PREMIÈRE PARTIE
Orner l’esprit par l'élude des lettres et des sciences, former le cœur à l'amour de la vertu, donner aui citosens les prinrqœsdr la religion et de la véritable piété; tds ont été les trois principaux objets que nos rois se sont proposés, lorsqu'ils ont fondé l'Université de Paris. C'est encore à res trois points que se rapporte tout le travail des maîtres qui la composent. Ont-ils rempli comme ils le devaient, et le vœu de notre compagnie, et celui de* princes qui l’ont fondée? C'est sur quoi, messieurs, vous allez prononcer.
No» aïeux, toujours au milieu des combats, et dénaturés, pour ainsi dire, par le mélange de ces peuples barbares qui vinrrnt inonder nos provinces, semblaient avoir perdu pour jamais le goût des lettres, et celte urbanité qui en est le fruit, l.a Gaule, autrefois la patrie des talents, n’était plus qu’un terrain sauvage, où toux les germes de la science étaient étouffés, et qui n offrait que quelques fleurs desséchées dès leur naissance, brûlées par un souffle dévorant. Quels furent le* tnoyeoi que nos rois employèrent pour réveiller la nation de l'assoupissement où elle était tombée ? Connaissant ce que peut l'élude sur ( esprit de I hommc; persuadé» quelle lui donne un nouvel éire, un caractère nouveau, ils appelèrent à leur cour dos savants de tous les pays, en leur offrant l'attrait des récompenses les plus flatteuses, et le palais de nos souverains devint en quelque sorte le temple des beaux-arts. Vous eussiez dit que Rome, que la savante Athènes, que la cité saiute elle-même, s'y étaient transportée* avec toutes leurs richesses et tout leur éclat. Depuis ce moment les sciences n’ont point de difficulté» que les Français n'aient surmontées, point de profondeurs où leur génie n'ait pénétré. Le travail a tout vaincu ; et les obstacles ont cédé au désir de plaire à do princes dignes d'étre chéris.
En effet, messieurs, est-il rien de si flexible, de»i souple, et qui se prèle avec tant de docilité à toutes les impressions, que l'esprit du Français, lorsqu'il est animé par I cxcmple de sou maître? Quel que soit le but q**1 le prim e se propose, tout son peuple s j porte aussitôt d’un commun mouvement. L'amour que nos roi* Grent éclater pour les lettres devint donc la passiou générale Les beaux-arU ne furent plus avili», les charmes de letK commerce adoucirent peu à peu la férocité des mœurs; et des esprits si longtemps incultes cl grossiers acquirent |wr l'exercice des lettres une politesse et une douceur qui suivirent de jour en jour les progrès des études.
Bientôt les regards des peuples qui nous environnent ne se portèrent plus sur la France que pour l’admirer, on vil leur jeunesse accourir en foule aux écoles de l’an*, pour y apprendre les éléments des sciences ; el, par un aveu que nous devons regarder cumme la plus brillante de nos victoires, ers nations reconnurent hautement quelles étaient privées du plus précieux de tous If»
biens. De là les colonies savantes que Paris envoya dans I les pays étrangers, et qui fondèrent de nouvelles académies sur le modèle de la nôtre. La renommée littéraire , de la nation pénétra dans des lieux inconnus à nos armes, et le génie français recula ses limites bien au delà de celles de notre empire.
Voulez-vous, messieurs, un garant de cette gloire dont l’Université jouit dés son berceau? Parcourez la lettre célèbre que Grégoire IX écrivit au saint roi Louis et à sou auguste mère. Il y compare notre compagnie au fleuve qui sortait du lieu des délices préparé a nos premiers parents; c'est un fleuve, dit le souverain pontife, qui arrose et fertilise par la grâce de l'esprit saint . non-seulevieut te royaume de France . mais encore le paradis de l'Église universelle ; et le lit de ce fleuve (remarquez, je vous prie, ces expressions', le lit de ce fleuve est la ville meme de Paris, où la jeunesse de toutes les contrées de la terre s'empresse de venir puiser les eaux de la sagesse
Laissons un peuple ignorant n'admirer que le bruyant appareil de la gloire militaire; il rabaisse, il dédaigne nos éludes, comme îles occultations indignes d'un souverain; il les dédaigne, comme peu utiles à la patrie, Eh quoi ! nos augures fondateurs ont-il» acquis plus de gloire par leurs trophées que par leur amour pour les lettres? Est-ce eu désolant des nations qu'ils ont mérité du genre humain, ou eu soumettant les esprits par la science et par les arts ?
Tel a été, messieurs, le premier âge de notre université; Je ne l'ai peinte encore que dans son berceau. Eli ! de quel éclat n'a-l-clle pas brillé de jour en jour depuis qu elle eut dissipé les ténèbres qui couvraient ces siècles de barbarie? Nos pères ont laissé dans nos mains cet héritage précieux de gloire eide science; puissions-nous le remettre à nos neveux, tel que nous l’avons reçu, et même, s'il se peut, avec de nouveaux accroissements de richesses! C'est laque tendent nos efforts; et souffrez, messieurs, que ('Université, qui vous doit un compte de ses travaux , expose ici sa méthode aux regards d'une assemblée aussi solennelle; les suffrages que des juges si éclairés accorderont peut-être à ses soins, lui feront connaître qu elle n'est pas entièrement indigne du bienfait dont le roi vient de ( honorer.
SI nos écoles sont ouvertes à la jeunesse, c’est pour que son esprit, cultivé et préparé par les lettres, puise dans leur commerce celte finesse et cette urbanité nécessaires à tous les emplois de la vie ; de là, messieurs, le nom d'Humanilés donné a l'objet de nos études. Que faisons-nous pour atteindre a cc but ? Nous offrons à nos élèves les écrits de l'antiquité : ils se familiarisent, parmi nous, avec ces hommes immortels qui sont, sans aucun doute, 1rs plus sûrs de tous les maîtres, et leur Âme se forme et se nourrit par une lecture assidue de leurs ouvrages. Mais, à ces grands modèles, nous joignons ce que notre siècle, ce que notre pays a produit d excellent dans chaque genre, et nou6 évitons qu'on ne puisse nous reprocher d'être, après tant d'études, étrangers dans notre propre patrie- Cette variété de connaissances, quelle que soit son étendue, n'est encore que la base de l'éducation que noos devons à la jeunesse. Le goût, ce sentiment délicat qui saisit toujours le véritable beau, est le fruit le plus précieux des études ; tous nos efforts
se portent donc à l’inspirer aux disciples qui nous sont confiés. Estimer les choses plus que les mois; préférer les pensées aux figures qui leur servent d'ornements ; trouver dans un jugement salu des ressources contre la douceur dangereuse de ce style recherché qui ne plaît à la jeunesse que parce qu'il est aussi léger qu’elle-même; rejeter ces vaines lueurs qui frappent sans éclairer, et celte beauté factice qui est, comme la parure d'uno courtisane, l'ouvrage du fard et des pompons; enfin, s'attacher de préférence aux auteurs dont l'expressiou pure, cl pleine de vigueur, peut faire connaître cette élégance simple, qui est le coloris de la nature ; voilà, messieurs, les impressions que nous travaillons à communiquer à la plus tendre enfance, en sorte que 1 esprit ne semble devoir qu’à lui-niéme ce qu'il doit à une heureuse habitude, et s ouvre sans peiue à tous les genres de travail qu’on lui destine dans le cours de la vie. C'est le propre, en effet, soit des lettres humaines, dont je parle ici, soit des arts plus relevés, qui y mettent le comble, je veux dire la philosophie et les mathématiques, que ces belles connaissances, lors même qu'elle?' ne se montrent pas à découvert dans le sujet que I on traite et qui leur est étranger, agissent néanmoins par une vertu secrète , et se font sentir dans celui qui parle ou qui écrit, de manière que le citoyen dont l’esprit a été cultivé par des arts si dignes de l'homme, imprime à tout ce qu'il fait une grâce qui le trahit , en quelque sorte, et qui fait connaître, malgré lui, 1 éducation qu'il a reçue dans ses premières années.
Muiscclie culture de l’esprit, quelle que soit son utilité, n’aurait presque aucun prix à nos yeux, si son effet ne s'étendait pas jusqu'aux mœurs. Que nos élèves soient vertueux, c'est là le premier vœu que nous formons; et nous craignons moins de voir en eux peu de disposition pour les lettres, qu'un penchant malheureux pour le vice. Dans cette vue. nous pensons que la première des lois qui nous sont imposées, c'est de graver dans le cœur de la jeunesse les principes de la probité, de l'honneur, de la bonne foi et de la justice ; de lui apprendre à remplir les devoirs de fi s, d'ami, de citoyen, en un mot toutes les obligations de la société, puisque l'homme n'est sur la terre que pour vivre avec ses semblables.
Par quel art, messieurs, pouvons-nous espérer de conduire sûrement la jeunesse, et de la retenir loin du précipice, dans des temps surtout où les mœurs de nos pères tombent et disparaissent avec la rapidité d'un torrent qui entraîne tout dans sa chute? Quel moyen plus sûr pouvons-nous employer, que de transporter, en quelque sorte, nos élèves dans des Âges plus heureux, et d'opposer, comme une digue puissante , à la contagion des siècles où nous vivons, cl les exemples et les maximes de l'ancienne Rome et de la Grèce?
En effet, nous l'avouons à regret, le goût du vrai semble de jour en jour s'éloigner de nous ; nous perdons les véritables idées de la gloire, de la grandeur, de la noblesse ; la soif de Uor est la passion de presque tous les cœurs, et les richesses seules ont captivé notre admiration. Des hommes nouveaux, cnivrésdc leur fortune soudaine, et qui saisissent avec transport tous les moyens de | disslperdcs trésors acquis avec la même fureur, nous ont appris depuis trop longtemps à ne trouver de grandeur que dans les richesses, et dans des richesses énormes; à
regarder comme un opprobre, je lie dis pas la ronditlon peine que l'amirnl des Athéniens, beaucoup moins Agé du pauvre, mais cette aisance honnête qu'on appelait que lut. soutenait vivement un avis contraire au sien, médiocrité; A concentrer toute l'industrie de l'homme osa l'interrompre par un geste menaçant; que feraient dans l’art de préparer des repas somptueux; à recher- nos jeunes officiers dans une pareille conjoncture? Thécher eiiûn une extrême magnificence dans ses meubles , mistocle le regarde sans être étonné : Frappe , lui ditdans scs habit», dans ses bAtimcnls, dans tout, et A tf ex- il , nuifs écoute. Eurybiade écouta en effet, surpris d'une cepler de ses soins que l’Ame et les sentiments. modération qui lui semblait un prodige. Le combat fut
Au milieu de cette contagion qui croit et s’étend de ensuite donné dans le détroit de Salamino, et suivi de Jour en jour, notre premier devoir est de préserver les cette victoire fameuse qui sauva la Grèce et aequit à coeurs encore Innocents de ce fléau redoutable. Mais com- Thémtstocle une gloire Immortelle, ment se flatter d'y réussir? Si nous entreprenons des le- Est-il dans tous les livres des philosophes une leçon çons réglées sur la pratique de la vertu, tout à coup les plus utile à la Jeunesse que de pareils exemples, surtout oreilles se ferment , l'esprit se resserre en quelque si l’on a soin de lui rappeler cette vérité, qu’on ne sausorte, et refuse tout accès à des discours qui lui sem- rail trop lui faire remarquer, que ni chez les Grecs ni blenl autant de pièges tendus à sa liberté. 11 n’en est chez les Romains, ces vainqueurs du monde, ces juges pas de même des exemples, des maximes, qui se présen- si éclairés de la valeur, il n’y a jamais eu pendant une tent comme par hasard dans la lecture des auteurs an- si longue suite de siècles un seul exemple de combat clens. Ces instructions n'inspirent aucune défiance . et singulier? Cette coutume barbare de s'égorger pour une elles s’insinuent dans l’Ame avec facilité, parce qu'elles parole, cette soif de sang qu'il nous plaît de nommer ne paraissent point recherchées pour cet usage. On noblesse et grandeur d'Ame, n'avait point encore déshoécoute volontiers les avis des Curius, des Camilles, des noré l'humanité. Les Romains, dit Salluste, réservaient Scipions cl des Calons, espèce de maîtres qui , sans être leur haine et leur ressentiment pour les ennemis, et ne suspects comme les autres, donnent des leçons sur la savaient disputer que de gloire et de vertu avec leurs vertu et l'inspirent par leurs actions. concitoyens.
Un jeune élève pcul-ll voir sans être frappé d'admi- Jusqu'ici nous avons inspiré à la jeunesse les vertus ration des consuls et des généraux choisis dans les catn- morales; l'homme chrétien n'est pas encore formé. Copagnes et enlevés à leur charrue; des mains endurcies pendant la religion est le but de toutes les études. Elles par les travaux rustiques soutenir l’État chancelant et relève l'éclat des vertus dont nous pnrlons, elle en est sauver la république? Ces hommes n'avaient aucun ta- l'Ame, si je puis m'exprimer ainsi, et sans elle nous scient pour ordonner un repas; mais ils savaient l'art de rions confondus avec les maîtres du paganisme; nos écoles vaincre les ennemis dans la guerre, et de gouverner les ne différeraient point de ce Lycée, si vanté dans la Grèce,
citoyens dans la paix. On les voyait, après des triomphes Parla, messieurs, nous démentirions notre origine, pulsmultlpliés, après avoir régi la république pendant plu- que l'Université de Paris a été instituée . je ne dis pas sieurs années, mourir sans laisser de quoi fournir aux seulement au milieu de la France, mais dans le sein de frais de leurs funérailles, tant la pauvreté était en hon- l'Église universelle, la forteresse de la fol, le port et Faneur parmi eux, tant les richesses étaient méprisées ! silo de la vérité, le dépôt des armes mêmes de la reli- Magnlfiqucs dans les temples et dans les édifices pu- gion, et, pour défendre nos libertés, ce reste précieux de biles, lisse contentaient pour eux-mêmes de maisons l’ancienne discipline; pour vaincre l'hêrésie , proscrire simples et modestes, que la gloire embellissait sans le les vices, renverser enfin l'empire de la superstition, secours, du luxe, et qu'ils ornaient des dépouilles des Je passe, messieurs, les exemples les plus anciens, quel* ennemis et non de celles des citoyens. que glorieux qu’ils soient pour notre compagnie. Il n’est
Comment le cœur des jeunes gens ne serait-il pas vl- parmi vous personne qui les ignore, et le temps me prescrit vement touché, lorsqu'ils entendent Sclplon déclarer à des bornes que je ne puis franchir. Je ne dirai point qu’on Masinissa que de toutes les vertus la continence est celle a vu nos pères consultés sur la religion par les princes, par dont il s’honore davantage, et que les ennemis les plus les prélats, par les souverains pontifes, et même par toute redoutables de la jeunesse ne sont pas ceux qui nous at- l'Église assemblée . que c'est 8u zèle et à l'érudition des laquent les armes à la main, mais cette foule de volup- maîtres qui nous ont précédés qu'on doit principalement lés qui n'environnent cet Age que pour le surprendre ? les conciles de Constance et de BAIe, ces deux remparts Ce héros avait le droit de parler ainsi, après l’exemple si puissants de nos libertés et de la fol ; que ce fut enfin de sagesse qu'il avait donné lui-méme plusieurs années des docteurs de Paris qui foirèrent Jean XXII d'abjurer auparavant. Il avait respecté la vertu et la beauté d’une son erreur sur l’état des Ames saintes après la mort, princesse captive, lui qui se trouvait à la fois jeune. Ne parlons que du siècle malheureux où parut Lusans engagement et vainqueur. Cette générosité est vrai- ther, lorsque l'hérésie s’avançait A grands pas dans ment admirable; mais elle cède encore A ce trait de toute l’Europe et répandait d'unémaln hardie le poison Cyrus, qui, maître de tout l’Orient, se redouta lul-méme, d’une fausse doctrine; de quel Heu de la France les et refusa de jeter un regard sur une princesse que la fidèles ont-ils vu sortir les premiers rayons de leur rsvictolre avait mise entre ses mains. poir? Rendons A l’Être suprême d’éternelles actions de
Pour ne parler Ici que des vertus guerrières, quel grâces, dans ce péril extrême qui menaçait notre sainte maître plus capable que Thémlstorle d’instruire, sur le religion. Ce furent encore les docteurs de Paris qu’il opvéritable honneur, celte partie de la jeune noblesse qui posa comme un mur d'airain à la violence d'un torrent se destine aux ormes ? Ce Lacédémonien qui comman- qui entraînait des villes, des provinces, des royautnesendait toute la flotte de Grecs, Eurybiade, voyant avec tiers Une bulle lancée par Léon X n'avait pu ramener
le calme ; le* esprit* douaient encore incertains et divisés; des articles dressés par la première de nos facultés, et rouUrmés par le suffrage unanime des autres, filèrent la foi dans le rovaume, et préparèrent à relie règle de croyance que prescri* il dans la suite le concile général.
Telle sera toujours, messieurs, la gloire de nos théologiens. Loin de permettre à leur esprit de tourner augréde tous les vents de doctrine, on les voit inébranlables dans la foi, mesurer tout au poids de l’Écritureelde la Tradition, et rejeter comme des nouveautés profanes toutes les expressions qui n’ont point pour base les monuments sacrés de l'antiquité. C'est en vain que les passions humaines feront gronder autour d'elles des orages et des tempêtes, le choc des opinions ne pourra ébranler les décrets qu ils ont portés sur la religion; cl la vérité, triomphant des efforts du mensonge , dissipera pour jamais ces nuages que l'erreur oppose à la lumière.
Ce ri'cst point l'hérésie seule qui attaque la religion; elle voit s'élever contre elle des ennemis qui sont d'autant plus redoutables que souvent on craint peu leurs traits Je veut parler des vices, de l'ignorance, de la superstition.il faut une religion a l'homme; mais au lieu de la vériloble piété dont la sainte sévérité l'inquiète et le tourmente, il saisit avec transport le fantôme de la religion, et suit en aveugle celte image trompeuse, qui, sans Je troubler dans ses inclinations, l'acquitte par un acte extérieur rt facile du tribut qu'il doit à la Divinité. A cette séduction naturelle joignons encore les conseils dateurs de ces maîtres qui permettent aux passions un libre essor; vous verrez presque en un instant se glisser dans l'Ame et la superstition qui veut imiter la piété, et l'ignorance qui enfante et nourrit tous les vices. Les nations qui nous environnent en fournissent plus d'un exemple. La science et la piété, qu’on y voyait autrefois régner avec tant d'éclat, languis-ent aujourd'hui dans ces contrées , et ne semblent que des corps privés de la vie. Quelle est la cause d'un changement aussi funeste ? N'en cherchons point d'autre que l’oisiveté et les opinions nouvelles : cette double contagion a infecté leurs écoles ; et la religion, réduite à quelques cérémonies a disparu pour faire place à des pratiques souvent puériles et ridicules.
Si la France a été préservée de ce malheur, c’est en partie l'ouvrage de ITniversité. Je ne parle pas seulement de ces théologiens, qui, placés comme en sentinelle, sont chargés de veiller sans ce>sc pour empêcher que l’erreur ne pénètre avec adresse , et n'altère le dogme de la morale. Le même zèle anime les autres facultés, la même ardeur éclate dans la nôtre des qu'il faut défendre la religion.
Quelles armes, messieurs, ne fournil pas la seule études de la philosophie, sans compter les effets presque merveilleux que produit celte science , surtout entre les mains des maîtres habiles qui l'enseignent aujourd’hui ? Sans rappeler ce qu’elle peut, soit pour former les mœurs, soit pour aiguiser l'esprit par l'art de raisonner et de juger sainement de tous les objets, elle a un avantage principal, et qui lui est propre, celui de découvrir comme avec le doigt un Dieu qui aime à sc cacher dans tous les secrets de la nature; elle apprend à la jeunesse par celte obscurité même A respecter les voiles qui couvrent nos saints mystères; et, pour réprimer en matière de foi celte passion curieuse qui naît avec l'homme, elle
I lui montre combien il est juste de ne pas mesurer l’es- I sencc de Dieu par les lumières bornées d'un être qni j ne connaît pas même des objets qu'il foule aux pieds, ou qui sont placés sous ses yeux. La philosophie . en un mol, guidée par la raison elle-même, conduit ses élèves avec respect au temple sacré de la foi. Là finit son ministère; elle remet entre les mains de la Religion , elle confie aux soins de cette mère tendre des hommes qu'elle a rendus dociles et soumis au joug d’une obéissance salutaire.
Eh quoi! ne pouvons-nous pas dire que dans chacune de nos classes académiques, les maîtres qui les dirigent ne laissent jamais échapper ces traits de vérité que le» païens même nous offrent sur l'auteur de l'univers , sur celte providence divine qui dispose tous les événements humains , sur l’immortalité de notre Ame , sur les peines ou les récompenses qui nous attendent dans l’autre vie? Attentifs à recueillir ces traces précieuses. Us leur donnent une force nouvelle, en les consacrant par la lecture assidue des livres saints , et surtout de l'Évangile.
En effet . messieurs, si l’homme ne s’en pénétre point dés son enfance, s’il n’a soin d'y puiser les principes de la solide pillé, si ce n’est point dans cet Age qu’on lui donne Jésus-Christ pour maître , quel sera donc le moment où il pourra écouter sa voix et scs leçons? sera-ce lorsque le feu des passions . le désir des honneurs et des richessrs, les différents emplois de la vie s'empareront de son âme entière , et lui Imposeront des devoirs sans cesse renaissants? Quelle est. Je vous prie, la source d’un malheur dont gémissent souvent les gens de hlen? d’oii vient cette Ignorance grossière où sont tant de vieillards sur Dieu , sur Jésus-Christ . sur le» Ilvrrs sacrés , sur eux-mémes? Vest-cc pas de ce que l'on a négligé dans leur enfance de leur donner les véritahlrs principes de la rrliglon ; de ce qu’au lieu de nourrir et d’élever leur Ame par les maximes d’une morale pure , on l'a dégradée et rorrompne par des fictions plus dangereuses encore que ridicules?
Vous le voyez donc, messieurs, Il importe à la patrie, et surtout à la religion , de soutrnlr dans tout son éclat, dans toute sa vigueur, celte école publique où . formés nous-mêmes par nos prédécesseurs . nous cherchons à transmettre aux élèves confiés à nos soins les principes salutaires que nous avons reçus. Quelle reconnaissance ne doit-on pas au prince qui . par le bienfait d? l'instruction gratuite, nous met en état de répandre plus ntilemrnt encore les fruits heureux de l’éducation ? C'est ce qu’il me reste à développer dans ma seconde partie, pour laquelle j'implore de nouveau votre Indulgenre.
SECONDE PARTIE
On éleva autrefois à Rome la question de savoir si les orateurs pouvaient recevoir une récompense de leurs clients . ou si la profession du barreau devait toujours être gratuite. La décision fut conforme aux mœurs d'un siècle où l’éloquence ouvrutt encore une route assurée aux premiers emplois. On répondit que, si l’avocat avait un revenu suffisant, (et combien peu en fallait-il dans ce temps!* Il ne pouvait, sans se rendre coupable d'avarice et de bassesse , tirer de ses peines le salaire le plus léger; mais au contraire, qoe . si son bien ne suffisait pas aux besoins de la vie , alors , suivant les lois de
tous les sages, Il devait permettre qu’on lui donnât une rétribution d’autant plus juste, qu'il trouve dans sa profession même et dans l'obligation de vaquer sans cesse aux affaires d’autrui un obstacle à acquérir du bien par des moyens différents.
Telle était à peu près I idée que l'Université de Paris s'était formée de l'état de ses professeurs. Elle pensait que, s’il est on gain légitime et nécessaire, c'est celui que des maîtres assidus redreiil de leurs soins , et qu'on ne peut voir sans rougir, pour m'exprimer avec un empereur romain, de vils métiers offrir une ressource plus sûre que le noble exercice des lettres cl des beaux-arts. Cependant elle voyait avec peine que de* a rts libéraux n’élaicnt pas exercés d'une manière assez digne de leur noblesse, et qu'une des prorrs-ions les plus honorables, celle d’enseigner, fut avilie en quelque sorte par le besoin de mettre un prix à ses travaux. Il était réservé aux premières années du rogne de Louu» XV d'arracher la tille aînée de nos rois au joug de celle triste et humiliante nécessité.
L'honneur est lMme de tous les arts, mais du nôtre j principalement. Quels que soient les préjugés d'uu siècle corrompu par la frivolité, il n'est rien de plus grand que notre profession; rien qui exige des sentiments plus purs et plus élevés. C est l'esprit et non le corps qui est confié à nos soins. Un père remet son (ils entre nos niaias; il demande que nous cultivions son espiit, que nous formions son rieur à la vertu, que nous y gravions les principes de la religion cl de la piété. Quel emploi, messieurs! Est-il des fonctions plus nobles et plus excellentes? Le devoir que la nature impose aux pères devient le nôtre en ce moment : ils nous cèdent leur place, leur autorité, tous leurs droits, te n'est pas assez que nous imitions par notre vigilauce leur amour et leur tendre sollicitude , nous devons encore plus imprimer à notre âme toute I élévation, toute la noblesse de leurs sentiments; paraître eu quelque sorte aux yeux de nos élèves ce que sont leurs parents eux- mêmes , des magistrats, des seigneurs, des princes, des hommes vraiment chrétiens; eu un mol, ne dire devant eux rien de vulgaire, ne leur Inspirer aucune pensée qui démente le sang dont ils sont sortis. Je le demande a présent : estil convenable qu'un homme revélu de cet emploi descende au rang des inerrena ires, cl mette lui-tnéme un prix à des services qui n'eu ont point? N’est-ce pas dégrader les arts libéraux, et ce noble sentiment qui doit lions animer, que d exiger de la jeunesse que nous formons un salaire à peiue réservé à la dernière classe des citoyens? Ah ! sans doute, cct usage humiliant qui nous asservirait était fait pour rétrécir l'esprit des maîtres, tandis que tous les princes protecteurs des lettres axaient pensé qu’on ne pouvait trop les décorer, parce que l'âme semble s'agrandir en proportion des honneurs qu’on lui accorde.
En effet, messieurs, par quel motif croyez-vous que nos rois aient attribué tant de prérogatives au chef de notre compagnie? D'où venait ce libre accès qu'ils lui avaient permis auprès de leurs personnes, sans distinction ni des heures ni des lieux ou ils faisaient leur séjour? D'où viennent ecs faisceaux , ces appariteurs qui l'entourent, cette pourpre dont II est orné? Pourquoi a-i-ou vu des chefs du sénat, des chanceliers de France,
placer le recteur au-dessus d’eux dans des assemblées académiques? Pourquoi, lorsque l’Université leur rend chaque auiiéc l’hommage qu elle doit a leur dignité , les voyons-nous encore recevoir ses députés avec tant d’honneur, et les accompagner eux-mêmes avec une sorte de déférrnee? Pourquoi enfin le roi d'Espagne Ferdinand, dans l’examen qu’il alla faire de 1 académie nouvellement fondée a Complule, voulut-il que le rcrteurse plaçât entre son ministre (Xiniénès et lui? N'en dont- us point : c'est un tribut dhomieur et de considération que les grands paient a la vertu et à la science. P.«r là ll> veulent augmenter le respect dù aux lettres, et perpétuer dans ceux qui le» cultivent ces sentiments élevés qui leur sont nécessaires, non pour s'applaudir d'une vaine magnificence, mais pour connaître tout le prix de leur état , et ne jamais déroger a sa noblesse.
Mais au milieu de ces prérogatives si flatteuse* qu. nous sont prodiguées, tandis que chacun de nous semble avoir le droit de s égaler aux princes et aux souverains, tout a coup notre grandeur t'évanouit; uous sommes rejetés dans la classe des artisans et des mercenaires; il faut que nous tendions une inain suppliante a nos disciples , et que nous recevions en rougissant quelque' deniers qui sont loui le prix de nos travaux eide nos veilles. De là, je l'avoue, un découragement sensible dans nos esprits; le génie s 'éteint , toutes ses souicts sont taries; nous perdon* celte noble émulation qui doit uout animer principalement. Eh! pouvons-nous la conserver lorsqu'il n’est plus de gloire pour nous, et que nous sommes avilis comme les derniers des citoyens?
Mais comme le vice est presque toujours voisin de la vertu, si nos maîtres, au lieu de rougir de celle triste nécessité , ouvrent leurs coeurs à l'amour du gain et des richesses, n'esl-il pas à craindre qu'ils cherchent à sàltirer une foule d'élèves, non par une réputation fondée sur de vrais talents , mais pur toutes les bassesses d une àmc vénale et par les intrigues de la flatterie? Comment des maîtres pourront-ils retenir leurs disciph» dans les homes du devoir? comment formeront ils leur esprit et leur cœur, s'ils sont eux-mémes les esclaves de l'espérance, de la crainte, de la cupidité? Au contraire, avec quelle audace la jeunesse, qui croira nous asservir, ne s’élèvera-t-elle pas coutic nous? Je ne dis rien des parents ; ceux qui n'ont pu connaître les avantages d’une bonne éducation estiment fort peu des connaissances qui conduisent rarement à la fortune. Accoutumés à peser tout au prix de l’argent, Us méprisent et les lettre» et ceux qui les cnsrigncnl, par cette raison merne qu’ou en retire un salaire. Ce faible dédommagement une fois payé, ils se croient déchargés de tous les devoirs de D reconnaissance , tandis qu’on devrait appliquer a notre profession ce qu’on a dit de celle du barreau : Vn bienfait de cette nature ne devrait jamais se vendre ni être perdu l.
Il y a longtemps que l'Unlversllé cherchait à nou» délivrer de ce joug honteux, mal» tous scs efforts s'éunen1 réduits à des vœux impuissants. Seule autrefois et rivaux, honorée de la confiance et des faveur» de nos rois, devenue l'objet des regards de toute 1 ’Ëglbe en a reçu des services éclatants, elle songeait peuaui
* Quintil. lib. la.
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moyens d'amasser des richesses , et s'enveloppant, pour ainsi dire, dans sa vertueuse pauvreté, elle s’occupait uniquement de l'utilité publique.
Ce que l'Université ne pouvait donc plus attendre de ses propres ressources, elle vient de le trouver dans l'amour vraiment paternel de Louis XV. Le meilleur des princes, par une libéralité aussi «âge que féconde, assure à chacun de nous non pas des revenus immenses, aliment du luxe et des passions ; mais une aisance honnête, qui, sans «céder les borne» d’une simplicité si convenable à l'homme de lettres, suffira cependant a tous nos besoins, et même aux commodités de la vie.
M. le duc d'Orléans, qui est a la fois le protecteur et le favori des Muses, a vu sans peine que, si I on enlève aux études leur récompense, elles disparaissent bientôt elles-mêmes; que personne ne s'attache à aucun objet sans en attendre quelque fruit, et que l’ardeur pour le travail se mesure presque toujours sur l'espoir de l’utilité qu on s’est promise. Ce grand prince savait encore qu'il faut aux sciences un sort tranquille et assuré. Si l'homme de lettres est privé des secours nécessaires à la vie, son Ame s’agite, et, lors même qu'il veut travailler, elle s'égare et se porte sans cesse à d'autre* objets. Déchiré par l'inquiétude, assiégé J< tir et nuit par le chagrin, quelle place son esprit peut-il donner encore aux beaux-arts? Il en est de ('instituteur comme du poète: c’est un cœur libre de soins qui les forme l'un et l'autreEh! pourquoi chercherions-nous, messieurs, à le dissimuler? L’indigence, toujours avide parce, qu'elle manque toujours du nécessaire , épuise et dévore la sève du génie ; l'esprit s'énerve ; toute sa force I abandonne , et, si quelqu'un peut se livrer sans partage à l'étude des sciences, c’est celui-là seul pour qui le présent et l'avenir sont exempts de crainte et d'inquiétude.
Il y a plus; si les besoins renaissent pour nous A chaque Instant, pourrons-nous acquérir les instruments nécessaires a notre art? J’entends ces livres anciens et nouveaux , dont il faut qu'un maître possède une suite assez nombreuse. Quelle que soit la vivacité et la pénétration de son esprit, sans une lecture assidue la science est toujours stérile , cl ce n'est qu'en rassemblant 1rs •ccours dont je parle, qu'un maluc , animé du désir de se distinguer, peut acquérir cette universalité de connaissances, qui, comme le trésor de l'abeille, est le fruit de mille objets divers, rapprochés et réunis par un mélange industrieux.
L'Université, je le sais , n'a point manqué jusqu'il ce jour de régents habiles, capables de guider l.i jeunesse dans toutes les parties des éludes Mais aujourd'hui, messieurs, que la profession des arts vient d'obtenir des ressources plus étendues et plus dignes de leur noblesse, quel motif n'avons-nous pas d'espérer que bientôt, si le ciel bénit notre ouvrage , nous verrons sortir de celle compagnie une suite plus nombreuse encore de maîtres excellents!
Il est un autre avantage qui rendra désormais plus facile l'éducation de la jeunesse; nos maîtres ne seront plus forcés de multiplier le nombre de leurs élèves au
* AusirUta caréna anima* f*ii ,
JCTtSSL.
delà de celui qu’ils peuvent instruire. Peut-être dan* les classes supérieures, où l’esprit est plus ouvert et le jugement plus formé, un seul maître peut suffire a beaucoup de disciples, semblable en quelque sorte à l'astre du jour, qui répand sur le monde entier une égale portion de lumière et de chaleur. Mais, si l'on ne préfère pas une vaine gloire à l 'utilité publique, on conviendra qu'il n’en est pas ainsi dans les classes consacrées aux premiers éléments. Une inconstance, une légèreté naturelle à l'enfance, ne permettent pas d'exiger une attention longue et suivie. La voix du maître, destinée à la soutenir, est perdue pour une grande partie de ceux qui l'écoulcnl. et comme après un repas où l'on aura admis trop de convives . la plupart quittent la table aussi affamés qu'nuparavaril, de même il est à craindre que parmi cette foule d'enfants qu'on réunit dans une seule classe, un très-grand nombre ne se retirent sans avoir pu partager l'aliment commun. Cet inconvénient va cesser par la facilité que l’on aura de distribuer les élevés dans les différents collèges de celte capitale.
Les sources les plus pures de l'Université sont ouvertes dès ce moment à tous les citoyens. Il n’rst plus de distinctions d'étal ni de richesses; ceux qu'une fortune mridique. resserrée encore par la difficulté des temps, semblait éloigner pour toujours de notre Université, pourront y puiser sans crainte la vraie doctrine de la France, et ces maximes précieuses que des opinions étrangères n’ont pu altérer.
Ce n'est pas, messieurs, et nous aimons à nous le rappeler. ce n’est pas que no* écoles aient jamais été fermées. même à l'indigence, ni qu'elles aient ressemblé à celle d'Isocrale. qui refusa, dit-on, d'instruire Démosthène. parce qu’il était né sans fortune. Eh quoil pourrions-nous oublier le pauvre, nous qui la plupart avons été élevés dans le sein de la pauvreté? Est-il un maître, pour peu qu'il ait pris le goût des lettres, qui I ne s'empressât de secourir des disciples infortunés,
I même pour les intérêts de sa gloire personnelle? Qui sont en cfTcl ceux qui se distinguent le plus dans nos classes par l'esprit, par le travail, par l’émulation? Qu'il me soit permis de le dire! ce n'est ni parmi les riches ni dans la noblesse qu'il faut les cherchrr; la pauvreté leur di«pute presque toujours cet honneur, et son asile devient celui de la science, comme II l'était déjà de la vertu.
Mais , s'écrient quelques personnes zélées pour la gloiie de l'Université, n'est-ll pas à redouter que la joie qui nous anime ne se dissipe comme une ombre légère, sans que nous ayons recueilli aucun des biens que nous attendons? I.a crainte et l'espérance une fol» écartées, que deviendra l’industrie, qui ne sera plus excitée par ces aiguillons? Après avoir combattu contre l'inaction , ne céderons-uous pas aux charmes séduisants de la paresse? Peut-être que ces revenus assurés pour toujours, et distribués également entre tous les maîtres, feront disparaître cette noble rivalité pour la vertu et pour la gloire ; le travail et la mollesse n'auront plus aucune différence qui les distingue ; celle émulation active, dont le génie lui-méme a si souvent besoin, fera place dans notre Ame à l'engourdissement, à la négligence, à ur.e profonde léthargie, fruits trop certains de l'indifférence où nous vivrons sur l'avenir.
J’avoue, messieurs, que ces alarmes doivent nous paraître légitimes, si nous considérons qu’il ne se forme sur la terre aucun établissement qui ne soit arrêté par mille difficultés, par mille écueils, que toute notre sagesse ne peut prévoir. Mais II est un moyen que nous tenterons pour prévenir le mal dont ou nous menace, et pour écarter autant qu'il sera en nous les autres inconvénients qui pourraient naître de l’instruction gratuite.
Ce moyen, messieurs, est de nous imposer a nous-mé- i mes de nouvelles lois avec le consentement du prince et sous l'autorité du premier sénat de la France. Ce corps auguste, qui ne cesse de venger et de défendre le bien public, qui protège les beaux-arts en amateur éclairé, a soutenu dans tous les temps l’Université de Paris, qu’il regarde comme lui étant étroitement unie par les liens d'une fidélité inviolable envers son roi, et par la constance qu'elle a montrée dans la défense de nos saintes maximes. Pouvons-nous craindre que celte illustre compagnie ne mette pas aujourd’hui le comble à ses bienfaits, lorsque nous voyons à sa tête un homme dont l'affection semble nous être acquise par tant de litres 1 , je veux dire par son caractère personnel, par cet amour des lettres, devenu héréditaire daus sa famille; enfin par le motif seul d’utilité publique, qui a toujours suffi pour enflammer le zèle dont il est animé?
Jetons les yeux sur le passé : l’expérience nous apprendra ce que nous avons à espérer ou n craindre. Depuis environ trente ans. la jeunesse reçoit au collège de Maznrin une éducation gratuite. J’cn atteste l'opinion publique : nos citoyens ont-ils jamais eu lieu de se repentir de cette institution ? Le relâchement s’est-il introduit dans les études, dans les mœurs, dans les exercices de piété? Le zèle des professeurs a-t-il rien perdu, pendant un si long espace de temps, de cette vivacité qui préside aux établissements nouveaux , mais qui dégénère trop souvent en une funeste indolence? Soycz-en persuadés, messieurs, la ville de Paris trouvera la même ardeur, la même constance dans tous les membres de son Université.
En cITct, ne serons-nous pas animés ou retenus par ces noms sacrés de réputation, d’honneur, de devoir, de religion, toujours présents a nos esprits; par les regards que tous 1rs gens de bien vont fixer sur nous, par les regards plus attentifs peut-être de nos rivaux, qui épieront ! sans cesse cl saisiront avec avidité la moindre occasion de profiter de nos fautpg? Ne le serons-nous pas par la vigilance infatigable des mngislrals. sous les yeux et la protection desquels nous exerçons nos arts paisibles; par la discipline sévère dont notre Université fait dépendre sa gloire et son existence? Ne serons-nous pas animés enfin par ces motifs si puissants de reconnaissance. de tendresse et de respect pour ees princes qui, remplis de l’amourdu bien public, nousont honorés d’un bienfait si précieux? Sans doute il u’est point de libéralité plus éclatante, il n’est pointde termes qui puissent en égaler la grandeur; mais ce qui doit en faire a nos yeux le plus grand prix, n’est-cc pasla main de qui nous la recevons, n’cst-ce pas l’intention généreuse qui l’a inspirée?
Un enfant auguste, l’espérance du trône et de la religion. l'amour et les délices de ses peuples, ouvre son
* M. Uf Mmdci,
régne par une magnificence vraiment utile. C’est en nous comblant de ces bienfaits qu’il montre à la France ce qu'elle doit attendre de lui. Les plus nobles prémices consacrent ainsi ses premières années; à peine 11 a vu dans les livres sacrés que les rois sont nommés b ienfaisand ; et déjà il veut l’étre lui-même, pour mieux apprendre à le devenir. Son âge ne lui permet pas de gouverner; mais il est roi, puisqu’il répand des grâces. Ses mains, trop faibles pour soutenir le sceptre et les armes, font un heureux essai de leurs forces par un acte de libéralité. Enfin, quand il se soumet lui-même aux maîtres habiles qui lui enseignent l'art de régner, il veut que la jeunesse de son royaume ait comme lui d'excellents instituteurs, parce qu’il connaît déjà par son expérience l'importance et l’utilité d'une bonne éducation.
Que ne devons-nous pas aussi à l'auguste régent du royaume? Doux, affable, populaire, sans jamais cesser d’être prince; avec quelles grâces touchantes il prêtait de nouveaux charmes à son bienfait! L'établissement glorieux que nous célébrons n’est pas dans Philippe l’ouvrage d'une âme bienfaisante par accès et moins généreuse que prodigue. Il a exécuté ce vaste projet sous les yeux mêmes de la raison, après une délibération prudente et des connaissances acquises sur les secours qu'un État peut recevoir des beaux-art*. Mais également ennemi d’un autre défaut trop ordinaire aux grands, il n'a pas diminué le prix de ses faveur* en voulant qu'elles fussent le fruit tardif d'une lente réflexion. La bienfaisance de Philippe s'csl animée tout a coup; clic a prévenu tous nos vœux, elle s'est hâtée de lever tous les obstacles; on l’a vue même exciter le zèle d’un ministre, qui toutefois n’axait pas besoin d'aiguillon1. Persuadé en effet que les plus grandes araires dépendent souvent d'une occasion qui s’échappe, ce ministre a saisi le véritable moment avec celle activité, et. si je puis m'exprimer ainsi, ce génie d'expédition qui le caractérise. Par là, messieurs, il a terminé en un instant, presque avant même qu’on pût savoir qu’il était chargé de l’afrairc. une entreprise que des ministres puissants, que Richelieu lui-même, avaient tenté vainement d'exécuter.
Ainsi, pour obtenir de Philippe le plus grand des bienfaits, il ne nous a fallu auprès de lui ni prières, ni sollicitations, ni aucune de ces intrigues inconnues à nos pères, et que 1‘ Université se fait gloire d’ignorer comme eux; enfin, le croira-t-on? nous n’avons eu besoin ni d’appui ni de protecteur. La justice de notre cause, la modération de nos demandes, le vœu de tous les gens de bien; plus que tout cela, la bonté du prince, sa généro- \ sité naturelle, son amour pour les sciences, voilà les seuls patrons qui aient sollicité pour nous la faveur sans égale dont il nous a honorés.
Mais, pour parler encore avec plus d’exactitude, pour remonter au premier auteur d’un bienfait dont nous jouissons dans des temps difficiles . sans nous persuader que nous ayons pu l’obtenir ; sans doute ce changement est l'ouvrage d'une providence qui dispose en souxcrainc tous les événements humains, et qui a voulu récompcn-
* M. D'ArgcMon.
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