APE
De la Saincteté de nos temples et de l’obligation de nous convertir promptement à Dieu, qui nous appelle à l'exemple de Zachée.
Zachæe, festin ns descende, quia hodie in domo tua oportet me manere; et festinans descendit, et excepit illum gaudens.
Zachée, descends promptement, car il me faut demeurer aujourd’huyÿ en ta maison; et iceluy (1) descendit hastivement, et le receul avec joye. (Luc. 49.)
Comme le soleil environnant toute la terre vivifie tout ce qui se decouvre et presente à ses rayons : ainsi Nostre-Seigneur se promenant au travers la ville de Jericho, se presentant à ses yeux lumineux Zachée mort de la mort de plusieurs pechez, il le revivifie, et fait en luy une des admirables conversions qui fut oncques (2) faite, de laquelle conversion je ne puis rien dire qui soit vivifiant et profitable à vos ames, si Nostre-Seigneur ne m'’esclaire encore, et remplit ma bouche des parolles de vie; et afin qu'il nous en fasse la grace, presentons-nous à la Saincte Vierge, et pour impetrer (3) son regard sur nous, disons : Ave, Maria.
ENCORE que, tant au ciel qu'en la terre, Dieu soit tousjours par une parfaicte presence en tous lieux, comme il dit par Jeremie : Cœlum et terram ego impleo (Jer. 23), Je remplis le ciel et la terre ; etce queS. Paul dit : Non longe abest ab unoquoque nosdrum, in 1pso enim vivimus, movemur, el sumus (Act. 17); Qu'il n’est-pas loin d'un chacun de nous, parce qu’en luy nous vivons, nous nous mouvons et subsistons : si est-ce (4) neantmoins qu'il y a certains lieux, lesquels luy estant consacrez, sont appellez maison de Dieu, habitation, lieu, temple, tabernacle, non pas pour ce qu'il soit plus là qu'ailleurs, parlant de Dieu en sa divinité, mais pour ce que là il confere particulierement ses graces et benedictions, et y fait plus de desmonstration de sa gloire.
Ce que nos adversaires ne voulant pas entendre, pour treuver occasion de se separer d'avec l'Eglise, leur douce mere, et faire
(4) Lui. — (2) Jamais. — (3) Obleuir. — (4; Encore est-il,
bande à part, afin de mieux seconder les impressions de leurs cervelles, ils ont dit à ceux qui leur ont voulu prester l'oreille, que nous disions que Dieu n'est pas tout, et qu'il n’entend pas nos oraisons par tout, ains qu'en l'Eglise il avoit l'oreille plus pres de nous, pour user des termes de leur maistre ; mais ce sont pures impostures, et en cet endroict comme par tout ils voudroient faire accroire que leur mere est folle, afin de se sous-. traire de son obeyssance. C’est l'Eglise qui chante tous les jours : Pleni sunt cœli et terra majestatis qloriæ tuæ, Les cieux et la terre sont pleins de la majesté de vostre gloire. C’est l'Eglise qui. nous fait dire que Dieu, qui est invisible, est present par tout : Deus, qui invisibiliter omnia contines. C’est elle qui chante : S2 ascendero in cœlum, tu illic es, si descendero ininfernum , ades (Psal. 138); Si je monte au ciel, vous y estes, et si je descends aux enfers, vous y estes present. C’est de l'Eglise que vous avez appris, Huguenots, ce que vous sçavez, si vous en sçavez quelque chose, de l’incomprehensibilité et immensité de Dieu. Nous sçavons bien que Dieu est partout, et qu’il est proche de ceux qui l’invoquent, Prope est invocantibus eum (Psal. 144), où que ce soit; neantmoins nous sçavons bien aussi qu il assiste particulierement aux lieux qui luv sont dediez, y respandant plus liberalement ses graces, estant de son bon playsir que là il soit adoré . C’est pourquoy il l'appelle sa maison, une maison d’oraison, Domus mea, domus orationis, etc. Et ailleurs l'Eglise est appelée son habitation, et le lieu de son repos : Donec inveniam locum Domino, tabernaculum Deo Jacob. Mons Sion, in quo habitasti in eo (Psal. 431). Enfin, il faut bien que sa divine Majesté assiste plus là qu'ailleurs, puisque Salomon, apres avoir fait bastir le temple, luy demande qu’il luy playse d’exaucer les prieres de son serviteur en ce lieu, U{ exaudias preces servi tui in loco isto (11. Reg. 8). Voyez-vous comme le lieu est determiné; car si c’estoit tout un, pourquoy diroit-on : /n loco isto? En ce lieu? Et en l’'Exode 25 : Loquar inde tecum in medio Cherubim ; D'où je parleray avec toy au milieu des Cherubins. Mais je ne veux pas m'entretenir en cecy; car je ne pense pas qu'il y aiticy personne tant ennemye de l'antiquité, qui ne porte honneur particulier aux Eglises, comme maisons de Dieu; seulement je vous mettray un argument en main à ce propos, lequel vous pouvez porter en face de tous les plus esverllez de nos adversaires.
Si, pource que Dieu est en tous lieux, il n’a point de lieu qui luy soit plus sacré l’un que l'autre, dites moy, pourquoy ferons-
nous aucunes festes? car s’il est en tous lieux, aussi est-il en tous tems, et pourquoy donc y a-t-1l des jours qui sont appelez saincts, consacrez, dediez, et qui s'appellent jours de Dieu, jours du Seigneur? Dieu est-il plus en ces jours là qu'és (1) autres? non veritablement ; pourquoy donc sont-ils plutost appellez jours de Dieu que les autres? A..! me direz-vous, parce que Dieu se les est reservez; aussi a-t-il des lieux : Domus mea, domus orationis; Ma maison est une maison d’oraison, dit-il en l'Evangile (Luc. 19). Domum tuam, Domine, decet sanctitudo (Psal. 92); 0 Seigneur, la saincteté est bien-seante en vostre maison, dit David. Vere locus ste sanctus est, el ego nesciebam, terra sancta est (Gen. 28); Vrayement ce lieu-cy est sainct, disoit Jacob, et je ne le scavois pas, cette terre est saincte. Vous me direz aussi que c'est pource qu'en ces jours Dieu nous à favorisez de la creation , et autres benefices; aussi en certains lieux nous fait-il des benefices plus qu'és autres. Dieu est en tous lieux, Dieu est en lous tems ; 1l y a pourtant certains tems qui luy sont sacrez, et ésquels il veut estre plus particulierement honoré ; pourquoy n'y auroit-il pas aussi certains lieux destinez pour cela? Comme nostre ame, qui estant par tout le corps, neantmoins est dite estre au cœur, ou au cerveau : ainsi Nostre-Seigneur est particulierement aux cieux, pource qu'il y descouvre sa gloire, et és Eglises, pource qu’il y communique particulierement ses graces. Je scay bien que quelquesfois S. Paul a dit que Dieu n'habitoit pas aux temples, mais c’estoit aux Atheniens qui croyoient aux idoles, pour leur monstrer qu'il n'y avoit qu’un Dieu qui remphissoit le ciel et la terre, sans avoir necessité de temple. S. Estienne en dit bien autant une fois, mais c’estoit contre les Juifs, qui pensoient qu'hors leur temple jamais ne deust éstre aucun lieu sacré, et pensoient qu'hors iceluy Dieu ne deust jamais estre invoqué celebrement.
Mais c’est une regle generale, que voyant l’Escriture affermer (2) une chose d’un costé, et la nier de l’autre, on ne doit pas entendre ja negation absolument , mais seulement avec quelque condition : ainsi, quand elle nie Dieu estre au temple, cela s’entend y estre comme des choses creées, lesquelles sont tellement en un lieu qu’elles ne sont pas en l’autre. Quand elle afferme qu'il est en certains lieux, cela s'entend par communication de ses graces. Enfin, Æst in templo non inclusus, extra templum non exclusus ; Il est dans les Eglises sans y estre enfermé, il est dehors des Eglises sans en estre exclu. D'icy est venuë la
(4) Dans les. — (2) Affirmer.
186 SERMON 4 grande reverence que de tout temps les fidelles ont portée aux Eglises, et que Nostre-Seigneur a enseignée, disant : Domus mea, etc.; Ma maison est une maison d’oraison. Dilexi decorem domus tuæ (Psal. 25); J'ai aymé et honoré la beauté de vostre maison, dit David : mais surtout les chrestiens y doivent avoir une plus grande reverence que les autres ; car, si les Juifs portoient tant d'honneur à leur temple, dans lequel on ne sacrifioit que des animaux, quelle reverence doivent avoir les chrestiens, lesquels sçavent que l'Eglise est le lieu auquel est sacrifié Jesus-Christ, et où son sacré corps est reservé, si (1) que nous pouvons bien dire ce que le bon homme Jacob disoit, quand Dieu luy eut fait part de ses merveilles : Vere Dominus est in loco isto; Vrayement Dieu est en ce lieu.
Et c’est ce dequoy il me semble que nostre mere la sainete Eglise nous veuille principalement donner advis, lorsqu'en l'Evangile elle nous propose un grand effect de la presence de Nostre-Seigneur en quelque lieu, par l'exemple de ce qui se fit en la personne de Zachée; en quoy encore elie nous instruit de ce que nous devons faire, afin que Jesus-Christ fasse son. habitation chez nous, car nous sommes les temples de Dieu, pour lesquels les autres temples ont esté faits : Nescilis quia templum Dei estis, et Sprritus Dei habitat in vobis (1. Cor. 3)? Ne sçavezvous pas, dit S. Paul, que vous estes le temple de Dieu, et que le Sainct-Esprit habite en vous? S. Luc dit donc que Nostre- Seigneur traversant la ville de Jericho, voicy qu'un homme appelé Zachée, prince des publicains, fort riche, vouloit voir Nostre-Seigneur quel homme c’estoit. Voyez-vous comme il faut que Nostre-Seigneur vienne le premier à nous? s'il n’eust entré en Jericho, jamais Zachée ne le seroit allé treuver, dont il dit bien par apres : Venit enim filius hominis quærere et salvum facere quod perierat (Luc. 19); Le Fils de l’homme est venu pour chercher et sauver ce qui estoit perdu.
Zachée donc s’appercevant que Nostre-Seigneur estoit entré en la ville, à cause du grand peuple qu'il voyoit se presser pour l'approcher, et voyant qu'il ne le pouvoit voir parmy la presse, estant petit, il s'encourt devant, et monte sur un arbre de figue folle. Il n’est pas comme plusieurs qui pour les choses de Dieu ne remueroient pas les pieds, mais il est ardent de ne pas laisser perdre cette occasion ; et comme l'homme fut trompé dessous un arbre, cestuy-cy monte sur un arbre pour se des-abuser, et voir Nostre-Seigneur. Attendant donc Nostre-Seigneur sur l'arbre,
(1) Tellement.
comme il vint à passer, il regarde cet homme d'un regard d’amour et de misericorde, et voyant l'affection qu'il avoit de le voir, il luy donne le ‘noyen non seulement de le voir, mais de joüir de sa presence, luy disant : Zachæe, festinans descende ; Zachée , descends en diligence, parce qu’il faut qu’aujourd'huy je demeure en ta maison; et il descendit vistement, et le receut Joyeusement en sa maison. Icy Zachée fait diligence et se haste, mais 1l sera bon à mon advis que nous nous y arrestions un peu. Nostre-Seigneur appelle Zachée par son nom, luy faysant paroistre que c'estoit luy qui nommoit toutes choses par leur nom, et qu'il cognoist toutes choses, et qu'il estoit Dieu; car Zachée ne lavoit jamais veu, ny Nostre-Seigneur Zachée, et en le voyant il l'appelle par son nom, Zachée, et quant et quant (1), apres s’estre decouvert à luy, il luy demande d’estre receu en sa maison, et non seulement d'estre receu, mais qu’il se despesche ; et Zachée obeyt incontinent.
C’est icy où il nous faut apprendre nostre leçon ; car il y en a plusieurs qui voudroient bien se ranger au service de Dieu, mais ils y vont si laschement, que pour cela seul ils sont reprehensibles. Qui est-ce qui ne juge devoir servir Dieu, et qui est-ce d’entre les chrestiens qui, scachant les grandes recompenses que Dieu donne à ses serviteurs, ne desire le servir? Mais quoy! ils perdent tout le merite en ce qu'ils retardent trop, et font comme l'Espouse és cantiques, laquelle sentant son Espoux à la porte, fit difficulté de se lever pour luy ouvrir : apres elle voulut luy ouvrir, mais 1l ne s'y treuva plus; elle le chercha, et ne le treuva plus. Ainsi plusieurs, estant couchez parmy leurs meschancetez, sentent que Dieu frappe à la porte : ils font les sourds; apres ils voudroient se confesser lorsqu'il faut passer outre, et sçachant la beauté de la vertu, ils font comme le paresseux, qui veut et ne veut pas : Vu/f et non vult piger (Prov. 13). Ils font comme ces gens desquels il est encore dit aux Proverbes : Pedes eorum ad malum currunt (Ibid. 1); Que leurs pieds courent au mal; mais quand il est question de bien faire, ils font comme ces invitez apportant un monde d'excuses; ils font comme ces vierges folles, disant : Date nobis de oleo vestro (Matth. 25); Donnez-nous de vostre huile, quand ils sentent venir l'Espoux : mais helas! c’est trop tard. Ne sçcavez-vous pas ce que Joab respondit à Abner? il l’avoit poursuivy si vivement, qu'Abner voyant le soleil couché, et que neantmoins Joab poursuivoit tousjours à les battre, il s’escria : Num usque ad internecionem
(4) En même temps.
tuus mucro desæviel? Et ait Joab : Vivit Dominus, si locutus fuisses mane, recessisset populus persequens (11. Reg. 2); Ton espée sera-t-elle si cruelle que de nous mettre tous à mort? Vive Dieu, dit Joab, si tu eusses parlé au matin, le peuple qui te persecute se fust retiré. Ainsi trop tard est-il de penser bien faire quand le temps de la mort est venu, quand le soleil est couché pour nous sans jamais se relever. C’est bien ce que ditle Sage aux Proverbes, que les pecheurs ne pensent point au jugement : Vire mali non cogitant judicium (Prov. 28). Pharaon: entra diigemment en la mer, poursuivant les Israëlites, et pensa s’en retourner, mais ce ne fut pas assez tost; s’il s’en fust retiré: au commencement, il eust eschappé; 1l voulut tant poursuivre qu'il y demeura, et se recognut trop tard, disant : Fugiamus Israël, Dominus enim pugnat pro eis contra nos (Exod. 4); Fuyons du peuple d'Israël, car Dieu combat pour luy. Trop tard va-t-on au medecin quand on est mort. Advisé donc est Zachée, qui tout incontinent vient pour recevoir Nostre-Seigneur, lequel luy donne une si grande contrition qu'il rend quatre fois autant qu'il a desrobé, et donne la moitié de ses biens aux pauvres, dont Nostre-Seigneur l'appelle fils d'Abraham pour sa foy, et pour sa salvation future, et prononce qu'il a fait la salvation de cette maison. Mes freres, vous voudriez bien estre sauvez, mais recevoir Nostre-Seigneur quandil vous appelle, rien moins; faire restitution et penitence, abandonner l'occasion de pecher, rien moins. Nostre-Seigneur a beau crier : Superbe, descends et quitte ton orgueil; Paresseux, despeche de te convertir; Luxurieux, quitte ta paillardise (1), car je veux venir chez toy; Avaricieux, laisse l'usure, ne prends pas tant sur le pauvre laboureur, ne ronge pas tant ces pauvres os martyrisez sous tant de : travaux. Ne vous flattez pas de ce qu’on n’entend rien, on n’en sçait rien, Car ces choses vous seront un jour rudement reprochées, et Jesus-Christ se plaindra qu'il vous a advertis de vous en deporter. Vous demanderez quand, et il vous dira : Ce que le moindre des miens vous dit, c'est moy-mesme qui vous l’'ay dit: Quod unus de minimis meis dixit, ego dixi, suivant ce qu'il disoil à ses apostres : Qui vos audit, me audit; qui vos spernit, me spernit (Luc. 10). Voulez-vous vous sauver? faites comme Zachée, festinans, hastez-vous, commencez dés maintenant : ce ne peut jamais estre trop tost, mais bien trop tard; car Dieu, qui promet de pardonner aux penitens, ne promet pas de donner le temps de faire penitence : Deus pæœnitentibus
(4) Luxure.
vermiam promisit, tempus pœnilendi non promisit (Aug.).
David voyant la remontrance du prophete, dit à l'instant : Peccant ; faites comme luy. Marie-Magdelene, Ut cognovit, attulit alabastrum ; Si tost qu'elle eut cognu que T ostre-Seigneur disnoit chez le pharisien , elle prit sa boëte d’onguent et s’alla jeter à ses pieds. 0 que je pourrois bien dire à plusieurs ce que le bon Moyse mourant reprochoit aux Israëlites, que depuis le jour qu ils estoient sortis d'Egypte, ils n’avoient cessé d’estre rebelles à Dieu: À die quo egressus es de Ægypto, semper adversus Domainum contendisti (Deut. 32)! Qu'on cesse de faire le mal, et qu'on commence à faire le bien : Desinite perverse agere, incipite.bene facere. Ne soyez pas comme ceux desquels il est dit que leur malice est semblable à celle du serpent et de l’aspic sourd, qui estoupent leurs oreilles pour ne pas entendre : Furor veorum secundum similitudinem serpentis, sicut aspidis surdæ, et obturantis aures suas (Psal. 57) ; et pour lesquels il est dit en Isaye : Commandez et recommandez : Erit eis verbum Dei : Manda et remanda, etc. (Isa. 28). Domierunt somnum suum
omnes viri divitiarum, et nihil invenerunt in manibus suis (Psal. 75). Les hommes des richesses, dit David, ont dormy leur somme, et à leur reveil ils n’ont treuvé aucun Den dans leurs
mains, si ce n’est peut-estre l’ordure de leurs pechez attachée à leurs pieds, ne s’estant pas ressouvenus de leur fin derniere, etc., Sordes ejus in pedibus ejus, nec recordata est finis sui, etc. (Thren. 1).
(RECUEILLI
Loquente Jesu ad turbas, exlollens vocem quædam mulier de turba divit illi : Bealus venter qui te portavit, et ubera quæ suxisti At ille divit : Quin imo beati qui audiunt verbum Dei el custodiunt illud.
Lorsque Jesus parloit au peuple, une femme esleva la voix et luy dit : Heureuse celle qui l’a conceu, heureuse celle qui La nourry de son sein. Mais Jesus lui respondit : Bien plus heureux seront ceux qui escoutent la
parolle de Dieu etqui y prestent attention.
ï (Luc. 11.)
L’'EvaNGILE que nous propose la saincte Eglise, en la feste que nous celebrons aujourd’huy de la presentation de Nostre-Dame au temple, est composé de deux parties, lesquelles tendent toutes deux à la loüange de cette Saincte Vierge. La premiere est que, Nostre-Seigneur preschant au peuple, il y eut une femme, laquelle eslevant sa voix, se prit à luy dire : O que bien-heureux est le ventre qui vous à porté et les mammelles que vous avez succées ! à quoy Nostre-Seigneur respondit : Mais plutost bienheureux sont ceux qui escoutent la parolle de Dieu et qui la gardent : et cette response fait la deuxiesme partie de l'Evangile, qui est celle qui fait le plus à la loüange de la tres-saincte Vierge. Car, si bien les parolles que dit cette femme estoient inspirées par le Sainct-Esprit, elles estoient neantmoins prononcées par une pure creature; mais comme si Nostre-Seigneur eust voulu encherir et non pas diminuer la loüange que l’on donnoit à sa tres-saincte Mere , poursuivant le Cantique d'honneur qui estoit entonné à sa faveur : IL est vray, à femme (vouloit-il dire) que ma Mere est bien-heureuse d’estre ma Mere, mais elle est encore plus heureuse d’avoir escouté la parolle de mon Pere, et l'avoir gardée. C'est sans doute un honneur tres-grand de m'avoir porté en son ventre, et de m'avoir nourry du laict descoulant de ses mammelles, moy qui suis et seray eternellement la pasture des anges et des hommes, là-haut en gloire celeste : mais cela n’a pas esté le principal fondement de son bon-heur, ains (1) d'avoir obey parfaictement à la volonté de mon Pere eternel. En quoy Nostre-Seigneur nous fait voir que la felicité n’est pas unie à la dignité, ny donnée selon la dignité; mais selon l'union que nous avons de nostre volonté avec celle de Dieu , de façon que si l’on pouvoit separer la dignité de Mere de
(4) Mais.
Dieu, d'avec la parfaicte union à sa tres-saincte volonté qu’avoit la sacrée Vierge, elle auroit sans doute eu le mesme degré de gloire et la mesme felicité qu’elle a maintenant dans le ciel.
Or je dy que cette Saincte Vierge a eu un tres-grand privilege au dessus de toutes les pures creatures, qui est qu’elle a tous- Jours esté parfaictement obeyssante à la volonté de Dieu, c'est-àdire à sa parolle, et cela dés le premier instant de sa conception, sans jamais varier ny discontinuer, non pas mesme d'un seul moment, de la resolution qu’elle avoit prise de servir parfaictement sa divine Majesté ; grace qui n’a jamais esté donnée à aucune autre creature, non pas mesme aux anges, ainsi que nous voyons par la chute de Lucifer et de ses adherans. Et quant aux hommes, qui peut ignorer qu'ils ne soient changeans et variables en leurs bonnes resolutions? nous en voyons tous les jours l'experience en nous-mesmes; car qui est celuy qui soit tousjours d’une mesme humeur? à cette heure nous voulons une chose, et tantost nous ne la voudrons plus, ains en desirerons une autreÿ maintenant nous sommes joyeux, et peu de temps apres nous serons tristes.
En somme, nous changeons à tous momens : ce qui ne fut pas ainsi de Nostre-Dame ; car elle alla tousjours adherant plus parfaictement à Dieu, si bien qu’elle meritoit tousjours de nouvelles graces; et plus elle en recevoit, et plus son ame se rendoit capable d’en recevoir d’autres : ce qui faysoit qu’elle alloit tousjours affermissant de plus en plus sa premiere resolution; de sorte que si l’on eust peu treuver du changement en la tressaincte Vierge, ce n’estoit que pour monter tousjours d’un degré de perfection à un autre degré plus relevé par la prattique de toutes les vertus. Pour cela elle se voulut retirer au temple, non qù elle eust besoin pour elle-mesme de faire cette retraitte, ains pôur nous enseigner que nous autres, qui sommes si variables et si subjets au SRE nous nous devons servir de tous les moyens possibles pour bien affermir et conserver nos bonnes resolutions ; car pour elle il suffisoit qu’elle se fust donnée à Dieu dés le premier moment de sa vie, pour perseverer en son bon propos, sans qu'elle sortist de la maison de ses pere et mere pour cela, n'ayant nul subjet de craindre que les objets exterieurs la pussent divertir : mais comme une bonne mere elle nous vouloit enseigner que nous ne devons rien negliger pour bien affermir nostre vocation, ainsi que saint Pierre nous exhorte (11. Petr. 1).
Cette S Vierge donc n’estant encore aagée que de trois ans,
LAN à‘ Std D Ÿ :
fut apportée une partie du chemin de Nazareth en Hierusalem pour estre offerte à Dieu en son temple, et l’autre parte elle y vint avec ses petits pieds. O Dieu! que j’eusse bien desiré de me pouvoir representer la consolation et suavité de ce voyage. Ceux qui alloient au temple de Hierusalem pour y presenter des offrandes à la divine Majesté, chantoient le long du chemin le psalme : Beati immaculati in via, qui ambulant in lege Domini (Psal. 118); Bien-heureux sont ceux qui marchent sans macule (1), et sans tache de peché en la voye des commandemens de Dieu. O combien gracieusement et avec quelle melodie est-ce que l’entonna nostre glorieuse Reyne et Maistresse? de quoy les anges furent tellement ravis et estonnez, que troupes à troupes ils venoient pour escouter cette divine harmonie, et les cieux ouverts ils s’espanchoient sur les balustres de la Hierusalem celeste, pour considerer cette S" Vierge, laquelle estant parvenuë au temple, à! mes cheres ames, combien allegrement pensez-vous qu’elle monta les quinze degrez de l'autel! car elle venoit, avec un amour nomparell, se donner, dedier et consacrer à Dieu sans reserve ; et semble que si elle eust osé, elle eust dit à ces bonnes dames qui eslevoient les filles que l’on dedioit à Dieu dans le temple : Me voicy entre vos mains comme une boulle de aire, faites de moy tout ce qu'il vous playra, je ne feray nulle resistance à vostre volonté. Aussi estoit-elle si sousmise qu’elle se laissoit tourner à toute main, sans jamais tesmoigner aucune inchination à chose quelconque, se rendant si condescendante qu'elle ravissoit tous ceux qui la voyoient, commençant dés-lors à imiter son divin Fils, lequel devoit estre si sousmis à la volonté d’un chacun, que nonobstant qu'il fust en son pouvoir de resister à tout, il ne le voulut pourtant jamais faire : et si bien au commencement de sa passion il monstra sa toute-puissance, lorsque comme un lyon de la tribu de Juda il se prit à rugir cette parolle : Ego sum, C'est moy, quand les Juifs le cherchant pour le faire mourir, 1l leur demanda : Quem quæritis? Qui cherchezvous? ils luy dirent : Jesus de Nazareth. C’est moy, leur dit-1l, et par cette parolle il les renversa tous par terre. Mais soudain les ayant fait relever, il cacha sa toute-puissance sous le manteau d'une saincte mansuetude et debonnaireté, si bien que déslors ils le prirent et le conduisirent à la mort, sans que jamais ils vissent en luy aucune resistance, leur permettant non seulement de le tondre et despoüiller comme un doux agnelet, mais encore de luy oster jusqu’à sa propre vie, pour accomplir la vo- (4) Souillure.
. lonté de son Pere eternel. Donc la S'° Vierge prevoyant cela, se sousmit en toute chose, sans reserve quelconque, à tout ce qu’on vouloit d'elle, se donnant et abandonnant totalement à la mercy de la divine volonté; mais avec tant de perfection, que jamais nulle creature ne se donna ny s’abandonna si absolument et si parfaictement à la divine Majesté, comme elle fit non-seulement en sa saincte conception, mais encore en sa presentation, qui est
* pour vous autres, mes cheres sœurs, une tres-grande solemnité, puisqu’en icelle (1) vous vous venez derechef offrir et consacrer à Dieu par le renouvellement et confirmation de vos vœux.
Or la coustume de faire ce renouvellement s'est tousjours prattiquée, et dés le commencement de l'Eglise les anciens chrestiens la prattiquoient au jour anniversaire de leur baptesme, qui estoit le jour qu'ils s’estoient dediez à Dieu : ils ne remarquoient point le jour de leur naissance, d'autant que nous ne naissons pas enfans de grace, ains (2) enfans d'Adam, c’esta-dire pecheurs : c'est pourquoy ils ne remarquoient point ce jour, ains seulement celuy auquel ils avoient esté faits enfans de: Dieu, pour le solemniser. Certes, il est tres-à propos que les religieux et religieuses les imitent, et fassent tous les ans une feste particuliere, au jour-de leur dedicace et de leur entrée en la religion : mais d'autant qu'ils ne doivent rien avoir de particulier, vous avez tres-à propos, mes cheres sœurs, choisy le jour de la Presentation de Nostre-Dame, pour faire ce renouvellement toutes ensemble, et vous offrir derechef à la divine Majesté, sous la protection de cette S' Vierge, affin de l’accompagner en son offrande : en quoy se verifie ce qui a esté predict par le sainct prophete David, que plusieurs vierges seroient, à son imitation, amenées apres elle au temple de Dieh Do luy estre offertes et consacrées pour servantes perpetuelles : Adducentur Reqgi virgines post eäm et prorimæ ejus afrerentur tin, in lætihia, et exultatione adducentur 1n templum Regis (Psal. 44) : or il est dit encore qu'elles seront amenées, et viendront avéc joye et exultation. C'est donc un jour de joye et de consolation pour vos ames, qué le jour de vostre renouvellement et commemoration de vostre dedicace à la divine Bonté.
Mais ce-que dit le sainct prophete, que plusieurs vierges seront amenées apres Nostre-Dame, il ne veut pas pour cela en exclure les veufves, lesquelles ne doivent pas estre rejettées de cette bien-heureuse-troupe, pour n'avoir plus leur virginité, puisqu’elle se peut reparer par l'humilité : quoy! pensez-vous ‘que
(4) Elle. — (2) Mais.