‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 48 sur 298 · Du choii des livres qu'on pipîiqoe · texte numérisé non relu

Du choii des livres qu'on pipîiqoe

[.es livres qu’on a coutume d'expliquer en quatrième sc réduisent presque à ceux-ci : les Commentaires de César, les Comédies de Têrcnce, quelques Traités et des Lettres de Cicéron, l'Histoire de Justin.

Il n’y a rien de plus parfait dans leur genre que les Commentaires de César , et je m’étonne que Quinlilien ', qui a parlé de quelques harangues qu’on avait de lui, dont la force et la vivacité font connaître, dit-il, que ce Romain avait le même feu en parlant qu’en combattant, n'ait pas dit un seul mot de ses Commentaires. On y voit régner partout une élégance et une pureté de langage admirable, qui était son caractère particulier ; et l’on pourrait dire qu'ils se sentent de la naissance et de la noblesse de leur auteur, comme Quinlilien le dit des ouvrages de Messala \ Peut-être que, regardant ces commentaires comme de simples mémoires, et non comme une histoire en forme, il a cru n’en devoir point faire mention.

Cicéron leur rend plus de justice. Il parle d’aboi d des harangues de César, et il dit qu'à la pureté du langage 1 * * * 5, dont non-seulement un orateur, mais tout citoyen doit sc piquer, il a ajouté tous les ornements de l’éloquence. Ensuite il passe à ses Commentaires, et il en fait un magnifique éloge, que j’ai rapporté ci-devant.

Mais il faut avouer que les grâces et les beautés de cet auteur se font mieux sentir à des personnes qui ont le goût et le jugement formés qu'à des enfants tels qu’on les suppose en quatrième. L’imagination vive et prompte

1 « C. Ca?sar si foro tantum vxcàsaet, non situa ex nosa tria contra Ciceronem nomloarelur. Tanta in eo vif a eat, id acumen, ea cooeilatio, ut ilium codcm antmo a dixisac, quo bellavft, apparent. * (Qüistil. lib. 10, cap. 1.)'

a Eiornat bec omnla miré acrmonis, cujua proprlè

a aludiosua fuit, elrganliâ. a (Ibid.)

* a Quodammodô præ w ferens in dlcendo nobilitaa tftnauam * (Itdd.)

1 a ( Ad hanc rlegintiam verborum lalinorum (que, a ellamal oralnr non sia. et sis ingennua civis romanus, a tamen iicccasaria est’, adjungit ilia oratorio ornementa a dicendi. » {Brut. n. 201.)

des jeunes gens aime la variété et le changement d’objets, et s’accommode moins de cette espèce d’uniformité qui règne dans les Commentaires de César, où l’on ne voit presque autre chose que des campements d’armée, des marches, des sièges de ville, des batailles, des harangues faites aux soldats par le général. Cette raison empêche quelques professeurs de faire voir cet auteur en quatrième, et je n’ai garde de les blâmer.

Il y en a qui en excluent aussi Tércncc , mais par une raison tout opposée ; car c’est la crainte du plaisir que les jeunes gens y trouvent et du goût qu’ils y prennent’, qui le leur rend suspect. Je sais que messieurs de Port-Royal, qu'on ne soupçonnera pas de relâchement pour ce qui regarde les moeurs, n’en ont pas cru la lecture dangereuse aux jeunes gens, puisqu’ils ont exprès Iraduit pour eux quelques comédies, après en avoir retranché certains endroits qui blessent ouvertement la pudeur. Mais ce ne sont pas ces endroits seuls qui sont à craindre pour les jeunes gens, c’est le fond même des comédies, et l’intrigue, qu’il faut nécessairement leur expliquer, si l’on veut qu’ils en entendent la suite : intrigue capable d'allumer en eux une passion qui ne leur est. que trop naturelle, qui en entraîne un si grand nombre quand ils sont dans un âge plus avancé, et qui fait tant de ravages dans les familles. Le poëte emploie tout son génie et tout son art, nonseulement à excuser, mais même à justifier celte passion, que le paganisme ne trouvait point criminelle, et à jeter un ridicule complet sur la conduite d’un père qui prend de sages précautions pour l’éducation de son fils, pendant qu’il donne pour modèle celle d’un autre père qui ferme les yeux sur les débauches du sien, et qui lui lâche entièrement la bride. Que peut-on raisonnablement opposer à la juste crainte d’un professeur qui sent toute la beauté et toute la délicatesse de Térence, mais qui sent encore davantage le danger et le poison caché sous ces Heurs? «Je n’en condamne pas les mots,

1 « Llbenler hæc didicl (disait saint Augustin en « parlant de Térence i, el delecüibar miser; el ob hoc a bonæ spei puer appelltbar » (Confess. lib. 7, cap. 16.)

a disait S. Augustin ' en parlant de ce poêle : « ce sont des vases choisis et précieux ; mais « je condamne le vin de l’erreur que îles

• maîtres enivrés nous présentaient dans ces « vases, et qu'on nous forçait de boire sous « peine d'être châtiés , sans qu’il nous fût « permis d'en appeler à quelque juge sobre

• et raisonnable, s Quintilicn 1 veut qu’on diffère la lecture des comédies è un temps où les mœurs seront en sûreté : peut-on blâmer un rsattre chrétien qui aura la même délicatesse3?

Avant la troisième édition de cet ouvrage , je n’avais pas encore lu un livre intitulé 7erentius christianus, imprimé à Cologne l’an IGOi, et cumpo-é par un prinripol du collège delà ville de Harlem, Cornélius Schonwus

1 « Non accusa rerba, quasi vasa elerla atque pretiosa; ■ sed vinum errorls, quoJ in eis nobis propinabalur ab a cbriii ilorioribus. et, nisi biberemus, cxdcbamur, nrc « ’appcllare ad aliqurm judicem sobrium liccbat. » ( Con ftst. lib. 1, cap. 17.)

* Lib P, cap. 5

• M. Gaullycr, professeur au collège du Plessis, dans 1 avertissement qui est à la tète du livre qu'il vient de donner sur la poétique, parle ainsi de ce que je dis ici de Téreace : M. Rollin , fondé tur un passage de Quintilien, en a interdit la lecture. Et. après avoir rapporté plusieurs preuves du sentiment qu'il soutient, il termine m réfutation par t es paroles : L'n passage de Quintilien. probablement mal entendu et mal cité, doit-il prévaloir sur tant de bonnes raisons et tant (V autorités si respectables ?

1° Si M. Gaullycr avait lu avec quelque attention l’endroit qu'il réfute, il aurait remarqué que je n'interdis point la lecture de Térence, et que je ne blême en au> rune sorte les maîtres qui l'expliquent dans leurs classes- J’ai avancé seulement que je ne croyais pas qu'on pût Mimer la conduite de ceux qui, par un motif de religion, en useraient autrement.

2® Je ne vols pas en quoi j’ai mal entendu et cité mal à propos l’endroit de Quintilien, I. 1, c. 5. Voici ses paroles : ()uum mores in tuto fuerint. inter prœcipua legendaerit (Comœdia). Ne signifient -elles pn> clairement que la Comédie ne doit être lue que lorsque les mœurs seront en sûreté? et par là Quintilicn n insinue-t-il pas que la comédie peut être nuisible aux mœurs?

3° M Gaullyer suppose que tout mon raisonnement dans ce que je dis sur la lecture de Térence n'est fondé que sur le passage de Quintilien. Quand cela serait ainsi, mon raisonnement n en serait pas moins juste ni moins fort- Selon Quintilien, la lecture des comédies, faite dans un temps où les mœurs ne sont point encore en sûreté, peut être dangereuse. Selon le même Quintilien, les maîtres, dans le choix des livres qu'ils font lire aux jeunes gens, doivent être plus attentifs a la pureté des mœurs

Goudanus *. Il est marqué dans la préfacede ce livre que ce principal, homme d’un grand mérite et d'une grande réputation, était amèrement affligé, aussi bien qu'un grand nombre d’autres personnes de sa profession, de ce qu’on laissait entre les mains de la jeunesse un auteur aussi dangereux pour les mœurs que l’était Térence ; et ce danger , selon lui, venait surtout du fond même des pièces, qui, sous une diction la plus délicate et la plus élégante qu’il soit possible d'imaginer, cache un poison d'autant plus pernicieux qu’il est plus subtil, et qu’il n'alarme point les oreilles chastes par des saletés grossières, comme cela est ordinaire è Piaule, Pour remédier à cet inconvénient, ce principal, plein d’un zèle bien louable pour l’avancement de la jeunesse, aussi bien dans la piété que dans les belles-lettres, composa plusieurs pièces à l’imitation des coméJies de Térence, mais dont les sujets sont tirés de l’Écriture sainte. J'en ai lu les deux premières, qui m’ont paru d’une grande beauté. Les règles du théâtre n'y sont pas exactement gardées, mais la diction y est d'une pureté et d'une élégance qui approchent beaucoup de celles de Térence, dont on sent bien que l’auteur avait exprès étudié avec soin le génie et le style , et qu’il a fait passer heureuse-

qu'à celle du langage, parce que les premières impressions durent longtemps et ont de grar.de> suites, ('cetera admonitions magna egent : imprimis, ut tenerœ mentes, tract urœque altiùs quicquid rudibus et omnium ignaris insederit, non modo quœ diserta, sed vel magis quœ honesta sunt, discant. (Qli>t. lib. 1, cap. 5.) 11 s'ensuit naturellement de ce principe qu'on ne doH pas blâmer un maître chrétien qui croit ne devoir point encore mettre entre les mains des jeunes gens les comédies de Térence. Mois j'ai si peu insisté sur ce passage de Quintilien, que je n'en ai p s même cité les paroles.

4° Le fort de mou raisonnement consiste dans une réflexion qui est tirée du fond meme de l'ouvrage dont il s'agit, c est-a-dire de la nature et de la qualité des comédies de Térence, des matières qui y sont traitées, des principes qui y soûl répandus, des intrigues qui y régnent depuis le commencement jusqu’à la fin; intrigues qui sont Incontestablement très-dangereuses pour la jeuuesse. Voilà sur quoi j’ai insisté pendant près de deux pages ; et c'est sur quoi M. Gaullyer ne dit pas un seul mot- Quand on entreprend de réfuter un sentiment, surtout s'il Intéresse les mœurs , Il me semble qu’il conviendrait de le faire avec plus d'exactitude.

‘ Goude, ville des Pays-Bas, dans la Hollande.

«H*> aas <§**»

le cours d’une année entière, en voir qu’une partie fort bornée, qualrcou cinq livres, par exemple, de Tile-Live; encore est-ce beaucoup. En ce cas n’estilpas plus prudent de passer les endroits quisont moins intéressants, tels que sont, dans la première décade, la plupart de ceux où l'historien rapporte les disputes des tribuns , et plusieurs petites guerres, dont on se contente de leur donner de vive voix quelque idée, pour s’arrêter plus longtemps sur les grands événements, qui plaisent infiniment plus, et qui sont plus capables de former l’esprit? J en dis autant des Traités de Cicéron sur l'éloquence et sur la philosophie, qui demandent encore plus qu’on y applique celle règle. Serait-il supportable, en expliquant l’admirable livre intitulé Orator, qu'on vit tout entier et de suite le traité des nombres, qui renferme près de cent chitTres, et où il y a tant de choses audessus de la portée des jeunes gens, et tout à fait inutiles par rapport au but qu’on sepropose, qui est de leurapprendre la langue latine et de leur former le goût? Il faut donc qu’un maître habile et prudent fasse le choix des endroits qu’il veut expliquer; et je lui appliquerais volontiers, à cet égard, ce que dit Quintillcn en parlant de l’orateur : nihil esse, non modô in orando, sed in omnf iitd,prius concilio. • - • •./

IL De ce qu'il faut principalement reqiarquert en expliquant les auteurs ilaus les classes plus avancées. „

On peut réduire à cinq ou six articles les remarques qu’on doit faire en expliquant les auteurs ; 1; la syntaxe, qui rend raison de la construction des différentes parties du discours ; h propriété des mots, c’est-à-dire leur signification propre et naturelle; 3“ l’élégance du latin, par où l’on fait connaître ce que eetle langue a de plus fin et de plus délicat; 4* l’usage des particules; 5“ certaines difficultés particulières plus marquées; fi» la manière de prononcer et d’écrire le latin, qui n’est pas indifférente même pour l’intelligence des anciens auteurs. Je n'ajoute point ici ce qui regarde les pensées, les figures, la suite et l'économie du discours, parce que je me

réserve à et) parler avec quelque étendue dans un autre endroit.

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