C. Rollin
Lettre de M. Rollin à M. Rousseau.
De Pari*, ce C ,uill<*t 1736.
Je ne sais, monsieur, comment jai tardé si longtemps à vous donner l'éclaircissement que vous m'avez demandé par votre dernière lettre sur l’auteur du Spectacle de la Nature. C’est un de mes intimes amis, et j'ai la vanité de prendre quelque part au succès de son ouvrage, parce que je l'ai fort exhorté à l’entreprendre. Il est de Reims, et s’appelle Antoine Pluch. 11 a été assez longtemps à la tète du collège de Laon, où il enseignait la rhétorique avec beaucoup de réputation. Les affaires présentes l’ont obligé d’en sortir. Depuis ce temps-là, il s*esl chargé de l’éducation de quelques jeunes gens de qualité. Mais eufin II a pris le sage parti de ne plus travailler que pour le public: et son travail ne lui a pas été inutile. Les trois premiers volumes du Spectacle de la Nature lui ont déjà procuré cent pistolcs de revenu en fonds. Il en donnera encore deux, dont l’un renfermera tout ce qui regarde l’air et le ciel, et l'autre tout ce qui
concerne l’homme, pour qui sont faits tous les ouvrages de la nature. Il n’est pas seulement excellent auteur, mais bon ami, et d’un commerce le plus doux et le plus sociable qu’on puisse désirer. Pour tout dire en un mot, je le crois très-digue de votre amitié. Je dev rais craindre, si vous le connaissiez, qu’il ne nie supplautât : mais j'ai éprouvé que rien ne pouvait me faire perdre votre amitié. Vous savex, monsieur, tout ce que je vous suis.