TRADUCTION DE LA MÊME LETTRE
P AA H. L’ABBÉ MOAGAULT.
iYum. 1 . Je vois el par votre lettre et par la co,»!e que vous m'avez envoyée de celte de mon frère, qu’tl y a une grande altération dans les sentiments et dans les dispositions ob 11 était à votre égard. J’en suis aussi affligé que ma tendresse pour vous deux le demande, et je ne conçois pas ce qui a pu si fort aigrir mon frire, et causer en lui un si grand changement.
N. ±. Je comprenais bien déjà ce donl vous-même vous déliiez aussi quand vous pari lus d’ici, qu'il avait quelque ombrage contre vous, et que son esprit était ulcéré et préoccupé de quelques soupçons odieux sur votre compte, mais il ne m’avait pas paru, dans les efforts que j'ai faits à diverses fols près de lui pour l’en guérir, non-seulement avant qu'il fût déclaré préteur d'Asie, mais encore beaucoup plus fortement depuis ; il ne me paraissait pas, disje, qu'il fût aussi outré qu'il le parait par sa lettre, quoique je ne gagnasse pas sur lui tout ce que je voulais.
iV. 3. Je m’en consolais dans l'espérance certaine qu'il vous joindrait a Dyrrachium. ou quelque autre part dans vos quartiers ; et cela étant, je me flattais, et je n'en doutais pas, que tout s'accommoderait entre vous quand vous ne feriez que vous voir, à plus forte raison quand vous vous parleriez et que vous seriez éclaircis : car II n'est pas nécessaire que je vous dise ce que vous savez comme mol, combien il est traitable et doux, et jusqu'oii va sa facilité, également a se brouiller et à se raccommoder. Le malheur est que vous ne vous éles point vus. Ainsi ce qu'on lui a inspiré artificieusement contre vous a prévalu dans son esprit sur ce qu’il devait a votre liaison, à votre alliance et à votre ancienne amitié.
A. 4. De savoir à qui en est la faute, c’est ce qu'il m’est plus facile de penser que d'écrire, parce que Je crains de ne pas épargner assez vos proches en voulant défendre les miens : car je suis persuadé que, si on n'a paa contribué dans sa famille à l'aigrir, du moins y aurait-on pu facilement l'adoucir. Mais Je vous expliquerai plus commodément. quand nous nous reverrons, toute la malignité de cette affaire, qui s’étend plus loin qu’il ne semble
JY. 5. J ignore, encore une fois, ce qui peut l'avoir obligé à vous écrire comme II l’a fait de Thcssalonlque, et à parler Ici à vos amis et sur la route de la manière que vous croyez. Toute l'espérance qui me reste d'être délivré de ce ch agrin n'est fondée que sur votre seule honnêteté. Si vous considérez que les meilleures gens sont souvent les plus faciles à s’emporter comme à s'apaiser, et que celte légèreté, pour ne pas dire cette mollesse de sentimeuts, ne vient la plupart du temps que d'une trop grande bon'é de naturel ; et. ce qu'il faut dire avant tout, que nous avons à supporter mutuellement les faiblesses, les défauts, rt même les outrages les uns des autres ; tout cela se calmera facilement, a ce que j’espère, et je vous en prie : car. vous 'aimant uniquement comme Je fais, je ne dois rien oublier pour faire en sorte que tous ceux qui m’appartiennent vous aiment etsoienl aimés de vous.
A. 6. Rien n’était moins nécessaire que celte partie de voire lettre où vous rapportez tous les emplois qu'il n'a tenu qu’à vous d’avoir, soit a Rome, soit dans les provinces, sous mon consulat et en d'autres temps. Je connais à fond la franchise et la grandeur de votie Ame, eljen'ai Jamais prétendu qu'il y eù' d'autre différence entre vous et moi que relie du différent choix de vie ; en ce que quelque sorte d'ambition m'a porté à rechercher les honneurs, au lieu que d'autres motifs nullement blâmables vous ont fait prendre le j«irti dune honnête oisiveté. Mais, quanta la véritable gloire, qui est celle de la probité, de l'application et de la régularité, je ne vous préfère ni moi ni homme du monde; cl pour ce qui me regarde en particulier, après mon frère et ma famille, je suis persuadé que per-
A. 2. J'avais bien remarqué, et vous vous étiez aussi aperçu avant que de partir qu’on l avait prévenu contre vous, et qu'on avait rempli son esprit de soupçons fâcheux. Lorsque j’ai travaillé à l’en guérir, cl avant qu'il fût nommé gouverneur d’Asie, et surtout depuis, il ne m a pas paru aussi aigri que vous me le marquez dans voire lettre, quoiqu'il la vérité je n’aie pu obtenir de lui lont ce que j’aurais voulu.
JY. 3. Ce qui me consolait, c'était que je comptais qu'il vous verrait à Dyrrachium, ou quelque autre part dam vos quartiers; et je me promettais, ou plutôt je ne doutais point que cette entrevue ne suffit pour raccommoder tout, même avant que vous entrassiez dans aucun éclaircissement : car vous savez aussi bien que moi que mon frère est dans le fond le meilleur homme du monde, et que, s'il se brouille aisément, il se raccommode de même Le malheur est que vous ne vous éles point vus; et c’est ce qui a été cause que les artifli'cs de quelques mauvais esprits ont prévalu sur ce qu’il devait à 1a liaison, à l’alliance et à l’ancienne amitié qui est entre vous.
A. 4. Savoir à qui en est la faute, il m'est plus aisé de le deviner que de vous le dire. Je craindrais de ne |>as épargner vos proches en défendant les miens. Je suis persuadé que, si l'on n i pas contribué dans sa famille a l'aigrir, on n’a pas du moins travaillé à l'adoucir comme on aurait pu. Mais je vous expliquerai mieux, quand nous nous reverrons, d'où vient tout le mal, ce qui s'étend plus loin qu'il ne semble.
.V. 5. Je ne conçois pas ce qui a pu porter mon frère à vous écrire de Thessaionique comme il a fait, et à parier Ici à vos amis et sur la roule de la manière qu’on vous l'a rapporté.'Quoi qu’il en soit, je n'espeic n'élre délivré de ce chagrin que par la confiance que j'ai en voire honnêteté. Si vous considérez que les meilleures gens sont souvent ceux qui se fichent le plus aisément, et qui reviennent de même ; et que cette légèreté, ou. pour parier ainsi, celle flexibilité de sentiments est ordinairement une marque de bon naturel ; et surtout si vous faites réflexion qu’enlre amis on doit se pardonner non-seulement les faiblesses et les défauts, mais même les tons réciproques, j’espère que tout cela se calmera aisément, et je vous le demandeen grâce : car vous aimant autant que je fais, il n est pas indifférent pour moi que tous mes proches vous aiment et soient aimés de vous
A. 8. Rien n’élalt moins nécessaire que l’endroit de votre letrre où vous faites un detail de tous les emplois qu'il n’a tenu qu'a vous d'avoir, soit dans les provinces, soit à Rome, pendant mon consulat et en d’autres temps. Je connais la noblesse et la droiture de votre cœur. J'ai toujours compté qu’il n’y avait po’nl d’autre différence entre vous et moi que celle du différent choix de vie ; en ce que quelque sorte d'ambition m’a porté à rechercher les honneurs, au lieu que d’autres motifs nullement blâmables vous ont fait prendre le parti d'une honnête oisiveté. Mais, quant à celte gloire véritable, qui vient de la probité, de l’exactitude, de la régularité dans le commerce, je ne mets au-dessus de vous ni mol ni personne du monde; et pour ce qui me regarde en particulier,
sonne ne m'aime tant que vous m’aimez. J’ai vu d'une manière à n’en pouvoir douter vos contentements et vos peines dans les diverses rencontres de ma vie. et j’ai ressenti avec une égale satisfaction In paît que vous aves prise a rocs avantages et à mes dangers.
JV. 7. Dans le temps même que je vous parle, non-seulement vos conseils , en quoi vous êtes incomparable, mais voue entretien ordinaire, dont ta douceur m’est si sensible, me Tait un besoin extrême. Je ne vous regrette pas seulement pour les affaires publiques, qu’il ne m’est pas permis de négliger comme les autres; c'est encore pour mes fondions du barreau, que Je continue afin de me conserver la considération qui m'est si nécessaire pour soutenir la dignité où elles m'ont aidé o parvenir. Je vous regrette aussi pour mes affaires domestiques, dans lesquelles je vous trouve encore plus a dire depuis le départ de mon frère. Enfin, ni dans mon travail ni dans mon repos, ni dans mes occupations ni dans mon loisir, ni dans mes affaires domestiques ni dans celles de ma profession, ni dans les particulières ni dans les publiques. je ne saurais plus me passer de la douceur de voire aimable conversation et de vos conseils.
après mon frère et ma famille, je suis persuadé que personne ne m'aime autant que vous m'aimer. J’ai vu d’une manière a n’en pouvoir douter et voire joie et votre inquiétude dans les différentes situations où je me suis trouvé. Lorsque j’ai eu quelques succès, votre joie a augmenté la mieune ; et lorsque j’ai été exposé à quelque danger, la part que vous y avez prise m’a rassuré et consolé.
JV. 7. Maintenant même que vous éles absent, je sens combien j'aurais besoin, non-seulement de vos conseils, en quoi personne ne peut vous remplacer, mais encore de la douceur et de l'agrément de votre conversation. Je vous souhaite, et pour les affaires publiques qu’il ne m’est pas permis de négliger comme les autres , et pour mes fonctions du barreau, que je continue afin de me conserver la considération qui m’esl si nécessaire pour soutenir la dignité a laquelle elles m’ont élevé; et pour mes affaires domestiques, où je vous trouve encore plus à dire depuis le départ de mon frère. Enfin, ni dans le travail ni dans le repos, ni dans xnes occupations ni dans mon toisfr , ni dans mes affaires domestiques ni dans celles du barreau, ni dans les particulières ni dans les publiques, je ne puis plus me passer de la ressource et de l'agrément que Je trouve dans les conseils et dans l'entretien d'un ami tel que vous.
Lettre XVIII de Cicéron à Atticus, I. I.
CICERO ATTICO S.
N. 1 . Nihil mihi nunc scilo lam deesse, quàm Imminent eum, quorum omnia, quæ mccurâ aiiquûafficiunt, uni communicem ; qui me amet, qui sapial, qulcum ego colloquar, nihil fingam, nihil dissimulent, nihil obtegam. Ahesl enim fraler iftlinan;, et amanlissimus. Metellus non homo, sed littus, aique aer, cl solitudo mera. Tu aulem, qui saepissimè curant et angorem animi meisermoneet consiliolevûsli tuo; qui mihi et in publicà re socius, et in privalis omnibus conscius, et omnium mcorum sermouum et consiliorum parliceps esse soles, ubinam es ? — N. 2. lia sum ab omnibus deslilulus. ut tantum requietisbabcam, quantum eum uttore, et filiolâ, et mellilo Cicerone consu-
milur. Nam illæ ambitiosæ noslræ fucosæque amicitiæ sunl in quodam spleudore forensi; fruclum domcslirum non habent. llaque, quum benè compléta domus est tempore matu lino , quant ad forum slipati gregibus amicorum desccndimus, reperireet magné lurbâ neminem possumus. quorum aut jorari libéré, aut suspirare fnmiliuriter possimus.
N.3. Quareteeispeclamus, le desideramus, tejnmeliam orcessimus. Muita enim sunl quæ me sollicitant anguntque, quæ mihi vidcor , aures nactus tuas, unius ambulationis sermone eiltauriro posse. Ac domestirarum quidem sollicitudinum aeuleos omîtes et scrupulus occuitabo : neque egohuic epislolæalque ignolo tabellario commiUam. Atque hi (nolo enim te permoveri) non sunl permolesti, sed lamen insident, et urgent, et nuliius amaulis consilio aol sermone requiescuut.