‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 76 sur 298 · VU · texte numérisé non relu

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Pour ce qui est des fautes réelles qui se trouvent dans Homère, l’équité et la droite raison demandent qu’on les lui pardonne en faveur des beautés sans nombre qui s’y rencontrent. Longin'.en examinant si l’on doit préférer le médiocre parfait au sublime qui a quelques défauts, établit la règle dont je parle, et en tire la preuve de la nature même de ces sortes d’ouvrages. « Pour moi , dit-il , je liens a qu’une grandeur au-dessus de l’ordinaire a n’a point naturellement la pureté du méa diocre.... lien est du sublime comme d’une a richesse immense, où l’on ne peut pas a prendre garde à tout de si près , et où il a faut, malgré qu’on en ait, négliger quela que chose.... Ainsi, continue-t-il, bien que a j’aie remarqué dans Homère , et dans tous a les plus célèbres auteurs , des endroits qui a ne me plaisent point, j’estime que ce sont a des fautes dont ils ne se sont pas souciés ,

t Lod|1d. Traité du Sotil.cb.Z7,

a et qu’on ne peut appeler proprement fautes, a mais qu’on doit simplement regarder comme o des méprises et de petites négligences qui a leur sont échappées, parce que leur esprit, a qui ne s’étudiait qu’au grand , ne pouvait a pas s’arrêter aux petites choses.... Tout ce « qu’on gagne à ne point faire de fautes *, « c’est qu’on ne peut être repris; mais le « grand se fait admirer. Que vous dirai-je « enfin? un seul de ces beaux traits et de ces « pensées sublimes qui sont dans les ouvri- « ges de ces excellents auteurs neut uayer a tous leurs défauts. »

Cette règle peut beancoup servir pour porter un jugement équitable sur Homère et sur Virgile. Je ne sais si, en expliquant ces poètes aux jeunes gens, il est à propos de donner la préférence à l’un sur l’autre , et s’il ne serait pa« plus sage de laisser celte grande question indécise , en gardant une espèce de neutralité. On peut se contenter de bien faire sentir la différence de leur caractère en mettant dans tout leur jour les beautés de l’un et de l’autre. Quintilien semble nous donner cette ouverture par la manière si sensée dont il parle de ces deux grands poètes. Il avait fait un éloge magnibque d’Homère , dans lequel il donne en peu de mots une juste idée de la variété merveilleuse du style de ce poète : Hune nemo in magnis sublimitate , in parvis proprielale superaverit'. Idem iœtusaepressus, jurutu/us et gravis, tum copia, lu m brevilale mirabilis. « Dans les grandes choses , rien de n plus sublime que son expression; dans les « petites, rien de plus propre. Etendu , serré

• grave et doux , également admirable par

• son abondance et par sa brièveté. » Il vient ensuite è Virgile; cl, après avoir rapporté5 une parole célèbre de Domilius Afer, le plus fameux orateur de son temps, qui ne plaçait

1 Cbap.

* Quint. 1. 10, cap. i.

> a Utar « or bis lisdem, qn» ex Afro Domitio jurants

• accepi : qui mibi Interrogantl, quem Uomero crederel s inailmi accédera : Secundua , inqnit , est VlrglUm , a proprior tamen primo quara tertio, a (Ibid.)

ce poète qn’après Homère , mais bien près de lui , il trace en peu de lignes le caractère de l'un et de I autre d'une manière qui ne laisse rien, ce semble , à désirer. Il reconnaît dans Homère plus de génie et de naturel , dans Virgile plus d'art et d’étude. L'un est plus vif et plus sublime, l’autre plus correct et plus eiact. Celui-là s'élève avec plus de force, mais ne se soutient pas toujours : celui-ci marche toujours d’uu même pas et ne s’égare jamais. C’est ainsi que Quintilien , pesant dans la balance de la raison et de l’équité les diverses qualités de ces deui grands hommes, semble par de justes compensations vouloir établir entre eu* une sorte d'égalité. Et herclè, ut illi natures cœlesti atque immortali ctltenmus , ita cura et diligentia vel ideà in koe plus esty quôd et fuit magis taborandum ; et quantum eminentioribus vincimur, for tassé aqualitate pensamus.

En usant de ce sage tempérament , il sera très-utile de faire comparer aux jeunes gens certains beaux endroits de Virgile avec ceux d’Homère , d’après lesquels ils sont copiés. C'est déjà un grand avantage pour celui-ci d’avoir servi de modèle ; et l'on peut lui appliquer avec justice ce qui a été dit de Démosthènes par rapport à Cicéron : Cedendum in hoc guident , quàd et ille prior fuit , et ex magnâ parte Ciceronem, quantus est, fecit '. Des deux héros d’Homère Virgile n’en a fait qu’nn , dans lequel il a su réunir avec art toutes les belles qualités répandues et partagées dans ceux du poète grec. Il en a tiré aussi la plupart de ses épisodes. Il en a emprunté un grand nombre de comparaisons. Il y a un secret plaisir à démêler dans le poète latin les traces du poète grec , et à découvrir ces précieux vols qui font également honneur à l'un et à l’autre. La copie ne peut quelquefois atteindre aux beautés de l’original ; quelquefois elle le passe , et par d'heureux coups de pinceau elle y ajoute des traits qui la rendent elle-même original. Pour ce qui est de

> Qulat. 1. 10, cap, 1,

l’eipresslon , du nombre, de la cadence, Homère l'emporte inliniment; et il est bon d'accoutumer de bonne heure l’oreille des jeunes gens à sentir cette douce et harmonieuse mélodie qui règne dans tous ses vers , qui y répand des grâces inimitables à toute autre langue qu'à la grecque.

On voit bien que l’élude d'Homère faite de la sorte peut contribuer beaucoup à former le goût ; et c’est ce qui me fait croire que les classes , où l’on n’a pas le temps de voir un poème entier et de suite, il serait assex à propos de n’en expliquer que des endroits choisis et capables de donner de ce poêle l’idée qu’on en doit prendre. Je vais essayer d’en développer quelques-uns de ce genre.

AKTICLU n.

Endroits d'Homéres remarquables pour le style et pour l'éloquence.

Je ne dois pas m’élendre beaucoup ici , de penr d’allonger trop mon ouvrage ; et cependant il est difficile d’être court en parlant des beautés d’Homère. J’en rapporterai de différentes sortes, mais sans m’astreindre à y suivre un ordre exact et régulier.

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