‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 43 sur 106 · INSTRUCTION POUR LA CONCEPTION DE NOSTRE-DAME · texte numérisé non relu

INSTRUCTION POUR LA CONCEPTION DE NOSTRE-DAME

ticles en nostre foy qui ne sont pas contenus dans le Symbole, que pourtant les Chrestiens doivent croire; et ne faut pas dire, Je me contente de croire ce que l'Eglise croit, et demeurer ainsi en cette ignorance crasseuse. Et pour ce que nous devons esperer et demander, il est tout contenu dans le Pater noster, ou autrement l’Oraison dominicale, que Nostre-Seigneur nous a laissée ; et tout ce que l’on sçauroit esperer ou demander est compris et se treuve en ses sept demandes.

Pour la troisiesme et quatriesme, nous avons les Commandemens de Dieu et de l'Eglise, où nous sommes instruicts d’aymer Dieu et le prochain, et de ces deux commandemens dependent toute la loy et les prophetes, et les autres qui suivent dans le Decalogue, et ceux de l'Eglise, lesquels ressemblent à un bel arbre, ou bien à l’oranger, lequel, en toute saison, est tousjours verdoyant. Et de fait, l’on voit en Italie et en Provence, le long des rivages, ces beaux orangers, qui en toute saison sont garnis de leurs feuilles, de leurs fruicts et de leurs fleurs; car l’oranger est tousjours en mesme estat sans se fletrir jamais : ainsi de mesme l'Eglise a ses feüilles, qui sont les ceremonies, et ses fleurs qui sont ses actions, et ses fruicts qui sont les bonnes œuvres et bons exemples qu’elle donne au prochain.

Or, venons à nostre second poinct qui est, comme vous sçavez, que Dieu estant esprict pur et libre, et voulant faire quelque chose hors de luy-mesme, il crea Adam et Eve en estat d'innocence et justice originelle, et de plus leur laissa leur franc arbitre, accompagné de toutes les prerogatives et privileges de graces qui se puissent desirer. Mais Lucifer voyant cette nature si excellente, que fit cet esprit de revolte? 1l ne se voulut soumettre en façon quelconque; car, pour vous mieux entendre cecy, il faut sçavoir que, le premier de tous les anges, il dit, le miserable : Je me feray semblable au Tres-Haut, et je m’asseoiray sur le vent d’aquilon (Isa. 14), et tous me rendront hommage. S. Michel voyant cela, se prit à dire : Quz est comme Dieu? Et parce mot le renversa dans les abismes. Nostre-Seigneur parlant sur ce subjet, fait ce reproche à Lucifer : Tu disois que tu serois semblable au Tres-Haut, eh! miserable, te voilà precipité au fond des abismes desenfers ; car, dit-il ailleurs : Nu/ ne peut estre eslevé qu'au prealable il ne soit humilié (Matth. 23).

Lucifer, estant esprit rebelle contre Dieu et par consequent envieux de l’homme, s’addressa à nos premiers parens , et premierement à Eve, et luy dit : Si fu manges de ce fruict, tu sauras le bien et le mal, et seras semblable à Dieu (Gen. 3); elle

ouvrant les oreilles à ces propos (car, sitost que l’on parle de nous eslever, 1l nous semble que tout nostre bien depend de cela) elle donna son consentement et mangea du fruict deffendu : elle passa plus outre, car elle en fit manger à son mary, et tous deux succomberent et desobeyrent à Dieu; et, au mesme instant, eurent honte et confusion d'eux-mesmes, se cachant tant qu'il leur estoit possible. Car le peché porte cela quant et soy (1). Que s'ils fussent demeurez en grace, nous eussions participé à la mesme grace comme eux; car c’est de là que le peché originel prend sa source, et c’est l’heritage qu'ils nous ont laissé. Ainsi, nous eussions herité de la grace et Justice originelle en laquelle ils estoient creés. Mais, helas ! ils n'y demeurerent guere; carils n’y furent qu'un moment, et pour ce nous sommes tous alteins du peché originel, ce qui fait escrier le Prophete royal : Ecce enim in iniquitatibus (Psal. 50), etc., et ce qui suit, qui veut dire que nous sommes tous conçus en peché, et toutes les conceptions des hommes, depuis le commencement jusques à la fin, se feront en peché.

Mais Nostre-Seigneur et Nostre-Dame n’ont pas esté conçus par voie ordinaire, car Nostre-Seigneur a esté concu du Sainct- Esprit, de Mere sans Pere, et c'est pourquoy il n’estoit pas raisonnable qu'il heritast du peché originel : l’on pourroit dire qu'il a pris nostre nature humaine et qu'il est homme, il est vray, mais il est Dieu aussi, et par ce mesme moyen il est parfaictement Dieu et homme sans separation ni distinction quelconque ; il n’est pas né de la semence d'Adam, c’est-à-dire par voie de generation, car il fut conçu de sa Mere sans Pere, comme nous avons desjà dit : 1l fut bien de la masse d'Adam, mais non pas de la semence.

Quant à Nostre-Dame, la tres-saincte Vierge , elle a esté jettée et envoyée en la mer de ce monde, par voie commune de generation, mais preservée des eaux salées de la corruption du peché, et elle devoit avoir ce privilège particulier, parce qu'il n’estoit pas raisonnable que le diable reprochast à Nostre-Seigneur, que celle qui l’avoit porté en ses entrailles eust esté Lributaire deluy; et, pour cette cause, l'Evangile ne fait pas mention des pere et mere de la S* Vierge, mais seulement de Joseph, lequel estoit mary d’une vierge nommée Marie, de laquelle est né le Christ (Matth. 1), car aussi bien ne tenoit-elle rien de ses parens, pour ce qui estoit ordinaire aux autres creatures, par une grace speciale.

{1) Avec soi.

Mais maintenant, disons quelque chose de la devotion que nous devons avoir à la S'° Vierge. Les mondains s’imaginent que la devotion de Nostre-Dame et Maistresse consiste à porter un chapelet à la ceinture, et leur semble que cela suffira de dire quantité de prieres sans faire autre chose; mais ils se trompent grandement, car Nostre-Dame veut que l’on fasse ce que son Fils nous commande, et l'honneur que l’on fait à son Fils en gardant ses commandemens, elle le tient fait à elle-mesme : de cecy nous en avons des exemples; mais je me contenteray de vous en dire un ou deux. La mere de l'empereur Neron, ce cruel, qui a tant persecuté l'Eglise de Dieu, estant enceinte de luy, fit venir tous les enchanteurs et devins, pour sçavoir ce qu’il deviendroit, et comme ils eurent consulté, l’un deux l’advertit que son fils seroit empereur et qu'il regneroit; mais quelqu'un des autres voyant qu'il la flattoit, luy dit qu'il serait empereur, mais que cela estant il la feroit mourir, et cette miserable mere respondyt : « Il n'importe, pourveu qu'il regne. » Voilà comme tousjours les cœurs remplis de vanité et superbe desirent les honneurs et playsirs qui souventes fois leur sont nuisibles.

Nous en avons un autre au Livre des Rois, où il est dit que Betsabée vint trouver le roi David, et faysant plusieurs genufflexions, le rov cognut bien qu’elle vouloit quelque chose et luy demanda ce qu’elle desiroit; elle luy respondit : « Sire, que mon fils regne apres vous (171. Reg. 1). Que si les meres naturellement ont tant de desir que leurs enfants regnent et soient honorez, à plus forte raison Nostre-Dame, qui sçavoit que son Fils estoit Dieu, desire-t-elle qu'il soit honoré, et ainsi l'honneur du Fils est celuy de la Mere. Mais, pour nostre consolation, disons ce mot; vous, mes tres-cheres sœurs, qui avez quitté le monde, pour vous mettre sous les auspices de la Vierge, si vous l’interrogiez et luy demandiez : « Madame, que vous plaist-il que nous fassions; » elle repondroit sans doute, qu'elle veut et desire que nous fassions comme elle fit faire au celebre banquet de Cana en Galilée, où le vin faillit; elle dit à ceux qui en avoient soin : Faites tout ce que mon Fils vous dira (Joan. 2); et si vous l'executez fidellement, vous entendrez en vostre cœur la mesme voix de la Vierge qui vous dira : Faites tout ce que mon Fils vous dira. Dieu nous fasse la grace de l’entendre en cette vie et en la vie eternelle.

(21 decembre.)

LoRSQUE je considere l’histoire de l'Evangile de ce jour, il me souvient à ce propos de Protogene, ce peintre ancien, lequel faysoit le metier de courtisan tout ensemble; ce qui fut cause que lorsqu'il peignit ce grand prince Antiochus, lequel estoit borgne, il s’advisa d’un fait digne de son esprict. Pour cacher et flatter l’imperfection de son prince, il entreprit de le peindre en profil, luy faysant voir seulement la moitié de la face qui estoit entiere et belle, et ainsi cacha sa defectuosité. En ce siecle où nous sommes, les historiographes en font de mesme, pour ce qui regarde les faits des grands rois et princes de la terre, car ils cachent et celent la verité, en tout ce qui a apparence de mal, et cela est cause que l’on ne sçauroit rien apprendre d’eux.

Mais l’Esprict de Dieu, au contraire, dit la verité sans flatterie quelconque, et pour l’ordinaire, nous voyons en l'Evangile qu'il nous decouvre apertement (1) les choses les plus enormes de tous les grands saincts, comme quand ilnous fait voir la penitence d’une Magdelene, et les larmes d’un S. Pierre et d’un S. Paul : il nous fait premierement lire leurs fautes avant que de parler de leur peuitence, comme encore de S. Matthieu et des autres qui sont ea l'Evangile, notamment en celuy d’aujourd’huy, de S. Thomas, où il nous monstre l'infidelité qu'il commit de ne vouloir pas croire; et de vray, 1l tomba en une tres-grande faute, laquelle est presque indicible, et nous pouvons faire cette remarque, apres tous les 5. Peres. Mais pourquoy, je vous prie? font-ils cette remarque, sinon pour nous faire voir la grande misericorde de Dieu, en comparaison de la misere des pecheurs? car nous voyons en la saincte Escriture qu'il est dit que Dieu fait son trosne de nostre misere. Mais voyons comment l'Evangile nous raconte premierement que S. Thomas ne se treuva pas avec les autres le jour de la Resurrection, et secondement qu'il ne voulut pas croire, en quoy il fit un traict de tres-grande imprudence; et en troisiesme lieu, il exagera (2) ces parolles, qui sont : Je ne croiray point, si je ne le touche et si je ne le voy (Joan. 20). Or, ce premier manquement de ne se pas treuver avec les autres fut le commencement de son mal, et ce fut d’icy que son mal prit la source; car 1l faut remarquer une chose qui est de tres-grande

(4) Ouvertement. — (2) Dit en exagérant, en faisant le fier esprit.

importance, qui est que l’homme ne monte pas à la perfection tout à coup, mais petit à petit, et de degré en degré; tout de mesme en est-il de descheoir de la perfection, et de tomber en quelque peché et imperfection; car l’on ne tombe pas tousjours tout à coup, mais l’on vient des petites fautes aux plus grandes. Il ne faut pas dire : C’est peu de chose de ne se pas treuver à la communauté, ou à la priere, ou à quelque autre exercice; car si S. Thomas se fut treuvé avec les autres, il eut esté huict jours plus tost sainct et fidelle : et ne croyons point que ce soit peu de chose de demeurer huict jours en infidelité et retarder nostre perfection pour peu que ce soit; au contraire, c’est un grand mal, car les momens nous doivent estre chers.

Le second degré de la cheute fut que ses confreres et condisciples luy dirent à son retour : Nous avons veu le Seigneur; et S. Thomas oyant cela dit : Je ne le croy pas, et se laissa emporter à l'opiniastreté et au depit qu'il avoit de se voir privé de la. grace que les autres avoient receue en cette visite. Il eust mieux fait s’il eut demandé aux autres apostres comme (1) illeur estoit apparu, pour se resjoüyr avec eux de leur bonheur; mais le mal est qu'il fit tout le contraire, et qui pis est, ne voulut en façon quelconque s’accuser d’avoir failh de ne s’estre pas treuvé avec les autres ; car nous avons cela qu'encore que nous ayons failli, nous ne voulons pas confesser qu'il soit vray. Cependantil fait si

bon ne jamais s’excuser, mais tousjours croire que nousavons tort.

Le troisiesme deffaut de S. Thomas et sa cheute entiere, fut qu'il se laissa emporter à sa passion, et s’opimastra, et par la suite d'icelle (2), exagera ces parolles : Non, je ne croiray pas qu'il soit ressuscité, si je ne mets mon doigt dans le trou de ses plaies, de ses mains et de ses pieds, et la main dans son coste percé. Sur quoy S. Bernard replique, et dit : Pauvre S. Thomas, pourquoy ne voulez-vous point croire sans toucher, puisque nostre foy n’est pas palpable et qu’elle ne depend point des sentimens? et de fait il a raison, ce grand sainct; car la foy est un don de Dieu infus en l’ame qui est humble, car elle n’habite point en une ame qui est pleine d’orgueil, et enfin, il faut avoir de l'humilité pour recevoir ce rayon de lumiere divine qui estun pur don de Dieu. Nous voyons aussi que Nostre-Seigneur faysoit ce reproche aux Pharisiens et leur disoit : Comment pouvez-vous croire, vous autres, qui estes tous bouffis de gloire et de vaine estime de vous-mesmes (Joan. 5)?

Mais revenons à nostre propos, qui est que S. Thomas se

(1) Comment. — (2) D’elle,

laissa emporter à sa passion. C'est un grand mal que de se laisser emporter à nos passions; car les theologiens disent que nos passions nous portent jusqu'au peché mortel. Il faut que je vous donne un exemple de cecy : Le grand S. Paul, ou plutost Nostre-Seigneur en S. Paul, apres le Prophete, nous dit : Courroucez-vous, mais ne pechez point (Psal. 4), car ce n'est pas peché d’avoir ses passions emuës; c’est autre chose d’estre en cholere et de suivre le sentiment que la cholere nous donne, d’entrer en depit et s’opiniastrer ensuite de cela, car c’est cela qui fait le peché. D'avoir des passions, cela n’est point peché : comme, par exemple, ceux qui sont subjets à la passion d'avarice, ils ne passent pas pour l'ordinaire à l'effect du peché, mais ils gardent le leur un petit peu trop exactement, qui est le premier effect de la passion d’avarice, et il est peché veniel selon la consequence de la chose.

Mais S. Thomas passa jusqu'au troisiesme degré, et commit le peché d'infidelité, qui est tres-grand. Ce que voyant les autres apostres, ils en furent bien touchés; car il n’y a point de doute que ceux qui sont en communauté et qui ne vont pas le train de la communauté, ne touchent grandement les autres, et principalement ceux qui ont le desir du salut des ames; et aussi les autres ne les rejettent pas de leur compagnie, mais prient pour eux. Or Nostre-Seigneur, par sa misericorde ineffable (car il a deux bras, l’un de sa justice toute-puissante et equitable, et celuy de sa misericorde qu'il exalte par-dessus celuy de sa jusüce); Nostre-Seigneur, dis-je, vint la seconde fois seulement pour S. Thomas seul, et en cecy il nous donne des premices de la douceur avec laquelle il traitte les pecheurs. Il me souvient à ce propos que S. Denis Areopagyte, que l'on surnomme le grand apostre de la France, avec juste raison, rapporte cette histoire, que Porphyre voyant un pauvre homme pecheur aux pieds de son confesseur proche l'autel, 1l le prit et le jeta à grands coups hors de là, luy semblant qu'il estoit indigne d’estre si proche de l'autel; et sainct Polycarpe, disciple de sainct Jean, dit qu'il vit Nostre-Seigneur disant qu'il estoit tout prest de mourir encore une fois pour chaque pecheur, si sa passion ne suffisoit pas tresamplement pour tous.

Mais considerez, je vous prie, combien nostre Dieu est bon : ilest venu une fois pour tous les apostres, et une fois pour sainct Thomas tout seul, huict jours apres sa resurrection, dans le cenacle, où ils estoient tous assemblez, et s'addressant à sainct Thomas, luy dit : Thomas, tu ne veux pas croire? tiens, touche et

mets ta main, car l'esprict n'a ny chair ny os; mets tes doigts dans mes playes (Joan. 20). Mais que pensez-vous que fit le bon sainct? Oh ! certes , il n’y à point de doute que quand son doigt fust làdedans, il ne sentit une grande chaleur divine, et principalement quand il mit la main dans le sainct abisme de la divinité, et qu’elle toucha ce sacré cœur tout flamboyant d'amour. Alors sainct Thomas, tout estonné, s’escria et dit : O mon Seigneur et mon Dieu! Et en ce mesme instant il fust changé et rendu fidelle, et il a esté predicateur de cette mesme foy, comme les autres apostres, ayant grandement travaillé pour l'augmentation d'icelle, et enfin est mort pour la mesme foy. Mais Nostre-Seigneur luy respondit : Thomas, tu as cru parce que tu as vu, mais bienheureux sont ceux qui croiront et qui ne verront pas ; parce que la bonté de nostre Dieu et Sauveur nous avoit tous presens, nous autres qui sommes en son Eglise : car l'Eglise a pris son commencement du petit college des apostres, et nous ne sçavons rien, sinon ce qu ils nous ont appris des mysteres de nostre foy, bien que la foy, dans les apostres pour lors estoit negative, parce qu'ils n’estoient pas confirmez, comme les theologiens nous asseurent. En ce monde, nous avons la foy sans jouyssance, mais au ciel nous aurons la jouyssance sans la foy, parce que l’on n'a pas besoin de foy au ciel.

Mes cheres sœurs, il fait tres-bon estre reunis en communauté, parce que, si sainct Thomas n'eust point eu de freres et qu'il ne fust rentré dans leur communauté, il ne fust pas sitost sorti de sa faute ny de son incredulité; car, le voyant dans cette erreur, ils prierent pour luy, et ainsi il se sauva. De mesme en la communauté, entre vous autres, quand l’une tombe, l’autre luy ayde à se relever par la correction fraternelle, la priere et bon exemple; car rarement les ames se perdent en religion, sinon celles qui se veulent perdre et obsliner à estre opiniastres en leur mal. Mais sur cecy sainct Bernard fait une belle comparaison, quand il dit que, de deux cents navires ou galeres qui s’embarquent au port de Marseille, il ne s’en perd pas un; mais qui s'embarque à un autre port court risque de se perdre : et ainsi en est-il des ames qui sont dans la nacelle du monde; car à grande peine de deux cens, s’en treuve-t-il une ou deux qui se sauvent, parce qu'elles ne pensent point aux choses eternelles et sont tousjours attentives aux honneurs, playsirs et richesses; et pour cela, nous sommes obligez de prier Dieu pour icelles, afin que Dieu leur donne une parfaicte foy, laquelle les fasse deprendre de toutes les choses de la terre. Il semble que le jour d’aujourd'huy nous invite à prier

pour les infidelles et mecreans, notamment pour ceux qui sont en ce royaume, afin que tous s’assubjettissent à l'obeyssance de nostre Roy eternel, le suppliant de toute nostre affection qu’il nous fasse la grace de perseverer en la fidelité que nous luy avons vouée, en nous ressouvenant que ce qui fut cause de la cheute de sainct Thomas et l’infidelité, fut parce qu'il se tint absent des autres et qu'il ne voulut pas croire ce que les autres apostres luy dirent de la resurrection, et que la troisiesme faute fut qu'il s’opiniastra en son mal. Prions Dieu qu’il nous fasse la grace de ne passer jamais jusqu’à ce troisiesme degré, et que, si nous y passons, il nous veuille, par sa bonté eternelle, ayder à nous en relever, ayant confiance en sa bonté et misericorde, esperant tousjours en luy jusques à temps qu’il nous ayt introduits en la vie eternelle où nous conduise le Pere, le Fils et le Sainct-Esprit.

(2 fevrier.)

Nous celebrons aujourd’huy la feste de la Purification de Nostre-Dame. Or, cette feste a esté nommée de trois noms : les Grecs et ceux d'Orient l'ont nommée la Presentation du Fils de Dieu au Temple, parce que, en cette feste, la sacrée Vierge alla au Temple, pour presenter le Fils unique de Dieu à son Pere celeste dans son temple mesme. Le second nom a esté celuy de

la Purification de la Vierge, parce que la Joy ordonnoit que les

femmes iroient au bout de quarante jours apres leur accouchement, au Temple, pour se purifier, et porteroient deux animaux pour offrandes ; et les deux tourterelles que portoit la S'° Vierge estolent comme un signe et tesmoignage de sa purification; ou, comme disent quelques autres, la feste du Rencontre; car en ce tems 1l se rencontra au Temple quasi de toutes les sortes de gens qui se treuvent en l'Eglise de Dieu : là se treuva la Vierge qui estoit vierge, sainct Joseph qui estoit marié, et sainct Simeon qui estoit prestre, la bonne Anne, prophetesse, qui estoit veufve, et Nostre-Seigneur, qui estoit Dieu et homme : voilà pourquoy on l’a nommée la feste du Rencontre. Le troisiesme est la feste de sainct Simeon le Juste, parce qu'il se treuva au Temple, et que là il eut l’entier accomplissement de ses desirs, ce qu'il tesmoigna, entonnant ce beau cantique : Nunc dimittis servum (Luc. 2), et ce qui suit. Or, j'ay pensé

qu'il seroit profitable et agreable à vos cœurs de vous dire quelque chose sur cés trois mots, ou sur ces trois noms, que l’on donne à cette feste.

Quant au premier, à sçavoir que cette feste est la feste de la Presentation du Fils de Dieu au Temple, je fais cette consideration que, de tous les sacrifices qui avoient esté offerts à Dieu dés le commencement du monde, aucun autre que celuy-cy n’avoit esté esgal à ses merites; car, si bien l’on sacrifioit plusieurs offrandes et victimes, c’estoient tous sacrifices de bestes viles et abjectes, comme de moutons, veaux, taureaux ou d'oiseaux ; mais en ce jour, le Fils de Dieu est offert à son Pere, et ce en son temple mesme , et cette offrande nous est merveilleusement bien representée par les ceremonies que l’on fait aujourd'huy en toute l'Eglise ; car cette procession de cierges allumez nous represente cette divine procession de la Vierge quand elle alla au Temple portant son Fils entre ses bras, qui estoit la lumiere du monde : et lorsque les chrestiens portent leurs cierges allumez en leurs mains, cela ne veut dire autre chose sinon que, s’il leur estoit possible de porter Nostre-Seigneur entre leurs bras, comme fit la saincte Vierge et le bien-heureux $. Simeon, ils iroient pour l’offrir au Pere eternel d'aussi bou cœur, comme ils portent leurs cierges, qui le representent. Or, d'autant que cette feste que nous faysons est la derniere de toutes celles de l’Incarnation; car celles que nous celebrerons desormais ne seront plus de l’Incarnation ny de l’enfance de Nostre-Seigneur, mais bien de sa mort, de sa resurrection , de son ascension, en somme ce seront des festes de ‘sa redemption que nous celebrerons ; c'est pourquoy, cette feste finissant toutes celles de l’'Incarnation, j'en diray un mot, puisqu'il vient à propos.

L’Incarnation nous est bien representée par les cierges que nous portons en ce jour, auxquels je treuve trois natures bien differentes l’une de l’autre, lesquelles sont neantmoins tellement joinctes et unies par ensemble, qu’elles ne font qu'un cierge, au- : quel je remarque la nature du feu, la nature de la meche ou du lumignon, et celle de la cire : or, en Nostre-Seigneur, il s’y - treuve trois natures, lesquelles trois n’en font toutesfois que deux, et ces deux, quoique distantes et bien eloignées l’une de l’autre, ne font qu'une personne, et il y a une telle liaison par ensemble, que les attributs, louanges et qualitez que l’on donne à l’une, on les donne à l’autre, en sorte que nous disons que Dieu est fait homme, et l’homme a esté fait Dieu, et Dieu a esté fait semblable à nous autres hommes en qualité de substance et nature,

mais non pas en qualité de perfection; car en cela il nous passe infiniment : en qualité de la substance, il est tout esgal et semblable à nous.

Or, quant au feu, qui est la premiere et plus excellente nature du cierge, il represente la Divinité, et en la saincte Escriture le feu est souvent pris pour nous representer la nature divine. Or, il y a mille rapports entre le feu et la Divinité; je me contenterai de vous en rapporter quelques-uns : premierement, le feu est le premier de tous les elemens; la Divinité est le prince ou principe de tous estres et nature : le feu est subtil; la Divimité a cette subülité en une façon beaucoup plus noble et excellente que n’a le feu ; le feu fait sa demeure et palpille tousjours en haut et jette ses etincelles contre nous, et ne le pourroit-on pas retenir çà-bas (1) en terre, si l’on ne l'attachoit à quelque matiere; nous ne le voyons pas tel qu’il est en son element ; car il est audessus de l’air, et combien (2) qu'il soit chaud , il ne nous brusle pas, car sa chaleur est mitigée par l’air.

Nostre-Seigneur fait sa demeure en soy-mesme; son centre n'est autre que luy-mesme, et quand il a voulu se communiquer à l'homme, il est sorti de soy-mesme : il a esté comme en ravissement et en une extase par laquelle il est sorti de soy pour se communiquer à sa creature ; mais il n’eust peu demeurer en terre, ni estre veu des hommes, s’il ne se fust attaché à quelque nature qui lui servist comme de matiere pour le retenir.

Le feu est une lumiere qui esclaire les tenebres; la Divinité est une lumiere qui esclaire les tenebres, et non-seulement elle eclaire les tenebres, mais ce qui est davantage, sa lumiere est si lumineuse et eclatante, qu'elle en est toute tenebreuse et obscure, et ne peut estre regardée ny aperçue en cette vie que par des ombres et figures. Voilà comme Ja nature du feu nous represente la Divinité; il y a encore en la saincte Escriture un nombre presque infiny de rapports entre le feu et la Divinité.

La seconde nature du cierge, est celle du lumignon qui nous represente la nature de l’ame de Nostre-Seigneur; le lumignon estant uni à la cire et au feu, jette une lumiere excellente, mais si on vient à joindre le lumignon au feu, sans estre uny à la cire, il ne jettera que de la fumée, ou une flamme toute obscure. La nature du lumignon sans doute est plus excellente et plus noble que celle de la cire; les lumignons sont pour l'ordinaire faits de coton : le coton est uné certaine chose qui croist sur des arbres grandement hauts; la cire, chacun sait qu'elle est dans

(4) Ici-bas, — (2) Quoi.

les fleurs qui sont sur la terre, et est recueillie comme le miel paz les avettes (1). Certes, la nature de l’ame est sans doute beaucoup plus excellente que celle du corps : l'ame n’est pas corporelle ny terrestre, elle ne vient point de la terre, elle a esté creée de Dieu, au mesme instant qu’elle est respandue dans le corps, et estant dans iceluy (2), elle l’ennoblit et l’embellit; l'ame en cette vie sans le corps , par maniere de dire, est bien ce qu'elle est, mais elle est toute obscure, et ne peut faire paroistre ses passions, ses mouvemens, ses discours et pensées, que par les organes et membres du corps. Nostre corps est donc noble et necessaire en quelque façon, et tout ainsi qu'il a besoin d’estre uni à l'ame pour estre lumineux, aussi l’ame, par une correspondance esgale, recherche et a besoin d’estre unie avec le corps : de mesme que le lumignon à besoin d’estre uni à la cire pour estre propre à esclairer. La cire par consequent a besoin d’estre unie et joincte au lumignon et au feu pour rendre de la clarté : et bien que la nature de la cire, comme nous avons dit, et celle du lumignon, soient bien differentes l’une de l’autre; l’une venant de la terre, faite et rendue telle qu’elle est par les avettes, l’autre croissant sur des grands arbres, tel qu’il est, sans avoir besoin de l’industrie d'aucune creature pour le façonner, ayant esté fait ce qu'il est par le Createur mesme ; neantmoins, ces deux natures sont tellement unies ensemble en ce cierge que nous portons, qu'elles n’en font qu'un, c'est-à-dire, qu’un seul cierge, et font un tel meslange l’une dans l’autre, qu'il est certes admirable.

Or, la nature de l'ame , comme nous avons dit, est toute spirituelle : elle ne croist point çà-bas en terre, elle est creée de Dieu seul sans qu'elle ayt besoin de l’industrie d'aucune creature pour estre façonnée. Mais la nature du corps vient de la terre; car nous scavons que le corps du premier homme fut formé du limon de la terre, et depuis ce tems-là, les corps ont esté formez de la substance de l'homme et de la femme. Or, bien que ces deux natures soient bien differentes l’une de l’autre, elles ne font neantmoins qu'une personne que nous appellons homme, et viennent à faire un tel meslange par cette union et jonction des deux comme si ce n'estoit qu'une ; tout ainsi que quand on parle du cierge, l’on ne distingue pas la cire ny le lumignon pour parler de sa bonté ou beauté, ou telle autre qualité, ains (3) on dit seulement en un mot : Ce cierge est bon ou beau, ou tel autre mot, parlant des deux natures qui se treuvent en luy comme s'il n’y en avoit qu'une.

(4) Abeilles. — ,2) Lui. — (3) Mais.

302 fé INSTRUCTION

Le corps de Nostre-Seigneur ne fut pas spirituel non plus que . ceux des autres hommes, bien qu'il fust plus noble et excellent que lesnostres, pour n'avoir point esté conceu par œuvre d'homme, mais du Sainct-Esprit, lequel prit le plus pur sang de la Vierge ét en forma un corps, tellement qu’en verité ce corps est esgal au nostre quant à la substance; mais l’ame de N.-Seigneur fut creée de Dieu, et au mesme instant de sa creation, Dieu la respandit dans ce corps formé par le S.-Esprit; et la nature de l’ame et celle du corps furent tellement joinctes et unies par ensemble, qu'elles ne firent qu’une personne, ou qu’une nature parfaicte.

Le feu estant mis au cierge pour l’allumer, il faut qu'il se prenne plutost au lumignon qu'à la cire : peut-estre que c’est à cause que sa nature est plus molle que celle de la cire, et par consequent plus propre à se joindre et unir la premiere à Ja nature du feu. Certes, en- l’Incarnation, le feu de la Divinité voulant se joindre et unir à la nature humaine pour la rendre toute lumineuse, 1l commence premierement à se joindre au lumignon, c'est-à-dire à l’ame de Nostre-Seigneur ; mais quand je dy qu'il commence premierement à se joindre et unir à l'ame representée par le lumignon, il ne le faudroit pas entendre en. telle sorte que, nous voulant esclaircir, pour entendre quel et comment ce mystere de l’Incarnation se fait, nous nous trompassions nous-mesmes. Car, quand je dy que la Divinité s’attacha premierement à la tres-saincte ame de Nostre-Seigneur, il ne faut pas s'imaginer que la Divinité s’unit à l'ame deux ou trois heures devant que de s’unir au corps sacré de Nostre-Seigneur ; car tout ainsi que nostre cher Sauveur fut formé le premier, si (1) ne demeura-t-il pas un moment sans estre uni à l’ame, laquelle Dieu crea au mesme instant et moment que le Sainct- : Esprit eust formé le corps, et au mesme instant et moment qu’elle fut creée,:1l la respandit et versa dans ce sainct corps. De mesme l’ame et le corps de Nostre-Seigneur ne demeurerent pas un seul moment sans la Divinité, mais au mesme instant que l'union de l'ame et du corps de Nostre-Seigneur se fit au ventre de la Vierge, en ce mesme instant la Divinité fut unie à l'ame et au corps de nostre Sauveur. Mais cette union s’attacha et se fit

-premierement à l'ame, comme à la plus noble, et de l’ame elle passa au corps, mais en un mesme instant et moment, et cela si subtilement.que, combien que la Divinité s’unit premierement à l’ame, elle fut neantmoins aussi-tost unie au corps, et le corps et l’ame furent aussi-tost l’un que l’autre unis à la

(1) Encore.

Divinité; ce qui nous est excellemment bien representé par la subtilité avec laquelle le feu s’unit au lumignon , mais avec une si admirable subtilité, que, bien qu'elle s'attache en premier lieu au lumignon, il est neantmoins uni au mesme instant à la cire.

Or, cette nature divine estant ainsi joincte et unie à l’humaine, elles ont fait une telle liaison et communication par ensemble, que l’homme a esté Dieu, et Dieu a esté homme; et ces trois natures qui se treuvent en la personne de Nostre-Seigneur n’en font que deux parfaictes, à sçavoir, la nature humaine et la divine ; et ces deux natures humaine et divine, quoique infini-

ment esloignées l’une de l’autre, n’ont neantmoins fait en l’Incarnation qu'une personne : et voila ce que j’avois à dire sur le premier nom de cette feste.

Le second nom que l’on donne à cette feste est celuy de la Purification de la Vierge : or, tout le monde est en un etonnement non pareil de voir que la tres-saincte Vierge se soit voulu assujettr à la loi de la purification, elle qui estoit vierge, et par consequent, elle n’avoit nul besoin de purification. Comme (1) est-ce donc qu'elle va au Temple pour se purifier? certes, jusques à present toutes les femmes estoient souïllées d'autant qu'elles avoient conceu en peché, et non-seulement les femmes avoient besoin de cette purification, mais aussi les enfans qui naissoient en peché avoient besoin de purgation, laquelle ils recevoient aussi en une façon bien rigoureuse, et combien que ce ne fut pas eux qui eussent peché, neantmoins ils avoient tous peché en nostre premier pere, ils estoient tous demeurez tachez de sa coulpe. Mais certes, ce divin enfant n’avoit pas besoin de purification, car non-seulement il n’avoit point de peché, mais, ce qui est davantage, il n’en pouvoit point avoir. Il estoit impossible que le peché se rencontrast en celuy qui estoit venu pour le destruire : cela ne se pouvoit pas. Il n’estoit point subjet à la loi de la purification, car il estoit Fils de Dieu, et partant, il n’avoit point de peché ; ceci est une verité infaillible.

Or, comme le Fils de Dieu n’avoit point de peché, sa Mere

aussi n’en avoit point, et encore qu'il ne fust pas possible que la Vierge n’eust point de peché, et qu’etant de pere et de mere, elle eust peu estre entachée d’icelui comme les autres enfans, neantmoins, il n’eust pas esté bienseant que la Mere d’un tel Fils eust esté souïllée du peché originel; voilà pourquoy, par un privilege particulier, cette sacrée Vierge fut conservée par la grace de Dieu et sans aucun peché. Elle estoit tres-pure en

(1) Comment.

sa conception, et demeura pure en l’Incarnation, car elle conceut par l’obombration du Sainct-Esprit, et demeura vierge en son enfantement, et apres icelui. Comment est-ce donc que cette tres-pure Vierge, n’estant nullement souïllée, mais estant tres-pure, a voulu aller au Temple pour se purifier comme les autres femmes? Il y a mille raisons de cecy chez les Peres et Docteurs de l'Eglise; mais il en est rapporté en la Genese, desquelles je me serviray pour vous monstrer pourquoy la sacrée Vierge, n'’estant point subjette à la loi de la Purification, sy est voulu neantmoins assujettir.

Il est donc lu dans la Genese une histoire que je vous diray briefvement, en laquelle il est parlé de la cheute de nos premiers peres, Adam et Eve : elle ne sera pas hors de mon propos, puisque Nostre-Seigneur est le nouvel Adam qui est venu pour reparer la faute du premier Adam, pour, par son obeyssance, satisfaire à la desobeyssance du premier Adam; et Nostre-Dame est appelée la nouvelle Eve. Or, il est dit que Nostre-Seigneur ayant creé l’homme et la femme avec la justice originelle de laquelle il les avait revestus, qui les rendoit exactement beaux, et tellement capables de la grace, qu'il n'y avoit point en eux de peché, ny par consequent de rebellon de la chair contre l'esprit; il n’y avoit point de repugnance ny d'aversion au bien, ny d’appetit, ny d’inchination au mal; tout y estoit paisible et tranquille, ils jouyssoient d’une douceur et suavité non pareilles; ils estoient là avec innocence et pureté, non point innocence et pureté simple, mais revestue de la grace.

Nostre-Seigneur, en cet etat, les mit dans le paradis terrestre, et leur fit un seul commandement et deffense, qui estoit, qu'ils ne mangeroient du fruict de l'arbre de science du bien et du mal; que, si ils en mangeoient, ils mourroient. Or Satan, esprit malin, qui estoit trebuché du ciel par sa desobeyssance, fruict de son amour-propre, considerant la beauté de la nature humaine, s’advisa de la faire descheoir de cette justice originelle qui la rendoit si belle et agreable ; et comme l’amour-propre et l'estime avoient causé sa desobeyssance et par consequent sa perdition , il s’essaya de les tenter avec cet amour-propre et estime de soymesme, pour voir s’il pourroit par ses ruses avoir autant de prinse sur eux, comme elle en avoit eu sur luy. Le voilà done qui prend pour cet effect un corps de serpent, et s’addresse à Eve comme à la partie la plus foible, et l’arraisonna ainsi : « Pourquoy est-ce que Dieu, qui vous a mis en ce lieu, vous a deffendu de manger de tous les fruicts qui sont icy ? » Et Eve luy respon-

dit ainsi, mais toute effrayée et tremblante : 1/ ne nous a pas deffendu de manger de tous les fruicts, ains seulement nous a-t-il deffendu de ne point toucher et manger de celuy-ci. Grande tentation que celle-ci, car c’est une tentation de desobeyssance! Mais voyez-vous la malice et ruse de cet esprit malin et menteur? Pourquoy, dit-il, Dieu vous a-t-il deffendu de manger non de tous les fruicts, ains d’un seul? Il luy parloit ainsi à dessein de luy faire hayr le commandement que Dieu avoit fait.

Certes, il est vray que le premier degré de la desobeyssance, c'est de hayr la chose qui nous est commandée, et cette hayne est la premiere et la plus grande tentation contre l’obeyssance ; et Lucifer en sa cheute vient premierement apporter le degoust du commandement. Voilà pourquoy, sçachant bien la force de cette tentation, quoyqu'il sçust bien que Dieu n’avoit pas deffendu à nos premiers parens de ne point manger de tous les fruicts, il ne laissa pas de le leur dire, afin de leur faire hayr le commandement ; mais remarquez combien cette tentation s’accroist par la response que fit Eve : Nous mangeons bien, dit-elle, de tous les fruicts, mais du fruict de science, 1l nous a deffendu d'en manger, ny le toucher, et vous me demandez pourquoy? C’est, ditelle, de peur que nous ne mourions. Voyez-vous la grande menterie? Nostre-Seigneur avoit bien deffendu de manger du fruict de science, mais ne le pas toucher il n’en avoit pas parlé; c'estoit une menterie aussi grande que celle que dit le malin esprit, et c’est en quoy tendoit en premier lieu sa tentation, que de luy faire dire ce qu’elle dit ; car la response d'Eve tesmoignoit du degoust et de la hayne, comme si elle disoit : Il ne nous a pas seulement deffendu d'en manger, mais encore de le toucher, et par consequent de le regarder, qui est une chose bien estrange et severe. Et voilà le degoust et hayne de l’obeyssance, qui est le premier degré de la desobeyssance.

O Dieu! nous voyons que tous ces miserables qui se perdent en se retirant de l'Eglise, passent par ce degoust et hayne des commandemens de Dieu. Dieu a commandé que les prestres et ecclesiastiques garderoient inviolablement la chasteté et virginité ; et le diable est venu demander pourquoy est-ce que Dieu a fait ce commandement, et incontinent ils viennent à le hayr et se retirer de l'Eglise pour avoir la liberté de ne le pas observer. Un autre viendra à hayr le jeusne, et à cause de la hayne de tel commandement, il se retirera de l'Eglise, escrira contre le jeusne, selon sa hayne et passion. Grand malheur certes, et qui n’ar-

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rive que trop en ce siecle! Voici un exemple assez familier de ce malheur, qui se prattique tous les jours. Voilà un pere ou une mere qui aura deffendu à sa fille d'aller au bal en ce carnaval, et de ne pas aller en telle ou telle compagnie; et voici que cette fille viendra à hayr ce commandement, et dira : On n’oseroit regarder les bals ni mascarades, on n’oseroit lever les yeux pour regarder un homme; il vaudroit autant avoir les veux cousus, où bien il nous les faudroit arracher, ou les boucher, comme à des eperviers.

Un autre qui fera profession d’estre bon chrestien : Or sus (1), dira-t-1l, voicy le caresme qu'il faudra jeusner, ear c’est un commandement de l'Eglise. Oh! je le feray, je jeusneray; mais si J'estois Pape, j'abolircis le caresme afin de ne plus jeusner. Et qu'est-ce que cela, sinon monstrer le degoust que l’on a à tels commandemens? on le fait parce qu'il le faut faire, mais on ne l’'ayme point, et si on pouvoit on l’aneantiroit. Un religieux qui n’aymera pas le silence dira librement : Hé Dieu! tant de silence; à quel propos en tant garder? ne seroit-il pas plus à propos de parler à cette heure que de se taire? Maintenant que j'ay une si belle conception, il me feroit si grand bien de la dire; elle causeroit tant de suavité au cœur de ceux qui l’entendroient, et il n'est point loysible de la dire à cette heure, et neantmoins, si j'attends encore une demi-heure, je ne m'en souviendray pluset ne sauray ce que c’est. Voyez-vous le desgoust du silence, comme il nous fait parler?

Une religieuse qui n'aymera point aller au chœur aux heures ordonnées, sera dans sa cellule sur quelques bonnes pensées, et voilà l'heure qui l'appelle pour aller au chœur : O Dieu! dirat-elle, ne ferois-je pas bien mieux de ne pas aller en tellieu où l’on m'appelle? J’estois en ma cellule sur une si bonne pensée ! peutêtre que, si j'y fusse encore un peu demeurée, j’eusse eu quelque ravissement, et voilà que l’on m'appelle pour chanter au chœur.

Il faut demeurer à table jusqu'à la fin du repas, en silence, pour entendre la lecture qui s’y fait. Hé Dieu ! à quel propos tout cecy? ne vaudroit-il pas mieux sortir quand l’on a finy? En somme, c’est le desgoust des commandemens qui nous fait parler ainsi, et qui nous fait mañquer à l’obeyssance.”

Mais la Saincte Vierge s’assujettit volontiers à la loi de purificaion, parce qu'elle aymoit le commandement; et la chose qui luy estoit commandée lui estoit si precieuse, qu’encore qu’elle ne fust pas obligée de faire la chose commandée, si {2) ne laissa-t-elle pas

() Courage , allons, — (2) Tou!efois.

de la faire, à cause de l’amour qu'elle luy avoit. Mais, Ô tressaincte Vierge, vous n'avez nul besoin de tel commandement! — Il est vray ; mais les autres en ont besoin, desquelles je dois estre l'exemple, et veux obeyr à cette loy, tant à cause de l’amour que j'ay pour le commandement, que pour le profit de celles qui y sont obligées.

Oh! que bien-heureux est celuy qui ayme les commandemens de Dieu, et ne fait pas seulement ce qu'il est obligé de faire, mais encore ce qui ne l’oblige pas, ne laissant pas de s’y assujettir pour le bien et edification des äutres ! C’est donc l’amour que la sacrée Vierge portoit à l’obeyssance et l'edification du prochain, qui la fait assujettir à la loy de la purification.

La seconde tentation, ou second degré de la desobeyssance, est la hayne et le mespris, non seulement du commandement, mais aussi de celuy qui commande. Or, quand la tentation en . vient jusque-là, que de faire hayr celuy qui commande, elle est

dangereuse et extremement mauvaise, surtout quand l’on vient à dire que celuy qui a commandé n’a point eu de raison de faire tel commandement, que cela est hors de propos; que l’on vient à des parolles de mespris de la chose commandée, à cause de la hayne de celuy qui a fait ce commandement. Or, je sçay bien que l’on peut avoir des desgouts et des respugnances, non-seulement au commandement, mais encore à celuy qui commande; mais de dire quelque chose, ou d’entretenir les pensées que ces desgousts fournissent, oh! c'est ce qu'il ne faut jamais faire; et neantmoins c’est à quoy vise le malin esprit; et pour ce subjet il dit à nostre premiere mere Eve : Pourquoy est-ce que Dieu vous à fait ce commandement? comme en mesprisant ce que Dieu luy avoit commandé : Quelle raison, vouloit-il dire, de vous mettre en ce paradis terrestre, et vous deffendre de manger des fruicts qui y sont? C’estoit un grand menteur, car Dieu ne leur avoit pas fait une telle deffense; et certes, s’il l’eust faite, il semble qu’elle eust esté insupportable : car mettre un homme et une femme en un beau verger tout plein de fruicts, et leur deffendre d'en manger, c’eust esté un commandement bien difficile à estre observé; mais il ne dit pas cela, et ce malin esprit le dit par mespris du Seigneur et à dessein de le faire mespriser par Eve, laquelle vint aussi à mespriser celuy qui leur avoit fait la deffense : Nous ne mangeons pas, dit-elle, de ce fruict, de peur que, comme nous à dit Dieu, nous ne venions à mourir ; ce qu'elle disoit comme par mespris du Seigneur : Il nous a, ditelle , menacez de la mort, si nous en mangions; mais quelle

raison a-t-il eue de nous faire une telle menace? et neantmoins il a dit ainsi : De peur que vous ne mouriez. Voyez-vous comme ses parolles ressentent le mespris? car si bien le Seigneur leur avoit dit qu'ils n'eussent pas à manger de ce fruict de peur qu'ils ne vinssent à encourir la mort, il leur avoit dit tout clairement que, s'ils en mangeoient, ils mourroient; et voilà le second degré de la desobeyssance.

Mais nostre nouvelle Eve, à savoir la saincte Vierge, aymoit. non-seulement le commandement, mais celuy qui commandoit ; et pour faire ce qu’il commandoit, elle alla en Hierusalem pour se purifier, quoiqu'elle ne fust point subjette à la loy, n’y qu’elle eust besoin de purification, mais à cause de l'amour qu’elle avoit au commandement et à celuy qui le faysoit. Hé Dieu! combien de consolation eust receue cette saincte Vierge, de demeurer en la petite et pauvre creche de Bethleem, aupres de son sainct et sacré Fils! Oh! que de doux et saincts colloques se fussent dys entre le Fils et la Mere! Mais cette tres-saincte Vierge estoit vraiment obeyssante ; elle n’obeyssoit point à ce qu’elle vouloit, ne faysoit point de choix des commandemens qu’elle vouloit observer, mais obeyssoit à tous generalement sans choix : car ce n’est pas le propre des enfans de Dieu de faire choix des commandemens qu'ils veulent observer; c’est la façon des heretiques, lesquels font choix des commandemens qu'ils veulent observer, et pour cela ils sont nommez heretiques; mais entre les chrestiens, il ne faut point de choix en ce qu'ils doivent observer et croire, ains tout, sans exception d'aucune chose. Il se treuve parmy les chrestiens des heresies, non point des heresies telles que celles des heretiques qui sont hors de l'Eglise : ainsi vous verrez des chrestiens qui veulent bien estre chrestiens, mais ils ne veulent obeyr qu'aux commandemens qu'ils ayment ; vous en verrez qui aymeront le jeusne, et voudront jeusner le jour de Pasques, ou telles autres superstitions que nous avons vues autrefois. Ainsi, 1l y a des heresies en l’obeyssance, qui sont quand l'on veut faire choix de ce qu'on l'on veut observer, et que l’on ne veut pas obeyr à toutes sortes de commandemens : or, l’obeyssance absolue et sans reserve est ce qui releve les religieux au-dessus mesme des hermites, lesquels menoient une vie plus admirable qu'imitable; car n’est ce pas une chose espouvantable que de voir un sainct Paul ermite dans le fond d’un desert, enfermé dans une grotte comme un sauvage, ne mangeant et ne beuvant que du pain et de l’eau? c’est une chose qui est espouvantable, et neantmoins 1l usoit de sa liberté qui soulageoit en

quelque façon son austerité. Il y avoit encore en cela de son propre choix en cette maniere de vivre, et il ne travailloit que pour soy et son propre interest. Or, je sçcay bien qu'il prioit pour tout le monde, et que ses prieres estoient de grande utilité pour tout le peuple; neantmoins c’est une chose certaine que la perfection religieuse, c’est-à-dire la maniere de vivre des religieux de ce siecle, surpasse de beaucoup la vie des anachoretes : car l'obeyssance des religieux doit estre generale, et sans exception d'aucune chose; ils n’ont point l'usage de leur liberté au choix de leurs exercices, mais ils obeyssent aux regles et constitutons, et aux directions particulieres d'autrui. Et voilà quand au second nom que l’on donne à cette feste.

> Pour vous dire un mot sur le troisiesme nom, qui est que l’on la nomme la feste de Simeon le Juste, à cause que ce glorieux sainct receut en ce jour dans ses bras celuy apres lequel il souspiroit, avec tant de joye et consolation, que n'ayant plus rien à souhaitter, il chanta comme un cygne divin ce beau cantique, se voyant approcher de sa fin : Nunc dimittis; He! Seigneur, laissez aller vostre serviteur en paix, car mes yeux ont veu vostre salutaire (Luc. 2). Or, pour ce faire, je presenteray un exemple, et bien que je vous en aye desjà parlé autrefois, et mesme en ce lieu icy, si ne laisseray-je pas de vous le dire; car la plus grande partie de celles qui sont à present n’y estoient pas alors, et puis, encore que l’on parle du mesme subjet, on ne dit pas les mesmes choses. Le fait est donc tel : Nostre-Seigneur, rencontrant un petit enfant, le prit, le baisa, et, le montrant à ses apostres, leur dit : Je vous dy en verité que, si vous n’estes faits semblables à ce pelit enfant, vous n'entrerez jamais en paradis (Matth. 18). Les uns disent que ce fut sainct Martial, mais la commune opinion est que ce fut sainct Ignace le martyr. Oh! que bien-heureux fut ce glorieux sainet Ignace, qui fut pris de Nostre-Seigneur et monstré aux apostres! Oh! que doux et gracieux fut le bayser que Dieu luy donna! que de parolles sacrées et secretes dit-il à ce bien-heureux enfant! qu'il fut heureux de se laisser porter par Nostre-Seigneur, lequel, pour recompense, grava son nom au profond de son cœur!

Or, dites-moi, je vous prie, lequel estimez-vous estre le plus heureux , ou sainct Ignace, qui fut porté entre les bras de Nostre- Seigneur, ou Simeon le Juste qui porta entre ses bras Nostre- Seigneur? Dites-moi, lequel aymeriez-vous mieux : ou estre portées entre les bras de Nostre-Seigneur comme sainct Ignace, ou bien porter Nostre-Seigneur entre vos bras comme le glorieux

sainct Simeon? Certes, tous deux furent bien-heureux, et sainct Ignace d’estre porté et manié par Nostre-Seigneur, non point où il veut, mais où il plaist à Nostre-Seigneur ; et sainct Simeon fut aussi bien-heureux de porter Nostre-Seigneur entre ses bras, qui luy causoit tant de contentement, qu'il respandoit sur luy une abondance de larmes de douceur et de consolation. Mais si vous aviez à choisir, lequel des deux prendriez-vous? Vous y penserez, car ce ne sera pas une pensée inutile ; et cependant je vous diray ma pensée. Certes, le grand sainct Ignace fut bienheureux d’estre porté entre les bras de Nostre-Seigneur, et de ne plus marcher sur ses pieds, maïs sur ceux de Nostre-Seigneur ; car celuy que l’on porte ne marche pas sur ses pieds, ains sur ceux de celuy par quiil est porté. Oh! que bien-heureuse est l’ame qui ñe marche plus sur ses propres pieds, c'est-à-dire qui ne va plus selon ses affections et pensées, selon ses humeurs et incliñations! car l'ame a des pieds spirituels sur lesquels elle marche, aussi bien que le corps en a sur lesquels il se repose et supporte ; et les pieds de l’ame sont ses affections sur lesquelles elle marche. Mais, à Dieu! qu’elle est heureuse quand elle ne va plus sur ses affections, ains sur celles de Dieu! et quelles sont les affections de Dieu, sinon ses commandemens? car c’est en ses commandemens que sont encloses ses affections, et toutes sont comprises en ce premier : Tu aymeras ton Dieu de lout ton cœur, et ton prochain comme toi-mesme (Matth. 22); et de là viennent tous les autres : Tu ne tueras point, tu ne deroberas point (Deut. 6); en somme, Tu ne feras à ton prochain que ce queitu voudrois estre fait à toi-mesme (Exod. 20; Matth. 5).

Or, nous n'avons pas besoin de nous mettre en peine pour sçavoir quelles sont les affections de Dieu, puisqu'elles nous sont toutes marquées dans ses commandemens, et aussi dans ses conseils, qu'il a luy-mesme enseignez sur la montagne, quand: il a dit : Bien-heureux sont les pauvres d'esprit, bien-heureux les debonnaires, les pacifiques, et les autres qui tous font cognoistre les affections de Dieu, sur lesquelles nous devons mar cher suivant ses commandemens et ses intentions au plus proche que nous pourrons : ce que l’on fait quand l’on obeytaux inspi= rations generales qui sont marquées dans les regles et constituions. Mais, pour marcher plus asseurement en icelles selon les affections de Dieu, il faut estre simples et veritables à les decouvrir, et suivre la direction que l’on nous donne là-dessus; et voilà comment nous serons portez par Nostre-Seigneur et ne marcherons plus sur nos affections, ains sur celles de Dieu.

Mais le glorieux saint Simeon fut aussi bien-heureux de porter Nostre-Seigneur entre ses bras. Je treuve deux façons de porter Nostre-Seigneur ; la premiere est de le porter sur ses espaules comme sainct Christophe ; la seconde est de le porter entre ses bras comme sainct Simeon et Nostre-Dame le porterent. Encore que sainct Christophe ne le portast que sur ses espaules, 1l ne laissa pas d’esire bien-heureux, et merite d’estre appelé le Porte- Christ. Or, porter Nostre-Seigneur sur ses espaules, n’est autre que de vouloir porter et souftrir de bon cœur tout ce qu’il plait à Nostre-Seigneur que nous souffrions, pour pesante que soit la charge et le fardeau que Dieu nous met sur les espaules. Car, combien que le joug de Dieu soit doux, si ne faut-il pas pourtant que nous croyions devoir estre exemps de souffrir. Oh! non; il faut , comme sainct Christophe, porter Nostre-Seigneur sur les espaules, souffrant tout ce qu'il luy plait, nous abandonnant totalement à sa providence eternelle, pour nous laisser conduire et gouverner selon sa tres-saincte volonté.

La seconde façon est de porter Nostre-Seigneur entre ses bras comme sainct Simeon et Nostre-Dame le porterent ; nous le porterons alors entre nos bras, quand nous porterons les travaux et peines avec amour, c’est-à-dire, que l'amour que nous portons à la loy de Dieu nous fait treuver son joug suave et leger, et nous fait aymer la peine et les travaux, et cueillir la douceur parmy les amertumes; et cela n’est autre chose que porter Nostre-Seigneur entre ses bras. Or, si nous le portons, il nous portera : que nous serons heureux si nous nous laissons porter à Nostre-Seigneur! Abandonnez-vous donc toutes à luy; laissezvous conduire comme il luy playra; remettez-vous entierement entre les bras de sa providence; sousmettez-vous à ce qui est de sa loy, vous disposant d’endurer toutes les peines qui vous pourroient arriver en cette vie : affectionnez vos cœurs à sa loy, et toutes les choses les plus dures et penibles vous seront douces et suaves, et ce faysant, vous participerez au bonheur de sainet Simeon et de sainct Ignace. Mais pour vous dire lequel des deux est plus heureux, vous y penserez à part vous; mais cependant, taschez de les imiter en cette vie, et vous benirez et serez benistes en l’autre, avec ces glorieux saincts, du Pere, du Fils et du Sainct-Esprit. Amen.

DIEU SOIT BENY

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