‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 247 sur 298 · C. Rolliu · texte numérisé non relu

C. Rolliu

Lettre de M. Rollin à if. Rousseau.

A Pari», ce 1 1 avril *737.

Vous recevrez bientôt, monsieur, ou vous avez peutêtre déjà reçu l'onzième volume de mon Histoire, que j'ai mis pour vous dan» le paqurt adressé à M. le duc d'Aremberg. Vous y verrez, dans l'avertissement, que j'ai la témérité de m'engager à mon Age de travailler à l'Histoire romaine. Le public my a forcé en quelque aorte par la manière favorable dont il u reçu ma première Histoire. J'ai reçu tout récemment des lettres du prince* royal de Prusse sur mes ouvrages, les plus obligeant es qu'il soit possible d'imaginer, et en même temps écrites avec des sentiments de boulé el de noblesse véritablement dignes d‘un prince. Je m'imagine, monsieur, que votre excellente épilre, qui a porté au loin mou nom et votre suffrage, m'attire de pareil* compliments. On a été ici longtemps à attendre presque tous les jours votre arrivée à Paris, el l'on s'en faisait un grand plaisir : mais le long délai nous fait craindre que nos vœux et nos espérances n'aient pas leur effet. Vous savez avec quels sentiments d'estime, de reconnaissance et de tendresse, J'ai l’honneur d'étre, monsieur, votre, etc.

Lettre de if. Rollin à if. Rousseau.

A Pari», ce 7 tuai» 1738.

Vous m’avez causé presque en même temps, monsieur et cher ami, une gande joie et une grande inquiétude. M Baciuc nous lut, il y a plusieurs semaines, chez M. Coflin, votre admirable épilre sur la Religiou. J eu fus enlevé, j'en fus euchanté. Les sentiments, les pensées, les expressions, tout répond à la grandeur et à la noblesse du sujet. Mais c'est le sujet même qui fit ma plus grande joie, et qui me remplit de la plus tendre et de la plus vive consolation dont mon coeur soit capable. Car vous savez, monsieur, quel est le principal objet de mes désirs à votre égard. On peut, avec une pièce do poésie comme celle-là, paraître avec quelquo con-

fiance devant un| tribunal où le Jugement qu'on porte des ouvrage* d'esprit est bien différent de celui desbommes. Dans le temps que je m'occupais de ces douces pensées, j appris av ec une surprise et une douleur que je ne puis vous exprimer, que vous aviez été attaqué subitement d'une maladie qui faisait tout craindre pour vous. Je n'oi point cessé, depuis ce temps-là, de faire à Dieu la courte mai* vive prière de l'Évangile, Domine, ecce quem amas, iufirmatur, et de lui demander qu'il voua laissât le temps de faire usage de toutes les réflexions et de toute» les résolutions qui accompagnent ordinairement la vue d'une mort qui parait prochaine. Je commence, monsieur, à respirer et à être en repos. J'apprends, avecju 11e grande joie, que votre attaque, qui vous a laissé toujours la tête el le cœur libres, vous permet « éj 1 de vous promener dans votre chambre sans canne et sans appui. J'espère que vos forces augmenteront de jour en jour, et je vous conjure, au nom de la tendre amitié qui nous unit depuis longtemps, de vous ménager avec grand soin, surtout dans ces commencements de convalescence. Quoique vos lettres me fassent toujours un singulier plaisir, je vous prie de ne point m’écrire si tôt, et d'attendre pour cela un parfait rétablis; ement de votre santé. Je suis avec plus de tendresse et de dévouement que jamais, monsieur, votre, etc.

Lettre de M. Rollin à il. Rousseau.

A Paris, le 37 août 1738.

Vous allez être accablé de mes livres, monsieur, et très-cher ami ; vous en recevrez trois tout à la fols : les deux derniers de l'Histoire Ancienne, et le premier de l’Histoire Romaine. Mc voilà, comme vous voyez, engagé dans une entreprise de longue haleine , également Importante et difficile. A chaque nouveau tome que je donne, je n’ai pu encore gagner sur moi de me rassurer sur l'événement : combien plus dois-je craindre en entrant dans une nouvelle carrière î Je ferai de mon mieux : Je donnerai à re nouvel ouvrage toute l'application dont je suis capable, je ne négligerai aucun des moyens propres à le faire réussir. Puis, j'attendrai tranquillement le sucrés de la part de celui dans la main do qui nous sommes, nous, nos discours, et tous nos ouvrages. In manu illtus et nos, et sermones nostri. Je souhaite fort, monsieur, que ce succès réponde à celui de l'Histoire Ancienne, et à la réputation que lui a donnée votreexcellenleépltre, ou, pour parler plu* simplement, qu'elle lui a assuré pour l’avenir.

J'ai mis ces trois livres dans le paquet que j’ai adressé à madame la duchesse d’Aremberg par le carrosse de Bruxelles, qui doit partir samedi prochain ; et je l'ai priée de vouloir bien vous les foire rendre : ce qu'elle fera sans doute promptement et avec joie. Vous savez avec quels sentiments d'estime et de reconnaissance , Je suis, monsieur, votre, etc.

Lettre de if. Rollin à if. Rousseau.

A Paris, ce 9 no ven lire 1738.

O le beau et l'admirable présent, monsieur et cher ami! Que je suis avantageusement payé de tous les miens! Ce morceau de poésie est complet : tout 's'y trouve. Grandeur, noblesse, élégance, clarté : pensées

neuves, sublimes, solides ; expression vive et énergique : rimes fort riches : tout, en un mot, digne de la matière qui y est traitée, et ee qui Tait un grand plaisir aux gens de bien, tout y parait encore plus la production du cœur, que de l'esprit. Je m’intéresse doublement, monsieur, au succès de cette épilre : par rapport à celui qui en est l'auteur, et par rapport a celui à qui elle est adressée. L'un est presque mon camarade de dusse, l'autre mon écolier : tous deux mes bons amis. Est-ce qu’on ne devrait p.is s’empresser de faire revenir ici avec honneur l'auteur d’une telle pièce? lUais ce n’est pas des hommes qu’il pii faut attendre la récompense. Aussi n*y a-t-il que celui pour qui elle est faite qui la puisse paver dignement. Je souhaite qu’il vous comble de toutes ses bénédictions les plus précieuses. La composition de cette pièce en est déjà une bien singulière, et qui peut être suivie d'autres encore pl .s grandes. Fiat. Fiat.

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