HOMELIE POUR LA FESTE DE NOSTRE-DAME DES NEIGES
(5 août.)
Sur l'Evangile des Festes de la Saincte Vierge.
Beatus venter quite portavit, et ubera quæ suxisti. Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et le sein dont vous avez succé le laict. (Luc, 41.)
PENpaANT que Nostre-Seigneur enseignoit les parolles de la vie eternelle, une femme s’eslevant du milieu du peuple, s'eseria : Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et le sein dont vous avez succé le laict. Remarquez que Nostre-Seigneur presche, et cette femme se met à louer sa saincte Mere. Ce n’est pas sans raison, parce que de la devotion envers Nostre-Seigneur nayt aussitost celle pour sa tres-saincte Mere; et personne ne peut aymer l’un sans l’autre. La saincte Eglise a coustume de nous presenter cet Evangile aux festes de Nostre-Dame, et 1l me semble que particulierement l’histoire de l’eglise de Nostre-Dame des Neiges a une tres-grande correspondance avec cet Evangile.
Elle porte qu’il y avoit dans la ville de Rome un homme de distinction nommé Jean, lequel n’ayant point d’enfans, desira, de concert avec sa femme, consacrer tous ses biens à la divine Majesté, en l'honneur de Nostre-Dame.Maisnesçachant pas quelle pourroit estre la chose la plus aggreable à la Mere de Dieu, ils se mirent en prieres pour luy demander de leur en donner cognoissance ; et la nuict, en songe , il leur fust dit qu’ils allassent sur la colline nommée mont Aquilin, qui est dans la ville de Rome, et qu’en l’endroict qu'ils treuveroient couvert de neige, ils: fissent bastir une eglisé en l'honneur de Nostre-Dame : c'estoit certainement un miracle tres-grand dans un pays où les chaleurs sont si excessives au mois d’aoust.
Ce bienheureux Jean s’en alla treuver le Pape, auquel il declara sa revelation; et il se treuva que le Pape en avoit eu une semblable. Ils allerent ensemble visiter le lieu, treuverent la place couverte de neige ; et Jean fit bastir sur cette place l’eglise qui. y est aujourd’ Huy. que l’on nomme Saincte-Marie-Majeure.
Revenons maintenant à nostre Evangile. Cette femme ayant faict l'éloge du bonheur qu’avoit eu Nostre-Dame d’estre la mere