‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 99 sur 298 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

• II. Vin. 69. et xxu, 209.

• Prof. IA, 11.

• Dan 5. 27.

toujours bien sur ce sujet. Son Jupiter n’est pas capable d'une attention continuelle : soit distraction, soit lassitude et besoin de se reposer, il ne peut pas voir tout ce qui se passe. Neptune 1 , qui épiait l'occasion d’aider les Grecs, profite d’un moment favorable où Jupiter avait détourné les yeux de dessus les Troyens. Junon avait trouvé le moyen de l’endormir *, afin de pouvoir, pendant son sommeil, exciter une tempête contre Hercule 3 : et longtemps auparavant elle avait bien su le tromper en avançant la naissance d'Euryslhêc. qui parlé devint maître d'Hercule, contre l'intention de Jupiter. Chez les auteurs païens la lumière est toujours mêlée de ténèbres.

3. Cal de Dieu que viennent tons lei bien», tons la talents, tous les succès.

Cette vérité , si fondamentale dans la religion , brille de toutes parts dans Homère; et ce serait une négligence bien condamnable de ne l’y pas remarquer avec soin. Je ne ferai qu’indiquer les endroits.

Selon lui, tout généralement vient des dieux V L’homme ne peut être heureux , s'ils ne bénissent sa naissance et son mariage : deux époques de la vie les plus considérables. Ce sont eux qui donnent une femme prudenle cl habile . capable de gouverner sagement la maison ; c’est d’eux qu'on doit attendre le plus doux fruit du mariage , c’est-à-dire des enfants sages et réglés.

Le choix que les hommes font des différentes professions qu’ils embrassent en suivant le penchant naturel qui les y porte, vient de Dica s. C’est dans cette vue qu’il leur distribue différents talents : aux uns le don de la parole, aux autres celui de la musique, qui renferme la poésie; à celui-ci le courage, à l'autre la sagesse.

On voit bien, dit quelque part Ulysse3, que les dieux n’accordept pas à un même

* II. «il, 1. etc.

* Ibid, xiv, 250.

> Ibid. XII. 05. etc.’

* Oriys. IV, 208-211, et I. XV, 20.

* Ibid. XIV, 227.

* Ody». vin, 167 -177.

homme tous les avantages. Il y en a qui sont peu favorisés du célé de la beauté et de la taille ; mais , en récompense , les dieux leur donnent le rare talent de la parole . qui les élève infiniment au-dessus du reste des hommes , et les fait considérer comme des espèces de divinités. D'autres, an contraire, semblent le disputer aux immortels pour la beauté ; mais cette beauté en eux est muette et stupide, et l’on pourrait dire qu’ils sont un corps sans àme.

C’est Dieu qui anime les paroles des sages, et qui leur donne la force de persuader. Achille était demeuré inflexible aux remontrances des trois députés. Nestor ne perd point toute espérance, et il exhorte Patrocle à taire encore de nouveaux efforts, a Tâchez « par vos conseils de vaincre le ressentiment « trop obstiné du grand Achille. Qui sait si '« quelque Dieu favorable ne vous donnera pas a la force de le toucher et de le persuader 1 ? » C’est Dieu qui donne la réputation , la renommée, la gloire, ifx 3v Aàr ripé «al xü3ov oir«Sii*. Jupiter donne et ôte le courage aux hommes comme il lui plaît : il est le maître , et tout dépend de /ui3. Les dieux tiennent entre leurs mains la victoire , et la donnent comme il leur plaît ’.Ces maximes sontrépandues partout dans Homère, et tous ses héros en paraissent bien convaincus. Hector5, qui avait toujours jusque-là paru intrépide, prend la fuite, parce que Jupiter lui a été la force et le courage , et il en apporte lui-même cette raison : « Ce n’est , dit-il , ni le combat ni le a nombre des ennemis qui m’éprouvante ; « c’est Jupiter lui-même, Jupiter dont les a conseils sont toujours plus forts que les a conseils des hommes, qui remplit de frayeur « les plus intrépides, et qui ôte la victoire « comme il lui platt'. » La même maxime se trouve encore mot à mot dans le livre précédent ’.

i n. XI, 771.

' Ibid, i, 279, et xvu, 251.

> Ibid, xx, 212.

4 Ibid, vu, 101.

» Ibid, xvi, 656, etc.

6 Ibid, xvu, 175-178-

7 Ibid, xvi, 688.

r 11 en e»t de même de la sagesse. Elle ne peut venir que de Dieu. Lui seul peut ouvrir les yeux aui hommes, et dissiper leurs ténèbres. C'est ce que le prophète-roi lui demande si souvent : Illumina oculos meos. .. Révéla oculos meos. Et c'est la vérité que le poète a voulu nous insinuer quand il dit que Minerve üt tomber des yeux de Diomède le nuage qui les couvrait'. La même déesse ailleurs produit un effet tout contraire. On avait proposé deui avis dans l’assemblée des Troyens5 : celui d'Hector, qui était très-mauvais et très-pernicieux , fut généralement applaudi et suivi , sans que personne fil la moindre attention à celui de Polydamas , qui était très-salutaire. La raison qu'en apporte le poète , c'est que Minerve leur avait ôté le bon sens et toute sagesse. C'est ce que David demandait à Dieu par ces belles paroles : Infatua , queeso , Domine, consilium Achilophelf. Pénélope parle en ce sens à Euryciée : « Jusqu'ici . « lui dit-elle , vous étiez un modèle de bon « sens et de prudence. Il faut que les dieux « vous aient tout à coup renversé l’esprit. Il « dépend d’eux de rendre folle la personne la « plus sensée, et de la plus insensée d’en « foire une personne très-sage *. »

S. CootéqutDfH de la vériré prSeédcnle.

Tout vient des dieux : il ne faut donc point tirervanité des talents qu’ils nous ont donnes. C’est ce qu’Agamemnon représenlc-à Achille, que son courage rendait fier et intraitable. Fous ne respirez , lui dit-il , que querelles , que guerres , et que combat. Si vous êtes si vaillant , doit vous vient votre valeur? ne sont-ce pas les dieux qui t’ouj t'ont donnée * ? par où il lui fait assez entendre qu'il n’y a rien de plus ridicule ni de plus injuste que de s’enorgueillir d’un bien qui ne vient pas de nous. Saint Paul le dit plus clairement : Qu avez-vous que vous n’ayez pas reçu? et si vous l’avez reçu , pourquoi cous en glori-

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