‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 40 sur 106 · LETTRE A MADEMOISELLE DE MERCŒUR · texte numérisé non relu

LETTRE A MADEMOISELLE DE MERCŒUR

obeyr à madame vostre mere, aussi le laissé-je maintenant sortir en public pour satisfaire à vostre desir : vous suppliant treshumblement de vous en servir, pour respondre à toutes les raisons que vostre perte vous pourroit suggerer contre la consolation; car il est dressé à cette intention. Vous y verrez que la vie de monseigneur vostre pere a esté une des plus belles et accomplies entre celles des princes des derniers siecles, et comparable à celle des plus excellens de l’antiquité. Il vous fera ressouvenir que vous estes fille d’un grand prince, sa fille unique, sa chere fille; mais il adjoustera que vous estes fille de son esprit et de sa foy plus que de son corps, puisqu'il vous a receue de Dieu par les prieres du grand S. François, duquel aussi vous portez le nom : et que pour ce vous estes plus obligée de vous resjoür en la vie et gloire de son esprit, que de regretter la mort de son corps. Vous y verrez qu'encore que Dieu le nous eust laissé davantage, vous n’eussiez pourtant gueres jouy du bien de sa presence; car il avoit tant de charité qu'il eust toujours privé de ce contentement son espouse et sa fille, pour ne point frustrer de son secours l'Eglise sa mere et l’espouse de son Dieu.

Bref, ce discours ne vous representera les belles actions de monseigneur vostre pere que pour vous consoler. Loüez donc la bonté de Dieu, je vous supplie, de ce qu'il vous a fait naistre d’un si bon ere, et qu'il vous a laissé, pour vostre conduite, une si vertueuse grand’-mere, et une si grande-mere : et moi, je supplieray sa divine Majesté qu’elle vous donne les benedictions que monseigneur vostre pere vous a desirées pour le voir là haut, en paradis, apres avoir heureusement finy la course de cette vie, en laquelle je vous supplie tres-humblement de m'advoüer,

Mademoiselle,

Vostre, etc.

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