‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 8 sur 298 · ÉTUDE DE LA BEUGIO.V · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE LA BEUGIO.V

Ce que nous venons de dire du soin que doivent avoir les maîtres de faire remarquer à leurs disciples les maximes et les exemptes de vertu qui se rencontrent dans les auteurs ne tend encore qu'à former dans les jeunes gens I honnête homme, l'homme de probité, le bon citoyen, le bon magistral. Ce.,t beaucoup, à la vérité ; et quiconque est assez heureux pour y réussir, rend un grand service au public. Cependant, s'il bornait là son travail , il aurait lieu de craindre le reproche que nous lisons dans l'Évangile' : Que faitesvous en cela de particulier? Les païens ne le font- ils pas aussi '?

En effet, ils ont portésnr celte matière la délicatesse A un point qui doit nous faire rougir. Je me contenterai de rapporter ici quelques

1 ■ Quod munus icipubllc® afTerrc ma jus tncliuiro « possuriius. quant si ducemus tique erudimus Juvenlu- « teni, lus præserlim nionbus alquc temporibu-. quibua « iia prulapsa est. ul omnium upibua refrenanda atquo « coerccnda stl? Nec veio Id effld posse coulido. quod « ne poslulandum quidam est. ul oranea adolttcrnlea « so ad sludia convcilaul éaucl uliuarn ; quurum [amen « in relpuldlti Lié palcrc poleril Induauia. » (Cie dt Divin. 2. n.4,5.)

* JUatlh. à, 47.

traita de Quinlilien, l'iin des mqllrcs du paganisme qui a eu en même temps Je plus d’habiletê et le plus de proVilé. * - .

Dans l’excellente rhétorique qu’il nous a laissée, songeant à former un o'ra'leur parfait', il pose pour principe qu’il ne peut être tel, s’il n’est homme de bien ; et par une conséquence nécessaire, il exige de lui non-seulement le talent de la parole, mais encore toutes les vertus morales.

Les prècautionsqu’il prend pourl’èducation de celui qu’on destine à un si noble emploi sont étonnantes. Attentif* à son élève dès le berceau, et sachant quelle est la force des premières impressions, surtout pour le mal, il veut que, dans le choix de tout ce qui l’approche, de tout ce qui l’environne, nourrice, domestiques , enfants de même âge , on ait soin, avant tout, dés bonnes fnçeurs.-

U regarde l'aveugle indolence * des pères et des mères 6 l’égard de leurs enfants , et leur négligence à conserver en eux le précieux trésor de la pudeur, comme la source de tous les désordres. Que ne dit-il point* contre cette molle éducation , à laquelle on donne le nom de bonté et de tendresse, et qui n’est propre qu'à énerver tout à la fois et le corps et l’esprit! Combien 5 recommande-l-il d’écarter de la maison paternelle tous les mauvais discours et tou* les mauvais exemples, de peur que les enfants n'en soient infectés avant que d’en connaître le danger, cl qoe l’habi-

i <t Oralorem instUulmus ilium perfeclum, qui esse, a nisl vir bonus, non potes! : Idcôque non dicendi modô « eilmiam lo eo facultatem, sed omnes aalmi virtuies « exlgimus » (Quint. In Prwjtm. lib. i.)

* « El morum quidem in hls haud dubié prior ratio « est. • Naluré lennciasinil sumus eorum qu* rudilms a annis percipiinus.. El h*c ipsa magis pcrünacüer bæ- « renuqus détériora sunL » (Quint, lib. i, c. I.)

> a Ccca ac «upila parentum socordla... Negligenlia « forma ndi cualoüiendique in «late primé pudoris. » (IbW. e- 3.)

t c Ctinam llberorum noslrorum mores non ipsi per- « deremut !... Mollis ilia cducalio. quant indulgenliam «t vocamus, nervos omnes cl mentis el corporis frangll- » • (Ibid. J

s a Omne contWium obscœnis canticis strepil: pu- • denda speclanlur. Fit ex hls consuctudo, deindè naïf lura. Distunl haec miser! autequam sulanl villa esse. » Ibid.)

lud’e du mal ne devienne en eux une seconde nature I

Il veut 1 qu’on réprime avec soin les premières saillies des passions ; qu’on mette tout à profit pour les mœurs; que les exemples ou modèles que leur donneront les maîtres à écrire renferment des sentences, des maximes utiles pour la conduite de ta vie. el qu on leur fasse apprendre aussi par manière de divertissement les paroles des grands hommes.

Mais quand il s’agit du choix d’un précepteur , d’un régent , de quelles expressions se sert-il ! L’homme le plus vertueux ne l’est point encore assez selon lui : la discipline la plus exacte l'est encore trop peu ; Et pritceplorem tligere sanctissimum quemque ( cujus rei prœcipua pru dentibus cura est ) , et disci plinam qua: maxime severa fuerit, licet ®. La raison qu’il en rend est admirable. Cest, ditil, afin que la sagesse du maître conserve leur innocence dans cet âge encore tendre, et que dans la suite, lorsqu’ils deviendront plus difficiles à gouverner, sa gravité, leur imposant du respect , les retienne dans le devoir : Ut et teneriores aiinos ab injuriâ sanctitas docenli» custodiat, et ferociores à iicenliâ gravitas delerreat 5.

L’un des plus beaux endroits de Quintilicn cl des plus connus, est celui où il traite la célèbre question s’il est avantageux d'instruire les enfants dans le particulier , ou s’il faut les envoyer aux écoles publiques. 11 embrasse le dernier sentiment, et en apporte plusieurs raisons qui paraissent très-fortes. Mais* il déclare dès le commencement que , si les écoles publiques étaient dangereuses pour les mœurs, quelque utiles qu’elles pussent être pour les sciences, il ne faudrait point balancer, et que

' « i'roltnùs ne quid improbè, ne quid impotenter faa ciat, monendus est puer. » (Lib. i. cap. 4.)

« li quoque vertus . quid ad imliallonem scribendl a proponenlur, non oliosas velitn sertcnli.s habeanl, sed e bottes uni ellquid moment» Ptoiequilur htec roerno- « rla in seneclulem, el Impressa anlmo rudl, uique ad . ntorea proBciet .. LU un dicta clarotnm vlrorum edt- « scere Inter lusum licet » ilbld., cap. 2.)

> Lib. l. c. 3.

a lJb. il, c. 2.

» U Si studio qttldcm scholas prodesic. moribus aulcm a norere consiarcL polior tnibl raüo vivendi bouestè. « quant vcl uptituc dicmdf, videretur. » (Ub. I, cap. 2.)

loogle

U vertu est infiniment préférable à l’éloquence.

Quand il traite de la lecture des auteurs , il avertit que celte matière demande de grandes précautions 1 afin que les jeunes gens, dans un Age ou tout ce qui entre dans leur esprit y laisse de profondes traces, n'apprennent rien non-seulement qui ne soit beau , mais encore plus qui ne soit bon et honnête Dans celte vue*, il leur interdit absolument la lecture des ouvrages trop libres et licencieux : il ne leur permet celle des comédies que dans un temps où les mœurs seront en sûreté ; et il recommande de faire choix, non-seulement des auteurs , mais aussi des endroits de celui qu’on leur fait lire, a Pour moi , dit-il , j'avoue qu’il « y a de certaines parties d’Horace que je ne « voudrais pas explique^ » Uoratium in quibusdam nolim inlerpretari.

Outre les préceptes et les exemples de vertu qoe fournira la lecture ordinaire , il souhaite que le professeur insinue adroitement chaque jour dans ses explications quelque principe, quelque maxime utile pour la conduite: Plu rnnus et de honesto ac bono sit sermo \ parce que ce qui est.dil de vive voix * par un maître que de bons écoliers ne manquent jamais d aimer et de respecter, fait une bien plus grande impression que des paroles mortes. Quinlilien s'explique ainsi en parlant de la manière de corriger les compositions : mais, cela est encore plus vrai pour ce qui regarde les mœurs.

Paraît il manquer quelque chose à une telle exactitude? Les maîtres chrétiens semblentils pouvoir aller plus loin ? et tous vont-ils même jusque-là ? Cependant , si leur justice ,

« 1 Cslera admonlllonc magnA egenl : imprimii ut ■ tenerc mentes traclurcque alllôs qublfjuid rudibua et . omnium Ignaris Inaederll, non modô qua* dlaerta, sed

• magic que bonesta cunl, fllccanl , (Lib. t, cap. 5 )

* « AmoTrantur. il Berl poleil : il minus, certé ad « firmiui nuis robur reierventur... quum morei In a lulo tuerinl . In bis, non auctores modô, aed ellam « parlei operli elegerii. » (Ibid.)

1 « Lfeet enim aalli exemplorum ad imllandam ex « lectione luppeditet, la nu ti Visa Ilia , ut dlcllur. vox m alll pleniui, pracipuèque prarceptorli quem discipuli,

• il modô rectô lunl Initllutl, et amant, et xeremur. a Lib. 2, cap. 2.)

si leur -délicatesse en ce point ne passe celle des païens , il esl bien sûr qu'ils n'entreront point dans le roi/aume des deux. Ainsi, après qu'on a travaillé à former dans les jeunes gens rhonnêle homme , l’homme de probité , il resle encore quelque chose de plus essentiel et de plus important, qui est de former en eui l’homme chrétien. Ces premières qualités sont par elles-mêmes d'un très-grand prix: mais la piété en est comme l'Ame , et les rehausse infiniment. Quand celle-ci, dans la suite , affaiblie et obscurcie par les passions , vient à disparaître , on esl bien heureux que les vertus morales demeurent ; et ce serait beaucoup que les personnes en place et destinées A gouverner les autres , conservassent toujours une probité romaine. C'est pourquoi l’on ne peut trop s'appliquer A jeter dans l’esprit des jeunes gens ces heureuses semences, et A y poser ces principes.

Mais le but de tous nos travaux , la fin de toutes nos instructions doit être la religion. Quoique nous n’en parlions pas toujours, nous devons l’avoir toujours dans l’esprit , et ne la perdre jamais de vue. Pour peu qu’on soit attentif nui anciens règlements de l’Université à l’égard des mnitres et des écoliers, aux différentes prières et aux solennités qu’elle a prescrites pour implorer te secours de Dieu , aux processions publiques qu’elle a ordonnées dans chaque saison de l’année , aux jours fixes et marqués où elle fait interrompre les éludes publiques pour laisser le temps de se mieux disposer à la célébration des grandes fêtes et A la réeeption des sacrements, il est aisé de reconnaître que l’intention de cette pieuse mère est de consacrer et de sanctifier les études des jeunes gens par la religion , et qu’elle ne les porte si longtemps dans son sein que pour les enfanter de nouveau A Jésus-Christ : Filioli met , quos ilerùm parturio , donec [orm lur Christ us in vobis *.

C’est par celle même vue qu’elle a ordonné que dans toutes les classes, outre les autres exercices de piété, les écoliers réciteraient chaque jour quelques sentences tirée» de l’Écriture sainte , et surtout du nouveau Testament. atln, dit-elle, que les autres études

1 Gai. 4, 1».

soient comme assaisonnées par ce divin sel : quibus si addalur quotidiana Scriplurœ sacra quantuiacumque menlio, hoc ce lut divino sale reliqua puerorum studio condienlur.

Elle consent que l'on tire des auteurs païens la beauté et la délicatesse des «pressions et des pensées : ce sont de précieux vases qu'on a droit d'enleveraux Egyptiens. Mais elle craindrait que dans ces coupes empoisonnées on ne présentât encore aux jeunes gens le vin de l'erreur, comme s’en plaignait saint Augustin, si , parmi tant de voix profanes dont retentissent continuellement les écoles, celle de Jésus- Christ, l'unique maître des hommes, ne s'y faisait entendre : Pelamus sani a profanis scriptnribus sermonis eleganliam , et ab iis verborum optimam supellectilem mutuemur.

Sont ilia quasi pretiosa vasa , qua ab Æggptiis f urari sine piaculo licet. Sed absii ut in iis iquemadmodiim olim Auguslinus de suis magistris conquerebatur ) i ncaulis adolescenlibus vinum erroris ab ebriis doctoribus propinetur. Qui autem poterimus id litare periculi, nisi lot profanis ethnicorum hominum vocibus inseratur divina vox , christianisque scltolis , ut decet , quolidiè inlersil , imo prasideat, unus hominum magister, Christ us"! Elle regarde ce pieux exercice comme un préservatif salutaire et comme un antidote efüracc pour prévenir et pour fortifier les jeunes gens, au sortir des études, contre les attraits du plaisir , contre les fausses maximes du siècle corrompu , et contre la contagion dn mauvais exemple : Scilicet atas ilia simplex , docilis , innocens , plena candoris et modesliœ, necdiim imbuta praxis artibus , accipiendo Chrisli evangelio maxime idonea est. Sed, proh dolor! brevi illam morum castitatem inficiet humanarum opinionumlabes , seculi contagio. consueludinisquc imperiosa lex : brevi omnia trahens ad se blondis cupiditalum lenociniis coluptas tenerum puerilis innoceulia florem subver tel, nisi contrd dulce iltud venenum adolescentium mentes severis Chrisli prœceptis, tanquam calesti antidoto , muniantur.

Le parlement, qui veille à l'observation des statuts de l’université, dans un règlement général qu’il a fait pour l'un de ces collèges, enjoint au principal de tenir la main à ce que

les écoliers ne passent jamais un jour sans apprendre par mémoire une ou deux maximes de l’Écriture sainte , suivant l'esprit des statuts de la faculté des arts '.

Les courtes réflexions que le professeur ajoute de vive voix sur la sentence que l’on doit apprendre, jointes à l'instruction qui se fait régulièrement dans chaque classe tous les samedis, et a l'étude de l’histoire sainte, suffiront aux jeunes gens pour leur donner une teinture raisonnable de la doctrine chrétienne. Et s'ils ne l'apprennent pas dans cet âge, quand le pourront-ils faire? Ne sait-on pas que pour l’ordinaire le temps qui suit les éludes est emporté par le vain amusement des bagatelles et des plaisirs, ou par l'occupation des affaires?

l.es principes puisés duns la lecture de l'Ecriture sainte serviront , comme l’a sagement remarqué un habile éciivain * de ce siècle, à rectifier une infinité de cho-es qui se rencontrent dans les ouvrages des auteurs profanes , « et qui y ont été écrites par l'esprit du « démon , dans le dessein de tromper les a hommes par un faut agrément, qui nous u rend les vices aimables lorsqu’ils sont rc- « présentés avec un tour ingénieux. »

A la lueur de ce flambeau on découvrira , dans les écrits des païens , et ces précieuses étincelles de vérité qui y brillent de toutes parts au sujet du la Divinité et de la religion , cl les erreur» grossières que la superstition y a inélées. Car il n'y a que la révélation divine qui puisse nous servir de guide et nous conduire sûrement à travers ce mélange de ténèbres cl de lumières. Sans elle, qu’ont été les peuples les plus estimés pour leur esprit et pour leur savoir , sinon un amas d’hommes aveugles, insensés, privés d'intelligence et de sagesse3 ? C’est l’idée que nous en donne l’Ecriture en plus d’un endroit. Les Grecs et les Romains étaient des nations civilisées , polies , pleines de personnes habiles dans les sciences et dans les arts. On y trouve des orateurs, des philosophes, des politiques. Plusieurs même sont législateurs, interprètes

* Arrêt du 27 juin $703.

* M. Nicole.

* Deut 33, 31.

des lois, ministres de In justice. El néanmoins parmi tant de personnes intelligentes aus yeux des hommes , Dieu ne découvre que des enfants et des insensés : Dominas de cœlo prospexit super filiot hominum, ut videat si est inlelligens . . . Non est usque ad un um

Demandez aux sages de ces nations ce qu'ils adorent ; ce qu'ils eipèrent du culte qu'ils rendent & leurs divinités , ce qu'ils sont euxméines, et ce qu'ils feront ; quelle est la source et la règle des devoirs ; quelle est l'o rigine de l’autorité des magistrats , quelle est la lin des républiques : vous serez étonnés de voir que ces sages seront des enfants par rapport à ces importantes questions , peu différents des abeilles et des fourmis qui vivent eu républiques , et qui gardent de certaines lois sans savoir ce qu’elles font.

Ils ont entrevu quelque chose des suites du péché originel , mais sans en démêler in source et le principe, l’eut-on décrire les misères de l’homme naissant d'une manière plus vive que le fait Pline dans sa belle préface du septième livre? Il représente ce superbe animal, destiné, dit-il, è commander â tout l'univers, dans un dénûment général de tout secours, dans les larmes, dons les douleurs, gisant dans un berceau pieds cl mains liés , rebut infortuné de la nature qui semble l'avoir traité en marâtre plutôt qu’en mère, commençant sa triste vie par des supplices , sans qu'on puisse lui reprocher d'autre crime que celui d'èlre né. Jacet manibus pedibusque devinais, fiens , animal caleris imperalurum , et a suppliais vilam auspicatur : unam tantum ob culpam, quia natum est. Toute la conclusion que Pline tire de cet état , c'est qu’il est bien étonnant que l'homme, après de tels commencements, puisse conserver quelque sentiment d'orgueil, lieu, dementiam ab iis initiis existimantium ad superbiam se genitos I

Cicéron , dans un livre que nous avons perdu , et dont saint Augustin nous a conservé quelques précieux fragments , avait fait avant Pline une peinture presque toute semblable de l'état de l'homme , excepté qu'il y ajoute des traits qui caraclériseul encore

> Pt. 13, a-4.

mieux les suites du péché originel , en marquant du côté de l’âme l'assujettissement bas et servile où nait l’homme â toutes sortes de passions , et la pente malheureuse qui le porte aux vices cl aux dérèglements; de sorte pourtant qu’on aperçoit encore en lui quelques rayons échappés de lumière et quelques étincelles de raison. In libro tertio de Hepublied I ullius Imminent dicit . non ut à maire , sed ut a novercâ naturà editum in vilam', corpore nudo, [ragili et infirmo ; anima autan anrio ad molestias, humili ad timorés , molli ad labores , prono ad libidines : in quo tamen inesset lanquam obrutus quidam divinus ignis ingenii et mentis

Xénophon, dans la Cyropédie5, parle d'un jeune Seigneur mède qui , ayant succombé' à une tentation dont il n'avait pas cru d'abord devoir môme se défier , tant il comptait sur ses forces , avoue à Cyrus sa faiblesse, et reconnaît qu'il y avait en lui deux âmes , dont l'une, qui le poussait au bien, l'emportait quand ce prince était présent, et l’autre, qui l’entraînait au mal , devenait victorieuse dés qu'il disparaissait. Voilà la concupiscence bien marquée.

Les philosophes même en ont été frappés , et se sont approchés de In Toi chrétienne, comme l'observe suint Augustin, en regardant 3 les erreurs et les misères dont celle vie est pleine comme un effet de la justice divine qui punissait ainsi certaines fautes commises dans une autre vie , qui n’en étaient pas moins réelles et effectives , quoiqu'elles leur fussent inconnues.

Ce mélange étonnant que nous sentons en nous de bassesse et de grandeur , de faiblesse et de force , d’amour pour In vérité et de crédulité pour l'erreur , de désir de la félicité et d’asservissement à la misère , qui est l’état où l'homme se trouve depuis le péché d'Adam , était pour eux une énigme inexplicable. Ils

i Si- August. lib. 4, coolr. Julian, c- 12, n. 00.

* Llb. 6.

* • Et quitus human.v vite erroribus et sirumnis fit, « ut inlerdum veleres IIH... qui nos ob allqoa srolera « susrepta Id vlla «uperiore ptrnarum luendarum causA « naloc esse dlxerunt, aliquid vtdisse videantur. » (Cic. In Horttnsio, apud 8. Aug. contra Jul. lib. 4, cap. 16* n. 78.)

éprouvaient en eux-mémcs foules ces contrariétés, mais ils en ignoraient la cause, comme saint Augustin le remarque «le Cicéron : Rem vidit . causant n tscivil Et comment auraient-ils pu la connaître 1 , eux qui ignoraient atisolument les saintes Ecritures, qui seules nous donnent le «lénoùment de ces difficultés, en nous apprenant la chute du premier homme et les suites du péché originel?

Mais, quand on a une fois posé les principes que la révélation nous apprend sur toutes ces matières, alors les écrivains profanes’, par de légers changements dans leurs expressions et' dans leurs sentiments, peuvent devenir chrétiens , comme le remarque saint Augustin , et. nous sont d,’une grande utilité, même pour là religion..

■On' y voit partout des preuves éclatantes .de l’immortalité de l’Ame; aussi bien que des récompenses et des peines de. l’autre vie. Partout on'y ^mdr'qufe fa nécessité cl l'existence d’un être suprême, indépendant, éternel, dont la providence s'étend A tout , et entre dans les moindres détails; dont la bonté prévient tous U'S besoins de l’homtne et le comble de biens ; dont la justice punit les désordres publics par des calamilés publiques , et se laisse fléchir par le repentir ; dont la puissance infinie dispose des royaumes el des empires, cl décide souverainement du sort des particuliers el des peuples. On remarque que cet être, présent et attentif à tout, écoule les prières , reçoit les vœux , intervient dans les serments, et en punit les violateurs ; qu’il porte sa lumière dans les profondeurs les plus obscures des consciences, et en trouble le repos ; qu’il enlève aux uns la prudence, la réflexion , le courage , et qu'il les donne aux autres; qu’il protège l’innocence , favorise la vertu, hait le vice, elle punit souvent dès cette vie , qu’il se plaît à humilier lies superbes et è Oter aux injustes le pouvoir dont ils abusent.

Quel usage un maître habile ne fait-il pas

* Si- August rouir Julian, c. 12. n. €0.

* h Harum iiUcrarum itli «(que bujus vcrilalU expertes, quld de bac r«* sa porc potueruut? » (ibid cap. 15.)

* a Pauris mutai is vorbis alque sententiis, Christian! a Ocrcot. » (S. A cg. d 0 Doct. Chritli, cap. I.)

de toutes ces importantes vérités, et de beau coup d’autres semblables , qui , reparaissant tous les jours , sous de nouvelles faces , forment peu à peu dans l’esprit une conviction secréte , intérieure , et comme naturelle , contre laquelle l’infidélité , dans la suite , a bien moins de force!

II n’est pas inutile non plus, pour faire sentir aux jeunes gens le bonheur inestimable qu’ils ont d’être nés dans le sein de la religion chrétienne, de leur faire remarquer avec quel mépris les plus illustres d’entre les auteurs païens ont parlé du christianisme naissant, qui jetait pourtant dès lors un si grand éclat et une si vive lumière. Je n’en rapporterai que deux ou trois endroits.

Tacite en parlant de l’embrasement de Rome, dont tout le monde regardait Néron comme l’auteur, dit que « ce prince voulut a étouffer cette créance générale, en rejetant « la cause el la haine de l’incendie sur ceux o que le peuple appelait chrétiens , et qu’il a les fit tourmenter par des supplices horri- « blés. C’étaient, dit-il, des gens infâmes, et a qui étaient en horreur à tout le monde, a comme coupables des crimes les plus dé- « testables. Ils tirent leur nom , continue cet « historien , d’un Christ , que Ponce Pilate , « lieutenant en Judée, avait fait exécuter sous « Tibère. Celle pernicieuse secte, après avoir « été réprimée pour quelque temps, pullulait « tout de nouveau , non-seulement dans la a Judée, qui était le lieu de sa naissance, « mais dans Rome même , qui est le rendez- « vous et comme l’égout de toutes les ordu- « res du monde. » Il ajoute ensuite qu’ils ne furent pas tant convaincus du crime dont on les accusait , que de la haine du genre humain: Haud perindè in crimine incendii , quàm odio humani generis jemwicti sunt B.

% « Abolendo rumori Nero subdidlt reos, et qusesllls- « «1ml* pcenis atrpcit, quos per flagllia invisos vulgus « ebrtsttanos appel (abat. Auctor nominis ejus Cbrtatua, a qui Tiberio impcritanle per procuralorem Ponlium Pi- « latum suppliclo affectas erat. Rcpreswque in presens h exitiabilU superstitlo rursùs erumpebat, non modô per a Judsam, originem ejus mali, sed per urbem etiam, n quô cuncta undique alrocia aut pudenda confluunt ce- „ lebranlurque. » (Tacit. Annal. Ub. 15, cap. 44.)

* In. Ner. cap. 10.

Suétone , en parlant de cet embrasement de Rome, nous donne la même idée du christianisme, qu’il regarde comme une superstition nouvelle mêlée de magie : Afflicti suppliait chrisliani , genus hominum superstitioni»

nova ac maleficœ.

Ces grands génies , dit M. de Tillemont en rapportant ce fait, qui avaient tant de soin de rechercher la vérité dans l'histoire et dans des choses indifTércntcs , n'avaient que de la froideur pour la chose qu'il leur importait le plus de savoir. Ils condamnaient dans leurs ouvrages l'injustice des princes qui punissaient avant que de s'assurer du crime ; et ils ne rougissaient pas de commettre la même injustice en haïssant pour des crimes inconnus ceux en qui ils ne voyaient rien qu'ils ne fussent contraints de louer.

On croit avec raison que ce que dit Quinlilien 1 de l'auteur de la superstition judaïque , qui a ramassé un peuple pernicieux à tous les autres peuples , doit s'entendre de Jésus-Christ même , et non de Moïse : parce que , dans ces premiers temps , il était assez ordinaire de confondre les chrétiens avec les Juifs. 11 devrait paraître étonnant qu'un homme du caractère de Quintilien. si raisonnable d'ailleurs et si modéré, et qui eut le bonheur d'entrer dans une maison remplie d'illustres chrétiens*, et féconde même en martyrs , eût ainsi parlé du christianisme , si l'on ne savait que la foi n'est point le fruit de la raison et du bon esprit, mais un don tout gratuit de la miséricorde divine. Un écrivain capable de porter l'excès de la flatterie jusqu'à reconnaître pour dieu un empereur tel que Domilien , était digne de blasphémer contre Jésus-Christ et contre sa religion.

Rien n'est plus célèbre que la lettre de Pline le jeune à l’empereur Trajan au sujet des chrétiens. On y voit l'attachement au christianisme traité d’entêtement, d’opiniâtreté, de folie, et, sous ce vain prétexte, puni du der-

1 « Eli conditoribus urbium infamie, root rn lisse ali* « quint perniciosam cslerii gentem, quali» est primtts m judalrc superstitioni* auclor. » (Qointil. lib. 3, c. 9 )

* Quintilien fut chargé de l'éducation de deux jeunes princes, enfants de Flavius Clemens. qui eut l'honneur de souffrir pour Jésus-Cbrlsl, aussi bien que Domitile, m femme, et une autre Domitile, sa niece.

nier supplice, comme le plus énorme de lous les crimes. Pline ne sait si dans cette matière le repentir peut mériter le pardon, ou s’il est inutile de cesser d’êlre chrétien quand une fois on l'a été; si c'est le nom seul qu'ou punit en eux, ou les crimes attachés à ce nom : « Ceux que j'ai mis à la question, dit-il, as- » suraient que loute leur faute ou leur er- « rcur avait été qu'à un certain jour marqué a ils s'assemblaient avant le lever du soleil « pour chanter alternativement les louanges « de Christ comme d'un dieu : qu'ils s'enga- « geaient par serment , non à commettre r quelque crime , mais à ne faire ni vol , ni « larcin, ni adultère; à observer inviolable- « ment leur parole; à ne point nier un dépôt a qu'on leur redemanderait : qu'aprés cela « ils se reliraient , et se rassemblaient encore « pour prendre eu commun leur repas, dans « lequel il n'y avait rien de criminel. » Il avuue pourtant qu'il a fait mener au supplice ceux qui ont persisté dans leur aveu, ne doutant pas que, quand le christianisme ne les eût pas rendus criminels, leur obstination et leur opiniâtreté inflexible ne méritât d'être punie.

La réponse de l'empereur fui « qu'il ne a fallait faire aucune recherche contre les o chrétiens: mais si on les défère , dit- il , et « si ou les accuse en justice, il faut les punir; <• de sorte pourtant que ceux qui soutiendront « n'être point chrétiens, et qui lu justilioront « par les effets, c’est-à-dire en sacrifiant à « nos dieux, soient traités comme innocents... « Au reste, ajoute Trajan, dans nul genre de « crime l'on ne doit recevoir des libelles et « des dénonciations qui ne soient souscrites o de personne ; car cela est d'un pernicieux « exemple, et très-éloignè de nos maximes.»

Combien de pnreils endroits fournissentils de réflexions propres à faire comprendre aux jeunes gens la sainteté et la pureté de la religion chrétienne, l'aveuglement volontaire cl criminel des plus beaux esprits du paganisme, l’injustice criaille des princes les plus modérés et les plus sages qu'aient jamais eus les Romains, et la contradiction manifeste de leurs édits contre les chrétiens, où l'on voit que, pour les condamner, il a fallu renoncer non-seulement à toute équité , mais encore

au bon sens et & la droite raison! « Ordon- j « nance impériale1, s'écrie Tertullien en parti tant de la lettre de Trajan , pourquoi vous « combattez-vous vous -même? Si vous or- « donnez la condamnation d'un crime, pour- « quoi n'en ordonnez-vous pas la recherche?

« et si vous en défendez la recherche, pour- « quoi n'en ordonnez-vous pas l'absolution? » Il me semble qu'on ne doit point laisser sortir du college les jeunes gens sans leur avoir fait lire ces sortes de passages d'auteurs païens , dont plusieurs portent avec eux une preuve de la sainteté et de la vérité de notre religion, et qui sont si capables de leur en inspirer du respect

Mais le moyen le plus sûr el le plus efficace pour insinuer aux jeunes gens des sentiments de piété, c’est que le maître en soit lui-mème bien pénétré. Alors tout parle en lui, tout est instructif, tout inspire de l'estime cl du respect pour la religion, lors même qu’il s'agit de b ut autre chose. Car c’est ici l'affaire du cœur encore plus que celle de l'esprit : el pour la vertu, aussi bien que pour les sciences , la voie des exemples est bien plus courte et plus sûre que celle des préceptes i.

Ce caractère dominait souverainement dans saint Augustin ; et le récit qu'il nous a laissé de la manière dont il instruisait scs disciples peut être d'une grande utilité pour les écoliers aussi bien que pour les maîtres. On y voit que la qualité la plus essentielle d'un maître chrétien est d’avoir pour ses disciples cet amour de jalousie dont parle saint Paul 5 qui allume en lui un zèle ardent pour leur salut, et le rende extrêmement sensible à tout ce qui peut y donner la moindre atteinte, i Ce grand saint, après sa conversion, s'était retiré à la campagne avec quelques amis *, et il y instruisait deux jeunes gens, nommés Licent et Trygèce. Il avait établi des conférences réglées, où il les faisait parler sur différents sujets que l’on proposait. Chacun soutenait son sentiment , el répondait aux

* Terp. A pot. cap. 2.

* a Longum lier esi par preerpta, brève et efficav per a exempta » (San. Epiât, 4.)

* 2. Cor. il. 2.

>. Auguil. lib. I, de Ordln. c. 10.

questions et aux difficultés qu'on lui faisait. On écrivait tout ce qui se disait de part et d'autre. Il échappa un jour 4 Trygèce une réponse qut n'êlnit pas tout 4 fait exacte , et qu'il souhaitait qu'on ne mit point par écrit. Liccnl 1 , de son côté, insista vivement au contraire , et demanda qu’elle fût écrite. On s'éi ha ii (Ta de part et d'autre, comine cela est naturel à des jeunes gens, dit saint Augustin , ou plutôt 4 lous les hommes, qui sont pleins de vanité et d'orgueil.

Sainl Augustin fil une réprimande assez forte 4 Licerit , qui en rongit sur-le-champ. L'autre, ravi du trouble el de la confusion où il voyait son émule, ne put dissimuler sa joie. Le saint, pénétré d’une vive douleur en voyant le secret dépit de l’un et la maligne joie de l’autre, et les apostrophant tous deux: « Est- « ce donc ainsi , leur dit-il , que vous vous « conduisez? Est-ce là ccl amour de la vérité « dont je me flattais, il n’y a qu’un moment, « que vous étiez l’un et l'autre embrasés? » Après plusieurs remontrances , il finit ainsi : « Mes chers enfants, n'augmentez pas, je vous « en conjure , mes misères , qui ne sont déjà « que trop grandes. Si vous sentez combien « je vous considère et je vous aime, combien a votre salut m'est cher; si vous êtes persua- « dés que je ne me souhade rien 4 moi-même « de plus avantageux qu'4 vous ; enfin si, en « m’appelant votre maître, vous rrovez me « devoir quel tue retour d'amour et de tenir dresse, toute la reconnaissance que je vous i demande, est que vous soyez gens de bien : a Boni eslote. » Scs larmes coulèrent alors abondamment, et achevèrent ce que son discours ai ail commencé. Les disciples attendris ne songèrent plus qu'4 consoler leur maître par un prompt repentir pour le présent , et par de sincères promesses pour l'avenir.

La faule de ces jeunes gens méritait-elle donc que le maître en fût si touché? N'esl-ce pas l'ordinaire de ces sortes de disputes? el vouloir en bannir celte vivacité et cette sensibilité , ne serait-cc pas en éteindre toute ar-

j i Quuni Trygelius vertu sua scripu esse lollet, ura gebai Ucenüos ut manerem ; puerorum scllicet more, « vel poilùs bominum, proh nefasl peué omnium : quasi a veto glorlaudl ciusl tour nos lllud sgertiur. a

denr d'étude, et émousser la pointe d'un aiguillon nécessaire à cet Age?

Ce n’était point la pensée de saint Augustin. Il ne songeait qu'à retenir dans de justes bornes une noble émulation , et à l'empêcher de dégénérer en orgueil, qui est la plus grande maladie de l'homme. Il était bien éloigné de vouloir la guérir par une autre , qui n'est peut-être pas moins dangereuse , je veui dire la paresse cl l'indolence. « Que je serais à « plaindre', dit-il, id'avoir de tels disciples, « en qui un vice ne pût se corriger que par « un autre vice! »

Voilà une délicatesse de sentiments qui ne se trouve point parmi les païens. Ils conviennent , à la vérité , que l'ambition dont nous parlons ici est un vice ; mais , par une con- Iradiclion assez bizarre, ils le donnent comme un vice qui devient souvent dans les jeunes gens une source de vertus : Licel ipsa vitium sil awbilio. fréquenter tamen causa virtutum est * ; et 3 ils font tout ce qui est nécessaire pour nourrir et pour augmenlercelle maladie. Il n’y a que le christianisme qui remédie a

i « Me miserum. si neresse erll , taies eliam aune « perpeti. a qulbus villa riecedere sine uliorum villorum « snceessione non imisuol! a

> Qulntlll. I. I. cap. 3.

* « Huic villo (cupldiiad glorie) non solitm non resi- « stebant. vtiùm ellnm IJ eirllandum el occendemluin « esse rensebanl . pillâmes hoc utile esse relpublleir. a (8. Aiu. llb. 3, de Civitate Oci cap. 13.)

tout, qui déclare généralement la guerre à tous les vices , et qui puisse rétablir l'homme dans une entière santé. La philosophie , avec ses plus beaux préceptes , ne va point jusqne-là.

Il faut donc , pour rassembler en peu do mots ce que j'ai dit jusqu'ici, il faut que la raison , après avoir orné l'esprit de son disciple de toutes les sciences humaines , el fortifié son cœur par toutes les vertus morales, le remette entre les mains de la religion, pour lui apprendre A faire un usage légitime de tout ce qu'elle lui aura enseigné , el à le consacrer par là en le rendant éternel. Elle doit l'avertir que, sans les leçons de ce nouveau maître , tout son travail ne serait qu'un vain amusement , puisqu'il se terminerait à la terre, nu temps, ù une gloire frivole, à un bonheur fragile ; que ce nouveau guide peut seul mener l'homme à son principe, le reporter dans le sein de la Divinité , le mettre en possession du souverain bien où il tend , el remplir ses désirs immenses par une félicite sans bornes. Enfin , le dernieravis qu'elle doit lui insinuer, et le plus important de tous, c'est d'écouter avec une entière docililé les sublimes leçons que la religion lui donnera, de lui soumettre toute autre lumière , el de regarder comme le plus grand bonheur el le plus indispensable devoir de faire sertir à sa gloire toutes ses connaissances et tous scs talents.

SECONDE PARTIE

PtAR BT DlTISIOÎf DE CET OUVRAGE.

rCflexioss oEeZeai.es SUE CE QU OS APPELLE LE GOÛT.

OESEBTATIOSS PARTICULIERES SUR CET OCTEAOE.

L Plao et division de cet ouvrage.

Eu supposant toujours les trois différents objets que les maîtres doivent se proposer déni l’instruction de la jeunesse , et dont il a

été parlé dans la première partie de ce discours préliminaire , je diviserai cet ouvrage en six parties.

La première aura pour principal objet la grammaire et l'intelligence des langues qu'on doit apprendre au collège , qui sont : la langue française , la grecque , et la latine.

Dans la seconde je parlerai de la poésie.

La troisième sera plus étendue , et regardera la rhétorique. C'est lé principalement que j’essaierai de former le goût des jeunes gens en leur mettant devant les ycui les principales règles que les maîtres de l'art nous ont laissées sur ce sujet , et en joignant à ces régies des exemples tirés des meilleurs auteurs latins et français , dont je tacherai quelquefois de développer les beautés.

L'histoire fera la quatrième partie. Je comprends sous ce nom l'histoire sainte , qui est le fondement de toutes les autres ; la fable , moins ancienne que la vérité, mais qui l'a suivie de près , et qui en a tiré sa naissance en l'altérant et la corrompant ; l'histoire grecque , qui renferme aussi celle de quelques autres peuples ; et enfin l’histoire romaine. Les antiquités et les coutumes de l'une et de l’autre nation , aussi bien que ce qui regarde la chronologie et la géographie , entreront dans le traité de l’histoire.

La philosophie, avec les sciences qui y ont quelque rapport , fera la matière de la cinquième partie.

A ces cinq parties j’en ajouterai une sixième , qui serait d’un grand usage si elle était bien traitée. Outre plusieurs articles qui auront été omis , ou qui n’auront pu entrer dans le reste de l'ouvrage , elle renfermera le détail du gouvernement intérieur des classes et du collège : la manière de conduire les jeunes gens, de connaître leur caractère, leur humeur , leurs penchants , leurs défauts , et de les leur faire connaître à eus- mêmes : l'attention qu’on doit avoir à leur former l’esprit et le cœur, moins par les instructions publiques que dans des conversations particulières, qui soient libres, aisées, familières , sans gêne, sans contrainte , sans artifice , et telles que les jeunes gens puissent prendre une confiance entière en leurs maîtres.

Comme dans cet ouvrage j’aurai souvent à parler du bon goût par rapport au* belleslettres et à l’éloquence , qu'il me soit permis auparavant de faire sur cet article quelques réflexions générales , qui aideront à en faire sentir l'importance et la nécessité.

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