A MESSIEURS DE LA VILLE DE THONON
où, par maniere de prelude, sont déclarées et distinguées les regles de la Foy.
IL est certain que si l’advis que S. Jean donne aux chrestiens, de ne pas croire legerement à toutes sortes d’esprits, fut necessaire de son tems, 1l ne l’est pas moins à present, mais plus que jamais, en un siecle corrompu, où tant d’esprits contraires et divers osent, avec une esgalle asseurance, demander creance et authorité dans le Christianisme, en vertu de la parolle de Dieu, à la suite desquels on a veu tant de peuples s’escarter qui çà, qui là, chacun selon son sens et son humeur. Et en effet, comme on voit le vulgaire admirer les comettes et les feux volans, et croire fermement que ce soient de vrays astres et des planettes, au lieu que les plus entendus cognoissent bien que ce ne sont que flammes passageres, qui se roulent, et se perdent dans l'air, attachées à quelques vapeurs, pendant qu’il y a de quoy les nourrir, lesquelles neantmoins laissent tousjours quelque mauvais effect, et n’ont rien de commun avec les astres incorruptibles, que cette grossiere clarté : ainsi les miserables peuples de nostre aage, qui se laissent conduire par certaines cervelles chaudes qui s’enflamment et courent à la suite de quelques subtilitez humaines, sont esblouys par la fausse lueur et sous l’ecorce de la parolle de Dieu, et s’imaginent que ce sont des veritez celestes, en s'amusant à les considerer, quoy que les gens de bien decouvrent et tesmoignent assez que ce ne sont que des inventions terrestres, qui bientost se dissiperont, car ils ne laissent autre memoire de leur apparition que le ressentiment des mal-heurs qui les suivent. O! combien donc estoit-il necessaire de ne pas s’abandonner si promptement à ces esprits, et avant que
de les suivre, eprouver s'ils estoient de Dieu, ou non? Hélas! il ne manquoit pas de pierres de touche pour cognoistre le bas-or, avec lequel ils pipoient le monde : car celuy mesme qui nous a dit, que nous eprouvions les esprits s’ils sont bons ou mauvais, condamne leur legereté, s’ils ne l’ont pas fait : ils n’ont que trop peu sceu que nous avions des regles infaillibles pour recognoistre le sainct d’avec le feint, et l'esprit desolateur d’avec le consolateur. Graces à Dieu, nous avons en l'Eglise des regles tres-certaines pour discerner la doctrine fausse d’avec la vraye, et pour establir nostre saincte foy; et c’est icy, Messieurs, où je vous appelle, mais je vous prie de juger justement, car je me promets de vous monstrer tres-clairement, que Calvin et tous vos ministres ont violé en leur doctrine toutes les regles de la vraye religion et de la predication chrestienne, et affin que vous voyiez (comme vous avez desja veu qu'ils vous ont levé du sein de la vraye Eglise), affin, dis-je, que vous voyiez encore qu’ils vous ont osté la lumiere de la vraye foy, pour vous faire suivre les illusions de leurs nouveautez, voicy la seconde partie de mon projel. La foy chrestienne est fondée sur l’authorité de Dieu tout-puissant, souveraine et supreme Verité; c’est cela qui la met au premier rang, et qui luy donne le premier degré d’asseurance et de certitude ; de telle sorte qu’il n’y a rien icy-bas qui luy soit comparable, puis que cette parolle a esté renouvelée. Je me tiendray tousjours icy sur les mesmes demarches, car je vous monstreray presentement que les regles que je produis sont les vrayes regles; ensuite je vous feray voir comme vos pretendus docteurs les ont violées, et parce que je ne pourrois pas aysement vous preuver, que nous, qui sommes catholiques, les avons gardées tres-estroitement, sans faire de trop grandes interruptions et disgressions, je reserveray cette preuve pour la troisiesme parlie, qui servira encore d’une tres-solide confirmation pour cette seconde que je vous addresse.