SOIN DE FORMER LES MOP. IBS
Si l’instruction n’avait pour but que de former l’homme aux belles-lettres et aux sciences; si elle se bornait à le rendre habile, éloquent, propre aux affaires ; et si, en cultivant l’esprit, elle négligeait de régler le cœur, elle ne répondrait pas à tout ce qu’on a droit
* « OUum sine IlUeris mors est, et homtnis vtvt sem poRtlra. » (Ssnbc. Epist. 28 t 1 « Ipsa muliarum artlum seientla eltam allud agentes • nos ornât ; atque, obi raloimé creüas, eminct et eicela lit. > ( lhalog . de Oral. c. 82.)
d'en attendre, et ne nous conduirait pas h une des principales flos pour lesquelles nous sommes nés. Pour peu qu'on examine la nature de l’homme, ses inclinations, sa Un, il est aisé de reconnaître qu’il n'est pas fait pour lui seul, mais pour la société. La Providence l'a destiné à y remplir quelque emploi. Il est membre d’un corps dont il doit procurer les avantages; et, comme dans un grand concert de musique, il se doit mettre en état de bien soutenir sa partie, pour rendre l'harmonio parfaite.
Mais dans cette variété infinie de fonctions qui partagent et occupent les hommes , les emplois que l’état a le plus d'intérêt de voir bien remplis sont ceux qui s'exercent par les talents de l'esprit, et qui demandent des connaissances supérieures et plus relevées. Les autres arts, les autres professions , peuvent être négligés jusqu’à un certain point sans que l’état en reçoive un si notable préjudice. Il n’en est pas de même des emplois qui exigent de la conduite et de la sagesse, puisqu’ils donnent le mouvement à tout le corps de l’étal, et qu’ayant plus de part â l’autorité, ils influent plus directement dans les succès du gouvernement et dans la félicité publique.
Or, c’est la vertu seule qui met les hommes en état de bien remplir les postes publics. Ce sont les bonnes qualités du cœur qui donnent le prix aux autres , et qui, en faisant le vrai mérite de l'homme, le rendent aussi un instrument propre à procurer le bonheur de la société. C'est la vertu qui lui donne le goût de la véritable et de la solide gloire ; qui lui inspire l’amour de la patrie et les motifs pour la bien servir; qui lui apprend à préférer toujours le bien public au bien particulier, & ne trouver rien de nécessaire que le devoir, rien d'estimable que la droiture et l'équité, rien de consolant que le témoignage de sa conscience et l'approbation des gens de bien , rien de honteux que le vice. C’est la vertu qui le rend désintéressé pour le conserver libre ; qui l'élève au-dessus des flatteries, des reproches, des menaces et des malheurs; qui l’empêche de céder à l'injustice , quelque puissante et quelque redoutable qu’elle soit ; et qui l’accoulume, dans toutes ses démarches, â respec- I 1er le jugement durable et incorruptible de la
poslérilé, el à ne lui point préférer une fausse et courte lueur de gloire, qui s'évanouit avec la vie comme une légère fumée.
Voilà ce que se proposent les bons maîtres dans l'éducation de la jeunesse. Ils estiment peu les sciences, si elles ne conduisent à la vertu. Ils comptent pour rien la plus vaste érudition, si elle est sans probité. Ils1 préfèrent l’Iionnéte homme à l'homme savant. Cl, en Instruisant les jeunes gens de ce que l'antiquité a de plus beau, ils songent moins à les rendre habiles qu’à les rendre vertueux, bons fils, bons pères, bons maîtres, bons amis, bons citoyens.
Sans cela en effet faudrait-il faire tant de cas de ces sorles d'études qui, selon l'expression d'un sage païen. 11e seraient propres qu'à nourrir l’orgueil , et seraient incapables de corriger aucun défaut*? ex studiorum liberalimn vanti ostentatione, et nihit sananlibus litleris. Serviraient-elles à quelqu'un pour guérir ses faux préjugés, ou |«>ur affaiblir scs passions? Le rendraient-elles plus courageux, plus juste, plus libéral*? Cujus ista errons minuentî cujus cupiditates priment ? Quem fortiorem, quemjuetiorem, quem tiberaliorem facient ?
Sénèque avait emprunté cette solide pensée de la philosophie de Platon , qui établit en plusieurs endroits de ses écrits ce grand principe, que le but de l’éducation el de l’instruction des jeunes gens, aussi bien que du gouvernement des peuples, est de les rendre meilleurs; el que quiconque s’écarte de celle fin, quelque mérite qu'il paraisse avoir d'ailleurs , n'est point véritablement digne de l’estime ni de l'approbation du public. C'est le jugement que ee grand philosophe portait de l’un des plus illustres citoyens d'Athènes *, qui avait longtemps gouverné la république aivec une réputation extraordinaire, qui avait rempli ta ville de temples, de théâtres, de statues , d'édifices publics ; qui l’avait ornée par les monuments les plus célèbres, et rendue toute brûlante d'or ; qui avait épuisé ce que la sculpture, la peinture et l'architecture ont
1 Senec- Epist. 59.
t Id. de Btev. vH. cap. 14.
I Pial, la tiorgii.j
dé* plus beau et de plus grand, et avait établi dans ses ouvrages le modèle el la règle du goût de toute la postérité. Mais Plftlon demandait si l'on pouvait nommer un seul homme, citoyen ou étranger , esclave ou libre , à commencer par ses propres entants, quePériclés eût rendu par ses soins plus sage et plus homme de bien. Il remarquait très-judicieusement qu'il avait au contraire, par sa conduite, fait. perdre aux Athéniens les vertus de leurs aneétres, eh qu'il les avait rendus paresseux, mous, causeurs', curieux, amaleurs des folles dépenses, admirateurs des choses vaines et superflues. IVoù il laissait à conclure que c'était à tort qit on donnait de si grandes louanges à son admini-lratiorv, pui-qii’il n'en méritait pas plus qu’un écuyer qui , s’étant chargé de dresser un beau cheval, ne lui aurait appris qu'à broncher, qu'à être rude, pesant, vicieux, ombrageux.
Il est aisé de faire l’application de ce principe à l'étude des belles-lettres et des sciences. Il nous apprend , non à les négliger , mais à eu tirer tout le fruit qu’on en doit attendre ; à les considérer , non comme notre fin , mais comme des moyens qui peuvent nous y conduire. Elles n’ont pas pour objet immédiat ta vertu * ; mais clics y préparent; et elles sont à son égard ce que les premiers éléments de la grammaire sont a l'égard des belles-lettres mêmes et des sciences, c’est-à-dire des instruments très utiles, si l’on sait en faire un bon usage.
Or, l’usage qu'on en doit faire est de se sertir adroitement de tout ce qui se rencontre de maximes, d’exemples et d'histoires remarquables dans la lecture des auteurs , pour inspirer aux jeunes gens de l'amour pour la vertu et de l’horreur pour le vice.
Il y a dans le cœur de l'homme, depuis sa corruption , une malheureuse fécondité pour
* a Quare ergo liberallbui studio filioi erudimuit a N un quia virtulem dare possuut, sed quia animuiu ad a acciptendaua viriutem préparant. Quemadmodùm • prima ilia, ut antiqul vocabant, llueratura, per quam a pucris clemeula Iraduntur, duo docot liberales ailes, . sed moi percipleudis locum parai : sic liberales ari.es a non perducuut .minium ad virtulem, sed expedjuut. s (Suie. EpUt. 88.)
Dioiti;
'jfe
le mal, qui altère bientôt dans les entants le peu de bonnes dispositions qui j reste, si lès parents et les maîtres ne travaillent continuellement i ■nourrir et à faire croître ces faibles semences du bien, restes précieux de l'ahcienne innocence ; et s’ils n’arrachent avec un soin infatigable les ronces et les épines qu’un si mauvais fonds pousse sans cesse.
■ Celte pente naturelle au mal est fortifiée le plus souvent dans les jeunes gens par tout ce qui les environne. Y a-t-il beaucoup de pères qui sachent 1 jusqu’où l’on doit porter la retenue et la circonspection en présence des enfants, ou qui veuillent se gêner jusqu'au point de ne jamais tenir devant eux aucun discours qui puisse former quelque faux préjugé dans leur esprit? Tout ne retentit— il pas autour d'eux des louanges que l'on donne a ceux qui amassent de gros biens, qui ont un grand équipage, qui fout bonne chère, qui sont loges et meublés magnifiquement ? Ne se forme-t-il pas de tous ces suffrages comme un cri public et une voix* bien pins dangereuse que celle des Sirènes dbnt parle la Fable, qui , après tout, n'était etilendue qu’aux environs du rocher qu’elles habitaient , au lieu que celle-ci se fait entendre dans toutes les villes, et presque dans toutes les maisons ? Rien ne se dit impunément * devant les enfants. Un mot d’estime ou d’admiration échappé à un père sur les richesses suffît pour en allumer en eux Un désir qui croîtra avec l’êge, et ne s'éteindra peut-être jamais.
A toutes ces voix enchanteresses il est donc nécessaire d’en opposer une qui se fas-e entendre au milieu de ee bruit confus d'opinions dangereuses, et qui dissipe tous ces faux préjugés. Les jeunes gens ont besoin ( s’il m’es! permis de me servir de ce terme J d'un oio-
* • Maiisva debetnr pocro mertntia. *
(je*. Soi. XIV , 47.)
a ma vox, que timebatur, erat bfanda. non (amen « publies : al bar, qua; tfmemla est. non ex uno »co- « pulo, sed ex Omni lcrrarum parte circumsonai. » (Se* Epitt. 31.)
* m Nolla ad aurea nostras vox Impunè perfertur. » (Id Epist. 9i.)
« Adralratlonem nobis parentes auri argentique fec ceruut : et teneris infusa cupldhas aliiîu sedlt, cref vllque nobtfcum. » (Id. Epitt. 115.)
niteur fidèle et assidu *, d’un avocat qui plaide auprès d'eux la cause du vrai, de rbonnélè, de la droite raison ; qui leur fasse remarquer le faux qui règne dans presque tous les discours et toutes les conversation; des hommes, et qpi leur donne tics règles sûres pour faire ce discernement.
Mais qui sera ce moniteur? Le mati rechargé de leur éducation en fera-t-il la fonction ? et sera-ce par des leçons réglées qu’il entreprendra de les instruire sur ce point? Au seul notn de leçons ils prennent l'alarme, ils se tiennent sur leurs gardes, et leur esprit se ferme à tout ce qu’on leur dit. comme si l’on avait dessein de leur dresser des embûches.
Il faut leur donner des maîtres qui ne leur soient point suspects, et dont ils ne puissent se défier. Pour les préserver ou les guérir de la contagion du siècle présent *, U faut les transporter danS d’autres pays et d’autres temps , et opposer ad torrent des fausses maximes et des mauvais exemples qui entraînent presque tout le monde les maximes et les exemples des grands hommes de l'antiquité, dont les auteurs qu’ils ont entre les mains leur parlent, ils écoutent volontiers les leçons que leur font un Camille, un Scipion, un Cyrus’ : et ces sortes d’instructions, cachées et comme déguisées sous le nom d’histoire, font d’autant plus d'impression sur eux, qu elles paraissent moins recherchées , le pur hasard semblant les leur présenter.
Le goût de la véritable gloire et de la véritable grandeur se perd tous les jours parmi nous de plus en plus. Des hommes nouveaux *, enivrés de leur subite fortune, et dont les dépenses insensées ne peuvent venir à bout d'épuiser les bieus immenses, nous accoutument
1 « Sil ergoallquii custos, etaurem subfndé pervcllat, « ablgalquc minores, et réclame! populis laudanlibus... « Nccessarium est admoncrl, cl babere aliquem advo- « catum bons mentis, eque tanlo frcmflu falsurum, uuam « (ionique audire vocem. . qus tamis clamoribus ambl- « lions exsurdato salularia Insusurret. » (Id. Epitt. 31.)
* « Si velis vitlls exut, longé & vitlorum excmplls re- « cedendum e*L.. Ad meliores transi Cum Catonlbus a vive, cum Lsbo, etc. » (Id. Epitt. 101.)
I a Hommes novi -. omnibus modls pecuoiam Irahunl, « vexant : Union su min A lubidine divitlas suas viocera a ncqucunl. » (Sallusi. Catil. cap. 90.)
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A ne trouver rien de grand et d’estimable que les richesses, et des richesses énormes ; à regarder non- seulement la pauvreté, mais même une honnête médiocrité comme une honte insupportable ; à faire consister tout le mérite et tout l’honneur dans la magnificence des batiments , des meubles , des équipages , des tables.
Quel contraste l’histoire ancienne n’oppose* t-elle pas à ce mauvais goût ! Elle nous montre des consuls et des dictateurs qu'on allait prendre à la charrue. Quelle bassesse en apparence ! MBis ces mains 1 endurcies par des travaux rustiques soutenaient l’état chancelant et sauvaient la république. Loin de songer à s'enrichir \ ils refusaient l'or qu’on leur présentait, trouvant qu’il était plus beau de commander à ceux quicn avaient que de le posséder eux-mêmes. Les plus grands hommes, comme Aristide chez les Grecs, qui avait gouverné les finances de toute la Grèce pendant plusieurs années , Valérius Publicola , Ménénius Agrippa, cl taid d’autres Romains, mouraient souvent sans laisser de quoi fournir aux frais de leurs funérailles, taut la pauvreté était en honneur chez eux, et les richesses méprisées. On voyait un vénérable vieillard , illustre par plusieurs triomphes3, manger ou coin de son feu les légumes qu’il avait lui-même cultivés et cueillis dans son jardin. Ils ne se piquaient pas d’habileté à ordonner un repas* t mais en récompense ils savaient bien l’art de vaincre les ennemis dans la guerre et de gouverner les citoyens dans la paix. Magnifiques dans les temples et dans les édifices publics ', et
* a Sed ille rustlro opéré aurtta] minus situtem pu- « IjIIciir slibUierunt. » (Val. Max. iib. 4, e. 4.)
■ « l.urto ad forum sedcolf magnum auri pondus a Sunnite* quum ailullsteill, répudiât! nb eo mut. Non « enim auruni baberc, pratelarum slbl vider! dilit, sed « lis qui baberent aurum imperarc. (Cic. de Senect. « U. 55.)
s « Kaiiriciusad forum cornât illas ipsas radiers, quas « In sgrorepurgando triumpbalis scucx vidait. » (Saaxc. da Provid. cap. 3.)
s a I'arùni sellé rouvivium exorno... At Ilia rnit'lô e opluma relpublirar doetus sum, Postes ferire. etc. s (Sallcst. Juyurth. cap. 85.)
E r In suppliciis dearum magnifie! , dorai parct. a (Id. h) Cttlll. e. #.)
ennemis déclarés du luxe des particuliers, ils se contentaient pour eux-mêmes de maisons fort modestes , qu’ils ornaient des dépouilles des ennemis, et non de celles des cîtoyèns,
Auguste , qui avait élevé l'empire romain au plus haut point de grandeur ou i! ait jamais été, et qui, à la vue des superbes bâtiments dont il avait enrichi Rome' , se vantait avec complaisance, mais avec vérité, qu’il laissait toute de marbre une ville qu’il avait trouvée toute de brique ; Auguste, dis-je, pendant tout son règne, qui dura plus de quarante ans, ne s’écarta jamais en rien de l’ancienne simplicité de ses pères. Ses maisons *, soit à la ville, soit i la campagne, n'avaient rien de magnifique. Il conserva toujours des meubles dont le luxe des particuliers aurait rougi dans la suite. Il coucha toujours dans la même chambre, saus en changer, comme les autres, selon les saisons. Il ne porta presque jamais d’autres habits que ceux que l’impératrice JLivie ou sa sœur Octavie avaient filés.
Des traits de cette sorte frappent les jeunes gens. Et qui n'eu serait touché ? On les aide à faire les réflexions que Sénèque dit qu’il faisait en voyant dans une maison de campagne de Scipion l'Africain des bains d’une extrême simplicité, au lieu que de son temps on en avait porté la magnificence à un excès incroyable. J'ai un grand plaisir’, dit-il, lorsque je compare les mœurs de Scipion avec les nôtres. Ce grand homme, la terreur de Carthage et
1 « Urbem eicolait adeô, at jure sit glortatui. merci morcam se relioquere, quam laleriliam acceptas*!. » i Su rt. in Aug. cap. 28.)
* « Habitabat ædibus neque laxltale neque colla conn spiruis. » (Ibid. cap. 72.)
« Instrument! ejus el supellectllls parcimonie apparet a ellam mine, résidais lectis atque mentis, quorum ple- « raque vis privait: eleganlitD slnt » (Sort, in Aug. cap. 33.)
* «• Magna me voluplaa subit conlemplaotem mores <* Scipionis ac nostros. In hoc angulo ille Caribaglnis « hoiror, cui Roma débet quôd tanlùni semel capta est, « abluobat corpus laboribiis rostlcis fessum : eicrcebat « enim opéré se, iermmque (ut mos fuit priscis) ipso « subigebat. Sub hoc ille lecto tam sordldo stetit : hoc « ilium tam vile pavimenlum suslinuit. At nunc qufs est « qui sic iavari sustineat? Paupersibi videlur ac sordidus « nlsl parietes magnis et preliosié orbibus refulseriul » (San. Epiât. 86.)
l’honneur de Rome , «près avoir cultivé son champ de ses propres mains , venait prendre le bain dans cet obscur réduit, habitait sous re petit toit, se contentait d’une salle pavée si grossièrement. A qui maintenant une telle médiocrité suffirait-elle ? On croit être logé pauvrement et sordidement, si les richesses et la magnificence n’éclatent même dans les bains.
O quelle merveille’ ! s'écrie-t-il ailleurs, de voir un homme qui avait passé par le commandement des armées, le gouvernement des provinces, les honneurs du triomphe, et la plus honorable magistrature de Rome ; et , pour dire encore quelque chose de plus grand, de voir Caton n’avoirpour loutéquipage qu’un seul cheval, qui portait avec son maître tout son petit bagage ! Y a-t-il aucune leçon de philosophie qui puisse être plus utile que de telles réflexions?
De quel poids ne sont point les admirables paroles de ce même Scipion dont nous venons de parler, par lesquelles il déclare à Masinissa qu’entre toutes les vertus la continence est celle dont il se pique le plus, et que les jeunes gens n’ont pas lanl à craindre de la part des ennemis armés que de la part des voluptés qui environnent cet âge de tous côtés ; et que quiconque a su leur mettre un frein et les dompter, a remporté une victoire plus glorieuse que n’était celle qu’ils venaient de remporter contre Syphax 1 A’on est , non ( mihi erede ) tantum ab hostibus armatis œtali rtoslrœ perieulum. quantum ab rircumfusis u ndique voluptatibus. Qui eas sud temperantiâ frenavil ac domuit. n» multii majus de rus majoremqut victoriam tibi peperit , quàm nos Si/phace victo habemus *.
Il èlailen droit de parlerainsi après l’exemple de sagesse qu’il avait donné quelques années auparavant à l’égard d'une jeune et belle princesse qu’on lui amena parmi les prisonniers de guerre. Ayant appris qu’elle était
* « O quantum erat seculi rlecus. imperatorem trium- « phalrm, censorium. «t tquod super omiiia baec est, « C.atonrm, uuo eaballo esse contentum, et ne loto qui- « dem! partem enim sarcinte, ab utrnque latere depenm dentps. occupabant. » (Id. Epüt. 87.)
» TU LUr. 1. 30, n. 14.
TRAITÉ DES ÉT
promise en mariage à un jeune seigneur du pays, il la fil garder cher lui avec autant de retenue que si elle avait été dans la maison maternelle. Quand ce seigneur fut arrivé il la lui remit entre les mains, après lui avoir fait un discours plein de cette grandeur et de celle noblesse romaine qui ne se trouve presque plus que dans les livres ; et pour mettre le comble à une si belle action, il ajoute à la dot de celte princesse la rançon que le père et la mère lui avaient apportée pour racheter leur fille. Cet exemple est d’autant plus merveilleux’, que Scipion était alors jeune, sans engagement, et vainqueur. Une telle générosité lui gagna les cœurs de tous les peuple. d’Espagne4, et le leur fit regarder comme un dieu descendu du ciel sous une forme humaine, qui se rendait maître de tout, moins par la force des armes que par scs bienfails el par sa générosité. Remplis d’admiration et do reconnaissance, ils firent graver celte action sur un bouclier * d’argent dont ils firent présent à Scipion : présent infiniment plus estimable et plus glorieux que tous les trésors et que tous les triomphes.
Par ces exemples, on accoutume les jeunes gens à sentir le beau ; â goûter la venu ; à n’estimer et n’admirer que le vrai mérite ; à juger sainement des hommes, non par ce qu’ils paraissent, mais parce qu’ils sont; a ne point suivre les préjugés populaires ; et surtout à ne se laisser point éblouir par un vain éclat d’actions brillâmes, qui souvent dans le fond n’ont rien de solide cl de grand.
On leur apprend à préférer les actions de bonté et de libéralité à celles qui attirent le plus les yeux el l’admiration des hommes ; et , par cette raison , à ne pas moins estimer
1 « Kiimix forma: vlrginera... accereili, parcnMbus et . s porno iavioldlani Irodiiiil. cl juvenij, et carlet», et « vlelor. * (Vac. Max. lit». 4, c. 3.)
* « Vcnisse dits simillimum juvenem. vincealcm omet nia. quum armis, tum benignilatc ac beneticiis. » (Tir. Liv. lib. 26. il. 50.)
* M. M.issieux, dans sa Dissertation sur les Boucliers votifs, remarque que Scipion, retournant à Rome, cml.orla ce bouclier, qui. au passage du Rbùne, périt avec une partie du bsgage. 11 était demeuré dans ce fleuve jusqu’en l’an 1656. que quelques pécheurs le trouvèrent. Il est aujourd’hui dans le cabinel du roi.
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Scipion l'Africain, second de ce nom, lorsque, adopté dans une riche famille , il abandonne tout son bien h son frère 8iné, que lorsqu’il renversa Carthage et Numance.
On leur insinue qu’un service rendu généreusement à un ami dans le pressant besoin l’emporte sur les victoires les plus éclatantes. C’est la belle réflexion que fait Cicéron dans un de ses plaidoyers L’endroit est des plus éloquents ; et l’on ne manque pas d'en expliquer tout l’art, et d’en développer toutes les beautés aux jeunes gens : mais on n’oublie pas aussi de les rendre attentifs à l'excellente maxime qui le termine. Cicéron expose d’un côté les vertus guerrières de César qu’il met dans tout leur jour en le représentant comme vainqueur, non-seulement des ennemis, mais encore des saisons; et de l’autre , la protection généreuse qu'il accorde il un ancien ami tombé dans la disgrâce , et réduit à la disette par un malheur imprévu: et après avoir pesé comme dans la balance delà vérité ces deux sortes de qualités , il prononce en faveur de la dernière. « 'Voilà, dit-il. ce qu’on doit appeler une oca lion véritablement grande cl digne d’admi- « ration. Qu’on pense tout ce qu'on voudra
1 « Mutins equiitrm C. Crsari* virilités, tuAgnas incre « riiblletquc cognovi. Scd sunt eætere mnjoribus quasi « lheatris propositæ, et penè populaires : castri* loctim « caperc. exercitum Instruerf. fxpuunarc url*f, nclrro • bostium profligare; banc vim frignrum, blenicmquc, « quam nos vix hujus urbls teetis suMincmus. eirlpere; 0 his ip*is diebis hostrm persequi tum quuni eliam fer.r « laiibulis se legant, atque omnia bclla jure genliuiu a conquietccnl : sunl ea quidero magna, qui* nrgni? Sed 0 magnis excitala sunt pixmiia ad memorinm bominum 0 scmgilrrnnm. Quô minù* admirandum est euni fa« ere 0 ilia, qui inimortaliialein concuplvent Hæc mira lau.< 0 est y qux non poetarum carminibus. non anualium « monument!* celebralur . sed prudrnlium judleio exteno diiur : equllem romanum, velen m amicum suum, siua Uiosum, amantem. obscrvaiilem sut. non libidine, non a turpibus irnpcnsiscupidiiatmn alque jacturls, sed expc- 0 rlrntiâ p&trimonii aniptilitamJi. labenu-m exrepit, « or- 0 ruere non livll, fui- U et sustinuit re, fortuné, lide, 0 nec illius paliiur. horiiùque suslinei, nec omit uni penu denlem coi ruere animi aciorn per.Mringit splemlor sui 0 nom mis, ncc meuiis quasi luininibus offr it allitudo 0 forlunæ et glorl* Sint sa né ilia magna, qux lèvera « magna sunt- De jucicio animi mel, ut volet, qulsque o sentiat- Ego ennn liant- in tantis opibus, lamé fortuné, 0 HberalHalem in sues, memotiam nmicitiæ, reliquis 0 omnibus ilrtutibu» antepooo. » (/Vu liabir, Post., D- 42,43. 41.)
« du jugement que j'en porte; mais, pour « moi, je crois devoir préférer & toutes les au- « très vertus de César celle qui , dans uoe si « grande fortune et une si haute élévation , u le rend attentif aux besoins d'un ancien ami, u et sensible à sa misère. »
Je finirai ces remarques par un trait d'histoire bien capable d'instruire la jeune noblesse. Eurybiade, Lacédémonien, généralissime de la flotte des Grecs alliés armée contre les Perses, ne pouvant souffrir que Tlièmistocle, chef des Athéniens, encore loul jeune, soutint trop vivement un avis conlraire au sien, leva la canne sur lui avec un geste menaçant et des paroles piquantes. Que feraient nos jeunes officiers dans une pareille conjoncture? Thémislocle, sans se troubler ni s'émouvoir: Frappe, dit-ii, mais écoule: tura-o» fit,, ««o'jccv Si. Eurybiade, surpris d'urie telle modération , écouta en effet; et ayant , selon l'avis du jeune Athénien, donné le combat dans le détroit de Salamine, il remporta cette célèbre victoire qui sauva la Grèce et acquit à Tiiémistocle une gloire immortelle.
lui maître entendu sait profiler d'une telle occasion, et il ne manque pas de faire observer aux jeunes gens que, ni chez tes Grecs ni cliex les Humains , ces vainqueurs de tant de peuples, qui étaient certainement de bons juges du point d'hooneur, et qui savaient bien I eri quoi consistait la véritable gloire , il n'y a jamais eu pendant une si longue suite de siècles un seul exemple deduel particulier. Cette barbare coutume de s'entr'égorger, quelquefois pour une seule parole échappée par hasard, et de laver dans le sang de ses meilleurs amis une prétendue injure ; cette barbare coutume, dis-je, qu'il nous platt d’appeler noblesse cl grandeur d'ème , était inconnue 6 ces fameux conquérants. « Ils réservaient, dit « Sallusle , leur haine et leur ressentiment <i pour les ennemis, et ne savaient disputer a que de gloire et de vertus avec leurs cono citoyens, a Jurgia1, discordas , simultates cum hostibus exercebant : civet cum ciribut de virtute pugnabanl.
On remarque avec raison que rien ri'est plus capable d'inspirer des sentiments de
< Sallusi . Cst. c. 9.
verlu et de détourner du vice, que la conversation des gens de bien, parce qu'elle s'insinue peu & peu , et qu'elle pénètre jusqu'au cœur. Les entendre , les voir souvent /tient lieu de préceptes. Leur présence seule , lors même qu’ils se taisent, parle et instruit. C’est là le fruit que l'on doit principalement tirer de la lecture des auteurs. Elle nous met, pour ainsi dire , en liaison avec tout ce que l'antiquité a eu de plus grands hommes. Nous conversons , nous voyageons , nous vivons avec euv. Nous entendons leurs discours : nous sommes témoins de leurs actions. Nous entrons insensiblement dans leurs sentiments et dans leurs maximes. Nous prenons d’eux cette noblesse et celle grandeur d'âme, ce désintéressement , cette haine de l'injustice , cet amour du bien public . qui éclatent de toutes parts dans leur vie.
Quand je parle ainsi, ce n'est pas que je croie qu il faille beaucoup insister sur les réflexions de morale. Les préceptes qui regardent les mœurs , pour faire impression , doivent être courts et vifs , et lancés comme un trait. C'est le moyen le plus sûr de les faire entrer dans I esprit, et de les y faire demeurer. Aon multis opus est. sed efpcacibus. FaciUûs intrant , sed H livrent. C'est Sénèque qui parle ainsi : et il ajoute Une comparaison bien propre à ce sujet. lien est1, dit-il, de ces réflexions comme de la semence. Elle est peu de chose en elle-mèine: mais, si elle tombe dans une terre bien préparée, elle se développe peu à peu, et par des accroissements insensibles , de très-petite qu’elle était d'abord , elle s'étend et s'élève considérablement. Ainsi les
1 « Nul!» rej mlgls anlnil» boucila Inilnll, ilubioique « «I io pravum Incllnabiles revoici ad rrilurn, ,[11.1111
• Uonorum virotum conveisalio. i'aulaïuu enlm deseen
■ dll In peclora : rl *|m przeeptorum olilincl fréquenter a audlrf, aaplrl fréquenter. Occun.ua meherculè lp»e sa- « plrulium juval ; cl eat altquld quod ex inagnu vlro Tel « lacente profit las » (Sas. Kptu. 9| )
* « Seminls modo apargenda aunl : quod quamvia ait
• rilpuum. quunioreupa.il idoneum locum. vires auaa « evplltal. cl ex mlnlmo in maxlmoa auctua diffundilur.
• Idem facii orallo. Nam lalè palet, al aapiciaa : In opère
■ creacli Paca aunl qure dicuntur : atd si Ilia aolmua « bené exceperil. con.aleacunl cl exturgunl. Ealem cal, a Inquam, prxceplorum condllio, quccminum. Muîtùm « cfflcluut. ci al aijgusll aunl : lautùm ul dixl, luonea < mena raplat 1,1a, el ln te irahat. a (Serrée, h'ptil 3S.)
préceptes dont nous payions ne sont quelquefois qu’un mot, qu’une courte réflexion ; mais ce mot, çetlè réflexion, qui paraissent dans le moment même comme tombés cl perdus, produiront leur effet dans le temps.
Il ne faut donc pas s’attendre que cet effet soit prompt, et encore moins qu’il soit générai. C’est beaucoup qu'un petit nombre en profile; et ce petit nombre ne hissera pas d'être utile à la république. C'est la réflexion que faisait Cicéron en traitant une matière pareille â celle dont je parle; et il avait marqué auparavant 1 qu'on ne pouvait rendre un plus grand et plus important service A l'état que de travailler â I instruction de ia jeunesse, surtout dans un temps où, A cause de la licence effrénée des mœurs, elle avait besoin d’être retenue el arrêtée par tous les moyens imaginables.