‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 246 sur 298 · C. Rollin · texte numérisé non relu

C. Rollin

Lettre de M. Rollin à M. Rousseau.

A Pari», c* 3t juilUl lj3S.

Je vous dois bien des remerclments, monsieur et cher ami, pour le beau présent que vous m’avez fait. Le R. père Brumoi eu fut lui même le porteur.ee qui j a ajouté u 11 nouveau prix. Je ne le connaissais que par «00 savant ouv rage »ur le théâtre grer, dont vous savez que j'ai fait grand usage, et il ne m’en a point su mauvais gré. J’ai été ravi de le connaître par moi-même, et sa conversation n'a pas diminué l’estime que son livie m avait fait concevoir de son mérite. Je n’ai pu encore lui rendre sa visite, parce que j’ai toujours été depuis ce temps à la campagne, et que j’y retourne encore au premier jour pour trois mois au moins. Dès que je serai revenu, je lie manquerai pas de m'acquitter de ce devoir : et, comme c'est à vous, monsieur, que je dois son amitié, dont vous êtes le lien, je vous prie, quand vous lui écrirez, de vouloir bien lui faire mes excuses de ce que je ne puis pas le voir aussitôt que je l’aurais souhaité et que je l’aurais dû.

J’ai lu avec un grand plaisir vos trois épllres; et quand votre nom n'v aurait pas été, j’en aurais bientôt reconnu l’auteur à ce style naturel, mâle, et énerglqur/qui régne clans toutes vos pièces. Un ami. qui a beaucoup de goût, dont Je reçus hier la lettre en arrivant de la campagne, me parle ainsi de celle qui me regarde : .Vous avons lu ici l'épitre que ,W. Rousseau vous a écrite. Elle «oui a paru magnifique, digne en un mot de cou* et de lui. Je ne sais pas, monsieur, si c'est amour-propre, mais je la trouve supérieure aux deux autres, quelque belles qu’elles soient. L'amitié, qui commande à l’esprit et nu cœur, y a fait un grand usage de l'un et de l’autre.

Tout le inonde se flatte ici, monsieur, qu’on travaille à votre retour, et il me parait qu’on le souhaite avec ardeur. Je 11’ose me livrer à une si douce espérance, quelque désir que j'aie qu'elle soit fondée, parce que, vous connaissant comme je fais, je comprends que tout retour ne vous convient pas. Je ne désespère pas néanmoins du succès, parce qu'il est entre les mains de celui qui peut en un moment lever tous les obstacles qui s’y opposent. Vous savez avec quelle estime cl quelle tendresse je suis, monsieur, voire, etc.

Lettre de M. Rollin à Jf. Rousseau.

De Pari*, cc 3 d*«n»br« IJ36.

J’avais déjà entendu parler, mais fort obscurément, monsieur et cher ami, de la disgrâce qui vous est arrivée : mais ce n’est que d'hier que j'en suis certainement informé, sans pourtant en savoir bien les circonstance* particulières. Mais j’en sais trop pour ne pas sentir combien cc coup est accablant pour voua; et je me M1*"®

vous témoigner combien j'en suit affligé ci alarmé. Ce qui me fait le plu* de peine, monsieur, dans ce triple événement, est de songer que peut-être vous navet pas un seul ami dans le sein de qui vous puissiez répandre voire cœur, el avec qui sous puissiez délibérer inûreiuet quelle* mesures vous devez prendre dans une conjoncture si délicate et si importante. La juste douleur et l'indignation dont vous clés sans doute |>éiiélré ne sont pas bien propre* à vous donner de bons conseils. J'ose tous supplier, monsieur, de ne pas vous presser de prendre votre parti, de vous donner le temps d'y réfléchir mil renie ni, et de laisser passer l'émutiou et l'ébranlement qu une secousse aussi violente a dû causer en vous. Je ferai souvent pour vous l'admirable prière de l'Ecriture sainte : O sapientia... forliter suaviten/ue </is/>onens omnia, t eni ad dveendum noiviam prudtnliit. Peut-être le Seigneur veut-il vous parler d'uue manière plus parliculièie et plus distincte. Vous avez grand besoin qu il soit votre conseil, votre lumière, votre consolation, et votre force. Vous savez avec quel dévouement je suis, monsieur, votre très-humble el très -affectionné serviteur.

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