‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 87 sur 298 · Des mœurs anciennes · texte numérisé non relu

Des mœurs anciennes

Les princes et les rois, chez Homère , n’ont rien de ce luxe et de ce fasle qui depuis ont infecté la cour des grands. La simplicité et la modestie étaient l'heureux caractère de ces premiers siècles. Leurs palais n’étaient point remplis d'une troupe inutile de domestiques, de valets et d’officiers, capables d’y introduire toutes sortes de vices par leur orgueil et leur fainéantise. Quand les députés des prioces de

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la Grèce vont trouver Achille, ce prince, tout puissant qu’il est, n’a ni huissiers, ni Introducteurs, ni courtisans autour de lui. Ils entrent chez lui, et l’abordent sans façon. Bientôt après , on prépare le repas. Achille coupe lui-même les viandes , les met en morceaux , et en gnrnil plusieurs broches.

Lesdames et les princesses n’étaient pas plus délicales.Une éducation mile et noble les avait endurcies au travail, et accoutumées aux ministères, selon nous les plus vils et les plus bas, mais conformes à leur première destination, à leur état, à leurs talents, et plus propres à conserver leurverlu que les vains amusements et le jeu qu’elles y ont substitués. Elles allaient elies-inêmes puiser de l’eau è la fontaine. Nausicaé, Alla du roi des Phéacieus, va laver ses robes è la rivière avec ses femmes. On voit la reine sa mère occupée dès le point du jour è filer auprès de son feu.

« Telles étaient les mœurs de ces temps

* héroïques1, de ces heureux temps, où l’on « ne connaissait ni le luxe , ni la mollesse , et « où l'on ne faisait consister la gloire que dans

* le travail et daus la vertu , et la honte que

* dans la paresse cl dans le vice. L’histoire a sainte et l'histoire profane nous enseignent « également que c'était alors la coutume de « se servir soi-même : et cette coutume « était un reste précieux de l'âge d’or. Les « patriarches travaillaient eux-mémes de leurs « propres mains. Les filles les plus ronsidé- « râbles allaient elles-mêmes à la fontaine. « Rébecca , Rachcl , ei les filles de Jéthro, y « mènent leurs troupeaux. Dans Fabius Pic- « lor, Rhée elle- même va puiser de i'eau. « La fille de Tarpeïus fait la même chose daus « Tite-Live. »

Ù. Sacrifices.

Homère décrit assez au long les cérémonies des sacrifices dans le premier livre de l'Iliade, et dans le troisième de l'Odyssée. Dans ce dernier endroit, c'est Nestor qui fait la fonction de sacriGcaleur, parce que les rois avaient l'intendance de ta religion , et que le sacerdoce était joint à la royauté. Je rapporterai cette dernière description à peu prés telle qu’elle

1 Madame Dtcler, dut » préface sur Homère.

est dans Homère, en y joignant quelques notes de madame Dacier qui en faciliteront l’intelligence.

Nestor avait ordonné aux princes ses fils de préparer tout ce qui était nécessaire pour le sacrifice qu’il voulait offrir aux dieux à l’occasion de l’arrivée de Télémaque chez lui.

On amène la génisse. Un ouvrier lui dore les cornes. Stratius et Êchéphron la présentent.

Arètus portait d'une main un bassin magnifique avec une aiguière d’or, et de l'autre une rorbeille où était l’orge sacré nécessaire pour l'oblation.

Thrasymède se tint près de la victime la hache è la main , tout prêt h la frapper; et son frère Persée tenait le vaisseau pour recevoir le sang.

Aussitôt Nestor lave ses mains , coupe du poil du front de la victime qu’il jette dans le feu, lui répand sur la tête l’orge sacré , cl accompagne celte action de prières qu’il adresse à Minerve.

Alors Thrasymède, levant sa hache, frappe la génisse, lui coupe les nerfs du cou, et l'abat è ses pieds. Les princesses qui assistaient au sacrifice font des prières accompagnées de grands cris.

Les princes relèvent la génisse, et pendant qu’ils la tiennent, Pisistrate tire son poignard et l'égorge. Le sang sort à gros bouillons , et elle demeure sans force et sans vie.

En même temps ils la dépouillent et la mettent en pièces.

Ils séparent les cuisses entières* selon la coutume, les couvrent d’une double enveloppe de graisse, et par-dessus mettent des tranches de toutes les autres parties. Nestor lui-même les fait brûler sur l’autel, et fait des aspersions de vin.

Quand les cuisses de la victime furent toutes consumées par le feu. ou fit rôtir les entrailles, et on les partagea entre tous les assistants. Cette cérémonie est remarquable. Elle terminait le

< On brûlait en l'honneur des dieux tes cuisses entières, et une tranche de chaque membre, en commençant par les épaules, d’où vient le mot éipoSnriiv • üpe; , humérus , et riSupr, pono. fies morceaux étaient une espèce de prémices dont les dieux se contentaient, abandonnant le reste h l'usage de ceux qui offraient le sacrifice.

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