POUR LA FESTE DE NOSTRE-DAME-DES-NEÏIGES
Oh! que nous devons d'honneur, d'amour et d’affection à Nostre-Dame, tant parce qu'elle est mere de Nostre-Seigneur, que parce qu’elle est encore la nostre!
Il se treuve beaucoup de chrestiens qui disent qu'ils veulent dedier et offrir à Dieu tout ce qu'ils ont et tout ce qu'ils sont, parce qu ils cognoissent que tout luy appartient, etils aymeroient mieux mourir que de l’offenser mortellement, mais il est vray aussi qu'ils veulent se reserver la disposition de leurs biens; et si bien ils veulent vivre en l'observation des commandemens de Dieu, neantmoins ils se reservent la volonté de faire tout plein de petites choses qui ne sont pas contre la charité, mais qui sont perilleuses, et qui, quoyqu’elles ne nous fassent pas perdre la charité, ne laissent pas de deplayre à Dieu lequel est jaloux de nostre amour.
Ce grand Dieu donne aux ames qu’il ayme particulierement des inspirations pour que, par une puissante resolution, elles viennent consacrer et dedier leurs ames avec toutes leurs puissances , leurs corps et leurs biens à son honneur et à sa gloire, choisissant l’estat religieux pour y vivre avec plus de perfection, et courir moins de danger de perdre leurs sainctes resolutions. Oh! combien cet estat est parfaict! Le martyre n’est pas un estat, à cause de sa briefveté; ét il doit estre appelé plutost une vie courte et passagere qu'un estat.
Mais les ames qui sont assez genereuses pour venir s’abandonner à Dieu sans aucune reserve, se plaçant sous les loyx de la vie religieuse, et se liant si estroitement, que jamais plus elles ne peuvent y renoncer, font non-seulement comme les fleurs jaunes qui vont tousjours se tournant du costé du soleil, mais aussi comme celle qu'on appelle tourne-soleil, qui ne se contente pas comme les autres de tourner contre le soleil sa fleur, ses feuilles, et sa tige, mais qui encore, par une grande et secrette merveille, tourne du costé du soleil sa racine qui est sous la terre. Ainsi ces pieuses ames ne veulent pas seulement se tourner et s’abandonner à Dieu en partie, ains elles se donnent elles-mesmes entierement et tout ce qui en despend; elles renoncent à toutes les vaines esperances que le monde donne, et consacrent à Dieu la fleur de leur pureté, et les fruicts de tout ce qu’elles feront à jamais; elles disent à Nostre-Seigneur, à l'imitation de S. Paul : Domine, quid me vis facere (Act. 9)? Et conformement à cette parolle, elles se
sousmettent à la conduite de leurs superieurs, pour n’estre jamais plus maistresses d’elles-mesmes, ny de leur volonté,