IX
@8 juillet.)
C'EST, certes, à propos que Nostre-Seigneur dit, que le royaume des cieux est semblable à un marchand, lequel cherchant des perles, en treuve enfin une d’un prix et valeur si excellente et au-dessus de toutes les autres, qu'il va et vend tout ce qu'il a pour l’achepter (Matth. 13) : c'est-à-dire, que les negociateurs du ciel sont semblables à ce marchand; car, si vous y prenez garde, ils font un mesme negoce, je veux dire qu'ils negocient de mesme facon. Voyez-vous ce marchand? il cherche des perles, et en ayant treuvé une, il s’arreste à cause de son prix et de son excellence, et vend tout ce qu'il a pour se la rendre sienne. De mesme en font tous les hommes; car chacun cherche la felicité et le bonheur, mais pas un ne le treuve, que celuy qui rencontre cette perle orientale du pur amour de Dieu, et l'ayant treuvée, vend tout ce qu’il a pour la pouvoir avoir. Mais le malheur est que les hommes constituent la felicité en ce qu'ils ayment, les uns aux richesses, les autres aux honneurs; mais ils se trompent bien, car tout cela n’est point capable d’assouvir et contenter leurs cœurs. S. Bernard le dit fort bien : Ton ame, à homme! est de grande estenduë, et nulle chose ne la peut remplir ny satisfaire que Dieu seul. L’on en voit l'experience en Alexandre que l’on appelle le grand, lequel, apres avoir assujetti à luy presque toute la terre, ne fust pas neantmoins content; car un fou philosophe luy ayant fait accroyre qu'il y avoit encore d'autres mondes que celuy-cy, il se mit à pleurer, de ce qu'il croyoit ne les pouvoir conquerir. Or pensez, de grace : Si celuy qui a possedé si eminemment les biens et les richesses de la terre par-dessus tout autre n’est pas content, qui est-ce qui le pourroit estre? Certes, non-seulement les choses terrestres ne sont pas capables de satisfaire ny contenter nos cœurs, mais non pas mesme les celestes; et de cecy nous le voyons tres-bien en la Magdelene. La pauvre sainete Magdelene, toute epuysée de l'amour de son Maistre,