Eiprenions poétiques
J’en choisirai une seule et je lécherai de faire voir l'usage qu’en a fait Virgile pour peindre différents tableaux. C’est le mot ptndere.
Ile, mec, quondam felix peeur. Ile, capelUv.
Non ego voa postbac vlrldt projeclus in antro
DumosS pondère procul de rupc videbo <.
Le poëte pouvait mettre, non ego r os allA pateentes ru pe videbo. Ce mot pendere représente merveilleusement les chèvres qui paraissent de loin comme suspendues sur une colline escarpée où elles paissent.
Ht lummo in fiuctn pendent, bis unda dehfscens
Terram Inter fluctus aperlt *.
Qu'on substitue. Ai summo in fluclu [apparent, l’image et la beauté disparaissent. Elles consistent dans ce mot pendent , et dans le lieu où il est placé : car, Ai pendent summo in fluctu, ne produit plus le même effet.
Pendent opéra interrupla, mtnsqne.
Murorum lugentef, rqualaque machina coelo1 .
Il faut avouer que toutes les expressions ici sont fort poétiques. JUinte ingéniés murorum, pour dire de hautes murailles qui semblent menacer le ciel. Mais le mot pendent relève bien cette description. Quelle grâce y auraitil si l'on mettait, marient opéra interrupla ?
Frontc sub adveridk icopull» pemlcntibus anlrum *.
* Ecl. 1, 75.
* Æn. 1,110.
* Ibid. 1. KH.
* Ibid. 1. 170.
TRAITÉ DEH ÉT
Y a-t-il tableau qui puisse mieux peindre l’action et l'attitude d'un cocher courbé sur ses chevaux pour les faire avancer à grands coups de fouet?
Simul arriplt ipsum Pendeolem, el rnagnâ mûri cum parle rcvcllit ».
I.’esprit et l'oreille sentent bien ici la force et la grâce de ce mot pendentem.
Illacos ilerùm damons audlrc laborcs Exposait, pandctque itcriim narrxntis ab oro *.
Il n’est pas possible de mieux exprimer la vive attention d’une personne qui en écoule une autre avec plaisir, et qui demeure immobile , attachée et comme suspendue à sa bouche.
Fecerat et vlrldl foetam Matortis in antre Procubuisse lupam : gemlnos buic obéra circum laldere pendentas pueras, et lamberc matrem Impavldos s.
Quelle peinture! quelle vivacité ! Mais l’exemple qui suit fournit une image encore infiniment plus gracieuse, et qui est puisée dans la nature même. Un père qui veut baiser son enfant se courbe vers lui, et quand l’cnrant a mis ses tendres bras autour de son cou, le père se relève , et le lient ainsi suspentlu. Le mot pendere suffit seul pour peindre celte image.
Intcraà dulcca pendant clrrtim oteu'a natii. lllc ubi complaxu .l'.ncr aolloqua pependil 1.
' Æn 10.580. — « lb!d », lit).
> Ibid. ». 501.
* Ibid. 4, 78.
> Ibid. 8. CM.
• Geor. 2 523. — En. I, 719
Il Cil est ainsi de mille onircs expressions poétiques , dont on doit faire remarquer aux jeunes gens ou l’agrément ou l'énergie.
a. Tours poétiques.
C’est dans certains tours et dans certaines manières de parler que consiste proprement le langage qui est particulier A la poésie . et qui la distingue de la prose ; car presque tous les mots sont communs ù l’une et A l’autre. Ce sont ces sortes de tours et de locutions qui font l’agrément et la richesse de la poésie. C’est par IA qu’elle trouve le moyen de varier infiniment le discours, de montrer le même objet sous mille différentes faces toujours nouvelles, de présenter partout des images riantes , de parler aux sens et A l’imagination un langage qui leur convienne , de dire les plus petites choses avec agrément, et les plus grandes avec une noblesse et une majesté qui en soutienne toute la grandeur cl tout le poids. Quelques exemples éclairciront ce que je viens de dire.
1° Labourer, cultiver la terre , ara re, colère terrant, est une manière de parler qui, en prose, n’est pas susceptible de beaucoup de tours différents , mais qui peut être beaucoup diversifiée en vers, et que Virgile en effet a exprimée en bien des manières. J'en rapporterai une partie, afin que les jeunes gens apprennent comment une même chose , considérée sous différents points de vue , du côté des instruments, de la manière, des circonstances, des effets, peut être variée A l’infini.
Depresso incipiat jam tùra mihi taurus aralro
Ingemere, et sulco attrltus splendescere vomer
Exercetque frequens lellurem, atque imperatarvU*.
Auto Jovem duIU subigebanl arva colon!8.
Quod niai et assiduU terrant Inseciabere raslrla
Prima Ceres ferro morlaiea vertere terram
Intlitail * Incumbere aratris e.
Agricola Incurvo terram dimovit aralro1.
Scintlere terram
Et campum horrentem fractU iDvertere glebis B,
Ergo *grè raalris terram rimantur 9.
t Geor. 1, 45.— • Ibid. 99.—* Ibid. 125.— 8 Ibid. 155. * Ibid. 147. — * Ibid. 213. — 1 1bid. 2, 512. — 8 Ibid. 3, 160. - 8 Ibid. 53t.
2° On peut remarquer en combien de ma* nières différentes Virgile décrit la navigation.
Non aliter quam qui adverso ylx Oumine lemhum Remigii.s subigit >.
Et quando infidum remis impellere marmar Convenait *.
Sollirllant alii remit fréta csca*.
Vêla dabant leti, et «pumas salis are ruebant k.
Vêla damus, vastumque cavâ «rahe currimus æquor *. Velacadunt. remis insurgimus : haud mora, naut* Adnixi torquent spumas, et cercla verrunt. Tentamusque ytam, et \clorum patulintus alas *. Certatirn socii Terium mare, et jrquora verrunt 7. Verrimus et proni crrtantlbus rquora remis *.
Fluctus atros aquilone secabat 9.
Feril ctbera clamor
Naullcus : adductis sputuanl fréta versa iacerlls. Infindunl pariter sulcos, tolumque dehiscit Convulsum remis roslrlsque tridentibus «quor ,0.
Olli certamine summo
Prncumbunt : vastis tremil icllbus ærea puppis,
Su btrahi turque solum 11 .
Quum vend posuêre, omnisque repenté resedlt Flatus, et in lento luctaatur marmore tons* **. lostal aqusB. .. et loog&aulcal maria alla carinâ >*.
3" Une des manières les plus ordinaire* aux poêles , c’est de décrire les choses par leurs effets ou par leurs circonstances.
Au lieu de dire. Une terre qui te sera reposée une année rapportera beaucoup de froment l’année suivante, le poète dit , Une terre qui a senti deux étés et deux hivers répond pleinement aux vœux de l'avide laboureur, et produit une si abondante moisson , que les greniers ne peuvent en supporter le poids :
III. itgcl demùm voila respondel avarl Agricole, bis quai soient. bi. trlgora scoail : llllua lfnm.ru» ruperunt borrea messes u.
Pour dire , Il n’y avait point encore eu de guerre : On n avait point encore entendu te son effrayant des trompettes , ni le bruit pétillant des épées qu’on (orge sur les enclumes :
l Gror. 1, 201. - • Ibid. 25». - » Ibid. 2 , 503. — *Æo. 1, 39.— 1 Ibid. 3, 19i.- • Ibid. 207.- ’ Ibid. 290. — * Ibid. 668. - » Ibid. 5, 2. — >« Ibid. 140. — >' Ibid, lin. — » Ibid. 7, 21. - il Ibid. 10, 196.
— )♦ Geor, 1, 47.
Nscdiim flUm igdleriBI IcilUrl «lu, Ici, nccdiim
Impesicoi dort* crtpilire incudibus cnics
On était en hiver : L’hiver, par la rigueur du froid, faisail fendre les pierres, et arrêtait par ses glares comme par un frein le cours rapide des eaui •
El quum tri, II, hfems êllim ntl n r frigor* mi*
Rumpr rcl, el glaclc cursus frcnarct squftrum *.