TRADUIT PAR M. H. AVOCAT
Des Académies d'Auxerre et de Chàlons-sur- Marne.
Messieurs ,
Il n’est aucun sentiment qui touche plus vivement le cœur des princes que le désir d’immortaliser leur existence : tous ont l'ambition de former quelque établissement dont la magnificence puisse illustrer leur nom, et leur assurer dans le souvenir des hommes une gloire fondée sur la reconnaissant. Au sein des plaisirs et des honneurs, au milieu des richesses qui préviennent leurs désirs, ils sentent qu’il manque â leur coeur un bien dont l’avenir leur présente l’image, et vers lequel tous leurs vœux, tous leurs efforts, doivent se porter sans cesse. Ce bien, messieurs, c'est un nom célébré dans la postérité. Mais la plupart, séduits par un faux éclat, cherchent la gloire avec plus d’ardeur que de sagesse. Ils voient d’un œil indifférent, disons mieux, ils oublient les anciennes institutions, celles même qui sont le plus utiles à l’État, et croient presque toujours ne devoir s’attacher qu’à quelqu’une de ces entreprises dont la nouveauté puisse éblouir et fixer sur eux l’admiration du peuple. Jaloux de ne partager avec personne la gloire due à l'inventeur qui achève son ouvrage, chaque prince veut un projet dont il puisse se dire et l'auteur et le père, et recueillir seul une portion d'estime publique qui ait pour lui la fraîcheur et l’éclat d’une fleur nouvelle, comme si tous les soins qu’ils consacreraient h l’entretien des monuments élevés par d'autres mains ne devaient tourner qu'au profit d’une gloire étrangère, et être entièrement perdus pour ta sienne.
Ce n’était pas ainsi que pensait l'antiquité, elle qui savait si bien apprécier la véritable gloire. Que d'ouvrages rétablis et restitués, dont elle nous a conservé la mémoire sur ses médailles1 et sur ses monuments ! Ce
1 Parmi Ica médaille» eon»alairr» et impérial» qui tant conservée! ésni le* cabinets des rarieox, on en trôner plnaïrart qn’on nomme mvdmUlet rsstUuèt», do mot rtstHuit qu'allés portent, qtie'qncfois en abrégé, outre le type et I* légende ordi-
n’est pas non plus de cette étrange manière qu'a pensé le jeune prince qui nous gouverne, lorsque, aidé des conseils du régent de son rojaume, il a fondé parmi nous l'établissement de l'instruction gratuite. Dan» ccs méditations sublimes, où le génie de Philippe s'élève toujours à des objets dignes de lui, il a vu que rien ne pouvait mieux contribuer à la gloire de son auguste pupille et au bien de toute la France que d’assurer â jamais, par un réglement émané de la magnificence royale, et l'honneur et l’étal de celte république littéraire, qui est k lo fois la niere et le modèle de toutes les universités du monde chrétien, qui, liée dans le palais même de nos rois, formée sous leurs yeux et sou- leurs auspices, a vu pendant tant de siècles sa gloire augmenter de jour en jour aicc les sciences qu'elle cultivait, »: dont nous pouvons dire (si toutefois notre amour pour < Ile ne nous aveugle pas), que, loin d’étre à charge au rojaume, elle en a toujours fait un des principaux ornements.
Mais, au moment où ce prince, si digne de notre reconnaissance, parait ne s’étre occupé que de l'utilité publique, ii’a-t-il pas servi aussi parfaitement les interets de sa propre réputation ?
Tel est, en effet, le caractère de la véritable gloire. Destinée û suivre lo vertu, comme l'ombre suit le corps,
mirer. De «avança antiqoiuirca, dont le (entimenl é lait devenu général, avaient penré que ce mol «ignifiaii que plnaieara emprrrura avaient fait rétablir lea mina de la monnaie de leur» pré.lécraarurt pour loi donner cour* dan* |c commerce avec leur propre monnaie; maia M. Lebcan a prouve par de »avanti mémoire!, publié* dana le lome xxi de l'Académie dea Bellca- Leilrea. qu’on a voulu ronaaerer par cra médaille* le ré'abtiaacmrnt de quelque anrien monument. On voit par rr pa*a«ge du tliamar* que noua tractait om, que crlie convola**, *i vraisemblable, avait déjà été adoptée par M, Rotlrn.
sans être recherchée de celui qu’elle accompagne, elle est négligée pour quelques moment»; niais bientôt elle revient, brillante d'un nouvel éclat, le répandre sur le grand homme qui lui a préféré le bien général, et qui cherche sa récompense, non dans une vaine réputation, mais dans le plaisir même d'avoir bien fait. Quelle différence dans le sort de ces hommes qui, avides de louanges et de nouveautés, ne cherchent qu’à contenter la passion qui 1rs dévore sans cesse , et voient avec tranquillité périr les plus anciens établissements ! Tant qu'ils sont sur la terre, on leur prodigue un encens dont la famée passe avec eui; la postérité les méprise; leurs ouvrages tombent, et deviennent pour jamais la proie de l’oubli. Mais, quand il serait vrai qu'une ombre d'utilité pourrait en retarder la chute, jamais accorderat-on à leurs auteurs cette gloire véritable, et, si je puis m'exprimer ainsi, celle double immortalité, qui est le fruit des soins employés a entretenir et a augmenter le» institutions de nos |>ères? Gloire vraiment précieuse, qui ne s’étend pas seulement aux siècles futurs, mais qui remonte encore aux temps qui ne sont plus : les bornes de l’avenir, quelque reculées qu’on les suppose, sont trop étroites pour elle ; le passé lui appartient, et elle a le droit d'en réclamer l’usage.
Tel sera, n'en doutons point, le prix du nouveau bienfait que le roi et M. le régent viennent d’accorder à l'Universilé de Taris. Ce n’est point par quelque monument fastueux et nouveau qu'ils ont voulu laisser leur nom à la postérité; un seul désir les a guidés, relui de bien mériter des citoyens qui leur sont soumis. De là, messieurs, le titre glorieux qui leur sera donné d'âge en âge par la reconnaissance unanime des gens de bien, cl par le suffrage incorruptible de tous ceux qui savent juger de la vertu. On les nommera (cl les mânes de nos fondateurs pourraient-ils s’en aflliger?) on les nommera les nouveaux instituteurs, les nouveaux pères d’une académie qu’ils ont créée une seconde fois, et qui va désormais porter des fruits encore plus abondants que ceux que l'Étal en a recueillis jusqu'à ce jour.
Auguste cl Mécène, pour des grâces accordées à quelques poètes, sont célébrés, même dans notre siècle, comme les protecteurs des lettres et des savants. On a dit de Vespasien qu'il favorisa mieux qu'aucun autre prince les talents et les beaux-arts, parce qu'il assigna sur son trésor à des rhéteurs cent mille sesterces par année. On vante avec raison la magnificence de François 1er envers les gens de lettres ; à combien plus juste titre Louis XV sera-t-il nommé le père des sciences, lui dont la libéralité vraiment royale a fait naître d'un fonds antique, et presque stérile pour l'Université, un patrimoine plus riche que le premier, qui fournit à plus de cent maîtres des revenus assurés et proportionnés à leurs besoins.
Et pour vous montrer, messieurs, de quelle utilité ce nouvel établissement sera pour le corps entier des citoyens et quelle gloire il va répandre sur les princes qui l'ont fondé. J'exposerai, dans les deux parties de ce discours, les avantages que la France a trouvés jusqu'ici dans l'Université de Paris, cl ceux que l'instruction gratuite lui fera recueillir. En célébrant ainsi cette double gloire de notre académie, je fais également l'éloge de ses nouveaux fondateurs, puisque c’est l'eipérience des siècles passés et l'espoir de l'utilité que promet l’avenir qui
mettront à portée de décider si le bienfait dn roi peut être regardé comme un bienfait placé avec sagesse. Pendant qne j'essaierai de traiter ce sujet avec toute la dignité qu'il exige, je vous supplie, messieurs, de m'accorder votre attention et votre bienveillance.