IL
pourquoy ne durera aussi l'Eglise au sang de Jesus-Christ? C'est ce que vouloit dire le grand David, disant que Dieu a fondé cette Eglise à perpetuité, et que le Seigneur est extremement grand et loüable en la cité de nostre Dieu : Deus fundavit eam in æternum : magnus Dominus et laudabilis nimis in civitate Dei nostri (Psal. 47). Et de vray, ce seroit chose bien indigne d'un tel fondateur, de fonder pour un peu de temps une Eglise, laquelle a esté fondée avec tant de resjonyssance, et un si grand appareil, que pour sa fondation Jesus-Christ ayt tant enduré, tant respandu de sang, et puis qu'elle fust corruptible : Fundatur exultalione universæ lerræ mons Sion.
Mais, je vous prie, serait-il bien seant que Nostre-Seigneur eust respandu son sang pour reconciher son Eglise à Dieu son Pere, et puis qu’enfin cette Eglise fust tellement abandonnée qu'elle vinst à estre du tout perduë? Certes, un tel mediateur merite une paix perpetuelle, une alliance tres-estroitte, dont Isaye dit : Et fœdus perpetuum feriam eis (Isa. 55); Et je feray une perpetuelle alliance avec eux, parlant du Christianisme.
Non, non, il ne faut pas dire que l'Eglise soit jamais morte : son Espoux est mort pour elle, afin qu'elle ne mourust point; c’est ce que veut dire S. Paul : Efipse dedit quosdam quidem apostolos, alios prophetas, alios evangelistas, alios pastores et doctores ad consummationem Sanctorum, in opus minister, in ædificationem corporis Christi : donec occurramus omnes in unitatem fidei et agnitionis Filii Dei (Ephes. 4); Dieu a estably dans son Eglise des apostres, des prophetes, des evangelistes, des pasteurs et des docteurs pour la consommation des Saincts, pour servir à l’edification du corps de Jesus-Christ, jusques à tant que nous nous rencontrions tous dans l’unité de la foy et de la cognoissance de Dieu.
À quoy est conforme ce que ce sainct apostre dit ailleurs : Primitiæ Christus, deinde 1 qui sunt Christi, deinde finis : oportet illum regnare, donec ponat inimicos suos sub pedibus ejus, novissima autem inimica destruetur mors (1. Cor. 15); Jesus-Christ est les premices, et apres, ceux qui sont à Jesus- Christ, et apres viendra Ja fin ; mais il faut qu’il regne jusques à ce qu'il ayt mis tous ses ennemys sous ses pieds. Voyez-vous ? äl n’y a rien entre le Christ et les siens, ny entre les siens et la fin : l'Eglise donc durera tousjours jusques à la fin, car aussi bien n'aura-t-il jamais vaincu tous ses ennemys jusques à la fin, et cependant Nostre-Seigneur regnera et se dilatera en son Eglise, parmy et en depit de tous ses plus grands ennemys, suivant ce
qu’à ce propos atteste le Psalmiste, disant : Dixit Dominus Domino meo : Sede à dextris meis, etc. Virgam virtutis tuæ emittet Dominus ex Sion, dominare in medio, etc. (Psal. 109). Cette verge, c’est la loy evangelique, de laquelle il est dit au psalme 44 : Sedes tua, Deus, in sæculum sæculi, virga directionis, virga regni tui. Elle sort de Sion, suivant ce qui fut prophetisé en Isa. 2 : Et de Sion exibit lex, et verbum Domi de Hierusalem. Elle commence par Jesus-Christ : Oportebat Christum pati, etc. (Luc, 24). Et prædicari in nomine ejus pœnitentiam et remissionem peccatorum in omnes gentes, incipientibus ab lerosolyma. Donc, avec cette verge de la saincte loy, domine au milieu de tes ennemys, qu'est-ce à dire, sinon que tousjours cette Eglise seroit stable et visible, en laquelle Nostre-Seigneur regneroit et domineroit, voire parmy les plus grandes bourrasques et tempestes des afflictions? Il n’y aura donc jamais tempestes qui empeschent Nostre-Seigneur de regner en l'Eglise; car autrement il ne domineroit pas parmy ses ennemys, mais demeureroit sans seigneurie et domination en ce monde, ce qui fut davantage confirmé par l’ange, lorsqu'il annonça l'Incarnation à Nostre-Dame, disant que Nostre-Seigneur seroit grand, et seroit appellé Fils du Tres-Haut, et le Seigneur Dieu luy donneroit le throsne de David son pere, et il regneroit sur la maison de Jacob eternellement, et son regne seroit sans fin. Qui est le siege de David et la maison de Jacob, sinon cette Eglise militante? car sans doute ce n’est pas un siege temporel; et comme ({) regneroit Nostre-Seigneur eternellement en la maison de Jacob, si elle manquoit une fois ?
De plus Nostre-Seigneur donne-t-il pas tesmoignage à cette perpetuité de l'Eglise, en S. Jean 14 : Ego rogabo Patrem, et alium Paracletum dabit vobis, ut maneat vobiscum in æternum , Spiritum veritalis ; Je prieray mon Pere, et il vous donnera un autre Consolateur qui est l'Esprit de verité, afin qu'il demeure avec vous eternellement.
Quelle fermeté d'assistance! Spiritum veritatis, L'Esprit de verité; comme souffriroit-il le mensonge? Et en S. Matthieu 28 : Ego vobiscum sum usque ad consummalionem sæculi, Je suis avec vous jusques à la consommation des siecles; où ouvertement il promet son assistance particuliere à l'Eglise : passage lequel a esté entendu anciennement pour la presence de Nostre-Seigneur au Sainct-Sacrement; mais quoy que c'en soit, Nostre-Seigneur monstre qu'il y aura tousjours une vraye
(4) Comment.
Eglise , en laquelle il sera, et s’il est avec elle, qui sera contre elle.
Mais Isaye fait une solemnelle attestation de cette verité : Cum venerit Redemptor Sion : hoc fœdus meum cum eis, dicit Dominus : Spiritus meus, qui est in te, et verba mea quæ posui in ore luo, non recedent de ore tuo, et de ore seminis tui, et de ore semis seminis lui, dicit Dominus, amodd et usque un sempiternum (Isa. 59). Hoc fœdus meum cum eis, id est Christianis ; car auparavant il dit : Et ceux qui sont en l'Occident craindront le nom du Seigneur, et ceux qui sont au soleil levant sa gloire. Que voudroit-on davantage pour la verification de cette perpetuité? les propheties et les Evangiles en sont tous pleins.
Un seul passage suffira pour tous, c’est en S. Matthieu 416. Nostre-Seigneur dit : Tu es Petrus, et super hanc petram ædhficabo Ecclesiam meam, et portæ inferi non prævalebunt adversus eam. Tu es Pierre, et sur cette pierre j’edifieray mon "Eglise, et les portes d'enfer n'auront point de pouvoir sur elle. Il dit : Ædificabo, J’edifieray : quel architecte? IL dit : Supra petram, Sur la pierre : quel fondement? E4 portæ inferi,
, Et les portes d’enfer n’auront point de pouvoir contre elle : quelle promesse? l’enler avec tous’ ses alliez n'y peuvent rien. Par les portes s'entendent les forces ; mais outre cela, je treuve trois portes d'enfer, la malice, l'ignorance, l’infirmité. Ny les infirmitez és afflictions, ny l'ignorance és doutes, ny la malice és deliberations. ne peuvent prevaloir contre cette Eglise. Cette verité est si claire et si puissante, que Calvin mesme s’en est laissé eschapper la concession, surles parolles desja alleguées, où il confesse l'assistance perpetuelle avoir esté promise à à l'Eglise, y adjoustant une bonne raison; car, dit-il, ce seroit peu de l'Evangile et le Sainct-Esprit nous eust esté une fois donné,
s’il ne demeuroit tousjours avec nous (Inst. 59). Voyez-vous la forbe dela verité, comme il la confesse? Mais voicy que vous me direz : Si Calvin confesse cette verité, pourquoy la prouvez-vous si exactement? je vous respons que le mensonge est inconstant, et la doctrine de Calvin aussi. Il confesse cette verité icy sans y penser, mais il s’en oublie ailleurs grandement, et la raison pourquoy il fait Ho invisible , mortelle et errante, c'est celle-cy.
On demande à nos adversaires si, quand ils commencerent cette nouvelle doctrine, il n’y avoit point d'Eglise de.Nostre-Seigneur. Les uns respondent qu'ouy, les autres que non. À ceux
qui disent qu'ouy, on replique : S'il y avoit une Eglise, ou vous estiez avec elle ou non ; s'ils disent que non, on leur dit : Vous estiez donc damnez, car, Non potest habere Deum patrem , etc., Celuy-là ne-peut avoir Dieu pour pere qui ne voudra avoir l’Eglise. pour mere; et partant il ne vous faut pas suivre. Si vous estiez avec elle, dites-nous où elle estoit alors. Ils disent qu’elle “estoit invisible és cœurs de quelques-uns çà et là. Les autres donc, voyant qu'il n’y avoit point d'honneur de dire, ou qu'il n’y avoit point d'Eglise, ou qu’elle estoit invisible, ont dit qu'au tems qu'ils s’esleverent, il n'y avoit plus aucune Eglise, mais que tout estoit apostasie, idolastrie.et superstition, qu’elle estoit morte et esteinte, pleine d'erreurs, et que par eux elle a esté ressuscitée ; et contre ceux-cy, j'ay monstré maintenant que ce feu est inextinguible; car voyez-vous pas la consequence ? L'Eglise donc est visible et perpetuelle, mais celle de Calvin n’a point esté veuë ny cognuë devant Calvin, donc l'Eglise de Calvin n’est pas la vraye Eglise. Voicy qui les presse de pres, voicy qui ruine tout leur bastiment, voicy qui fait sauter, qui ruine et sappe la tour de Babel; c’est pourquoy ils cherchent de tous costez ouverture pour s’eschapper, disant tantost que leur Eglise a tousjours esté , et quand on demande où elle estoit il y a cent ans, ils disent qu'elle estoit invisible; tantost ils disent qu'elle n’estoit pas, et quand on leur dit qu’elle n’estoit pas donc la vraye Eglise, puisque la vraye Eglise doit estre perpetuelle, ils ment cecy, et disent que quand Calvin commença il n’y avoit point d’Eglise, qu’elle estoit cheute en ruine, et qu'ils l’ont rebastie et reformée, et tout cecy se fait et se dit, pource qu'alors il n'y avoit point d’Eglise que Catholique papiste qu'ils nomment, qui a fait dire à Dubartas que l'Eglise estoit cette grande paillarde {{) de l’Ante-Christ. Calvin ne dit rien moins, livre 4, chap. 1 et 3, et Beze en sa Confession de foy, chap. 5, et Musculus /2b. de locis communibus. Voilà qui me fait arrester à prouver contre eux ces veritez, lesquelles estant bien certaines et asseurées, il est bien certain et asseuré aussi que l'Eglise des adversaires, qui n’a pas esté visible avant cinquante ou soixante ans, et qui n’a point esté tousjours, n’est pas la vraye Eglise, et par consequént que tous ceux qui sont en icelle (2) sont hors de leur salut eternel, s'ils ne s’amendent. Davantage, je n'ay pas seulement prouvé que la leur n’est pas la vraye Eglise, mais aussi que c’est la nostre ; car il ne se treuve point d'Eglise de toutes celles qui confessent Jesus-Christ qui ayt con-
() Prostituée. —. (2) Elle.
tinué sans interruption, sinon la nostre catholique et romaine.
Mais qu'apprendrons-nous icy en cette verité? Nous apprendrons à loüer Dieu qui a laissé au monde une Eglise perpetuelle à laquelle, en tout tems, on peut recourir pour y faire son salut; puis montant de cette Eglise que nous voyons çà-bas (1), à celle que nous ne voyons pas là haut, nous exciterons en nous le desir de la vie eternelle, comme dit l’Apostre : Non contemplanhbus nobis quæ videntur, sed que non videntur {xr. Cor. 2); N'appliquant pas seulement nos esprits aux choses qui se voyent, mais à celles qui sont invisibles. Et partant, comme celle-cy est perpetuelle, selon la perpetuité de ce monde, l’autre l’est selon la perpetuité de la vie future, c'est-à-dire, eternelle. Donc, de la consideration de la durée de cette Eglise nous devons nous eslever à la durée de la triomphante, et penser que le royaume du ciel est eternel, puis penser combien jusques à present nous avons esté mal advisez d’avoir quitté ce royaume-là, auquel nous avons part, pour un rien, pour un petit peché, et qui sommes si lasches de ne point prendre de peine pour avoir ce paradis qui durera eternellement. O pecheur, tu prends tant de peine pour un peu d’or, pour un peu d'argent qui te sera demain pillé, qu'il te faudra laisser demain, et pour ces richesses immortelles, tu ne veux paste faire tant soit peu de violence, et vaincre ta lascheté, etc.
DIEU SOIT BENY
(4) Ici-bas :