‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 242 sur 298 · C. Rolliit · texte numérisé non relu

C. Rolliit

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Lettre de JJ. Rollin à JJ. Rousseau.

Paris, le 3i soûl 1730.

J'ai fait mettre, monsieur, au carrosse de Bruxelles qui est parti le 30 de ce mois, un petit paquet a l'adresse de M. le duc d'Arrmberg, dans lequel il y a quatre exemplaires du second volume de mon Histoire Ancienne, deux pour monsieur le duc et madame la du-bessc, un troisième pour vous, elle quatrième pour M. Bardou. Je n'écris point a leurs Altesses par respect, et pour ne leur pas devenir incommode : c’est assez de les importuner par mes livres, sans le faire encore par mes lettres. Mais je compte, monsieur, que vous voudrez bien être ma lettre vivante, pour leur témoigner tous les sentiments d’estime, de respect, et de reconnaissance, dont je suis pénétré à leur égard. Je souhaite fort que ce second volume, et ceux qui le suivront, aient le bonbeur de leur plaire autant que le premier , et surtout qu’ils puissent devenir un jour utiles, m n-seulement au jeune prince leur (ils, dans les études duquel ils entreront nécessairement , mais encore aux jeunes princesses, dont je serai ravi de devenir aussi le maître par mes livres. Je suis persuadé que madame la duchesse, avec le bon esprit que je lui connais par le peu de lettres qu'elle m’a fait l'honneur de m’écrire, ne tombera pas dans le défaut commun presque à toutes les dames de qualité, qui pour la plupart songent peu à donner une solide éducation a leurs filles. Il ne convient point certainement de vouloir en faire des savantes, ce n’est point a quoi elles sont destinées : mais je ne puis souffrir qu'on les laisse dans une ignorance presque générale de tout ce qui est capable d'orner et d’enrichir l'esprit; et je mets dans ce rang l’histoire, tant sacrée que profaue, qui peut être d'une grande ressource pour elles dans toute la suite de leur vie. Vous voyez, monsieur, que je cherche à étendre mes droits sur la famille entière de leurs Altesses. Si c’est témérité, du moins le principe d'où elle part la rend excusable.

J'écris un mot à M. Rardon, pour le prier de me donner des nouvelles du jeune prince confié à ses soins. Je vous ferais des excuses de la liberté que je prends de vous prier de lui Taire tenir ma lettre, si je ne craignais qu'un tel langage ne fil tort a la sincère et solide amitié que la Providence a formée entre nous. Je voudrais bien que de ma part elle piit vous être de quelque usage : mais je lie puis vous offrir que des vœux, des désirs, une bonne volonté, et un cœur plein d’estime , d’affection, et de respect pour vous. C'est avccces sentiments que je suis, monsieur, votre, etc.

Lettre de JJ. Rollin à JJ. Rousseau.

De Paris, ce 24 novembre 1730.

M. l'abbé Rardnn m*a fait part, monsieur, de la conversation qu'il a eue avec vous au sujet de scs appointements : c’est la première fois qu'il m'a écrit sur celle matière. J'ai cru devoir attendre que je fusse revenu ici de la campagne où j’ai passé deux mois cl demi, pour être en état de lui marquer les termes mêmes de la première lettre que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire sur le choix d'un précepteur pour le

jeune prince. Les voici mot pour mot : On lui donnera sis cents florins de Rrnbant d'appointements, qui font iüôO liv. de France. J'aurai lu sans doute la lettre même à M. Bardon. quand II s'est agi de prendre avec lui un engagement. J'aurai bien pu aussi lui ajouter de vive voix, duns la conversation, que j'élais bien persuadé que les choses n'en demeureraient passur ce piedlà ; et c'est ce qui aura pu lui faire croire qu’on avait promis de plus forts appointements. En effet j’ai toujours compté que son Altesse M le duc d'Aremberg, connaissant comme il fait le prix et la rareté d'un boa précepteur, plein de générosité et de grandeur d’àme comme il est, s'il avait le bonheur d'en rencontrer un tel qu'il le souhailait, ne s'en tiendrait point à une somme, que je puis vous dire être ici fort ordinaire, et accordée à beaucoup de précepteurs par des personnes d'une condition assez médiocre. Tout récemment, un homme riche à la vérité, mais simple bourgeois, et qui a amassé son bien dans le commerce , «'étant adressé à moi pour donner à son fils un précepteur, il a accordé à celui que je lui ai présenté quinze rents livres d'appointements, et lui a assuré dès à [présent une pension viagère. 11 vous est pardonnable à vous, monsieur, qui ne savez pas comment on en use ici assez communément à l'égard des précepteurs qui ont un certain mérite, de vous être fixé à la somme qui a été promis à M. Bardon, et qui certainement pour des personnes d'un certain rang est trés-honnéle , cl peutêtre, en lisant ma lettre, vous plaignez-vous secrètement en vous-méme du silence que j'ai gardé jusqu'ici sur ce sujet. J avais bien résolu de le rompre, et J'iorals cru répondre mal à la confiance que monsieur le duc m’a témoignée, et manquer au respect que je loi dois, si je ne m'étais pas expliqué avec vous sur ce sujet; mais je n'al pas cru devoir me presser, et J'ai été bien aise d'attendre qu'on connût à fond le caractère d'esprit, la capacité et la probité de M. Bardon. Votre dernière lettre, dont je vous avoue que mon amourpropre a été agréablement flatté, m’a fait connaître que le succès avait passé toutes nos espérances. Que Dieu en 6oil béni. Jamais affaire ne m’a tenu au cœur comme celle-là. M'en voilà tiré heureusement cl à mon honneur. C'est à vous maintenant, monsieur, à voir comment vous vous en tirerez de votre côté. Vous avei affaire à un prince généreux, riche, zélé, ou pour mieux dire passionné pour la bonne éducation de M. son fil», qui vous écoute, et qui vous croit. Le tout roule donc sur vous. Je suis três-persuadé que loin d’étre blessé de la liberté avec laquelle je vous écris, vous m'en saurez bon gré, et la regarderez comme une preuve de D sincérité avec laquelle je veux être votre ami. qui ne me permet point de vous rien cacher. Vous avez trop bon esprit pour ne pas sentir que la remontrance que je vous fais est fondée en raison. Effectivement que peu*' il rester après dix ans de travail à un précepteur qui a mille francs d'appointements? Ne faut-il pasqu'II fasse tous les ans une certaine dépense? Nous autres gens du pays latin ne sommes pas nés pour l'ordinaire avec de grands biens, et nous sommes obligés de soulager noi familles; et c'est notre bonheur, comme notre gloirede ne point rougir de la pauvreté de nos parents, m*** d'y remédier. Tout cela mis en compte, Il reste peu de

chose à un précepteur. Cependant quelqu’un mérilet— 41 plus que lui, dans la maison d’un prince, de faire une petite fortune? J'ai toujours été frappé de ce mot de Néron, qui rougissait, disait-il. de voir que des acteurs de théâtre et des affranchis fussent plus riches que Sénèque, son maître, qui l'était pourtant beaucoup. Mais je rougis moi-même de m'être si fort étendu sur cette matière. Je n’avais qu'a vous abandonner à vousmême et à vos propres sentiments, et à laisser faire votre bon cœur. N'écoutez que loi. je vous prie, et oubliez tout ce que j'ai eu la témérité de vous dire : mais n'oubliez point que je suis avec le plus parfait dévouement, monsieur, votre, etc.

Lettre de SI. Rollin à SI. Rousseau.

De Pjri», ce «•' août iy3t.

Mon troisième volume de l'Histoire Ancienne, monsieur, commence à paraître. J'en ai mis trois exemplairesau carrosse de Bruxelles, sous l'adresse de M. le duc d'Arcmberg : l'un pour son Altesse, 1 autre pour vous, monsieur ; et le troisième pour M. Bardou. Le quatrième ira trouver madame la duchesse en Allemagne, comme nous en convînmes lorsqu'elle me lit l'honneur de me venir voir ici. J’ai bien regretté qu'elle n'ait fait à Paris qu'une courte apparition : mais le peu d'entretien que j’ai eu avec elle m‘a fait voir, monsieur, que tout le bieifque vous m'en aviez dit était encore audessous de la vérité.

Vous savez, monsieur, que mes présents et mes compliments pour M. le duc pussent toujours par vos mains et par votre bouche. Je n'ai que cette occasion de lui faire ma cour, et je souhaite extrêmement de lui plaire. Vous m’aimez, et vous pouvez tout auprès de lui; Je dois être en repos.

J'espère que vous voudrez bien aussi donner a M. Bardon l’exemplaire qui lui est destiné. Il ne m'écrit point, ou rarement; et comme mon ouvrage m'occupe tout entier, je ne lui en sais point mauvais gré. Je ne laisse pas de songer à lui. cl à tout ce qui le regarde. L'article de ses appointements ne m'est point sorti de l'esprit. Moins Il y pense, et plus j'en suis occupé. Vous vous souvenez sans doute, monsieur, que j'ai déjà pris la liberté de vous en parler une fois, et vous parûtes entrer dans mes vues, et souhaiter de lui rendre service. 11 s'agirait d'en trouver l'occasion. Vous seul la pouvez faire naître : les grands seigneurs, distraits pour l'ordinaire sur leurs propres affaires, le sont encore plus sur celles des autres. Leur générosité a besoin souvent d'être réveillée et avertie. Je ne sais pas ce qu'il convient de faire. SI vous jugiez, monsieur, que je dusse vous écrire sur ce sujet une lettre qui pût être montrée à monsieur le dur, il faudrait m'en dicter a peu prés le contenu, alin qu'elle produisit plus sûrement son effet Deux choses m'occupent par rapport à M. Bardou : le présent et l’avenir. Pour le présent je voudrais que scs appointements fussent augmentés, et qu'on les fit monter à quinze cents francs. M. Descaseaux, qui est fort riche, mais simple bourgeois, en donnait autant à un de mes amis que j’avais placé chez lui auprès d'un fils unique, qui est mort depuis peu : et on lui offrait ailleurs pareille somme, s'il eût | voulu sc rengager. Un précepteur cslobligéde faire une !

certaine dépense en babils et en livres. Il a souvent des parents qui ont besoin d’être soulagés : et c'est le cas de M. Bardon. Que |K>ut— il rester à un homme au bout de dix ans d'un travail assidu ? Restent les espérances pour l'avenir : elles sont presque toujours trompeuses, et l'expérience n’en est qu’une trop bonne preuve. On peut compter sur quelque bénéfice. Mais, outre que la conjoncture présente du temps y attache toujours quelque signature, à laquelle une conscience éclairée ne peut point se prêter, vous n'ignorez pas, monsieur, qu'un bénéfice donné ou accepté comme tenant lieu d’une récompense temporelle, tombe dans le cas de la simonie. Conviendrait-il à un grand seigneur de prendre sur le revenu des pauvres de quoi paver scs dettes? cl je mets de ce nombre ce qu’un père riche et reconnaissant destinerait pour assurer à un maître de quoi vivre honnêtement le reste de scs jours. C'est de sa bourse cl de son propre fonds qu'il doit tirer une telle libéralité. Kt quelle diminution peut faire sur de grands revenus une pension modique et viagère ? Je trouve même qu'on a quelque tort de ne la placer qu'à la fin de la course : parce qu’étant anticipée, elle augmente le courage et le zèle du inaitre. Les gens de bien ne sont point intéressés, mais ils sont reconnaissants. Et que basarde-t-on, quand plusieurs années ont Tait connaître le caractère d’un homme?

Voilà, monsieur, comme je pense. Si je me trompe, ce sont mes Urées et mes Humains, (pie j'ai continuellement sous les jeux, qui m'ont gâté le goût. Relisez, je vous prie, ce que j'ai rapporté à la fin de mon premier volume sur le noble cl généreux désintéressement de Scipion l'Africain, fils de Paul Emile. Il en était en partie redevable aux salutaire* avis de Polybe. Je ne crois pas Taire de tort à l'un ni à l'autre, en comparant M. le duc à Scipion, et vous . monsieur, à Polybe. L'amitié seule, et nul Intérêt, vous attache à sa personne. Quelle plus grande marque pouvez-vous lui donner, et quel plus noble usage pouvez-vous faire de la confiance qu'il a en vous, que de lui Insiuuer dans l'occasion des avis salutaires ?

Pra-reptum jaiiculi» hoc inilillare mémento,

Ul lu forlunam, etc.

Quel bonheur pour vous et pour lui, si ces avis allaient jusqu'à l'unique affaire Importante, que nous pouvons définir par ces beaux vers d'Horace :

Id qund

Æquc piaptiibiM prodrtl, locuplelibi» arqué ,

/F.qmV nrgtcftuiu pur ri « «rnibuique uocrbit.

Mais il faut, monsieur, qne je compte bien moi-même sur votre amitié, pour répandre ainsi mon cœur dans le vôtre . et pour ne point craindre de vous découvrir nùmcnt tontes mes pensées, peut-être peu sages et peu discrètes. Je compte en effet sur vous comme sur un ami réel et sincère, que mes Imprudences même ne sont pas capables de choquer, et encore moins de lui faire révoquer en doute le tendre et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'étre. monsieur, voire, etc.

| Je croyais, monsieur, envoyer mon troisième volume . a Vienne; mais on demandait de pmi quarante ou cln-

quantc francs, le l'ai Joint aux autres que j’ai mis au carrosse de Bruxelles qui doit partir aujourd'hui. J eu donnerai avis à madame la duchesse.

Lettré de }f. Rollin à Jf. Rousseau.

I)e Par», Cf 2 soûl 17)2.

M. Bardou m'a fait savoir, monsieur, la généreuse libéralité de M. le duc à son égard. J en ai été comblé de joie, surtout parce que c’est une preuve bien certaine qu'on est de plus en plus content de ses soins et de son travail dans l'éducation du jeune prince. Je sais, monsieur, à qui il a l'obligation d'un avantage si considérable, qu'il méritait d'autant plus qu'il ne m’en a jamais parlé, et qu'il ne l'a sollicité que par son assiduité et son application à remplir exactement ses devoirs. Quoiqu'il en doive toute la reconnaissance au bon cœur de M. le duc, 11 n’csl pas juste que je lui luissc Ignorer l'instrument dont la divine Providence s’est servie pour lui procurer cette consolation. Je m'attendais à en faire en mon nom, et au nom de M. Bardon, de vives actions de grâces i M. le duc, qui devait bientôt arriver ici. Mais je n'ai point reçu de ses nouvelles, et Je pars aujourd'hui pour la campagne. Je suis embarrassé, monsieur, par rapport au quatrième volume de mon Histoire Ancienne qui commence à paraître. J'espérais le présenter moi-méme à M. le duc, cl y joindre celui que je destine n madame la duchesse. Mais n'ayant pas eu l'honneur de la voir, que dois-je faire des quatre livresque j'ai coutume de vous adressera Bruxelles? J'attendrai votre réponse pour me déterminer. Vous en recevrez un peu plus tard mon présent : mais le cœur vous l’a offert des premiers, et je vous prie de ne lui savoir point mauvais gré d'un délai où il n’a point de part, et qui lui coûte. Comme la campagne où je vais est prés de Paris , j’y reviens de temps en temps; et quand je saurais des nouvelles certaines de M. le duc, je ne manquerai pa6de m'y rendre, et d’avoir l'honneur de le saluer. J’ai celui d’être avec un tendre et respectueux attachement, monsieur, votre, etc.

Lettre de 3Î. Rousseau à M. Rollin '.

De Brairlln, le 2 7 *oûl 1732.

J'ai bien des grâces à vous rendre, monsieur, de l'agréable présent que vous m'avex fait du quatrième volume de votre Histoire. Je l'ai lu, pour ainsi dire, tout d’un baleine, et avec une satisfaction qui n'a été interrompue en aucun endroit. Si le sentiment peut passer pour bon juge en ces matières, je puis dire qu'il n'y eut jama’s difficulté plus mal fondée que celle que vous dites avoir été objectée sur la prétendue longueur des réflexions dont votre narration est quelquefois accompagnée, ni de plus mauvais conseil que celui qu'on vous a donné de les abréger. C'est vouloir retrauchcr de votre livre ce qui le distingue le plus utilement, et même le plus agréablement detaot d'autres histoires dont le public se trouve inondé, et qui, dépouillées de l'instruction, qui doit être le but de l'écrivain et le fruit de sa leo-

1 11 pmll que cclt« lettre de M. Rouiun fil une rrponee à «ne letlre de M. Rollin. qui ne noui eil f>aa pireenue, et qui • été écrite tlepois U précédente.

ture, méritent plutôt le nom de gaieltcs savantes que celui d histoires. Quelque nécessaires que ces réflexions soient aux jeunes gens, vous connaissez trop bien les hommes pour ne pas sentir combien elles le sont aux personnes avancées en âge, et qui passent même pour les plus raisonnables. La plupart lisent pour satisfaire leur curiosité, et pour pouvoir dire qu'ils ont lu. Trouverezvous même parmi les plus sensés une demi-douzaine de lecteurs qui veuillent se donner le temps et la peiue de méditer sur leur lecture, et quand ils se la donneraient, est-il sûr qu’ils soient capables de méditer comme il faut et où il faut ? Les uns saltachcioiil à un mot ou à une expression qui ne leur aura pas plu. Les autres s’arrêteront a quelque point de chronologie ou à quelque fait contesté par d'autres auteurs; et à peine dans le grand nombre s en trouve-t-il quelqu'un qui se incite en peine d'y chercher le véritable et l'unique objet de toute lecture sensée, qui est l'instruction : c’est pourtant pour le plus grand nombre que vous travaillez. Votre but n'est pas d'instruire ceux qui sont déjà Instruits; et quand ce léserait, quelle satisfaction n’csl-ce pas pour eux de se retrouver, pour ainsi dire, dons les réflexions d'un homme comme vous, et de s'assurer par celte conformité de la vérité des leurs? Ne faites donc point de dinimlté, monsieur, de continuer comme vous avez commencé. La fonction du philosophe et celle de l'historien sont les mêmes. L'un cherche à instruire par les préceptes, l’autre par les exemples. Mais, si ces exemples ne sont accompagnés de préceptes à propos. Ils deviennent la plupart du temps inutiles, soit par la paresse, soit par l'Incapacité, soit par le peu de loisir des 1 lecteurs. C'est à vous de leur lever ces obstacles : et ils vous en seront d’autant plus obligés , que cette partie de votre ouvrage, qui est la plus utile, est en même temps la plus agréable, et celle qui satisfait le plus l'esprit : les réflexions sont mêlées et comme Incorporées aux faits d'une manière si naturelle et si éloignée de toute affectation, que, si on les en détachait, il semble qu'elles laisseraient un vide dans votre narration. Ne croyez pas pourtant que mon intention , en vous écrivant ceci, solide m'ériger avec vous en donneur de conseils. Je n’ai pas assez de témérité pour m'en croire capable : mais, plein comme je le suis de la lecture que je viens d'achever, j aurais cru me faire tort à moi-méme, si je vous avais caché ma pensée sur ce qui m’a paru de plus Important dans le plan que vous vous êtes fait, cl sur ee qui m'a le plus charmé dans la manière dont vous l'avez exécuté. Je suis avec beaucoup de respect, etc.

Lettre de 31. Rollin à 31. Rousseau.

De Pari», ce l5 juin 1733.

J'ai reçu depuis peu de jours des nouvelles de Vienne, monsieur, où il est beaucoup parlé de' vous. Elles m'apprennent que 31. Bardou, avant son départ, vous avait fuit voir une lettre que je n'avais écrite que pour lui seul, et que je n’avais poinlcouiplé devoir vous être montrée. Si j’avais eu celte intention, j’aurais dù y preudre plus de précautions que je n nl fait, et vous répéter souvent avec saint Paul, ininsipientià loquor... ut minus ’ sapiens dico... L'tinam susiineretis tnodicum quid in-

sipientiæ meœ ! Sed et supportate me. En effet, je ne sais s’il y avait de la sagesse et de la discrétion à moi de faire à un ami commun la question que je lui faisais à votre sujet. Mais la manière dont il me marque que vous l'avez revue ne me permet pas de m'en repentir, et nie dispense, monsieur, de vous eu faire des excuses. Je vous avoue que ccteudroit de la lettre de M. Bardou m'a pénétré de la plus vive joie. J’avais toujours remarqué dans vos lettres un grands fonds de droiture, de piobilé. d honneur; mais je souhaitais voir eu vous quelque chose de plus, cl je l'espérais. L'amitié intime (je ne crains point de m'exprimer ainsi; que la Providence a mise entre nous, laissait toujours dans mon cœur a votre égard quelque doute et quelque inquiétude sur l'article du monde le plus intéressant, ou pour mieux dite sur notre unique affaire. Ces versd'ilorace me revenaient souvent dans l’esprit:

Sic ftiihi Ur<ia flnanl ingriU«]«e K-inpora, qair «pem Conadiuuque inor^utur igrixli |;naiilfr, ni, qood •♦'•que piupenba» pnJrtt, Incnplclihai irqui ;

Æqaè neglcrtum pueiit «enibttoqae noccbil.

La lettre que je viens de recevoir de Vienne dissipe tous mes nuages, et commence à me faire entrevoir une sérénité qui me remplit pour l'avenir de la plus douce espérance.

Vous n'avez pas ignoré sans doute, monsieur, le présent magnifique que m'a fait M. le duc d'Arcmherg. J'y ai été sensible, comme je le dois: j'ai eu pourtant quelque peine a l'accepter, parce que je me suis mis sur le pied de ne recevoir de présents de qui que ce soit. Je vous prie de m'aider à lui en témoigner ma vive reconnaissance.

On va imprimer mes ouvrages ln-4°, en commençant par l'histoire. Si vous aviez quelques avis à me donner, vous me feriez un extrême plalrir. Disciples du même maître, nous eu avons pris le rnéme goût ; et c'est ce qui me ferait beaucoup désirer vos remarques. Je ne puis assez vous marquer avec quelle estime, quelle considération, quelle tendresse. J'ai l'honneur d'étre, monsieur, votre, etc.

Réponte de M. Rousseau.

A Bruirlle», le 25 jain 1/33.

11 est vrai, monsieur, que de tous les témoignages que j’ai reçus de votre amitié, aucun ne m'a tant attendri que celui que ni ‘a rendu M... en me communiquant l'article de votre lettre qui me regarde. Le commente que j'ai eu depuis trois ans avec ce vertueux ami ne lui |H*rniettait pas d’ignorer combien j’y serais sensible, et quel effet produirait sur mon cœur et sur mon esprit une preuve aussi solide et aussi convaincante de l'intérêt que vous prenez à mon véritable bonheur. J’ai toujours senti, et Je sens plus que Jamais, que celui d'être vertueux devant Dieu est le seul auquel uur Aine raisonnable doive as* pirer, et que c'est prendre bien misérablement le change, que de se borner, comme j’ai fait depuis que Je me connais, à vouloir l'étre devant les hommes : toute la sécurité de ma conscience à ce dernier égard n'a servi qu’à me faire connaître que j'avais pris un chemin pour l'autre; et je uc vois que trop que les traverses inouïes qui m'ont

été suscitées dans cette voie d'erreur sont des secours que Dieu m'a envoyés pour m'en retirer et pour m'ouvrir les yeux sur le premier de ses commandements. Malheur a moi si je n’en profile pas, et si je ne viens pus à bout do rompre un reste de cbaiues qui m'attache encore au monde malgré moi-inème ! C’est à quoi j'espère, monsieur, que vos bous conseils et votre exemple pourront me faire parvenir un jour. Si votre éloignement m'a fait perdre la plus solide assistance que je puisse désirer pour cela, je la trouverai au moins dans la lecture de vos ouvrages, que je regarde, comme je crois vous l'avoir déjà dit, plus encore comme un cours de morale chrétienne que comme un cours d'histoire et d'humanités L'humilité avec laquelle vous daignez me demander mes faibles i avis pour la réimpression qu’on en va faire, est pour moi une nouvelle leçon dont je ne saurais mieux prolitcr qu'en vous exhortant à n'en rien retrancher que ce qu'une révision sincère cl exacte vous fera remarquer de moins indubitable dans les choses de fait, car pour les mœurs, qui doivent être l'objet principal de l'Iiistoricu, vous uc sauriez toucher à ce que vous avez écrit sans faire tort egalement et à votre outrage et à vos lecteurs.

Lettre de M. Rollin à M. Rousseau.

De Paris, ce l« juillet 1733.

J'ai trouvé, monsieur, dans le catalogue des siippèls de notre nation de France, qui fait partie de la faculté des arts eide l'université de Paris ; j'ai trouvé, dis-je, le nom que vous cherchez : Joannes i'arotus Itardon, Pictaviensis, iiuccalaureut in ul roque Jure. La nouvelle que vous m'apprenez du bénéfice que lui confère M. le duc d'Arembcrg me fait un extrême plaisir; et je me félicite moi-même tous les jours d'avoir été assez heureux pour trouver un si excellent sujet, et si propre a élever un jeune prince. J al un grand désir que l'Allemagne, devenant témoin du sucrés de ses éludes, profite d'un si bel exemple, et apprenne comme il faut élever les jeunes gens. Le cas que vous faites de M. Bardou, pour l'avoir vu de près et connu par vous-riiéme, augmente beaucoup l’idée que j'en avais conçue. Je lui suis redevable en un certain sens de votre amitié pour moi, que votre dernière lettre me rend encore plus précieuse. Je suis sans compliment, monsieur, mais sans réserve, tout à vous. C. Rou.it».

Lettre de il. Rollin à M. Rousseau.

A Pari*, ce 8 février 173$.

Il y a longtemps, monsieur, que je ne vous al donné de mes nouvelles, et que je n'ai reçu des vôtres, parce qu’il ne s’en est point présenté d'occasion, et que d’ailleurs je sais que vous n'étes point homme à façons, et qu’il n'est pas nécessaire que Je vous déclare souvent ce que je vous suis, et ce que je pense à votre égard.

31. l'abbé Ilardun, notre ami commun, m'a envoyé, il y a déjà quelque temps, ce qu'il a pu ramasser d'actes de son chapitre au sujet de son bénéfice: actes qui montrent bien clairement que la non-résidence y est tolérée, et même, en quelque sorte, autorisée et approuvée. Sur ces éclaircissements, j’ai dressé un cas de conscience que j'ai remis entre les mains de quelques docteurs d’ici qui passent pour les plus habiles et les plus expérimentés

dans cps matières. Leur décision a été que le consultant ne pouvait pas retenir le canonkal. « Tout chanoine,

« disent-ils, est obligé de demeurer dans le lieu de son « bénéfice, selon les lois de l'Église. La coutume con- « traire, excepté dans les cas marqués par le droit, ou « dans une nécessité Indispensable, ne peut être qu’ac busive. C’est lo décision du concile de Trente, qui dans « l'endroit même où il renouvelle les anciens décrets € pour neuf mois au moins de chaque année, déclare a qu’il ne faut avoir égard, ni h coutume, ni à statut « contraire : .Von liceat. vigore cujuslibet statut! aut « consuetudinis, ultra très mentes ab eisdem Ecelesiis m quolibet anno abesse. » Je pensais bien de la sorte, mais il ne m'appartenait pas de m'expliquer sur une matière qui n’est point de mon ressort. J'ai envoyé la consultation à Vienne.

Vous avez perdu, monsieur, une compagnie qui ne vous est pas indifférente pour la douceur et l'agrément de la vie. Je ne sais s'il est facile, dans le pays où vous êtes, de trouver quelque dédommagement qui puisse, non pas remplir ce vide, mais vous consoler un peu de la perle que vous avez faite. Cette absence vous laisse beaucoup de temps, mais heureusement vous savez le mettre k profil.

Pour mol, monsieur, il ne me reste aucun loisir, et le public, quelque bonne volonté qu'il me témoigne, ne serait pas content de moi si je in'en donnais. J'ai achevé mon septième volume; et je le repasse actuellement, pour commencer à le mettre entre les mains de l'imprimeur dans le mois prochain. Au lieu de lecteur, et (je rougis de le dire) d'admirateur de mon ouvrage, que ne puls-jc vous avoir pour réviseur et censeur de mes livres ! Ils en seraient bien meilleurs, et pourraient peut-être , par là devenir dignes d'admiration. Conservez au moins pour mol la qualité d'ami. Je crois la mériter par le sincère et parfait dévouement avec lequel je suis, monsieur, votre, etc.

Lettre de aM. Rollin à M. Rousseau.

A Paria, ce 17 fc*rier 173$.

Je n'ai point perdu de temps, monsieur, et aussitôt votre lettre reçue, j'ai été consulter le docteur qui avait dressé la réponse au cas en question. La décision du concile de Trente le frappe beaucoup ; mais il est touché aussi des motifs contenus dans votre lettre, dont je lui al fait lecture pour cet article. L'intérêt public de 1 éducation d’un jeune prince, surtout d’un prince de la famille des fondateurs de l'église collégiale où est le bénéfice en question, lui parait une forte raison pour dispenser de la résidence pendant le temps seulement que 1 éducalion du prince durera, et empêchera le pourvu d'aller remplir ses fonctions. Il serait à souhaiter qu on pût trouver l'acte de fondation, qui serait un titre bien fort, et qui appuierait les autres raisons si la non-résidence y était permise dans quelque cas. Cela même supposé, et encore bien plus, si cet acte ne se trouve point, le docteur désirerait que , pour appuyer et autoriser une exception formellement contraire à la décision du concile de Trente, l'autorité de l'évéque ordinaire interv int, et que sur une espece de consultation que ferait le pourvu du parti qu’il doit prendre daus la conjoncture présente

l'évéque, eu égard à la disposition sincère du pourvu de résider le plus tôt qu’il pourra, à l'importance extrémede procurer une bonne éducation à un jeune priucc, à l'intérél même qu’a l’église collégiale dont il s'agit de se conserver un bon sujet pour l'avenir ; que, pour tous ces motifs et autres pareils, l’évéque le dispensât de la résidence pour le temps seulement qu’il sera obligé de demeurer auprès du prince. Pour lors, le chanoine, nommant un procureur en sa place, comme il est d usage daus ce chapitre, donnant aux pauvres le revenu qu’il tirera du bénéfice pendant son absence, et étant bien résolu d’aller y résider dès qu’il le pourra, on croit qu’il peut conserver le bénéfice. Je vous laisse le soin, monsieur, de lui fuire savoir ce que je viens de vous marquer, parce que vous êtes plus à portée que moi de lui en donner promptement avis.

Je voudrais bien, monsieur, qu‘011 pût aussi trouver quelque prompt et efficace tempérament pour adoucir et modérer votre affliction. Elle est juste, elle est raisonnable: mais je crains que vous ne vous y abandonniez trop. L’étal où votre lettre m’apprend que vous êtes me touche vivement, et me fait craindre pour votre santé. Quand ferez-vous usage de votre raison et de votre religion, si ce n'est dans une conjoncture comme celle-ci? La volonté de Dieu est bien marquée à votre égard dans cet événement. Quel bonheur, quelle paix, si vous pouviez vous y soumettre pleinement, et que cette pensée, se rendant maîtresse de votre esprit et cle votre cœur, en écartât toutes les autres pensées, qui ne peuvent servir qu’à vous tourmenter! Pax Dei. qua exsuperat omnem sensum, custodiat corda et intelligentias vestras. C ■ R-

Lettre de M. Rollin à M. Rousseau.

A Pjri«, ce 10 inar* 17Î<.

Le commencement de votre dernière lettre, monsieur, m’a fort alarmé en m'apprenant le danger qu ont couru deux personnes à la santé de qui je m'intéresse très-sincèrement et très-vivement. Béni soit Dieu qui les en • tirées! M. le duc en va courir d’autres qui ne vous causeront pas peu d’inquiétude. J’adresse tous les jours pour lui au dieu des armées cette prière : Custodi serrum luutn, Domine, ut pupillam oculi: sub utnbra alarum tuarum protégé eum. On ne trouve que là du repos et de la sûreté.

Je lui demande bien aussi de vous couvrir de ses ail», monsieur, et de vous tenir lieu des amis précieux qu il vous a ôtés. Votre état, je l’avoue, m’attendrit et m inquiète à votre égard, et je n'y pense point sans trembler pour vous. Vous voilà livré sans distraction à des pensées tristes et affligeantes, propres à renouveler et à rouvrir d’anciennes plaies qui n’ont jamais été bien fermées. On peut se consoler des autres pertes: mais je sens bien que plus on est honnête homme, plus on est sensible à tout ce qui blesse la réputation. Heureux qui peut dan» cet étal s'adresser à celui qui connaît les cœurs, et lui dire avec confiance: Maledicent illi, at tu benedices- On vous accuse, 011 vous calomnie, on noircit voire réputation: mais quel mal vous peuvent faire les hommes, si Dieu se déclare en votre faveur? Ce qui doit nous loucher et nous inquiéter, c’est le jugement que la vérité éternelle prononcera à notre égard, dool l'approbation

des hommes ne pourra nous délivrer. Gloria nostra tu esto, lui disait saint Augustin. Qui laudari vult ab hominibus vitupérante te, non defendetur ab hominibus judicanle te, nec eripietur damnante te. Quand on a réussi, mm me vous avei fait, dans un genre de compoaition bien délicat, et exposé à bien des dangers, n'est-ce pas dans le fond un bonheur d'avoir occasion d’expier les fautes qu’on a pu y commettre |«r les retours presque inévitables de l'amour-propre, en souffrant uvec patience et résignation le blâme, l’envie, et même la calomnie «les hommes? Je ne sais si mon état, où je suis accablé de louanges, n'est pas plus à craindre que le vôtre, où une prévention injuste s'acharne contre vous. Tous les applaudissements que je reçois portent avec eux un poison d'autant plus dangereux qu'il est plus subtil. Instat adversarius veræbeatitudinis uostræ, dit encore saint Augustin, ubique spargcn.% in taquets. Kuge, eugel ut, dum avide colliyimus , incante capiamur, et à veritate tuà gaudiutn nottrum deponamut, algue in hominutn fallacia ponamus. Ce sont mes amis souvent qui me tendent ces pièges. Vous élrs mieux servi par vos ennemis, qui vous fournissent do favorables occasions d’acquitter vos dettes, et do dire de bon cœur : Dimitte nabis débita nostra, sicut et nos, etc.

Il me semble, monsieur, que si j'étais à Bruxelles, nous nous entretiendrions de la sorte; cl je présume que vous ne me saurez pas mauvais gré de le faire quelquefois par écrit. Il m'est venu dans l'esprit de vous envoyer un consolateur, qui vous dira bien mieux tout ce qui vous concerne : c’est le livre admirable de >1. Du Guet sur la passion de Jésus-Christ, dont la lecture me charme et m'enlève. Je ne veux point vous faire ce présent sans votre permission : mais je vous avertis que vous m’affligeriez véritablement si vous me la refusiez. Quand vous me l'aurez accordée, je ferai mettre le paquet au carrosse de Bruxelles. Je ne sais pas si c'est toujours la même adresse, c’est-à-dire chez M. le duc d'Aremberg. Je suis sans compliment, mais sans réserve, monsieur, votre, etc.

Lettre de M. Rollin à M. Rousseau.

De l'aria, ce 2; mira 1 ; 3 . j .

J’ai fait mettre le paquet de livres que je vous envoie, monsieur, au carrosse de Bruxelles qui doit partir aujourd’hui. Je regarde ccs livres comme un trésor inestimable; l'esprit et le cœur y trouvent de quoi se nourrir et se consoler dans ce lieu de pauvreté et de misère où nous sommes relégués. Ida grande peine est de ne pouvoir donner que des moments courts et rapides à celle lecture a laquelle je souhaiterais pouvoir me livrer. J’ai eu le bonheur d'èlre lié avec l'auteur de ces livres par une amitié tendre et intime , et je lui dois le peu de connaissance que j’ai de la religion. Pendant plusieurs aimées, il y avait un jour dans la semaine où U nous expliquait à un autre ami et à moi l'Ancien Testament , et c’cst ce qui a donné lieu à ces ouvrages admirables qu'on a imprimés depuis peu sur la Genèse, sur Job et sur les Psaumes. Dans la dernière lettre que je lui écrivais en lui envoyant mon sixième volume de l'Histoire Ancienne, je le faisais ressouvenir de cet heureux temps où 11 nous expliquait ces oracles divins ; et voici ce qu'il

me répondit. Ce petit morceau vous fera juger de l’esprit de l’auteur.

« Vous vous souvenez, monsieur, avec trop de bonté, « de ces jours, que vous appelez heureux, cl qui l’é- « talent en effet, mais pour moi plutôt que pour vous, « puisque je n'occupais que la place du serviteur qui a préparait à ses maîtres ce qui était de leur goût, et « qui remplissait d'eau des vaisseaux que votre foi et la a bénédiction de Dieu convertissait en vin . sans peul- « être que j'eusse la liberté d'en boire. Car vous savez , « monsieur, mieux que moi , que c’est à l'amour et à a une sainte soifque tout est accordé . et que les vérités, « qui ne sont qu'un spectacle pour les autres, sont la a nourriture cl le bien de ceux qui les aiment.»

J'ai reçu une lettre de Vienne, où 11 me parait que l’on est fort content de la dernière réponse que vous avez eu la bonté d’y envoyer.

Je suis de tout le cœur, monsieur, votre, etc.

Lettre de M. Rollin à M. Rousseau

A Piria, ce 19 avril '734.

Je me doutais bien , monsieur, que vous crieriez à la ruse, à la fraude, j'ai pensé dire à la fourberie; mais ce mot serait trop fort , car enûn je n’ai rien avancé de faux. Je tue suis seulement abstenu de développer ce qui était vrai : mais y étais-je obligé? Si doue, monsieur, je vous ai trompé, comme c'était bien mon intention , car autrement yous ne m’auriez pas donné la permission que je vous demandais, ne vous en prenez qu’à vous-même , et à votie simplicité , dont il est juste que tous soyez puni. Quoi! je vous vois presque tout prêt à rétracter votre parole. Jamais une telle pensée est-elle venue dans l'esprit d’un honnête homme? Je l'ai en bonne forme, et par écrit", et par toute terre vous perdriez votre procès. Mais . pour parler sérieusement , comment avez-vous pu me proposer de recevoir le prix de ces livres? Qu'est-ce que ce peu d'argent »*t pour vous et pour moi ? Quantum est hoc? Je puis bien ici vous appliquer ces mots de l'Écriture sainte. Je n'ai point prétendu vous faire un présent considérable. Il ne l'est que par l'excellence de l’ouvrage. Four mol je n'en connais point de plus parfait , qui fasse mieux connaître Jésus-Chiist , qui enseigne plus à fond la religion, ni qui soit plus propre a rendre la piété aimable cl respectable. Ma douleur est de n'y pouvoir mettre autant de temps que vous y en destinez. Mon ouvrage, qui m’occupe tout entier, ne me le permet pas. J'en lis tous les jours, mais peu, excepté les dimanches, où j'inlerromps mon travail , et ce jour est véritablement pour moi ce que l'Écriture appelle Sabbatum delicatum : un sabbat, un repos délicieux. Il ne vous serait pas permis désormais, quand vous le voudriez, de m’oublier. Ce livre, dont vous avez résolu de faire une lecture journalière, vous fera souvenir tous les jours du parfait et chrétien dévouement avec lequel je me Tais gloire, monsieur, d'èlre votre, etc.

lettre de 3f. Rollin à M. Rousseau.

A l'iris, cc II juin 17.14.

J’ai reçu . monsieur, le paquet que vous avez eu la bonté de m'enyojer, qui, selon vous, est votre confes-

sion. Mali elle n'est pas entière, et, afin que je pusse vous absoudre , elle devrait l’étre. Je n'en ai encore rien lu. J'emporte le premier volume avec moi à la campagne , où je vaii passer quelques jour» avec un ami Intime, qui est pour moi d'un grand secours en tout sens.

Je compte, monsieur, que mon septième volume sera entièrement imprimé avant la fin de la semaine prochaine. Maintenant que M. le duc d'Areniberg est absent, dois-je joindre au paquet de livres qui sera à son adresse celui qui vous est destiné? Il faudta le temps de les sécher et de les relier, ce qui tiendra bien encore un mois. Mon huitième tome est fort avancé , car je ne perds point de temps: et le public, avec toutes ses louantes et tous ses applaudissements, est pour moi un rude comité . qui ne me laisse point de repos , et ne me fait point de quartier. Vous savez , monsieur, avec quelle sincérité, et . j’ose le dire , avec quelle tendresse je suis votre, etc.

Lettre de Jf. Mol lin à Jf. Rom tenu.

A Pari», ce 5 jqillrl i;34.

Oui, monsieur. Je vous ai marqué que mon septième volume serait achevé, pour l'impression, au rotnmencernent de ce mois : aussi l'est-il. Mais il fout du temps pour le sécher, le plier, le relier, et il ne pourra être donné au publie qu’au commencement du mois prochain. Je ne manquerai pas d'envoyer mon paquet à Bruxelles dés qu'il y en aura de prêts. Vous trouverez outre le septième volume, une broehure, qui est un supplément a mon Traité des Études. On a souhaité que J y ajoutasse quelque chose sur ce qu'il faut faire apprendre aux enfants avant qu'ils soient en état d'entrer au collège, et sur les études qu’on peut conseiller aux jeunes demoiselles. J'ai cru ne devoir pas me refuser à des désirs si Justes et si raisonnables.

I.a lecture de vos Psaumes , monsieur, nous a agréablement occupés dans nos promenades de Colomhes, M. I abbé d Asfeld et mol. Je ne les avais jamais lus , non plus que lui. Il est plus en état que personne d'en sentir toutes les beautés . et par le goût excellent qu'il a pour tous les ouvrages d'esprit, et par l'Intelligence particulière qu'il a des psaumes, qui ont fait le sujet de ses conférences publiques à Saint Roch. pendant plusieurs années. En lisant les vôtres il serait bien à souhaiter. me disait-il , que M. Rousseau eût composé de cette manière tous les psaumes, et qu'il n’eût composé que cela.

Je reçois bien volontiers vos compliments , monsieur, sur la nouvelle dignité que le roi a accordée h M. son frère. Notre joie n’csl pas sans inquiétude. On est tout prêt , dit-on . de donner une bataille sur le Rhin. Qui sait quel en sera le succès? Ma consolation est de savoir que M. le maréchal d'Asfeld n'attend ce succès que de la seule protection du Dieu des armées , et que dans celle vue 11 ne cesse dans toutes ses lettres À M. son frcrc de se recommander Instamment aux prières des gens de bien. Vous avez bien raison, monsieur, de dire qu'il n'y a de solide ressource pour l'homme que la religion. Vous savez avec quels sentiments d'estime et de tendresse je suis à vous.

Lettre de Jf. Roi lin à Jf. Rousseau.

De Paris, ce 3l juillet iy34.

J'ai fait mettre, monsieur, au carrosse de Bruxelles qui part aujourd'hui , un paquet de livres pour N ienue: savoir, deux pour M. le duc et madame la duchesse, un pour M. Bardoo, et un quatrième pour M . Violent. Vous comptez bien , monsieur, que vous n'y êtes pa> oublié. Vous trouverez une brochure , où je dis un mot de ce qui regarde l’éducation des demoiselles. Comme je u'écrls point il Vienne, Je vous prie de vouloir bien y suppléer par vos lettres , et de bleu faire ma cour à des personnes pour qui je suis plein d'un respect infini. Je suis de tout le cœur, monsieur, votre , etc.

Lettre de 31. Rollin à J/. Rousseau.

Dr Pari», « 29 jinrirr 1/35.

J'ai fait mettre h votre adresse, monsieur, un paquet au carrosse de Bruxelles qui part aujourd'hui. Vous y trouverez cinq exemplaires du huitième volume de mon Histoire Ancienne: un pour vous d'abord, deux pour M le duc et madame la duchesse d'Areniberg, un pour M. l'abbé Bardou, enfin un cinquième pour M. Violent. Vous voyez, monsieur, que j'approche de la fin , et je l'envisage avec joie. Le neuvième volume, qui est achevé et qu'on mrttra bientôt sous la presse, terminera l'histoire des Grec» par la mort de Cléopâtre, et ta ruine du royaume d'Égypte. J’ajouterai un dixième volume, qui serait assez intéressant si je pouvais y réussir : il contiendra l'histoire des arts et des sciences , et de «eux qui s'y sont distingués. Je souhaite bien, monsieur, que le huitième volume soutienne un peu ma réputation auprès «le vous. Soit amitié, soit prévention, soit vérité, les autres ont eu le bonheur de vous plaire : Je désire fort que celui-ci ait la même fortune. Je serai ravi qu'il puisse remplir agréablement quelques moments de la solitude où vous êtes réduit, qui m'afilige et m'effraie C'est une chose triste que de n'avoir point d'ainis dans le sein «lesquels on puisse répandre son cœur et le soulager de toutes se» peine» par ccttc effusion. C’est l’état où David sc trouvait souvent, mais il avait une ressource assurée, où il trouvait toujours sa consolation. Effundo in conspectu ejus oralionem meam , et tribulationem meam ante ipsum pronuntio. 11 racontait à Dieu toutes scs pcinrs, toutes les trahisons de scs amis , l'abandon où il se trouvait , comme si tout cela lui eut été inconnu; et par ce simple récit son cœur était sou lagé Je souhaite, monsieur, que vous éprouviez U même consolation, et que Dieu vous lieunc lieu de tous les amis que vous avez perdus. 11 les vaut bien, et peut les remplacer avantageusement. C’est ce que je lui demande pour vous de tout mon cœur. Je ne puis mieux vous témoigner la tendre et respet tueuse amitié avec laquelle je suis, monsieur, votre, etc.

Lettre de 31. Rollin à JH. Rousseau.

A Pim, ce 6 aoûl iy35.

J'ai donné sur moi une lettre de change au public, monsieur , pour le commencement du mots d'août ; et je le pale régulièrement à l'échéance. Celte exactitude n JO lu n ai | li est bien daos ses affaires, et à qui

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