prennent de leur procurer des nourrices et de mettre auprès d'eux desdomestiques dont la sagesse cl les bonnes mœurs leur soient connues : et il exige d’eux dans la suite une attention continuelle A écarter d’auprès de leurs enfants tout ce qui serait capable d’altérer le moins du monde leur innocence, et A ne rien dire ou faire en leur présence qui puisse leur inspirer des principes dangereux ou leur donner de mauvais exemples.

Ce qui regarde la matière que je traite ici, par rapport aux parents, est d'abord le choix d'un maître et d'un collège, supposé qu’ils prennent le parti d'y envoyer leurs enfants. Quintilien nous marque cette double obligation en deui mots', mais qui ne laissent rien A désirer. Il veut qu'ils choisissent pour maître un homme d’une vertu consommée , praeceptorem eligere sanctissimum quemque , cujus rei prœcipua prudentibus cura est ; et pour collège, celui où régnera une discipline exacte et régulière , et disciplinant quœ maxime lèvera fuerit.

Pline le jeune5, dans une de ses lettres où il indique A une dame de ses amis un professeur de rhétorique pour son Ois, lui donne sur cette même matière d’admirables avis, qui concernent proprement le choix d’un collège et d'un régent, comme l'endroit de Quintilien que j’ai cité auparavant, mais qui peuvent aussi regarder celui d'un précepteur. L’endroit est trop beau pour n’èlre pas mis ici dans toute son étendue.

« Le secret pour mettre yotre fils ’ en état

> Llb. 1, cap. 2.

* Llb. 3, ep 3.

1 « Quibu» omnibus (avis Et majoribus) Ha deiDÙm sici milia adolcscrt, si irabulus bonesUs artlbus fucrlt : « quas pluriinùm referl à quo potisaimûm acclpiat. Ad- « hue Ilium pucrillv ratio luira conluberoium tuum te- « Duil : præceplorea dorai habuit , ubi eit vcl erroribua

« de marcher dignement sur les traces de ses « ancêtres, c’est de lui donner un bon guide, i qui sache lui montrer les routes de la science « et de l’honneur ; mais il importe de bien « choisir ce guide. Jusqu’ici l'âge encore ténor dre de votre Ois l'a tenu auprès de vous v sous la conduite de ses précepteurs et dans « une maison particulière, où les dangers,

« supposé qu’il s’y en trouve, sont bien moin- « dres. Aujourd'hui qu’il s'agit de l’envoyer « aux leçons putdlques, il faut choisir un « professeur d’éloquence dans l’école duquel « on soit assuré que règne une discipline « exacte, et surtout une grande modestie et « une grande pureté de moeurs. Car, entre « les autres avantages que ce jeune homme a « reçus de la nature et de la fortune , il est k d’une beauté singulière ; et c’est ce qui en- « gage encore plus, dans un âge si faible et a si dangereux, à lui donner un maître qui a ne lui serve pas de précepteur seulement ,

« mais encore de guide et de gardien.

a Je ne vois personne plus propre à remet plir ces devoirs, que Julius Gènitor \ Je a l’aime ; et l’amitié que je lui porte ne séduit a point mon jugement, â qui elle doit sa nais- « sauce. C’est un homme grave et irréprocha- « ble ; peut-être trop austère et trop dur dans a ses manières, si l’on s’en rapporte à la li- • cence de ces derniers temps. Comme le « talent de la parole est un avantage exlé-

« tnodlca, vel ctlam milia mater ia. Jatn studta ejui extra « Itnaen profereoda mal : Jam circunuptciendux rbelor « Ulinus, cujus schole sévérités, pudor imprimls, castl- « tas conslcl. Adest enfin adolescent! nostro, cutn cæm terts nature fnrtunarque dotibos , exlmia corporls pul- « cbrltudo : cul In hoc lubrlco «talls non praceplor m modo, sert euslos etlam rectorque quxrendus est. » l « Vldeor rgo demoostrare tlbl posse Jullom Genitom rem. Amatur à me : judiclo tamen mco non obslat a carllas. que ex judicio nata est. Vtr est entendants et n gravis : paulô eliam horrldior et durlor. ul In hic II- « eentii lemporum. Qusnlùm eloquentlft vslcat, plurlbus « credere pôles : nam dicendi Tscultas sperla et cxposlta M blallm cernllur. Vils bumlnum silos recessus mapna— <r que latebrai bsbet : cujus pro Genitotc me >putiM>reiu « accipe. ISthil es hoc riro fi tus tuus audlet, nlsi pro- „ futurum : nlhil discal, quod uescisse recliin fuerit. a Nec minus ssrpé sb silo, quàm a le tneque . adrnonebi- « tur qutbus Imaginibus onerclur, qus itotnina el quanta u suslineat- Promdi, favenubus dlis. l'Sitf rum pratm ceptort. a quo mares p> imùm. moi cloquenUam discal, « quæ roxlè sinè mortbus discltur. Valc. a

a rieur, qui se manifeste et se fait senlir,

« vous pouvez , sur ce qui regarde son éloa quenccj en croire le témoignage public. Il n n’en est pas de même des qualités de l’âme; a elle a des abîmes où il n'est presque pas a possible de pénétrer : et de ce côlé-lâ je « vous suis caution de Gênitor. Votre fils ne n lui entendra rien dire dont il ne puisse faire n son profil ; il n'apprendra rien de lui, qu’il u eût été plus â propos d’ignorer. Il n’aura « pas moins de soin que vous et moi de lui « rcmellre sans cesse devant les yeux les pora traits el les vertus de ses ancêtres , et de lui « faire sentir tout le poids du fardeau que a leurs grands noms lui imposent. N’hésitez « donc pas à le mettre enlre les mains d'un « mallre qui le formera d’abord aux bonnes « mœurs; el ensuite à l’éloquence, qui ne a s’apprend jamais bien sans les bonnes mœurs, a Adieu. »

Il ne suffit pas de faire choix d'un collège. Pour en tirer tout le fruit qu’on en peut attendre, il faut que les parents voient souvent le principal , les régents , les précepteurs , pour s'informer de la conduite de leurs enfants et du progrès qu'ils font dans l’élude; qu'ils leur donnent des lumières sur leur caractère d’esprit et leurs inclinations, qu'ils doivent mieux connaître que tout aulre; qu’ils prennent avec eux des mesures pour les corriger de leurs défauts; qu'ils les appuient de toute leur autoriié ; qu’ils agisse! t en tout de concert avec eux, pour les récompenses, les louanges , les réprimandes , les punitions. On ne peut dire combien cette bonne intelligence des parents avec les maîtres peut être utile aux enfants.

Horace , dans la belle satire où il témoigne sa vive reconnaissance des peines extraordinaires que son père avait prises pour son éducation', ne manque pas de remarquer qu’il avait soin de voir souvent ses maîtres; et il a'tribuc en partie à celte attention le bonheur qu’il avait eu non seulement d’avoir été exempt des désordres ordinaires A la jeunesse, mais d’en avoir écarté de soi jusqu’oui plus légers soupçons.

> Lib. l.Sat. 6.

Atqui si vlUis medlocribas ac mca paucls

Mcndosa est nalura, alioqui recU

Causa fuit paler fais

Ipse rnitii custos incorruplUsimus omnes Circum doctores adorai. Quid multa? pudicum,

Qui prinius virtutis liono», servavil ab omni Non so!ùm fnclo verum opprobrio quoque turpis.

C'est une faute, dit Plularque, bien condamnable dans les parents , de se croire entièrement déchargés du soin de veiller sur leurs enfants , dès qu'ils les ont remis entre les mains des maîtres , et de ne songer pointé s'assurer par leurs propres yeux et leurs propres oreilles du progrès qu'ils font dans l'élude et dans la vertu. Outre qu’il sied mal è un père , dans une affaire si importante cl qui le touche de si près , de s'en rapporter aveuglément à la bonne foi de personnes étrangères , qui, chez les Anciens, élaient le plus souvent des esclaves ou des affranchis , il est constant, continue le même auteur, que celte attention d'un père è s'informer , de temps en temps , et à se faire rendre compte des études et de la conduite de son fils, peut servir en même temps à rendre et les écoliers et le maître plus exacts et plus vifs à s’acquitter chacun de leurs devoirs. Il applique è ce sujet |un proverbe qui dit* que rien n'est si propre à engraisser un cheval que l'œil du maître.

Quelque juste que soit ce devoir, quelque facile qu’il soit à remplir, il est rare pourtant que les parents s'en acquittent. Ils ne veillent guère davantage sur la conduite de leurs (enfants lorsqu'ils sont devenus plus grands et qu’ils sont sortis du collège ; et la plupart font paraître sur ce point une indifférence et une négligence qu’on a peine à comprendre. Plusieurs la couvrent du prétexte de leurs affaires cl de leurs occupations , comme si l'éducation de leurs enfants n’était pas la plus importante de toutes , et comme si la qualité de père devait jamais être effacée par celle de magistrat et d'homme public.

Platon remarque que c’est un défaut assez ordinaire à ceux qui sont chargés du gouvernement de l’Etat , de négliger le soin de leur

1 De liberia edacsndis.

1 Oû$ie ovtm m«im rov hrtrov, ’*>; jsaffÙMtfc èçrfgXpôf.

propre famille ; et dans un dialogue qui a pour litre Lâchés , il introduit deux hommes des plus considérables d’Athènes , qui reconnaissent avec douleur que , s’ils ont acquis peu de mérite et de gloire , c'était la faute de leurs pères, qui , célèbres d’ailleurs par degrandes actions tant en paix qu'en guerre, et totalement livrés aux affaires d'autrui, n'avaient pris aucun soin de leur éducation, et les avaient abandonnés à eux-mêmes et à leur propre conduite dans un âge où ils avaient le plus de besoin d'être veillés et retenus. Plût è Dieu que bien des enfants n’eussent pas encore aujourd’hui sujet de faire les mêmes plaintes !

Caton le censeur , quoique occupé des plus grandis affaires de l’Etat, chargé des plus importants emplois , et l'âme des délibératio is du sénat, ne tomba pas dans ce défaut, lui qui voulut servir de précepteur à son fils. Paul Emile, an milieu de scs plus grandes occupations, trouvait le temps d'assister aux conférences que faisaient ses enfants, et d’animer leurs études par sa présence. Il fut bien payé de ses peines, et la réputation qu'ils s'acquirent’ en fut une juste et douce récompense.

Ces grands hommes étaient bien éloignés d’un défaut très-commun maintenant, surtout parmi les grands seigneurs et les gens de guerre, qui ont grand soin de dire et de répéter à leurs enfants qu'ils ne veulent point faire d’eux des docteurs , et qu'ils ne les ont mis au collège que pour leur faire passer quelques années , en attendant qu’ils aient atteint l’âge d'aller â l’académie ou d'entrer dans le service, l'n tel discours est capable de ruiner tout le fruit des éludes , parce qu'il tend directement è étouffer et à éteindre dans l'esprit des jeunes gens toute ardeur d'émulation : au tien que 1rs parents devraient employer tous leurs soins â faire naître celte émulation, à l'entretenir, i l'augmenter; parce que , si leurs enfants y sont sensibles dans tes classes, ils la porteront ensuite dans les emplois qui leur seront confiés , et sc piqueront pareillement d’y réussir et de s’y distinguer.

> Sciplon P Africain te second fnl l'an de ses enfants.

Je reviens an choix d'un précepteur. Plutarque , dans un traité que nous avons de lui sur la manière d’élever les jeunes gens, veut qu'on trouve dans les maîtres une vie irrépréhensible , un caractère d’esprit raisonnable , un grand fonds d’érudition . et une habileté à conduire formée par une longue expérience. Mais il se plaint amèrement de la négligence ou plutôt delà stupidité des parents qui, dans nn choix qui décide pour l’ordinaire du sort et du mérite de leurs enfants pour toute la vie, s’en rapportent au premier venu, n'ont égard qu'a la recommandation de personnes peu sûres, et poussés par une sordide avarice, vont au rabais dans le choix d’un précepteur, et trouvent que celui qui leur coûte le moins est le meilleur. Il rapporte à ce sujet une parole d’Aristippe, pleine de sens. Un père, surpris qu'il lui demandai mille dragmes pour instruire son lils : Quoi ! s’écria-t-il, j’achèterais à ce prix un esclave. Vous en aurez deux pour un, répliqua le philosophe; insinuant par là à ce père avare qu’il ne ferait qu’un esclave de son fils.

Le poêle satirique fait les mêmes plaintes et ne peut souffrir que les pères et mères , pendant qu'ils font mille folles dépenses pour leurs batiments, leurs meubles, leurs équipages , leur table , épargnent tout pour l’éducation de leurs enfants.

Hos Inter sumptus neslcrlla Quintiliano,

Ut multùm, duos sufficirnt. Res nulla minoris Constat) il patri quant filius.

Cratès le philosophe * disait qu'il aurait souhaité monter au lieu le plus éminent de la ville . pour crier de là aux citoyens ; « Hom- « mes de peu do sens , quelle est donc voire « folie, de ne songer qu’à amasser des ri- « chesses , et de négliger absolument l’édu- « cation de vos enfants pour qui vous dites « que vous les amassez! »«

Les parents paient bien cher quelquefois leur nonchalance et leur avarice8, lorsque, dans la suite, ils ont la douleur de voir que

■ Juvrn. Mb. 3, mi. 7. (v. 186.)

* Plut, de Liberia cducandis.

> Plut. ibid.

leurs enfanls , abandonnés à toules sortes de désordres, les déshonorent en mille manières, et font souvent plus de dépense en une seule aimée, pour satisfaire leurs passions, que les parents n'en eussent fait pendant dix années pour leur procurer une éducation honnête et solide.

Ils doivent donc ne rien épargner pour avoir un bon précepteur, et se souvenir que le plus noble aussi bien que le plus salutaire usage qu'ils puissent faire de Corel de l’argent, c’est de s’en servir pour acheter des hommes de mérite , en quelque genre que ce soit , et surtout pour^ce qui regarde l’inslruclion de leurs enfanls.

Lorsque Sénèque ' voulut remettre entre les mains de Néron ses grands biens, qui lui attiraient l’envie, ce prince lui répondit que , quelque grands que parussent ces biens, il y avait des personnes infiniment au-dessous du mérite de Sénèque qui en possédaient davantage- « J’ai houle, lui dit-il , de voir des ailran- « ciiis plus riches que vous , et qu’étant le « premier dans mon estime, vous ne soyez u pas le plus grand dans mon empire. » l'udetre ferre libertinos, qui diliores speclanlur. b'nde etiam rubnri milti est , quàd pritcipuus caritate, nondùm omnes fortunà aulecettii. Je n'examine point si N'éron pensait comme il parle ici ; mais ce qui est certain', c’est que les parents sensés et raisonnables doivent penser de la sorte , et voir avec quelque peine qu'un intendant , un secrétaire , quelquefois même un portier, fait chez eux une plus grande fortune que le précepteur du Dis de la maison.

Il faut avouer qu'il y a des pères et des mères, quoique le nombre en soit petit, qui sur ce point ne manquent pas de noblesse et de générosité; et qui, non contents de payer de bons appointements aux précepteurs de leurs enfants, se croient encore obligés de leur assurer pour toute leur vie un revenu raisonnable, qui les mette en état de jouir en repos et en liberté du fruit de leurs travaux. Quelle diminution fait sur de grands biens, tels qu'en ont tant de personnes riches, une pension viagère de trente, cinquante, cent

1 Tacit. Annal, tib. 14, cap. 66.

pisloles, pins on moins, selon les différentes circonstances! Approchc-t-cllc des services dont elle esl le prix? Je lis loujours avec un plaisir singulier le discours admirable que tient è son père le jeune Tobic au sujet du guide qui l’avait conduit pendant son voyage, et le dénombrement qu’il fait des services qu’il en a reçus , dont il expose la grandeur et le nombre avec la même exactitude que s’il devait lui-même en tirer la récompense, et non pas la donner. « Mon père, lui dit-il quelle ré- « compense pouvons-nous lui donner, qui ait « quelque proportion avec les biens dont il « nous a comblés? U m’a mené et ramené « dans une parfaite santé : il a été lui-même « recevoir l'argent de Gabélus : il m’a fait « avoir la femme que j’ai épousée; il a éloi- « gné d’elle le démon qui la tourmentait; il « a rempli de joie son père et sa mère : il m’a o délivré du poisson qui m'allait dévorer : il « vous a fait voir A vous-même la lumière du « ciel ; et c'est par lui que nous nous trouvons « remplis de toutes sortes de biens. Que pou- « vons-nous donc lui donner qui égale tout « ce qu’il a fait pour nous! Mais je vous « prie, mon père, de le supplier de vouloir « bien accepter la moitié de tuul le bien que <t nous avons apporté. »

Quelle noblesse de sentiments! Le jeune Tobie ne s’imagine pas faire rien de grand pour son guide par une offre si avantageuse ; mais il croit qu’il recevra lui-même une grâce dont il se trouvera fort honoré , si le guide daigne accepter son offre : si forte dignabitur medietatem de omnibus, quiv dilata sunt , sibi assumere. Voilà un modèle parfait pour les parents; comme la description qu'il fait des services que son guide lui a rendus en est un aussi pour les précepteurs, qui doivent servir d’anges gardiens à leurs élèves.

Tous les pères ne sont pas en état de faire la furlunc des précepteurs de leurs enfants ; mais tous sont en étal et dans l'obligation de les honorer, de leur marquer toujours beaucoup de considération , et de leur attirer par leur conduite l’estime et le respect des enfants et de toute la famille. Il y doit être regardé et

• Tob. 12, 2-4.

I!i «fs*»

respecté comme le père même : c’est l'idée que les anciens voulaient qu’on eût d'un précepteur.

Df, majorum umbri* tenuem et sine pondéré terrain...

Qui praceptorem saoctl voluére pareniis

Esse loco

Quoique tous les parents , ceux même qui ne peuvent donner que des appointements très-médiocres, doivent apporter beaucoup d’atlention dans le choix d’un précepteur, il ne faut pas cependant que sur ce point ils portent la délicatesse trop loin , ni qu'ils s’attendent à trouver toutes les qualités qu’on peut désirer dans un bon maître. Rien n’est plus rare qu'un homme qui réunisse en lui toutes ces qualités. Les plus grands seigneurs, les princes même , ont bien de la peine à en trouver de tels. On est souvent obligé de confier l’éducation des enfants à de jeunes précepteurs qui sont sans expérience, et ne peuvent pas encore avoir acquis beaucoup d'érudition. Pourvu qu’ils apportent de la bonne volonté et de la docilité, qu’ils ne manquent pas d’esprit et de jugement, qu’ils aiment le travail, et que surtout ils aient des moeurs pures et un fonds de religion et de piété, on doit être content. Il faut seulement tâcher de les adresser à quelque personne sage et expérimentée dans ce genre, pour la consulter dans les occasions et se conduire par ses avis. Mais ce qui me parait absolument nécessaire, et à quoi les parents ne doivent jamais manquer , c'est de commencer par mettre entre les mains du maître à qui ils coulient leurs enfants quelques livres propres à leur apprendre la manière dont il faut s’y prendre pour les bien élever , tels que sont ceux de M. de Fénélon, et de M. Locke, Anglais, et d'autres pareils. Je souhaiterais que les miens pussent leur être utiles ; du moins c'est la vue que j’ai eue en les composant.

Les pères et mères ne doivent point omettre un moyen puissant qu’ils ont entre les mains d’attirer sur leurs enfants la bénédiction de Dieu; c'est de contribuer plus ou moins, selon la mesure de leurs revenus , à la

> Javen. lib. 3, Ml. 7. [v. 207.1

subsistance de quelque pauvre écolier , et de l’aider à faire ses études. J'ai reçu autrefois un pareil secours de la libéralité de feu M. Le Pelletier le ministre. J'eus le bonheur de me trouver dans les mêmes classes que messieurs ses enfants ' au collège du Plessis . et de profiler de l'excellente éducation qu'on leur donnait. Je leur disputais souvent les premières places et les prix. M. Le Pelletier me récompensait comme eux. Je puis dire que pendant tout le cours de mes études il m’a tenu lieu de père, et depuis il m'a toujours témoigné une bonté véritablement paternelle. Il n’y a point de jour dans ma vie, où je ne m’en souvienne ; et ma reconnaissance devient d’autant plus vive, que je sens mieux de jour en jour de quel prix est une bonne éducation.

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