‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 18 sur 106 · EXHORTATION · texte numérisé non relu

EXHORTATION

vous recevrez de tres-grandes graces en cette vie, et parviendrez enfin en la gloire eternelle, où nous conduise le Pere, le Fils, et le Sainct-Esprit. Amen.

DIEU SOIT BENY

EXHORMATION

Ecce nunc benedicite Dominum omnes servi Domini. Maintenant benissez le Seigneur, 6 vous tous qui estes ses serviteurs. (PsaL. 133.)

CELUY que vous estes venu adorer en ce lieu, à sçavoir Jesus- Christ vostre Seigneur et le mien, vous fasse la misericorde de si bien faire ce pourquoy vous y estes venus, que vous receviez abondamment grace, paix et benediction de sa part, et luy tout honneur et gloire de la vostre és siecles des siecles. En quoy afin de vous y ayder, selon mon petit pouvoir, et vous donner quelques instructions pour vous faire benir Dieu, je vous ai apporté les parolles de David : Ecce nunc benedicite Dominum; Benissez maintenant le Seigneur, asseuré que je suis que si vous le benissez bien, il vous benira de benedictions inestimables.

Premierement, souvenez-vous, mes freres, devant toutes choses, que celuy en la presence duquel vous estes, est vostre naturel, absolu et souverain Seigneur; car c’est à luy à qui est la terre et tout ce qui est en la terre; 1l est vostre Seigneur et Maistre ; parce que c'est luy qui vous a faits et formez, il n’y a point de plus juste tiltre pour posseder quelque chose que de l’avoir faite. C’est ainsi que vivent les manouvriers, et que les peres et meres demandent obeyssance à leurs enfans, et les appellent leurs : et neantmoins le pere et la mere ne font pas du tout les enfans, car l'ame n’est pas de leur facture, ny les ouvriers ne font pas entierement ce qu'ils font; car si le drapier fait le drap, il ne fait pas la laine : mais Dieu est celuy-là qui a fait nostre ame et nostre corps, car tout ce qui est est œuvre de ses mains. O ! combien donc est-il veritable que nous sommes à Dieu, et qu'il est Nostre-Seigneur et nostre Maistre, puisque tout ce qui est en nous, il l’a fait, c’est luy qui en est l’ouvrier. Ipsius est mare est ipse fecit 1llud (Psal. 94); La mer est à luy,

et c’est luy qui l'a faite, dit David, comme s'il vouloit dire : La mer est à luy, pource qu’il l’a faite, et non-seulement nous sommes à luy, etil est Nostre-Seigneur, pource qu’il nous à produits, mais éncore pource qu’il nous a racheptez bien cherement, et infiniment plus que nous ne vallons. Le diable nous avoit osté à nostre naturel Seigneur, et encore qu'il n’eust nul droict sur nous, si est-ce que. Nostre-Seigneur nous achepta, et rachepta. ce qui estoit sien, afin de nous faire plus siens, si plus siens nous pouvions estre. S. Paul dit : Empt enim estis pretio magno (1. Cor. 6), vous estes racheptez d’un grand prix et quel prix ? Redemit nos in sanguine agni, Il nous a racheptez par le sang de l'agneau : Proprio filio non pepercit, sed pro omnibus tradidit illum (Rom. 8), Il n'a point pardonné à son propre fils, mais l’a livré à la mort pour nous tous; Me pro me debeo et pro his debeo, Donc je me dois donner moy-mesme pour moy-mesme et pour mes freres.

La moindre goutte du sang de Nostre-Seigneur valloit infiniment plus que nous, et neantmoins afin de nous rendre plus siens, 1l le voulut tout donner. C’est pourquoy David dit que sa redemption:a esté tres-abondante : Copiosa apud eum redemptio (Psal. 129); dont par la bouche d’Isaye, Nostre-Seigneur dit : Je t’ay rachepté, et t’ay nommé par ton nom, tu es à moy : -Redemi te, et vocavt te nomine tuo, meus es tu (Isaï. 43). ELS.. Bernard va confessant : Seigneur, vous avez tout fait et refait pour vous, et qui ne veut estre à vous et pour vous, il commence d’estre un rien parmy toutes choses. Adjoustez qué vous vous estes donnez à Nostre-Seigneur au baptesme; si qu'on peut bien dire que vous estes à luy : Sicut jurastis Domino, votum vovistis Deo Jacob (Psal. 131); Ainsy que vous luy avez promis, et voüé. Ceste-cy est la premiere consideration et fondamentale que je propose.

De celle-cy faut faire deux conclusions. Premierement, que si vous estes devant Nostre-Seigneur par tant de raisons, vous y devez estre en toute reverence et humilité; considerant que tout ce que vous avez vous le tenez de luy, et pensant que vous luy devez autant d'honneur comme il y a de distance du rien à l’infinité : et d'autant plus devez-vous estre humbles, qu’estant des taillables (1) à misericorde, vous l’avez si souvent offensé, dont vous devez avoir si grande confusion , que d’humilité et de

honte vous retourniez au neant auquel vous estiez en un nul estre, sans nulle vertu et nulle qualité avant que Dieu vous

(4) Taillables, sujets entièrement dépendants, ou à merci.

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