SECTION SECONDE
D EL’EGLISE, DE SON AUTHORITÉ, DE SA DIGNITÉ, ET DE SES MARQUES PAR OÙ L'ON RECOGNOIST LA VERITABLE D'AVEC LA FAUSSE EGLISE.
L'Eglise est une regle de la Foy, dont les ministres et nouveaux reformateurs ont violé l'authorité, en ne la prenant plus pour une regle de la Foy chrestienne.
RESSOUVENEZ-Vous que lorsque le perfide Absalon, fils de David, eut entreprins de conspirer contre son pere, il s’assid pres des portes de la ville, et sur le grand chemin, et disoit aux passans : {/ n’y a personne establi du Roy pour vous oùüyr et vous rendre justice : Qui m'establira juge sur la terre, affin que celuy qui aura quelque importante negocialion vienne 4 moy, et que je juge justement? Ainsi, il sollicitoit contre leur seigneur le courage des Israëlites. Combien d’Absalons se sont treuvez en nostre aage, qui, pour seduyre et distraire les peuples de l’obeyssance de l'Eglise, et solliciter les chrestiens à la revolte, ont crié sur les avenües d'Allemagne, d'Angleterre et de France : Il n'y a personne en ce tems qui soit estably du Seigneur, pour oüyr et resoudre les differends qui concernent la foy et la religion! L'Eglise donc n’y a point de pouvoir ? Mais celuy qui tient ce langage, Messieurs, si vous le considerez bien de pres , vous doit estre suspect. Vous verrez en effet, qu'il veut estre juge luymesme , quoy qu'il ne l'ose dire à descouvert; et en cecy il est plus rusé qu’Absalon. Jay veu un livre des plus recens de Theodore de Beze, intitulé : Les marques certaines, essentielles et visibles de la vraye Eglise catholique. I] me semble qu'il vise directement à se rendre le juge avec ses associez et collateraux, de tous les differends où nous sommes; il dit à la conclusion de son discours, que le wray Christ est la seule vraye et perpetuelle marque de l'Eglise catholique, entendant pour vray Christ celuy qui s’est parfaictement declaré dés le commencement, tant dans les escrits prophetiques qu'apostoliques, en ce qui appartient directement à nostre salut. Et plus bas il adjouste : Voz/a ce que Jj'avois à dire sur la vraye, unique, et essentielle marque de la vraye Eglise, qui est la parolle escrite, prophetique et apostolique, bien et deüement administrée. Plus haut, il avoit confessé,
qu'il y avoit de grandes difficultez dans les Escritures sainctes ; mais non aux endroicts qui touchent à nostre creance. À la marge, il observe ces advertissemens qu’il à inserés quasi par tout le traitté : L’interpretation de l'Escriture ne se doit puiser d’ailleurs que de PEscriture mesme, en conferant les passages les uns avec les autres, et en les rapportant à l’analogie de la foy. En l’epistre au roy de France, il dit : Nous demandons qu’on s’en rapporte aux sainctes Escritures canoniques, et s’il y a du doubte sur l'interpretation d’icelles (1), que la convenance et le rapport qui doit estre fait, tant entre lesdits passages de l’Escriture qu'entre les articles de la foy, en soient les juges. I y reçoit les Peres avec tout autant et non plus d’authorité qu'ils se treuveront avoir d’appuy et de fondement dans l’'Escriture ; et en ce qui concerne les poincts de la doctrine : Nous ne scaurions, dit-il, appeller à aucun juge non reprochable , sinon au Seigneur mesme, qui a declaré tout son conseil à un chascun, touchant nostre salut, par les Peres et les Prophetes. declare plus bas : Que luy ny les siens ne desadvoüent, ny ne voudroient pas desadvoüer un seul concile digne de ce nom, general ou particulier, ancien ou plus recent; et notez cecy : Pourveu, ditil, que la pierre de touche, qui est la parolle de Dieu, en fasse l’espreuve. Voilà mot pour mot ce que pretendent tous tant qu'il y a de nouveaux reformateurs. Ils veulent qu’on prenne l'Escriture pour le seul juge des differends. A cela nous repliquons : Amen ; mais nous disons que nostre differend n’est pas là : c’est dans les differends que nous avons sur les interpretations de la mesme Escriture. S'il s’y treuve deux sens ou deux sentences obscures et doubteuses, nous soustenons que nous avons besoin d’un juge. A cecy, ils respondent qu'il faut juger des interpretations de l'Escriture, en conferant passage par passage, et le tout au symbole de la foy. Amen, Amen, leur disons-nous ; mais qui sera le juge? car, apres avoir conferé tous les passages, et le tout au niveau du symbole de la foy, nous treuvons que par ce passage : Tu es Petrus, ef super hanc Petram ædificabo Ecclesiam meam ; et portæ inferi non prævalebunt, et tibi dabo claves Regni cœlorum, sainct Pierre a esté le chef ministerial et supreme oeconome dans l'Eglise de Dieu. Vous dites de vostre costé que ce passage : Reges gentium dominantur eorum, vos autem non sic , où cet autre (ou quelque pareil de nulle force, car ils sont tous si foibles, que je ne sçay lequel peut estre parmy eux le fondamental) nemo potest aliud fundamentum ponere.… Con- () D’elles.
ferez avec les autres passages et les reduisez à l’analogie de la foy, tant qu'il vous playra, vostre interpretation vous fera oster un chef ministerial. Nous suyvons les uns et les autres un mesme chemin, en la recherche de la verité de cette question, à scavoir, sil y a en l'Eglise un vicaire general de Nostre-Seigneur; et neantmoins je suy arrivé en l’affirmative, et vous, vous estes logez en la negative : qui jugera de nostre differend ? Certes, celuy qui s'addressera à Theodore de Beze , dira que vous avez mieux discouru que moy; mais où se fonde-t-il en ce jugement, sinon en ce qu'il luy semble ainsi, selon le prejugé qu'il en a fait il y a long-tems? Mais qu'il dise ce qu'il voudra, je ne le croiray point; car, qui l'a estably juge entre vous et moy? c'est là le gros de nostre affaire. Cognoissez, Messieurs, je vous prie, l'esprit chicaneur de division. On vous renvoye à l'Escriture; nous y sommes avant que vous fussiezau monde, et nous y treuvons ce que nous croyons clair et net. Mais il la faut bien entendre, confrontant les passages aux passages, le tout selon le Symbole : nous sommes en ce train, il y a 1500 ans, et pensezvous nous y tromper? Luther respond : Qui vous l’a dit? nous disons : L’Escriture, — Quelle Escriture? — Telle et telle ainsi conferée et appariée au Symbole. Au contraire, Luther, je tiens fortement que c’est vous qui vous trompez; l'Escriture me le dit en tel et tel passage, que je joins et adjuste à telle et telle piece, et aux articles de la foy : je ne suis pas en doubte s'il faut donner creance en la saincte parolle, je scay qu'elle est au supreme degré de certitude; ce qui me tient en peine, c'est l'intelligence de cette Escriture, ce sont les consequences et les conclusions qu'on y attache, les sens divers sans nombre, et qui semblent souvent contraires sur un mesme subjet, où chascun prend party, qui d’un costé qui d’autre. Qui me fera voir si je tiens l’authorité à travers de tant de varietés? qui me fera voir cette Escriture en sa couleur? car le col de cette colombe change autant d'apparences, que ceux qui la regardent changent de postures et de distances. L’Escriture est tres-saincte et tres-infailible, c’est la pierre de touche, toute proposition est bonne qui soustient son epreuve; mais, je vous prie, si la preuve faite par un Concile general n’est pas chez vous assez authentique, pour arrester le icerveau des hommes, comment est-ce que l’authorité d’un quidam le pourra faire? Voicy une grande presomption des plus hardys ministres de Lauzanne, produitte les années passées ; certes, l'Escriture et l’analogie de la foy sont opposées directement à la doctrine de Calvin, touchant la justification : neant-
moins ils osent soustenir par l'effort de leurs raisons ce point de consequence, ils ont fait courir certains petits livrets morfondus, sans goust et sans suavité de doctrine. Quand les gens de bien font voir le contraire, comme les traitte-t-on ? on les persecute, on les fait absenter, on les fait menacer; à quel propos cela? parce qu'ils enseignent une doctrine contraire à la profession nouvelle de la foy pretenduë de vostre Eglise. Bonté de Dieu ! on sousmet à l’espreuve de Luther, de Calvin et de Beze la doctrine du Concile de Nicée, apres treize cens ans d'approbation, et on ne veut pas que l’on fasse l’espreuve de la doctrine calvinistique, toute nouvelle, toute chassieuse, rapassée et bigarrée; que ne laisse-t-on au moins à un chascun la liberté de faire son espreuve. Si celle de Nicée n’a peu arrester vos chimeres et vos cerveaux, pourquoy laissez-vous, par de nouveaux venus, mettre un arrest aux cerveaux de vos compaignons, aussi gens de bien que vous, et aussi doctes et pertinens que vous? recognoissez l'iniquité de ces juges, qui, pour donner licence à leurs opimons, avilissent l’authorité des anciens Conciles, et veulent par là leur biffer celle des autres : ils cherchent leur gloire avec vanité; ils cognoissent le bien, et de tout ce qu'ils ont leu dans les anciens, ils s’en attribuent tout l'honneur.
Les pretendus reformateurs ont violé l’authorité des saincts Conciles.
Icy, Messieurs, permettez-nous d'examiner le mespris qu'ont fait vos ministres de l’authorité des Conciles generaux, qui sont une regle de la foy, tesmoin l'Eglise universelle.
Theodore de Beze, en l’epistre addressée au roi de France, et au traitté qu’il lui expose, confesse que le Concile de Nicée a esté un vray et legitime Concile, s'il y en eut jamais. Il dit vray, car jamais un bon chrestien n'en a doubté, ny des autres trois premiers generaux; mais s'il est tel, pourquoy est-ce que maistre Calvin appelle obscure la sentence de ce mesme Concile dans son symbole : Deum de Deo, lumen de lumine? et que veut dire que vous ne faites point d'estime de, cette parolle Aomousion, et qu'elle deplaist si fort à Luther? (Anima mea odit hoc verbum, homousion,) parolle neantmoins si recommandable en ce grand Concile. Que veut dire que vous ne tenez point de compte de la realité du sainct corps de Nostre-
Seigneur au tres-sainct Sacrement. Pourquoy appellez-vous superstition le tres-sainct Sacrifice, qui se fait par le prestre, du mesme precieux corps du Sauveur? D'où vient que vous ne voulez point mettre de difference entre l’evesque et le prestre, puisqu'en ce grand Concile, tout cecy y est si expressement, non tant deffiny, que presupposé, comme chose toute notoire dans l’Eglise orthodoxe (Can. 13, 15, 16, 18).
Jamais Luther, ny Pierre martyr, ny Zozime, n’eussent été du nombre: de vos ministres, s'ils eussent eu en memoire les actions du grand Concile de Chalcedoine ; car il y est ordonné tres-expressement que les religieux et religieuses ne se marient point (Can. 15-17, 22, 24-26).
O qu'il feroit beau voir le tour de vostre lac, si on eust eu en reverence ce Concile de Chalcedoime. Vos ministres sans doute se fussent bien souvent emus, et bièn à propos, car il y a expres commandement aux seculiers de ne toucher aucunement aux biens des ecclesiastiques, il y est ordonné à chascun de ne faire jamais aucune conjuration contre les evesques, de ne calomnier en fait ny en parolle les prestres de l'Eglise de Dieu. Le Concile Constantinopolitain (Can. 3) deffere entierement la primauté au pape de Rome, et la suppose comme notoire à tout le monde; ainsi fait celui de Chalcedoine (Act. 1, & et16). Mais y a-t-il aucun article où nous ayons differend avec vous, qui n’ayt esté plusieurs fois decidé dans les Conciles generaux, ou dans les particuliers generalement receus? Neantmoins vos ministres s’en sont bravement relevez, sans honte et sans scrupule, non plus que s'ils eussent osté quelques saincts deposts de tresors cachez en l'antiquité, ou que l'antiquité les eust serrez bien curieusement, affin que, par vous, nous en eussions la joüyssance en cet aage. Je scay bien que dans les Conciles 1l y a des articles, pour l’ordre et la police ecclesiastique, qui peuvent estre changez selon les divers tems, ou expliquez selon les rencontres. Mais ce n’est pas aux particuliers à y mettre la main; la mesme authorité qui les a dressez, les doit abroger : si quelque autre s’en mesle, c’est pour neant, et ce n’est pas la mesme authorité, si ce n'est un Concile, ou le chef general, ou la coustume de toute l'Eglise. Pour le regard des decrets de la doctrine de la foy, ils sont invariables : ce qui est une fois vray l’est tousjours, et le sera dans l’eternité; aussi les Conciles appellent Canons, ce qu'ils en determinent, parce qu'ils sont des regles inviolables de nostre creance; et nous recevons unanimement tous les sentimens des vrais Con-