‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 44 sur 106 · SERMON POUR LE DEUXIESME LUNDY DE CARESME · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DEUXIESME LUNDY DE CARESME

Quæretis me, et non invenietis..…; et in peccato vestro moriemini. Vous me chercherez et ne me treuverez pas, et vous mourrez dans vostre peché (Joan. 7 et 8.)

SEVERE menace! terribles parolles ! mais comme (1) peuventelles partir de la bouche d’un si bon Pere? Je pense que le sens litteral est : Vous me rejettez, moy le vray Messie; vous me chercherez tantost, en vous attachant à de faux messies, et vous ne me treuverez pas. Mais on l'entend aussi de la mort des Juifs dans le peché, et c'est pourquoy, considerons quel horrible mal c’est que la mort dans le peché, et que c’est (2) qui nous fait mourir dans le peché.

Dieu, qui cognoist combien la mort dans le peché est horrible, nous tend les bras pour nous faire eviter cet affreux precipice; il nous en asseure par le prophete Ezechiel, disant : Vivo ego, dicit Dominus; nolo mortem impii, sed ut convertatur impius a via sua, et vivat. Convertiminti, convertimini a viis vestris pessimis, et quare moriemini, domus Israel? Impietas impü non nocebit ei, in quacumque die conversus fuerit ab impietate sua (Ezech. 23).

Il nous dit encore par la bouche de David : Numquid oblivescelur misereri Deus? aut continebit in tra sua misericordas suas (Psal. 76)?

Aussi quelque terribles que soient les chastimens de Dieu contre le pecheur qui meurt dans le peché, ils seront tousjours moindres que ses pechés ne le meritent, au lieu que la recompense du juste sera tousjours au-dessus de ce que meritent ses bonnes œuvres : Miserationes ejus super omnia opera ejus (Psal. 144). Et encore : Misericordiam et judicium cantabo tibi, Domine (Psal. 100).

Mais quelque grande que soit la misericorde de Dieu, il est cependant indubitable que la peine de celui qui meurt dans le peché sera eternelle.

1° Parce que l’offense augmente à proportion de la dignité de la personne offensée. Or Dieu, qui est offensé par le peché, est d'une dignité infinie. Donc le peché merite une peine infinie : Dereliquisti Dominum Deum tuum (Jerem. 2). Il avait dit un

(1) Comment. — (2) Ce que c’est.

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un peu plus haut, en parlant au nom de Dieu : Me dereliquerunt fontem aquæ vivæ. David, persuadé que la grieveté du peché vient de l’offense de Dieu, disoit au Seigneur : Tibr sol peccavt (Psal. 50).

2° Parce que le pecheur se place dans un estat où son acte present doit estre pour l’eternité. Qu'il y demeure donc.

3° Parce que le pecheur a une volonté eternelle de pecher; car s'il peche, quoiqu'il sçache qu'il mourra, que feroit-il, s’il sçavoit de ne pas mourir? Dieu les a laissez aller selon les desirs de leur cœur : Dimisit eos secundum desideria cordis eorum (Psal. 80).

Qu'est-ce qui nous fait mourir dans le peché ?

La premiere cause est la fausseté de la penitence. La fausse penitence est semblable à la vraye, comme la ciguë l’est au persil. Pour que vous l’evitiez, je vay vous exposer les caracteres de la penitence veritable.

Le premier est qu’elle soit entiere : Convertimini ad me în toto corde (Joel. 2). In toto corde meo exquisivi te... Clamavi in toto corde (Psal. 118).

Contre cette condition pechent, 1° ceux qui n’ont qu’un phantosme de penitence, semblable au phantosme que Michol plaça dans le lict de David (r. Reg. 19).

2° Ceux qui veulent partager leur culte et leurs affections entre Dieu et la creature. Ils jurent au nom du Seigneur et au nom du pretendu Dieu Melchom, dit l’Escriture : Jurant in Domino et jurant in Melchom (Soph. 1). Ils placent dans le mesme temple l'arche du Seigneur et l’idole de Dagon (1. Reg. 5). Ils sont semblables aux oiseaux de mer, qui tantost volent vers le ciel, et tantost nagent dans les eaux.

Le second caractere de la penitence veritable est d’estre permanente. Ceux qui retombent dans leurs anciens pechez sont semblables à la femme de Loth qui, malgré la defense qu'avoit faite l'ange, regarda derriere elle, et fut changée en statue de sel (Gen. 19). Aussi David, penetré d’une veritable contrition, disoit : Juravt et statui custodire judicia justitiæ tuæ (Psal. 118). Benedicam Dominum in omni tempore (Psal. 33). Peccatum meum contra me est semper...… Amplius lava me ab iniquilate mea (Psal. 50).

La seconde cause qui nous fait mourir dans le peché est une fausse crainte de la severité de la penitence; car le pecheur s'imagine faussement qu’il y a de la joye veritable dans le peché, et qu'il n’y a que de la peine et de la douleur dans la peni-

tence. Il apprehende, comme Esaü, par une crainte imaginaire qui luy fait compter pour peu de chose son droit d’aisnesse : En morior : quid mihi proderunt primogenita (Gen. 25).

Mais de mesme que les avettes (1) cueillent le miel le plus excellent sur le thym, qui est une fleur amere, de mesme la peuitence a dans son amertume des douceurs Inexprimables : Secundum multitudinem dolorum meorum in corde meo, consolationes tuæ lætificaverunt animam meam (Psal. 93). Dulcis et rectus Dominus (Psal. 24). Quam bonus Israel Deus! (Psal. 72). Quam dulcia faucibus meis eloquia tua! super mel, ori meo (Psal. 118).

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