‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 54 sur 106 · HOMELIE POUR LA FESTE DE NOSTRE-DAME DES NEIGES · texte numérisé non relu

HOMELIE POUR LA FESTE DE NOSTRE-DAME DES NEIGES

d'un tel fils, Nostre-Seigneur luy respondit : Dites plustost : Bienheureux sont ceux qui escoutent la parolle de Dieu et qui la gardent; Quein imo beati qui audium verbum Dei et custodiunt iüllud, c'est-à-dire qui la mettent en prattique. Il y a des personnes qui, entendant un sermon sur la mort de Nostre-Seigneur, pleurent fort tendrement, et qui ne laissent pas cependant de nourrir en elles mille sortes d’imperfections, qui sont contre la passion du Sauveur, sur laquelle elles ont pleuré.

Vous qui faites profession de la spiritualité, vous sçavez la difference qu'il y a entre l’amour effectif et l'amour affectif. Nostre-Seigneur ne se contente pas de l’affectif, il veut l'effectif; il ne dit pas seulement : Bien-heureux ceux qui escoutent la parolle de Dieu ; mais il adjouste : Et qui l’observent. Il montre assez par là qu'il ne se contente pas qu’on l’escoute, mais qu'il veut qu’on effectue sa parolle avec soumission et obeyssance. C’est pourquoy Dieu se plaint de son peuple en ces termes : Loquutus sum et non audishs, el faciebatis malum in oculis meis (Isa. 65); c'est-à-dire, vous n’avez pas mis en praltique mes parolles. Car il ne suffit pas d’escouter là parolle de Dieu; 1l veut que nous l’escoutions avec le dessein d’en faire nostre profit. De mesme, quand il dit, parlant des superieurs : Qui vos audit me audit; et qui vos spernit me spernit (Luc. 10); c’est-à-dire, ceux qui vous obeyssent, je tiens que c’est à moy qu’ils obeyssent; et ceux qui mesprisent vos parolles, ne voulant pas s’en servir, je tiens que ce sont mes parolles mesmes qu'ils mesprisent.

Je me souviens d'avoir expliqué une fois, en cette chaire, comment nous devons faire pour entendre la parolle de Dieu et la predication avec utilité. J’ay dit qu'outre l'intention que nous y devons apporter, nous devons encore avoir la volonté d'en faire nostre profit; et qu'outre l'attention que nous devons avoir pendant qu’on presche, nous devons ensuite demeurer quelque tems renfermez dans le fond de nostre ame, je veux dire recueillys, afin de ruminer ce que nous avons entendu. Or, pour que les distractions ne viennent pas se poser sur nostre cœur el troubler nostre esprit, il nous faut faire ce que fit Salomon en son temple dont le couvert estoit tout doré; car craignant que les oyseaux ne le salissent, s'ils venoient à se nicher et se reposer dessus, il le fit garnir de pointes. De mesme si nous voulons procurer le bien de nostre cœur, au sortir de la predication et le preserver des suggestions et distractions du malin esprit, il faut le garder par des aspirations et des oraisons jaculatoires sur

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le subjet de la predication, invoquant la divine Misericorde pour nous forüfier, afin de mettre en prattique ce que nous y avons affectionné.

Voyez ce venerable Jean dont nous faysons mention Il fut prompt à suyvre l’attraict de Dieu; car estant inspiré de donner tous ses biens à Nostre-Seigneur, et ne sçachant comment il devoit le faire pour procurer la gloire de Dieu et l'honneur de Nostre-Dame, à laquelle il avoit une particuliere devotion, 1l se mit en prieres et apprit du Ciel ce qu’il devoit faire. Oh! que c'est une bonne chose que la priere! Mais ce n’auroit pas esté assez pour luy de sçavoir la volonté de Dieu, s’il ne l’eust pas aussitost suivye, comme il le fit.

Oh! que hbien-heureux sont ceux qui font comme Jean et sa femme, lesquels estant inspirez de se devouer et consacrer à Dieu avec tout ce qu’ils ont, recourent à la priere pour cognoistre en quel lieu ils pourront le faire, qui soit plus à la gloire et en l'honneur de Nostre-Dame! Car, comme nous avons desjà dit, point de devotion pour Dieu sans affection de playre à la Sainete Vierge. Et comment n’auroit-on pas cette affection, puisqu'elle est nostre tres-aymable mere?

Escoutez l'Espoux qui luy dit au Cantique des cantiques : Venter tuus, sicut acervus tritici, vallatus liliis (Cant. 7). Et que veut siguifier par là ce divin Espoux, sinon que Nostre-Dame a porté tous les chrestiens en son sein, quoyqu’elle n’ayt produit que le grain dont il est dit : Amen, amen dico vobis, nisi granum frumenti cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet; si autem morltuum fuerit, multum fructum ajfert (Joan. 12).

À qui, je vous prie, doit-on attribuer la production de ces grains, sinon à celle qui à produit le premier, qui est Nostre- Seigneur, vray fils de Nostre-Dame? Mais, quoyqu'elle n’ayt porté que luy, elle a porté pourtant tous les chrestiens en la personne de Nostre-Seigneur; car ce grain beny nous a tous produits par sa mort, de mesme qu'une datte, estant plantée, produit un palmier duquel viennent ensuite quantité de dattes; et pourquoy ne dira-t-on pas que ces dattes appartiennent à la premiere dont le palmier est sorti?

Nous avons tous esté nourrys de son laict sacré, car Nostre- Seigneur en ayant tiré sa nourriture, nous a ensuite nourrys du sien ; nostre tres-cher Maistre a du laict tres-doux et tres-delectable, comme nous le tesmoigne sa divine Espouse lorsqu'elle. dit : Mehiora sunt ubera tua vino (Cant. 1).

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