II
tissement à ses disciples : Beati servi quos, cum venerit Dominus, invenerit vigilantes : amen dico vobis, quod præcinget se, et facret illos discumbere, et transiens ministrabit illis (Luc. 12); S. Pierre seul interrogea icy Nostre-Seigneur : Ad nos dicis hanc parabolam, an et ad omnes? Nostre-Seigneur respondant à S. Pierre ne dit pas : Quinam putas erunt fideles, comme il avoit dit : Beati servi; mais : Quis putas est fidelis et prudens dispensator, quem constituit Dominus supra familiam suam, ut det allis in tempore tritici mensuram? Et de fait, Theophilacte nous apprend icy que S. Pierre fit cette demande, comme ayant la supreme charge de l'Eglise; et S. Ambroise (livre VII, sur S. Lue) dit que les premieres parolles, -Beah, s'entendent de tous; mais les secondes, Quis putas? s'entendent des evesques, et beaucoup plus proprement du souverain pontife, qui est Nostre-Seigneur, selon S. Paul, qui respond à $. Pierre, comme voulant dire : Ce que j'ay dit en general appartient à tous, mais à toy particulierement, car qui penses-tu estre, sinon le serwiteur prudent et fidelle? Et de vray, si nous voulons un peu es-
plucher cette parabole, qui peut estre le serviteur qui doit don-.
ner le pain, sinon S. Pierre, auquel charge de nourrir les autres a esté donnée? Pasce oves meas.
Quand le maistre de la maison va dehors, il a coustume de donner les chefs au major-dome et oeconome; et je vous prie, n'est-ce pas à S. Pierre auquel Nostre-Seigneur a dit : Tibé dabor claves regni cœlorum ? En l'absence du maistre principal, tout se rapporte au gouverneur, et le reste des officiers s’appuye sur luy, quant à l'autorité, comme tout l’edifice sur le fondement : ainsi S. Pierre est appellé la pierre sur laquelle l'Eglise est fondée. Voilà le pere de famille et le pere des peres; voilà la pierre de l’authorité. Tu es Cephas, et super hanc petram. Or est-il que Cephas veut dire en syriaque une pierre, aussi bien qu’en hebrieu ; mais l'interprete latin a dit Petrus pour ce qu'en grec il y a [Iérocc qui veut aussi bien dire Pierre, comme Petra. Nostre-Seigneur (Matth. 7), nous enseigne que l’homme sage fait sa maison et la fonde sur le rocher, supra petram. En quoy le diable, pere du mensonge , et singe de Nostre-Seigneur, a voulu faire une certaine imitation en fondant sa malheureuse heresie, principalement dans un diocese de S. Pierre (1), et dans une Rochelle.
De plus, Nostre-Seigneur demande en son Eglise, que le serviteur soit prudent et fidelle. S. Pierre a possedé par privilege
(4) La cathedrale de Genève estoit dediée : S. Pierre
DISCOURS XXXY. 531
ces deux conditions; car la prudence ne luy à peu manquer, puisque ny la chair, ny le sang ne le gouvernoient point, mais la revelation du Pere celeste. La fidellité non plus ne luy pouvoit faillir, puisque Nostre-Seigneur asseure : Petre, rogavi pro te, ut non deficiat fides tua. Et il faut croire qu’en cecy Jesus-Christ exauditus est pro su reverentid, dequoy il donne un bon tesmoignage , quand il adjouste : Et tu aliquandé conversus, confirma fratres tuos, comme s’il vouloit dire : J’ay prié pour toy, affin que tu sois le confirmateur des autres ; mais pour les autres, je n’ay prié sinon en intention qu'ils eussent un refuge asseuré en toy. De tout cecy, nous devons inferer que, puisqu'il falloit que Nostre-Seigneur abandonnast un jour son Eglise de sa presence corporelle et visible, 1l devoit au moins luy commettre un lieutenant et un vicaire general visible; celuy-cy estS. Pierre, qui a le privilege de dire : O Domine ! quia ego servus tuus. Vous me direz peut-estre que Nostre-Seigneur n’est pas mort, qu'il est tousjours avec son Eglise, et l’ayde en tout et partout de sa faveur; pourquoy donc inutilement luy donner un vicaire? Je vous respeus que n’estant pas mort effectivement, mais vivant dans le ciel, il n’a pas besoin de successeur, mais seulement d’un vicaire; et, bien loin denyer qu'il assiste vrayement son Eglise en tout et partout de ses faveurs invisibles, j'adjouste, qu’affin de ne faire pas un corps visible sans un chef visible, il a voulu encore l’assister doublement en la personne d'un lieutenant visible, par le moyen duquel, outre les faveurs invisibles, ilconduit continuellementson Eglise d’une maniere convenable à la suavité de sa disposition. Vous me direz encore qu'il n’y a point d'autre fondement que Nostre-Seigneur, en l'Eglise : Fundamentum aliud nemo potest ponere, præter id quod positum est, quodest Christus Jesus. Je vous accorde que tant l'Eglise militante, que la triomphante, sont appuyées et fondées sur Nostre-Seigneur, comme sur le fondement principal; mais Isaye nous a predit qu’en l'Eglise d'icy-bas on devoit avoir deux fondemens; c’est au chapitre 28 : Ecce ego mittam in fundamentis Sion lapidem probatum, anqularem , prehosum, in fundamento fundatum. Je sçay bien qu’un grand personnage l'explique autrement; mais il me semble que ce passage d'Isaye se doit directement interpreter, sans sortir du chapitre 46 de S. Matthieu en l'Evangile d'aujourd'hui. Là Isaye, se plaignant des Juifs et de leurs prestres, et parlant en la personne de Nostre-Seigneur, de ce qu’ils ne voudroient pas croire : Manda, remanda, expecta, reexpecta, et le reste qui s'ensuit; puis il adjouste : Zdcircd, hæc dixit Dominus ; Et partant le Sei-
PE
gneur a dit : Ecce ego mittam in fundamentis Sion lapidem. W dit : 1n fundamentis, pour signifier que, quoyque les autres apostres fussent fondemens de l'Eglise : £t murus civitatis, dit l'Apocalypse, habens fundamenta duodecim, et in eis duodecim. nomina, duodecim apostolorum agni; et autre part : Fundati super fundamenta prophetarum et apostolorum, 1pso summo anqulari lapide Christo Jesu; et le Psalmiste : Fundamenta ejus in montibus sanctis : mais entre tous, s’il y en a un, lequel par excellence et superiorité est appellé pierre et fondement, c’est celuy auquel Nostre-Seigneur a dit : Tux es Cephas. Il est lapis, qui vient à ce /apidem probaltum. Escoutez S. Matthieu ; 1l declare que Nostre-Seigneur y jettera une pierre esprouvée. Or, quelle preuve voulez-vous autre que celle-cy? Quem dicunt homines esse filium hominis? Question tres-difficile, à laquelle S. Pierre, expliquant le secret et tres-haut mystere de la communication des idiomes, respond si pertinemment que rien plus, .et confesse qu'il est vrayement pierre, disant : Tu es Christus, filius Dei vivi. Isaye poursuit, et dit : Lapidem pretiosum. Mais escoutez l'estime que Nostre-Seigneur fait de S. Pierre : Beatus: es, Simon Barjona. Le prophete adjouste : Angularem ; Nostre- Seigneur ne dit pas qu'il fondera une seule muraille de l'Eglise, mais toute l'Eglise : Ecclesiam meam. Il est donc une pierre angulaire, ën fundamento fundatum, c'est-à-dire fondé sur le fondement; mais non pas le premier, car il y aura un autre fondement, #pso summo angulari lapide Christo Jesu. Voilà comme IÎsaye explique S. Matthieu, et S. Matthieu Isaye. Je n’aurois jamais fait, si je voulois dire tout ce qui me vient en pensée sur ce subjet. Ce que j'ay dit suffit pour le present.
Que sainct Pierre a eu des successeurs au vicariat general de. Nostre-Seigneur.
JAY fermement preuvé cy-dessus que l'Eglise catholique estoit une monarchie en laquelle un chef ministerial gouvernoit tout le reste. Ce n’a donc pas esté sainct Pierre seulement qui en a esté le chef, mais faut que, comme l'Eglise n’a pas manqué par la mort de sainct Pierre, ainsi l’authorité d’un chef n’ayt pas manqué; autrement elle ne seroit pas une, ny au train auquel son fondateur l’avoit mise. Et de vray, toutes les raisons pour lesquelles
N.-S. mit un chef en ce corps, ne demandent pas tant qu'il y fust en ce commencement, où les Apostres qui gouvernoient l'Eglise estoient saincts, humbles , charitables, amateurs d’unité et concorde, qu'au progrez et suite d’icelle, quand, la charité raffroydie, chacun s’ayme soy-mesme, personne ne se veut tenir au dire d’autruy, ny subir la discipline.
Je vous prie, si les Apostres, à l’entendement desquels le Sainct-Esprit esclairoit de si prez, si fermes et puissans, avoient besoin de confirmateur et de pasteur pour la forme de leur unyon, combien plus maintenant l'Eglise en a necessité, quand il y a tant d'infirmitez et foiblesses és membres de l'Eglise? La raison de $. Hierosme a bien maintenant lieu, autrement que du tems des Apostres : Inter omnes unus eligitur, ut, capite constituto, schismatis tollatur occasio. La bergerie de Nostre-Seigneur doit durer jusques à la consommation du monde en unité : l’unité doncques d’un pasteur y doit encore durer.
. Tout cecy a esté bien preveu cy-dessus, dont il s'ensuit manifestement que S. Pierre a eu des successeurs, en a encore et en äura jusqu'à la consommation des siecles.
Des conditions requises pour succeiler.
Je ne fay pas ici profession de traitter les difficultés à fonds de cuve. Il me suffit d'avancer quelques principales raisons, et mettre au net nostre creance. Que si je voulois m’amuser aux objections qu'on fait sur ce point, j'’aurois plus d’ennuy que de peine, et la pluspart sont si legeres qu’elles ne meritent pas qu'on y perde le tems. Voyons quelles conditions sont requises pour succeder à une charge.
On ne succede qu’à celuy qui cede et quitte sa place, soit par deposition ou par la mort, qui fait que Nostre-Seigneur est tous{ jours Chef et souverain Pontife de l'Eglise, et auquel personne ne succede, parce qu'il est tousjours vivant et n’a cedé ou quitté ce sacerdoce pontifical, quoy qu’il exerce en partie par ses ministres et serviteurs icy-bas, en l'Eglise militante.
Mais ces ministres et Jieutenans, tous tant qu’il y a des pasteurs, peuvent ceder et cedent, soit par deposition ou par la mort, leurs offices et dignitez.
Or, nous avons monstré que S. Pierre a esté supreme chef ministeriel de l'Eglise et que cet office ou dignité ne luy a pas esté baillé pour luy seulement, mais pour le bien et profit de toute l'Eglise, si que ce doit estre un office perpetuel en l'Eglise militante; mais comme serait-il perpetuel, si S. Pierre n’avoit pot
de successeur? Car on ne peut pas doubter que $. Pierre ne soit pasteur, quoyqu’il n’est plus en l'Eglise militante, ny mesme homme visible, qui est une condition requise pour administrer en l'Eglise visible.
Reste à sçavoir comme il a fait cette cession, comme il a quitté ce sien pontificat, si c’est, ou par deposition faite entre vivans, ou par la mort naturelle. Puis on verra qui luy a succedé, et par quel droict.
Et d’un costé, personne ne doubte que $. Pierre ayt continué en sa charge toute sa vie. Car ces parolles de Nostre-Seigneur : Pasce oves meas, luy firent non-seulement une institution en cette supreme charge pastorale, mais un commandement absolu, qui n’avoit point d'autre limitation que le terme de sa vie, non plus que cet autre : Prædicate Evangelium omni creaturæ, à quoy les Apostres vacquerent jusqu’à la mort. Pendant doncques que S. Pierre vesquit cette vie mortelle, il n’eut point de successeur, et ne deposa point sa charge, ny n’en fut point deposé. Car il ne le pouvoit estre sinon par l'heresie, qui n'eut jamais accez chez les Apostres, beaucoup moins chez leur chef; sinon que le maistre de la bergerie l’en eust levé, ce que non.
Ce fut doncques la mort qui le leva de cette sentinelle et de
ce guet general qu'il faysoit comme pasteur ordinaire sur toute la bergerie de son maistre. Mais qui succeda en sa place ? Et quant à ce poinct, toute l'antiquité est d’accord que c’est l’evesque de Rome, avec cette raison, S. Pierre mourut evesque de Rome. Doncques l’evesché de Rome fut le dernier siege du chef de l'Eglise. Doncques l’evesque de Rome qui fut apres la mort de $S. Pierre succeda au chef de l'Eglise, et par consequent fut chef de l’Eglise. Quelqu'un pourroit dire qu’il succeda au chef de l'Eglise quant à l’evesché de Rome, mais non quant à la monarchie du monde; mais celuy-là devroit monstrer que $S. Pierre eut deux sieges, dont l'un fut pour Rome, l’autre pour l'univers, ce qui n’est point. Il eut bien à la verité un siege en Antioche, mais celuy qui l’eut apres luy n'eut pas le vicariat general, parce que S. Pierre vesquit longtems apres, et n’avoit pas deposé cette charge ; mais ayant choisy Rome pour son siege, il en mourut evesque, et celuy qui luy succeda, luy succeda simplement, et s’assid en son siege, qui estoit siege general de tout le monde, et de l’evesque de Rome en particulier, si que l’evesque de Rome demeura general lieutenant en l'Eglise, et successeur deS. Pierre. Ce que je vay preuver maintenant si solidement, qu'autre que les opiniastres n’en pourra doubter.
LA ré.
Que l’evesque de Rome est vray successeur de sainct Pierre , et chef de l'Eglise militante.
J'AY presupposé que S. Pierre ayt esté evesque de Rome et soit mort tel. Ce que tous les adversaires nyent : mesme que plusieurs d’entre eux nyent qu'il ayt esté jamais à Rome. Mais je n’ay que faire de combattre toutes ces negatives par le menu, puisque, quand j'auray bien preuvé que S. Pierre a esté, et est mort evesque de Rome, j'auray suffisamment preuvé que l’evesque de Rome est successeur de S. Pierre. Outre ce que toutes mes raisons, et mes tesmoins, portent en termes expres que l’evesque de Rome a succedé à $S. Pierre, qui est mon intention, de laquelle neantmoins reussira une claire certitude que S. Pierre a esté à Rome, et y est mort.
Et voicy mon premier tesmoin, $S. Clement, disciple de S. Pierre, en l’epistre premiere qu'il a escrit ad Jacobum fratrem Domini, laquelle est si authentique, que Ruffin en a esté traducteur 1] y a environ douze cens ans. Or, il dit ces parolles : Simon Petrus apostolus primus regem sæculorum, usque ad Romanæ urbis notitiam, ut ctiam ipsa salvaretur, invexit. Hic pro pietate patrum volens, aprehensa manu mea in conventu fratrum, dixit : Clementem hunc episcopum vobis ordino, cui soli meam prædicationis et doctrinæ cathedram trado. Et peu apres : Ipsi trado a Domino muihi traditam potestatem ligandi et solvendi. Et quant à l’authorité de cette epistre : Damasus in Pontificali, en la vie de Clement, en parle ainsi : /n epistola quæ ad Jacobum scripta est, qualiter Clementi commissa est a B. Petro Ecclesia, reperies. Et Ruffin, en la preface sur le livre des Reconnaissances de S. Clement, en parle fort honorablement, et dit qu'il l’avoit mise en latin, et que S. Clement y tesmoignoit de son institution, e{ quod eum reliquerit successorem cathedræ. Ce tesmoignage fait voir, et que S. Pierre a presché à Rome, et qu'il a esté evesque; car, s’il n’y eust esté evesque , comme eust-il baïllé la chaire à S. Clement, qu'il n’y eust pas eüe ?
Le 2°, $. Irenée (1. 3, c. 3): Maximæ, et antiquissimæ et omnibus cognitæ a duobus gloriosissimis apostolis Petro et Paulo Romeæ fundatæ Ecclesiæ , etc.; et peu apres : Fundantes iqitur et instruentes beati apostoli Ecclesiam, ejus administrandæ episcopalum Lino tradiderunt. Succedit ei Anacletus. Post
eum, lertio ab apostolis loco, episcopatum sortitur Clemens.
Le 3°, Tertullien (de Prescript.) : Romanorum Ecclesia Clementem a Petro ordinatum edit, id est, per instrumenta et rationes publicas demonstrat. Et au mesme livre : Felix Ecclesia cui totam doctrinam apostoli cum sanguine suo profuderunt, et parle de l’Église romaine, wbi passioni dominicæ Petrus adæquatur. Où vous voyez que S. Pierre est mort à Rome, et y a constitué S. Clement; si que, joignant ce tesmoignage aux autres, on void vi y a esté evesque, et y est mort enseignant.
Le 4°, S. Cyprien (Ep. 55 ad Cornel.) : Naviqare audent ad Petri cathedram, aique ad Ecclesiam principalem, unde unitas sacerdotalis exorta est ; et parle de l'Eglise romaine.
Eusebe, in Chronico anni 44 : Petrus, natione Galilæus, episcoporum pontifexz T, cum primum Antiochenam Ecclesiam fundasset, Romam proficiscitur, ubi Evangelium prædicans XXV annis, ejusdem urbis episcopus perseverat.
Epiphan., Hæres. 2T : Episcoporum in Roma successio hanc habuit consequentiam : Petrus et Paulus, Linus, Cletus, Clemens , elc.
Dorothæus, in Synopsi: Linus post coryphæum Petrum RTE episcopus fuit.
Optat. Milev. : Negare non potes scire te in urbe Roma, Petra primo cathedram episcopalem esse collatam, in qua sederit omnium apostolorum caput Petrus. Et peu apres : Sedit prior Petrus, cui succedit Linus, Lino successit Clemens.
Hieron., ad Damas. : Cum successore piscatoris et dscipuli crucis loquor ; ego beatitudini tuæ in Cathedræ Petri communione €onSOCior.
Sainct Augustin, ep. 165, ad Generas. : Petro successit Li nus, Lino Clemens.
Au 4 * Concile general de Chalcedoine, act. 3, quand les legats du Sainct-Siege veulent porter sentence contre Dioscorus, ils disent en cette façon : Unde Ssmus, et beatissimus magnæ et senioris Romæ, Leo, per nos et Præsentem sanctam Synoz, dum , una cum te beatissimo, et omni laude digno, beata Petro , apostolo qui est petra et crepido Ecclesiæ cathohcæ , nu davit eum tam episcopatus dignitate, quam etiam ab sa cerdotali alienavit munisterio. Notez un peu ces traicts, que le seul evesque de Rome le prive par ses legats, et par le Con= cile; qu'ils joignent l’evesque de Rome avec S. Pierre : car ils monstrent que l'evesque de Rome tient le lieu de S. Pierre.
Le Synode d'Alexandrie, où estoit Athanase, en sa lettre à Felix Il, dit merveilles à ce propos, et entre autres choses,,
raconte qu'au Concile de Nicée on avoit determiné, qu'il n’estoit loysible de celebrer aucun Concile sans l’authorité du Sainct-Siege de Rome ; mais que les canons qui avoient esté faits à ce propos avoient esté bruslez par les heretiques ariens. Et de fait, Jules I, in Rescripto contra Orientales pro Athanasio, c. 2 et c. 3, recite deux canons du Concile de Nicée qui tirent sur ce propos ; lequel eserit de Jules [ a esté cité par Gratien, il y a 400 ans, et par Isidore il y en a 900. Et le grand Pere Vincent Lyrinois (1) en fait mention il y a environ mille ans. Ce que je dy parce que tous les Canons du Concile de Nicée ne sont pas en estre, n’en estant demeuré que vingt; mais tant de graves autheurs en citent tant d’autres outre les 20 , que nous avons à croire ce que disent ces bons Peres Alexandrins cy-dessus , que les Ariens en ont fait perdre la pluspart.
Pour Dieu, jetons l’œil sur cette tres-ancienne et tres-pure Eglise de six premieres centaines, et la regardons de toutes parts. Que si nous la voyons croire fermement que le Pape fut successeur de $S. Pierre, quelle temerité sera-ce de le nyer!
Voicy, ce me semble, une raison qui ne demande plus aucun credit, mais consiste en beau comptant. S. Pierre a eu des successeurs en son vicariat. Et qui a jamais esté en reputation en l'Eglise ancienne d’estre successeur de S. Pierre, et chef de l'Eglise que l’evesque de Rome? Certes, tous tant qu'il y a d’autheurs anciens, donnent tous ce tiltre au Pape, et jamais aux autres.
Et comme doncques dirons-nous qu’il ne le soit pas? Certes, c'est nyer la verité cognue, ou qu'ils nous dient quel autre evesque est le chef de l'Eglise, et successeur de $. Pierre. Au Concile de Nicée, en celuy de Constantinople, et de Chalcedoine, on ne void pas qu'aucun evesque s’usurpe la primauté. Elle est deferée, selon l’ancienne coustume, au pape : autre quelconque n'y est nommé en pareil grade. Bref, jamais il ne fut dit, ny doubté d'aucun evesque és premiers cinq cens ans, qu'il fut chef ou superieur aux autres, que de celuy de Rome, duquel on ne doubta. voirement jamais, mais on à tenu pour tout resolu qu'il estoit tel. À quel propos doncques, apres quinze cens ans passez, veuton mettre cette ancienne tradition en compromis? Je n'aurois jamais fait, si je voulois apporter sur table toutes les asseurances, et recharges que nous avons de cette verité és escrits des anciens ; cecy cependant suffira de ce costé , pour preuver que l’evesque de Rome est successeur de $. Pierre, et que $. Pierre à esté, et est mort evesque à Rome.
(4) De Lérins.
Briefve description de la vie de S. Pierre, et de l'institution de ses premiers successeurs.
IL n’y a point de question où les ministres s’exercent si fort de combattre qu’en celle-cy. Car ils taschent, à force de conjectures, presomptions, dilemmes, explications, et par tous moyens, de monstrer que S. Pierre ne fut oncques à Rome. Sauf Calvin, qui, voyant que c’estoit dementir toute l'antiquité, et que cela n’estoit pas requis pour son opinion, se contente de dire qu’au moins S. Pierre ne fut pas long-tems evesque à Rome : Propler scriptorum consensum, non pugno quan ullic mortuus fuerit ; sed episcopum fuisse, præsertim longo tempore, persuaderi nequeo. Mais à la verité, quoy qu'il n’eust pas esté que fort peu de tems evesque de Rome, s’il y est mort, il y a laissé son siege et sa succession. De façon que, quant à Calvin, nous n’aurions pas grand cas à debattre, pourveu qu’il fust resolu de confesser fermement que S. Pierre est mort à Rome, et quil y estoit evesque quand il mourut. Et quant aux autres, nous avons assez preuvé cy-dessus que S. Pierre est mort evesque à Rome.
Les discours que l’on fait au contraire sont plus ennuyeux que difficiles, et parce que qui aura le vray discours de la vie de S. Pierre devant les yeux, aura assez de quoy respondre à toutes ces objections, j'en diray briefvement ce que j'en croy estre plus probable; en quoy je suivray l'opinion de cet excellent theologien Gilbert Genebrard, archevesque d’Aiïx, en sa Chronologie, et Robert Bellarmin, jesuite, en ses Controverses, qui suivent de pres S. Hierosme, et Eusebe 27 chronico.
Nostre-Seigneur doncques monta au ciel l’année 18 de Tibere, et commanda à ses Apostres qu'il s’arrestassent en Hierusalem douze ans (Eusèbe, 1. v, 18), selon l’ancienne tradition de Traseas martyr, non pas certes tous, mais quelques-uns, pour verifier la parolle dite par Isaye (65), et comme semble vouloir inferer S. Paul, et S. Barnabas; car S. Pierre fut en Lidde,, et Joppe, avant que les douze ans fussent escoulez : si que il suffisoit que quelques apostres demeurassent en Hierusalem pour tesmoignage aux Juifs. S. Pierre doncques demeura en Judée environ cinq ans apres l’Ascension, preschant et annonçant l'Evangile; et sur la fin de la premiere année, ou bientost apres, S. Paul fut converti, lequel trois ans apres vint en Hierusalem
voir S. Pierre (Act. 9), avec lequel il demeura quinze jours. $. Pierre doncques ayant presché cinq ans environ en Judée, sur la fin de la cinquiesme année, il vint en Antioche, où il demeura evesque environ sept ans, c’est-à-dire jusques à l’année 2° de Claudius, ne laissant pour cela de fayre des courses evangeliques en Galatie, en Asie, Cappadoce et ailleurs, pour la conversion des peuples. De là, l’année 7° de son pontificat en Antioche, ayant remis sa charge episcopale au bon Evodius, il revint en Hierusalem, où estant arrivé, 1l fut emprisonné de la part d’Herode, en faveur des Juifs, environ le jour de Pasques (Act. 12). Mais sortant de prison bientost apres, la conduite de l'ange, il vint, cette mesme année là, qui estoit la 2° de Claudius, à Rome, où il posa son siege, qu'il tint environ 25 ans, pendant lesquels il ne laissa de visiter plusieurs provinces, selon le besoin de la chose publique chrestienne; mais entre autres, environ l'an 18 de la Passion, et Ascension du Sauveur, qui fut le 9° de Claudius (Chor. Inst. [. 7; Suet. in Claud.; Act. 15 et 18), il fut chassé avec le reste des Hebrieux de Rome et s’en vint en Hierusalem, ou le Concile Hierosolymitain fut celebré, auquel S. Pierre presida. Puis, Claudius estant mort, S. Pierre s’en revint à Rome, recommençant son premier train d'enseigner, et visiter par fois diverses provinces, là où enfin Neron le confinant à mort avec S. Paul son compaignon, pour s’eschapper, selon les sainctes importunations des fidelles, il voulut sortir de nuict de la ville, et rencontrant pres la porte Nostre- Seigneur, il luy dit : Domine quo vadis? Seigneur, où allezvous? Il respondit : Je viens à Rome pour y estre derechef crucifié (4). Response laquelle S. Pierre cognut bien viser à sa croix. De façon que, apres avoir esté environ cinq ans en Judée, sept ans en Antioche, vingt-cinq ans à Rome, l’année 14 de l'empire de Neron, il fut crucifié les pieds contremont, et au mesme jour S. Paul eut la teste tranchée.
Mais avant que mourir, empoignant par la main son disciple S. Clement, il le constitua son successeur, charge à laquelle $. Clement ne voulut pas entendre, ny en faire exercice, qu’apres la mort de Linus et Cletus, qui avoient esté coadjuteurs de S. Pierre en l'administration de l’evesque romain. Si que qui voudra sçavoir pourquoy quelques autheurs mettent le premier au rang, apres S. Pierre, S. Clement, et quelques autres S. Linus, je luy feray respondre par S. Epiphane, autheur digne de
(4) Ambr. contra Auxent.; Orig. in Genes. 1. 3; Athan., Profuga; Hieron., De Vir. 3; Euseb. in Chron.; Ado. in Martyrol.; Tertul., De Præscript
foy; et voicy ses parolles : Nemo miretur quod ante Clementem Linus et Cletus Episcopatum assumpserunt, cum sub apostolis hic fuerit contemporaneus P. et P.,nam et 1lli contemporanei apostolorum fuerunt : sive igitur adhuc ipsis superstitibus, a Petro accepit impositionem manuum Episcopalus, et eo recusato remoratus est, Sive post Apostolorum successionem a Orata Episcopo hic constituitur, non ta clare scimus. ;
Parce doncques que $. Clement avoit esté choisy par S. Pier comme luy-mesme tesmoigne, et que neantmoins il ne voulut pas accepter la charge avant la mort de Linus et Cletus, les uns, en consideration de l’eslection faite par S. Pierre, le mettent le premier en rang; les autres, eu esgard au refus qu'il en fit, et en l'exercice qu’il en laissa à Linus et Cletus, le mettent le 4°
Aureste, S. Epiphane peut avoir eu subjet de doubter de l’'eslection faite par S. Pierre de S. Clement, faute d’en avoir eu des preuves suffisantes. Et se peut faire encore que Tertullien , Damase, Ruffin, et autres, ayent eu occasion de n’en dotibtet point; qui fait parler ainsi sans resolution touchant ce fait à S. Epiphane, et par contraire raison fait se fermement asseurer à Tertullien, plus ancien, que Romanorum Ecclesia Clementem a Petro ordinatum edit, id est, per instrumenta et rationes publicas demonstrat. Mais quant à moy, je range volontiers, et avec raison, ce me semble, au part de ceux qui asseurent, parce que qui doubte de ce qu’un homme de bien et d’entendement asseure resolument, c’est dementir le diseur ; au contraire, asseurer ce dont un autre doubte, n’est que confesser que le doubteux ne sçayt pas tout ce qu'il a confessé premierement luy-mesme doub= tant; car doubter n’est autre que ne sçavoir pas fermement la verité d’une chose.
Maintenant je dy que, par ce petit discours de la vie de S Pierre, qui est tres-probable, vous avez veu que S. Pierre n’a pas! tousjours esté piedcoy à Rome, mais y ayant son siege, n’a pas laissé de visiter plusieurs provinces, revenir en Hierusalem , et faire l'office Apostolique. Toutes ces frivoles raisons, qu'on deduict de l’authorité negative des Epistres de S. Paul, n'auront plus accez en vos jugemens. Car si on dit que S. Paul ayt escrit à Rome, et de Rome, et qu'il n’est point fait mention de S. Pierre, on ne le treuvera pas estrange, parce que, à l’adventure, S. Pierre n'y estoit pas alors. Ainsi est-il tout certain que la premiere Epistre deS. Pierre a esté escrite à Rome, comme atteste S. Hierosme. Petrus, dit-il, ër prima Epistola sub nomine Babylonis fiquraliter Romam significans, Salutat vos, inquit, Eccle-
sia quæ est in Babylone collecta. Ce qu'auparavant avoit declaré le tres-ancien Papias, disciple des Apostres, au recit d'Eusebe.
Mais la consequence seroit-elle bonne : S. Pierre, en cette Epistre-là, ne donne point de. signe que $S. Paul fust avec luy, doncques il n’a jamais esté à Rome? Cette Epistre ne dit pas tout, et si elle ne dit pas qu'il y fust, aussi ne dit-elle pas qu'il n’y fust pas. Il est probable qu'il n’y estoit pas alors, ou que s’il y estoit, qu'il ne fut pas expedient de l'y nommer pour quelque raison : autant en dy-je de celle de S. Paul.
Enfin, pour adjuster le tems de la vie de S. Pierre aux empires de Tiberius, Cajus Caligola, et Neron, on pourra les deduire a peu pres de ce qui en est, en cette façon : An 18° de Tibere, Nostre-Seigneur monta au ciel, et survesquit (Tibere) à Nostre- Seigneur en ce monde environ six ans; cinq ans apres, qui fut en la derniere année de l'empire de Tibere, S. Pierre vint en Antoche, où ayant demeuré environ sept ans, c’est à sçavoir ce qui resta du tems de Tibere, quatre ans de Cajus Caligola, et deux de Claudius, sur la fin du 2° de Claudius, il vint à Rome, où il demeura environ sept ans, à sçavoir jusques au 9° de Claudius, auquel les Juifs furent chassez de Rome, qui fit retirer S. Pierre en Judée; environ cinq ans apres, Claudius estant mort (S. Pierre revint et demeura jusqu’à) l'an 14° et dernier de Neron : sont environ 37 ans que S. Pierre vesquit apres la mort de son Maistre; desquels il demeura environ 12, qui en Judée qui en Antioche, et 25 qu'il demeura evesque de Rome.
Confirmation de tout ce que dessus par les noms que l'ancienneté a donnez au Pape.
Ovez en peu de parolles ce que les anciens pensoient sur ce fait, et en quel rang ils tenoient l’evesque de Rome et son Eglise, ores (1) le Pape; car tout revient en un.
Petri cathedram. Cyprian., L. 4, ep. 3.
Ecclesiam principalem.
Exordium unitatis sacerdotalis.
Unitatis vinculum, sacerdotii sublime — L. 4, ep. 2. fastigium.
() C'est-à-dire.
Ecclesia in qua est Petentior principalitas.
Ecclesiæ radix et matrix.
Sedes super quam Dominus universam construxit Ecclesiam.
Cardo et caput omnium ecclesiarum.
Episcorum refugium.
Summa sedes apostolica.
Caput pastoralis honoris.
Apostolicæ cathedræ principatus.
Principalis apostolici sacerdotii dignitas.
Caput omnium ecclesiarum.
Caput orbis et mundi religione.
Cæteris prælata ecclesiis.
Fcclesia præsidens.
Prima sedes a nemine judicanda.
Prima sedes omnium.
Tutissimus communionis catholicæ portus.
Frons apostolicus.
Sanctissimæ catholicæ ecclesiæ episcopum.
Sanctissimus et beatissimus patriarcha.
Caput concilit Chalcedonen.
Caput universalis Ecclesiæ.
Bealissimus Dominus.
Apostolico culmine sublimatus.
Pater patrum.
Summus omnium præsulum pontifex, summus sacerdos.
Princeps sacerdotum.
Rector domus Domini.
Custos vineæ dominicæ.
Christi vicarius.
Fratrum confirmator.
Sacerdos magnus.
ee. d'ReES
Iren., 153,023:
Cyprian., L. 4, ep. 8.
Anaclet., ep. 1, ud omnes episcopos el cunctos fideles.
— ep. 3, ad omn. episc. et sacerd. Marcellin. ep. 1, ad Episcopos Antioch. prov.
Synod. Alex., ep. ad Pelic.
Athanas.
Prosper, de Ingratis.
August., ep. 162.
Prosper, de Vocat. Gent. l. 2, c.
16; in præf. Conc. Chalcedon.
Valentian. Imperat.
Victor Utic., de Persec. Vand. L. 2.
Imp.Justinian., desumma Trinit.
Leo, in nativ. SS. PP., et Prosper, de Ingratis.
Synod. Rom., sub Gelasio.
Ignat., ep. ad. Rom., în inscript.
Synod. Sinuess., 300 Ep., tom. I Conciliorum.
Leo, epist. 61.
Hieron. ep. 16.
Innocent., ad PP. Conc. Milev.
inter epist. Aug. 93.
Cyprian., [. 3, ep. 11.
Conc. Chalced. act. 3.
— in relatione.
— act. 16.
Stephan. Episc. Carthag.
In epist. ad Damas., nomine. Conc.
Carthag.
Hieron., præfat. Evang., ad Damas.
Id testatur tota antiq.: apud Valentinian., ep. ad Theodos. initio Conc. Chalcedon.
Ambr. in 1 Tim. 3.
Conc. Chalced., epist. ad Leonem.
Cypr., L. 1, ep. 3.
Bernard., epist. 190.
— deConsid.ad.Eug.].2,e.8.
Summus pontifex.
Princeps episcoporum.
Hæres apostolorum.
Primatu Abel.
Gubernatu Noe.
Patriarchatu Abraham.
Ordine Melchisedech.
Dignitate Aaron.
Authoritale Moyses.
Judicatu Samuel.
Potestate Petrus.
Unctione Christus.
Ovilis Dominici Pastor.
Claviger domus Domini.
Pastorum omnium pastor.
In plenitudinem potestatis vocatus.
Je n’aurois jamais fait, si je voulois entasser les tiltres que les anciens ont donné au Sainct Siege de Rome et à son evesque. Cecy doit suffire aux cerveaux mesme les plus bigearres{1), pour faire voir le maguifique mensongne que de Beze continuë à dire, apres son maistre Calvin, en son traitté des marques de l'Eglise, où il dit que Phocas a esté le 1° qui a donné authorité à l’evesque de Rome sur les autres, et l’a mis en primauté.
Mais à quoy faire dire un si gros mensonge? Phocas vivoit au tems de S. Gregoire le Grand, et tous tant que j'ay allegué d’autheurs sont plus anciens que $. Gregoire, hormysS. Bernard, lequel j’ay allegué au livre des Considerations, parce que Calvin les a pour si veritables, qu'il luy semble que la verité mesme y ayt parlé.
On objecte que S. Gregoire ne vouloit estre appellé evesque universel; mais evesque universel se peut entendre, ou d’un qui soit tellement evesque de l'univers, que les autres evesques ne soient que vicaires et substituez, ce qui n’est point, car les evesques sont vrayement princes spirituels, chefs, et evesques, non lieutenans du pape, ains de Nostre-Seigneur, dont il les appelle freres; ou on peut entendre d’un qui est surintendant sur tous, et auquel tous les autres, qui sont surintendans en particulier, sont inferieurs voirement, mais non pas vicaires, ny substituez. Et c’est ainsi que les anciens l'ont appellé evesque universel.
On produict le Concile de Carthage (rx, c. 26), qui déffend que pas un ne s'appelle Princeps sacerdotum; mais c'est faute
(4) Bizarres.
d’avoir autre entretien qu’on allegue cecy : car, quine sçayt que c'estoit un Concile provincial qui touche les evesques de cette province-là, de laquelle l’evesque de Rome n'’estoit pas? la mer Mediterranée est entre deux.
Restoit le nom de Pape, lequel j'ay reservé pour fermer ce discours, et qui est l'ordinaire duquel nous appellons l’evesque de Rome. Ce nom estoit commun aux evesques, tesmoin S. Hierosme, qui appelle ainsi S. Augustin en une epistre : /ncolumem te tueatur Omnipotens, Domine vere sancte, et suspiciende Papa. Mais il a esté rendu particulier au pape par excellence à cause de l’universalité de sa charge, dont il est appellé au Concile de Chalcedoine pape universel, et pâpe tout court, sans addition ny limitation. Et ne veut dire autre ce mot que ayeul, ou grand pere.
Papas aviasque trementes, Anteferunt Patribus , seri nova cura nepotes (Auson. ad Nepot.).
Et affin que vous sçachiez combien est ancien ce nom pârmy les gens de bien, S. Ignace, disciple des Apostres, Epist. ad Mariam proselyt. : Cum esses, dit-11, Romæ, apud papam Linum (1). Jà de ce tems-là il y avoit des Papistes, et de quelle sorte!
Nous l’appellons Sa Saincteté, et nous treuvons que S. Hierosme (ad Damas.) l’appelloit desjà en cette façon : Obvestor Beatitudinem tuam per Crucifirum; et : Ego nullum masi Christum sequens, Beatitudini tuæ, idest, Cathedræ Petri, communione consocior. Nous l'appellons Sainct-Pere, mais vous avez veu que S. Hierosme appelle ainsi Augustin.
Au reste, ceux qui, expliquant le 2° chap. de la 2° aux Thessales, pour vous faire croire que le pape est Antichrist, vous auroient dit qu'il se fait appeller Dieu en terre, ou Fils de Dieu, sont les plus grands menteurs du monde; car tant s’en faut que les papes prennent aucun tiltre ambitieux, que dés le tems de S. Gregoire (Joan. Diac., Vita S. Greg., 1. 2, o. 1) ils se sont pour le plus appellez serviteurs des serviteurs de Dieu. Certes, ils ne se sont oncques appellez de la façon, sinon au prix ordinaire, comme chascun le peut estre s’il gardé les commandemens de Dieu, selon le pouvoir concedé ts qui credunt in nomine ejus. Bien s’appeller autant vaut-il enfans du diable, ceux qui mentent si puamment, comme font vos ministres,
(1) Lettre non authentique.
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Combien d’estat on doit faire de l’authorité du Pape.
Ce n’est pour vray pas sans mystere que souvent, en l'Evangile, où il est question que le general des Apostres parle, S. Pierre seul parle pour tous. En S. Jean, ce fut luy qui dit pour tous : Domine, ad quem ibimus? verba vitæ æternæ habes, et nos credimus et cognovimus quia tu es Christus Filius Dei (Joan. 6). Ce fut luy en S. Matthieu qui, au nom de tous, fit comme chef cette noble confession : Tu es Chastus Filur Dei vivi (Matth. 16), et demanda pour tous : Écce nos reliquimus omnia (Matth. 19). En S. Luc : Domine, ad nos dicis hanc parabolam, an et ad ommnes (Luc. 12)? C'est l’ordinaire que le chef parle pour tout le corps, et ce que le chef dit, on le tient dit pour tout le reste. Ne voyez-vous pas qu’en l’eslection de S. Mathias, c’est luy seul qui presente et determine? Les Juifs demanderent à tous les Apostres : Quid faciemus, viri fratres (Act. 2). Pierre seul respond pour tous : Pænitentiam agite. Et c'est à cette raison que S. Chrysostosme (Homil. 55 in Matth.) et Origene (Homil. 2 in Divers.), l'ont appellé os er vertice Apostolorum, comme nous avons veu cy-dessus, parce qu'il souloit ({) parler pour tous les apostres, et le mesme S. Chrysostosme l'appelle os Christ, parce que ce qu'il dit pour toute l'Eglise et à toute l'Eglise, comme chef et pasteur, ce n’est pas tant parolle humaine, que de Nostre-Seigneur : Amen dico vobis, qui accipit si quem misero, me accipit (Joan. 13). Donc, ce qu'il disoit et determinoit ne pouvoit estre faux. Et de vray, si le confirmateur fust tombé, tout le reste fust-il pas tombé? Si le confirmateur tombe ou chancelle, qui le confirmera? si le confirmateur n'est pas ferme et stable, quand les autres s’affoibliront, qui les affirmera? Car il est escrit : Si l’aveugle conduict l’aveugle, ils tomberont tous deux en la fosse. Si l’instable, et le foible veut soustenir et rasseurer le foible, ils donneront tous deux en terre; si que, Nostre-Seigneur donnant l’authorité et commandement à S. Pierre de confirmer les autres, 1l luy a quand et quand (2) donné le pouvoir et les moyens de ce faire, autrement pour neant luy eust-il commandé choses impossibles. Or, les moyens necessaires pour confirmerles autres, et rasseurer les foibles, c'est de n’estre point subjet à la foiblesse soy-mesme, mais d’estre solide et ferme
(4) Avait coutume de. — (2) En mème temps.
Lis 35
Du du à PA [ 9)
comme une vraye pierre, et un roché. Tel estoit S. Pierre, en tant que pasteur general et gouverneur de l'Eglise.
Ainsi, quand S. Pierre fut mis au fondement de l'Eglise et que l'Eglise fut asseurée que les portes de l'enfer ne prevaudroyent point contre elle, ne fut-ce pas assez dire que S. Pierre, comme pierre fondamentale du gouvernement et administration ecclesiastique, ne pouvoit se froisser et rompre par l’infidellité, ou erreur, ce qui est la principale porte d'enfer? car qui ne scayt que, si le fondement renverse, si l’on y peut porter la sappe, que tout l'edifice renversera? De mesme, si le pasteur supreme ministerial peut conduire les brebis és pasturages veneneux, on voit clairement que le parc est pour bientost estre pérdu. Car, si le supreme pasteur ministerial conduict à mal, qui le redressera ? s’il s’esgare, qui le ramenera ?
A la verité, 1l faut que nous ayons à le suivre simplement, non à le guyder; autrement les brebis seroient pasteurs. Et de fait, l'Eglise ne peut pas tousjours estre ramassée en un Concile general, et les trois premieres centaines d’années il ne s’en fit point. Es difficultez doncques qui surviennent journellement, à qui se pourroit-on mieux addresser, de qui pourroit-on prendre loy plus asseurée, regle plus certaine, que du chef general et du vicaire de Nostre-Seigneur? Or, tout cecy n’a pas eu seulement lieu en $S. Pierre, mais en ses successeurs ; car, la cause demeurant, l’effect demeure encore. L'Eglise a tousjours besoin d’un confirmateur infaillible auquel on puisse s’addresser, d’un fondement que les portes d'enfer, et principalement l'erreur ne puisse renverser, et que son pasteur ne puisse conduyre à l'erreur ses enfans. Les successeurs doncques de S. Pierre ont tous ces mesmes privileges, qui ne suivent pas la personne, mais la dignité et la charge publique. S. Bernard (De Cons., I. 4, ec. 8), appelle le Pape un autre Moyse en authorité. Or, combien grande fut l’authorité de Moyse, il n° y a personne qui l'ignore; car il s'assit et jugea de tous les differends qui estoient parmy le peuple, et de toutes les difficultez qui survenoient au service de Dieu (Exod. 18). Il constitua des juges pour les affaires de peu d'importance; mais les grands doubtes estoient reservez à sa cognoissance. Si Dieu veut parler au peuple, c'est par sa bouche et par son entremise. Ainsi donc, le supreme pasteur de l'Eglise nous est juge competent et suffisant en toutes nos plus grandes difficultez; autrement nous serions de pire condition que cet ancien peuple, qui avoit un tribunal auquel il pouvoit s’addresser pour la resolution de ses doubtes, speciale-
ment en matiere de religion. Que si quelqu'un veut respondre que Moyse n’estoit pas prestre n1 pasteur ecclesiastique, je le renvoyeray à ce que j'en ay dit cy-dessus. Car ce seroit estre ennuyeux de faire ces repetitions.
Au Deuteronome, 17 : Facies quodcumque dixerint qui præsunt loco quem elegerit Dominus, et docuerint te juxta legem ejus, sequerisque sententiam eorum, nec dechinabis ad dexteram , nec ad sinistram. Qui autem superbierit, nolens obedire Sacerdotis imperio, Judicis sententia moriatur. Que dira-t-on icy? Qu'il falloit subir le jugement du Souverain Pontife? qu’on estoit obligé de suivre le jugement qui estoit jouxte (1) la loy, non l’autre? Ouy ; mais en cela il failloit suivre la sentence du prestre, autrement, si on ne l’eust pas suivie, ains examinée, eust esté pour neant qu'on fust allé à luy, et la difficulté et ambiguïté n’eust jamais esté resolue parmy les opimiastres. Donc, 1l est simplement dit : Qui autem superbierit, nolens obedire Sacerdotis imperio, Judicis sententia moriatur. Et en Malachie, 2 : Labia Sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus ; dont il s'ensuit que chascun ne pouvoit pas se resoudre és poincts de la religion , ny produire la loy à sa phantaysie, mais selon la proposition du Pontife. Que si Dieu a eu une si grande prevoyance à la religion et tranquillité de conscience des Juifs, que de leur establir un juge souverain à la sentence duquel ils dévoient acquiescer, il ne faut pas doubter qu’il ne nous ayt pourveu au christianisme d’un pasteur qui ayt cette mesme authorité, pour nous lever les doubtes et scrupules qui pourroient survenir sur les declarations des Escritures.
Que si le grand-prestre portoit le rational du jugement en la poictrine où estoit le Urim, et Thumimim (Exod. 28), doctrine et verité, comme interpretent les uns, ou les illuminations et perfections, comme disent les autres, qui n’est presque qu'une mesme chose, puisque la perfection consiste en verité, et la doctrine n’est qu'illumination, penserons-nous que le grand-prestre de la loy nouvelle n’en ayt pas encore les effects? A la verité, tout ce qui fut concedé de bon à l'ancienne Eglise, et à la chambriere Agar, aura esté donné en beaucoup meilleure façon à Sara, et à l'Espouse. Nostre grand-prestre doncques à encore le Urim et Thumimaim en sa poictrine.
(1) Selon.
Preuve de l'excellence de la dignité de sainct Pierre, par l’ordre avec lequel les Evangelistes nomment les Apostres.
C'Esr chose bien digne de consideration en ce fait que jamais les Evangelistes ne nomment ou tous les Apostres, ou une partie d’iceux ensemble, qu'ils ne mettent tousjours $S. Pierre en haut bout, tousjours en teste de la trouppe. Ce qu'on ne sçauroit penser estre fait à cas fortuit; car c’est une observation perpetuelle entre les Evangelistes, et ce ne sont pas quatre ou cinq fois qu'ils sont nommez ainsi ensemble, mais tres-souvent. Et d’ailleurs és autres Apostres , ils n’observent point d'ordre.
Duodecim Apostolorum nomina hæc sunt, dit S. Matthieu, 10. Primus Simon qui dicitur Petrus, et Andreas frater ejus, Philip. et Barth., Thom. et Matihæus Publicanus, Jacobus Alphai, et Taddæus, Simon Chananæus et Judas Iscariotes. I nomme S. André le 2°,S. Marc (3) le nomme le 4°; et pour mieux monstrer qu'il n'importe, S. Luc (6), qui l'a mis en un lieu le 2°, le met en l’autre le 4°; S. Matthieu met S. Jean le 4°; S. Marc le met le 3°; S. Luc en un lieu 4°, en un autre le 2°; S. Matthieu met S. Jacques 3°; S. Marc le met 2°; bref, il n'y a que S. Philippe, S. Jacques Alphæi, et Judas qui ne soient tantost plus haut, tantost plus bas... Quand les Evangelistes nomment tous les Apostres ensemble ailleurs, 1l n’y à du tout point d’observation si non en S. Pierre, qui va devant partout. Or sus, imaginons-nous que nous voyons és champs, és rues et assemblées ce que nous lisons és Evangiles, et de vray il est encore plus certain que si nous l’avions veu; quand nous verrions partout S. Pierre le premier et tout le reste pesle mesle, ne jugerionsnous pas que les autres sont esgaux, et compaignons, etS. Pierre le chef, et capitaine?
Mais outre cela, bien souvent, quand les Evangelistes parlent de la Compaignie apostolique, ils ne nomment que Pierre, et mettent les autres en compte par accessoire et suitte : Prosecutus est eum Simon , et qui cum 1llo erant. Petrus vero et qui cum illo erant gravati erant somno (Marc. 1; Luc. 9). Vous sçaurez bien que nommer une personne et mettre les autres en un bloc avec luy, c'est le rendre le plus apparent et les autres ses inferieurs.
Bien souvent encore on le nomme à part des autres, comme
l'ange : Dicite discipulis ejus et Petro (Marc. 16); Stans autem Petrus cum undecim.… dixerunt ad Petrum et adreliquos Apostolos (Act. 2); Respondens autem Petrus et Apostoli dixerunt (Act. 5); Numquid non habemus potestatem sororem mulierem circumducendi, Apostoli, et fratres Domini sicutet et cæteri et Cephas.
Qu'est cecy à dire: Dicite discipulis ejus et Petro? Pierre estoitil pas apostre? ou il estoit moins ou plus que les autres, ou il estoit esgal. Jamais homme, s’il n’est du tout desesperé, ne dira qu'il fut moins. S'il est esgal et va à pair des autres, pourquoy le met-on à part? S'il n’y a rien en luy de particulier, pourquoy ne dit-on aussi bien : Dicite discipulis ejus et Andreæ, où Joannis? certes, il. faut que ce soit quelque particuliere qualité qui soit en luy plus qu’ez autres, et qu’il ne fut pas simple apostre. De maniere qu'ayant dit : Dicite discipulis, ou : Sicut cæteri discipul, on peut encore demeurer en doubte deS. Pierre, comme plus qu’apostre et disciple. Seulement une fois en l’Escriture S. Pierre ést nommé apres S. Jacques : Jacobus, Cephas, et Joannes dextras aederunt societatis (Gal. 2); mais à la verité il y a trop d’occasion de doubter si en l'original et anciennement S. Pierre estoit nommé le 4° ou le 2°, pour vouloir tirer aucune conclusion valable de ce seul lieu. Car S. Augustin, S. Ambroise, S. Hierosme, tant au commentaire qu'au texte, ont escrit Pierre, Jacques, Jean ; ce qu'ils n’eussent jamais fait, s'ils n’eussent treuvé en leurs exemplaires ce mesme ordre. Autant en a faict S. Chrysostome au Commentaire, ce qui monstre la diversité des exemplaires, qui rend la conclusion de part et d'autre doubteuse.
Mais, quand bien ceux que nous avons maintenant seroient originaires, on ne sçauroit que deduire de ce seul passage contre l’ordre de tant d’autres; car il se peut faire que S. Paul tient l'ordre du tems auquel il a receu la main d'association, ou que, sans s'amuser à l’ordre, il ayt escrit le premier qui luy revint.
Mais S. Matthieu nous monstre clairement quel ordre il y avoit entre les Apostres, c’est à sçcavoir, qu'il y en avoit un premier, tout le reste esgal sans 2° ni 3°. Primus, dit-il, Simon qui dicitur Petrus : il ne dit point 2% Andreas, 3% Jacobus; mais les va nommant simplement, pour vous faire cognoistre que pourveu que S. Pierre fust premier, tout le reste estoit à mesme, et que entre eux il n y avoit point de preseance. Primus, dit-il, Petrus et Andreas. D'icy est tiré le nom de primauté. Car s’il estoit primus, sa place estoit premiere, son rang premier, et cette sienne qualité primauté.
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On respond à cecy que si les Evangelistes ontnommé S. Pierre le premier, ça esté parce qu’il estoit le plus advancé en aage entre les Apostres, ou pour quelques privileges, qui estoiententre eux. Mais qu'est cecy, je vous prie? dire que S. Pierre fut le plus vieil de la trouppe, c’est chercher à credit une excuse à l’opiniastreté. On void les raisons toutes claires en l’Escriture ; mais, parce qu'on est resolu de maintenir le contraire, on en va chercher avec l’ima gination çà et là. Pourquoy dit-on que S. Pierre fut le plus vieil, puisque c’est une pure phantaysie qui n’a point de fondement en l’Escriture (Epiphan., Hæres. 51), et est contraire aux anciens? Que ne dit-on plutost qu’il estoit celuy sur lequel N.-$S. fondoit son Eglise auquel il avoit baillé les clefs du royaume des cieux, qui estoit, le confirmateur des freres? car tout cecy est de l’Escriture. Ce qu’on veut soustenir est soustenu : s’il a fondement en l’Escriture ou non, il n'importe; et quant aux autres privileges, qu'on me les cotte par ordre, on n’en treuvera point de particulier de $S. Pierre, que ceux qui le rendent chef de l'Eglise.
Des quelques autres marques qui sont semées és Escritures de la primauté de sainct Pierre.
SI je voulois apporter icy tout ce qui s’en treuve, je ferois aussi grande cette preuve que je veux faire toute cette partie, et ne me cousteroit gueres. Car cet excellent theologien, Rob. Bellarmin, me mettroit beaucoup de choses en main. Mais surtout le D’ Nicolas Sander a traitté ce subjet si solidement et amplement, qu'il est mal-aysé d’en dire rien qu'il n’ayt dit et escrit, en ses livres de la Visible Monarchie. J’en presenteray quelques pieces.
Si l'Eglise est comparée à un bastiment (Matth. 16; 1. Tim. 3), comme elle l’est, son roché et son fondement ministerial en est S. Pierre; si vous la dites semblable à une famille (Matth. 17), il n'y a que Nostre-Seigneur qui paye tribut comme chef de maison, et apres luy S. Pierre comme son lieutenant.
Si à une nacelle, S. Pierre en est le patron, et en celle-là Nostre-Seigneur enseigne (Luc. 5).
Si à une pesche, S. Pierre y estle premier (Luc. 5 ; Joan. 24), les vrays disciples de Nostre-Seigneur ne peschent qu'avec luy-
Si aux rets et filets, c'est S. Pierre quiles jette en mer
(Matth. 13) : c’est S. Pierre qui les tire (Luc. 5) : les autres disciples y sont coadjuteurs. C'est S. Pierre qui les met à port, et presente les poissons à Nostre-Seigneur (Joan. 21).
Dites-vous qu’elle est semblable à une legation? S. Pierre y est le premier (Matth. 10).
Dites-vous que c’est une fraternité? S. Pierre y est le premier, le gouverneur et le confirmateur des autres.
Aymez-vous mieux que ce soit un royaume ? S. Pierre en prend les clefs (Matth. 16).
Voulez-vous que ce soit un parc ou bercail des brebis, et d’aigneaux ? S. Pierre en est le pasteur, et berger general (Joan. 21).
Dites maintenant en conscience comme pouvoit Nostre-Seigneur tesmoigner plus vivement son intention. L’opiniastreté ne voit goutte parmy tant de lumieres. S. André vint le premier à la suitte de Nostre-Seigneur et ce fut luy qui amena son frere S. Pierre (Joan. 1); etS. Pierre precede partout : que veut dire cela, sinon que l’advantage que l’un avoit en tems, l’avoit l’autre en dignité ?
Mais passons outre. Nostre-Seigneur est-il monté au ciel, toute la saincte brigade apostolique se retire chez S. Pierre, comme chez le commun pere de famille (Act. 1).
Sainct Pierre se leve entre eux et parle le premier, v enseigne l’interpretation d’une grave prophetie (Zbd.).
À le premier soin de la restauration et creuë apostolique, comme chef et colonnel (/bid.).
C'est luy qui, le premier, proposa de faire un apostre, qui n’est pas un traict de petite authorité ; car les Apostres n’ont pas tous eu des successeurs, et par la mort n’ont pas perdu leur dignité. Mais S. Pierre enseignant l'Eglise, monstre, et que Judas avoit perdu son apostolat, et qu'il en falloit un autre en sa place, contre l'ordinaire de cette authorité qui continue és autres apres la mort, et de laquelle ils feront encore exercice au jour du jugement (Matth. 19), lorsqu'ils seront assis autour du juge, jugeant les douze tribus d'Israël.
Les Apostres et disciples n'ont pas plus tost receu le Sainct- Esprit (Act. 2), queS. Pierre, comme chef de l’ambässade evangelique, estant avec ses onze compaignons, commence à proposer, selon sa charge, les sainctes nouvelles de salut aux Juifs en Hierusalem (Act. 5). C’est le premier catechiste de l'Eglise, et qui presche la penitence : les autres sont avec luy, et on les interroge tous; mais S. Pierre seul respond pour tous, comme chef de tous.
pie
S'il faut mettre la main au thresor des miracles concedé à l'Eglise, quoy que S. Jean y soit, et soit invoqué, S. Pierre seul y met la main (Act. 3).
Faut-il donner commencement à l'usage du glaive spirituel de l'Eglise pour chastier le mensonge (Act. 5), c’est S. Pierre qui assenne le 1” coup sur Ananie et Saphire; de là vient la hayne que tous les menteurs portent à son siege, parce que, comme dit S. Gregoire, Petrus mentientes verbo occidit (L. 2, in Ezech. hom. 18).
C’est le premier qui recognoist l’erreur et refute l’heresie en Simon Magus; de là vient la hayne irreconciliable de tous les heretiques à son siege (Act. 8).
C’est le premier qui ressuscite les morts, quand il prie pour la devote Thabite (Act. 9).
Est-il tems de mettre la main à la moysson du paganisme (Act. 10), c’est S. Pierre à qui s'en addresse la revelation? comme au chef de tous les ouvriers, et l’oeconome de la metayerie.
Le bon capitaine italien (1) Cornelius est-il prest à recevoir la grace de l'Evangile? on le renvoye à S. Pierre, affin que par ses mains fust deslié et beny le gentilisme (Act. 5).
C'est le premier qui commande qu’on baptise les payens.
Se treuve-t-on en un Concile general (Act. 15), S. Pierre comme president y ouvre la porte au jugement et à la definition, et sa sentence suivie des autres, sa particuliere revelation y sert de loy. S. Paul (Gal. 1) confesse qu'il est veneu expres en Hierusalem voir S. Pierre, et demeura quinze jours pres de luy. Il y vit S. Jacques, mais il n’estoit pas veneu pour le voir, ains seulement S. Pierre.
Qu'est-ce à dire cecy, Que n'alloit-il aussi bien pour voir le grand et si signalé apostre, S. Jacques, que S. Pierre? C'est parce qu'on regarde les gens en teste et en face, et S. Pierre estoit le chef de tous les Apostres.
Estant en prison, toute l'Eglise fait prieres continuelles pour luy.
Si cecy n’est pas estre le premier et chef des Apostres, je confesse que les Apostres ne sont pas apostres, les pasteurs, pasteurs, ni les docteurs, docteurs; car, en quelles autres plus expresses parolles et marques pourroit-on faire cognoistre un pasteur, un docteur, un apostre, que celles que le Sainet- Esprit a prins és Escritures, pour faire recognoistre S. Pierre pour chef de l'Eglise?
(4) Romain.
Les tesmoignages de l'Eglise sur ce fait.
Pour vray, l’Escriture suffit, mais considerons qui la force et viole. Si nous commencions à tirer consequence pour la primauté de S. Pierre, on pourroit croire que nous la forcons ; mais quoy ? elle est tres-claire en ce fait, et a esté entendue de toute l'Eglise premiere en ce sens. Ceux-là doncques la forcent, qui y apportent un sens nouveau, qui la tirent contre la nature de ses parolles, et contre les sens de l'antiquité; ce que s’il est loysible à chacun, l’Escriture ne servira plus que de jouet aux cerveaux phantasques et opiniastres.
Que veut dire que l'Eglise ancienne n’a jamais teneu pour sieges patriarchaux si non celle d'Alexandrie, de Rome, et d'Antioche? On peut faire mille phantaysies, mais il n’y a point d'autre raison que celle que produict S. Leon (Ep. 53, ad Anatol.), parce que S. Pierre a fondé ces trois sieges, ils ont estés appelez et teneus pour patriarchaux, comme tesmoignent le Concile de Nicée, et celuy de Chalcedoine (Can. 6; act. 16), où on fait grande difference entre ces trois sieges et les autres. Que quant à celuy de Constantinople et de Hierusalem, qui lira ces Conciles, verra la difference en laquelle on les tient d'avec ces trois autres fondez par S. Pierre.
Non que le Concile de Nicée parle du siege de Constantinople; car Constantinople n’estoit encore rien en ce tems-là, n'ayant esté eslevée que par le grand Constantin, qui la dedia, et nomma l'an 25 de son empire; mais le Concile de Nicée traitte du siege de Hierusalem, et celuy de Chalcedoine de celuy de Constantinople.
Par la preseance et preeminence de ces trois sieges, l'Eglise ancienne a assez tesmoigné qu'elle tenoit S. Pierre pour son chef, qui les avoit fondés; autrement, que ne mettoit-elle encore en semblable rang le siege d’'Ephese, fondé par S. Paul, confirmé et affermi par S. Jean, ou le siege de Hierusalem , auquel S. Jacques avoit conversé et presidé?
Que tesmoignoit-elle autre, quand és lettres publiques et patentes qu’ils appelloient anciennement formées , apres la premiere lettre du Pere, Fils, et Sainct-Esprit, on y mettoit la premiere lettre de Petrus, si non que, apres Dieu tout-puissant,
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qui est le roy absolu, l’authorité de lieutenant est en grand prix vers ceux qui sont bons chrestiens ?
Quant au consentement des Peres sur ce fait, Sander a levé toute occasion à la posterité d’en doubter. Je produiray seulement les noms avec lesquels les Peres l'ont appellé, qui monstrent assez leur creance.
Optat. Milevit. l’appelloit Caput Ecclesiarum (1. 2. contra Parmenian.). Is l'ont appellé chef del’ Eglise, commeS. Hierosme (Ado. Jovin. et ahib.), et S. Chrysostome (Homil. 11 èn Matth.). Felix Ecclesiæ fundamentum, comme $. Hilaire, ef cœli Janitorem primum Apostolorum, comme $S. Augustin sur S. Matthieu; Apostolorum os et verticem, comme Origene et S. Chrysostome (/n. div. hom.2; hom. 55 in Matth.) Os, el principem Apostolorum, comme le mesme S. Chrysostome (omul. 82 in Joan.). Curatorem fratrum et orbis terrarum (Ibidem). Ecclesiæ Pastorem, et Caput adamante firmius (Id. hom. 55 in Matth.).
Pelram indelebilem, crepidinem immobilem, apostolorum magnum, primum discipulorum, primum vocatum, et primum obedientem (Hom. 9, de pænit.).
Ecclesiæ firmamentum, Christianorum Ducem et magistrum , spiritals Israelis Columnam, fluctuantium qubhernatorem, cœlorum magistrum, Christi os, summum Apostolorum verticem (Idem, sermone in adorat. venerab. Catenar., et gladi Apostolor. Principis Petri).
Ecclesiæ Principem (Homil. in Sanctos Pet. et Paul., et Heliam). Portum fidet, orbis terrarum magistrum.
Primum in apostolat. culmine (Greg., hom. 18 in Ezech.). Christianorum primum pontificem (Euseb. 27 chron. anni 44). Magister militiæ Der (Id., 1. 2, lust., c. 14).
Cæteris Prælatum discipulis (Basil., serm. de judicio Dei). Orbis terrarum præpositus (Chrysost., kom. 11, in Matth.).
Dominum Domus Dei, et principem omnis possessionis ejus (Bern. epist. 137 ad Eugenium).
Qui osera s'opposer à cette societé ? ils parlent ainsi, ils entendent ainsi l’Escriture. Au nom du Pere, du Fils, et du Sainet- Esprit. Ainsi soit-il.