DE LA VERITÉ ET REALITÉ DES SACREMENS
A Messieurs de la ville de Thonon.
St les deux fautes fondamentales dans lesquelles, Messieurs, vos ministres vous ont conduicts, d’avoir abandonné l'Eglise et d’avoir violé toutes les vrayes regles de la religion chrestienne , vous rendent tout-à-fait inexcusables, c’est justement; car elles sont si grossieres, que vous ne pouvez pas les mecognoistre, et sont si importantes, que l’une des deux suffit pour vous faire perdre le vray christianisme, puis que la foy hors de l'Eglise, et l'Eglise hors de la foy ne vous sçauroit sauver, non plus que l’œil hors de la teste, et la teste sans œil, ne sçauroit voir la lumiere du jour. Celuy donc où ceux qui ont entreprins de vous separer de l’unyon de l'Eglise, vous doivent estre suspects , et celuy qui mesprise si fort les sainctes regles de la foy, doit estre fuy et mesprisé de vous, quelle contenance qu'il tienne et quoy qu’il allegue. Mais, me direz-vous, ils protestent de ne rien prononcer, ny advancer, qui ne soit en la pure, simple et naïfve parolle de Dieu. Je respons que vous ne deviez pas croire si legerement; si vous eussiez esté bien advisez en vos affaires, vous eussiez recognu que ce n'estoit pas la parolle de Dieu qu’ils vous proposoient, mais leurs propres conceptions voilées des mots de l’Escriture, et vous eussiez bien-tost remarqué que jamais un si riche habit ne fut fait pour couvrir un si vilain corps, comme est celuy de l’heresie : car par supposition, persuadez-vous que jamais il n'y ayt eu d’Eglise, ny de Conciles, ny de pasteurs, ny de docteurs, ny des Apostres, et que l’Escriture ne contient autre chose que les livres qu'il plaist à Calvin, à Beze et à Pierre Martyr de recevoir; supposons mesme qu'il ny ayt point de regle infaillible pour la bien entendre, et qu’elle soit à la mercy de celuy qui, voudra maintenir qu'il peut luy seul interpreter l’Escriture par l’Escriture, et par l’analogie de la foy (comme qui voudroit entendre Aristote par Aristote et par l’analogie de la philosophie), advoüons tous seulement que cette Escriture est divine. Ce poinct posé, je soustiens devant tout juge
equitable, que sinon tous, au moins ceux d’entre vous qui avoient quelque cognoissance et suffisance en la doctrine, sont inexcusables, et ne sçauroient garantir leur religion de legereté et temerité. Et voicy où je vous reduy- Les ministres ne veulent nous combattre qu'avec l’Escriture, j'y consens; ils ne veulent de l’Escriture que la partie qui leur plaist, je my accorde : au bout de tout cela, je dy, que la creance de l'Eglise catholique l'emporte de tout poinct, parce qu'elle a plus de passages pour sa doctrine que l’opinion contraire, et ceux qu’elle produict sont plus clairs, plus purs, plus simples, plus raisonnables, et mieux interpretez; car ils concluent d’une maniere plus sortable à ce qu’elle establit : ce que je crois estre si certain, que chascun le peut sçavoir et cognoistre; mais de monstrer cecy par le menu, ce ne seroit jamais fait : il suffira, ce me semble, de le monstrer en quelques principaux articles, et avec le secours de Dieu.
C'est ce que je pretens faire en cette partie, où j’attaqueray vos ministres sur les sacremens en general, et en particulier sur celuy de l’Eucharistie, de la Confession et du Mariage, sur l'honneur et invocation des Saincts; sur la convenance des ceremonies de la religion en general, et en particulier sur la puissance de l’Eglise; sur le merite des bonnes œuvres et la justification ; et enfin sur le Purgatoire et les Indulgences. En tout cecy, je n’employeray que la simple et pure parolle de Dieu, avec laquelle je vous feray voir, comme par essay, vostre fausse doctrine, mais si à descouvert, que vous aurez occasion de vous en repentir. Apres cela, je vous supplie que quand vous m’aurez veu combattre , et enfin surmonter l’ennemy, avec la seule Escriture, vous vous representiez par abondance de droict cette grande et honnorable suitte de martyrs, prestres et docteurs, qui ont tesmoigné par leur doctrine, et au prix de leur propre sang, que la foy pour laquelle nous combattons sous leurs drapeaux, estoit la saincte, la pure et l’apostolique, et cecy sera comme une surcharge de victoire. Certes, quand nous nous treuverions dans le champ de bataille avec nos ennemys, par la seule Escriture, l’ancienneté, le consentement, et la saincteté de nos autheurs nous feroient tousjours triompher. Pour ayder mon dessein, j'adjusteray tousjours le sens et la consequence naïfve des Escritures, que j'appliqueray aux regles de la foy que j’ay produictes en la precedente partie, quoy que mon but principal ne soit autre que de vous faire essayer et cognoistre la vanité de vos ministres, qui, ne cessant de crier : La saincle Escriture, La saincle Escriture, ne font rien de plus que de violer les plus solides et asseurées sentences. Souvenez-vous qu’en l'assemblée des princes, qui se fit à Spire , l'an 1526, les ministres protestans portoient ces lettres en gros caracteres sur la manche droicte de leur vestement : V. D. M. I. par lesquelles ils vouloient dire ce verset : Verbum Domini manet in ælernum. Hé! ne diriez-vous pas en sens tout contraire que ce sont eux qui, seuls et sans compaignons, manient l’Escriture saincte, ils en citent à la verité quelques morceaux, et à tout propos les debitent en public et en privé, dit le grand Lirinensis ; il les rapportent en leurs discours, en leurs livres, dans les ruës et parmy les banquets. Lisez les Opuscules de Paulus Samozetnaus, de Priscillianus, d'Eunomius, de Jovinien, et de ces autres pestes de la religion ; vous
y verrez un grand amas d'exemples, et presque pas une page ou une ligne qui
ne soit fardée et colorée de quelque sentence du Vieil et Nouveau Testament.
Ils font comme ceux qui veulent faire prendre quelque breuvage amer aux petits enfans : ils frottent et couvrent de miel le bord du gobelet, affin que
ce pauvre enfant, sentant premierement le doux, n’apprehende point l’a=
mertume; mais qui sondera dans le fond de leur doctrine, verra clair comme le jour, que ce n’est qu’une happelourde (1) saffranée, telle que celle que le diable produisoit, quand il tentoit Nostre-Seigneur, car il alleguoïit l’Escriture pour favoriser son intention. O Dieu! dit le mesme Lirinensis, que ne fera pas ce seducteur sur les miserables hommes, puis qu’il ose attaquer avec l’Escriture le Seigneur mesme de toute majesté? Pensons de pres à la doctrine de ce passage; car, comme alors le chef d’un party parla au chef de l’autre , ainsi maintenant les membres parlent aux membres, à sçavoir, les membres du diable aux membres de Jesus-Christ, les perfides aux fidelles, les sacrileges aux religieux, enfin les heretiques aux catholiques. Mais comme le chef respondit au chef, ainsi pouvons-nous faire aux membres. Nostre chef repoussa le chef perfide avec les passages mesmes de l’Escriture, repoussons-les en semblable maniere, et, par des consequences solides et naïfves, desduittes de la saincte Escriture, monstrons la vanité et la piperie avec laquelle ils veulent couvrir leurs conceptions des parolles de l’Escriture. C’est ce que je pretens icy, mais briefvement, et je proteste que je produiray tres-fidellement tout ce que je penseray estre de plus apparent de leur costé, pour puis apres, par l’Escriture mesme, les convaincre de faux.
Ainsi vous verrez que, quoy qu'eux et nous manyons la parolle, et nous
armions de l’Escriture saincte, nous en avons neantmoins la realité et droict d'usage, et eux n’en ont qu’une vaine apparence par maniere d'illusion. Non-seulement Moyse et Aaron, mais encore les magiciens animerent leurs verges, et les convertirent en couleuvres; il est vray qu’enfin la verge d’Aaron devora les verges des autres, c’est ce que dit le vieux Tertullien : Virgam mendacii devoravit virga verilatis.
La nature des Sacremens en general.
A moins de s’obstiner contre la verité cognuë, il faut advoüer que le mot de sacrement est bien exprez dans l’Escriture, selon la mesme signification qu'il a conservée en l'Eglise catholique, puis que S. Paul, parlant du Mariage, l'appelle clair et net, un sacrement. Mais nous pourrons voir cecy plus avant; il suffit maintenant de supposer, contre l’insolence de Zuingle et des
(1) Faux diamants. "
autres qui ont voulu rejetter ce nom venerable, que toute l'Eglise ancienne en a usé : car ce n’est pas avec une plus grande authorité, que les mots de Trinité, Consubstantialité, Personne, et cent autres, sont demeurez en l'Eglise comme saincts et legitimes. J'advoüe que c'est une tres-inutile et sotte temerité, de vouloir changer les mots ecclesiastiques que l'antiquité nous a laissez, outre le danger qu’il y auroit qu'apres le changement des mots, on n’allast encore au change de l'intelligence et de la creance, comme on void ordinairement que c’est l'intention de ces novateurs et des fabricateurs de nouvelles parolles. Or, puis que les pretendus reformateurs, pour la pluspart, quoy que ce ne soit pas sans gronder, laissent aller ce mot de sacrement en usage parmy leurs livres, arrestons-nous aux difficultez les plus importantes que nous avons avec eux, sur les causes et les effects des sacremens; et voyons comme ils y mesprisent l’Escriture saincte, avec les autres regles de la foy.
De la forme des Sacremens.
La meilleure maniere pour esclairer cette doctrine, c'est de commencer par ce poinct : l'Eglise catholique tient de tout tems pour la forme des sacremens, les parolles consecratoires. Les ministres pretendus ont voulu reformer cette forme, disant, avec une insoutenable passion, que les parolles consecratoires sont des charmes, et que la vraye forme des sacremens n'est autre que la predication que font les ministres de la saincte Escrilure. Pour l’establissement de cette reformation, ils citent deux passages seulement, au moins pour les plus evidens, l’un de S. Paul, et l’autre de S. Matthieu. Le premier parlant de l'Eglise, dit que Nostre-Seigneur l’a sanctifiée par le baptesme en la parolle de la vie eternelle : Munducavit lavacro aquæ, in verbo vitæ. Et Nostre-Seigneur mesme, en S. Matthieu, fit ce commandement à ses disciples : Docete omnes gentes, baptizantes eos, in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Voici des passages qui leur semblent bien clairs, pour monstrer que la predication est la vraye forme des sacremens. Mais qui leur à dit qu'il n'y a point d'autre verbum vitæ, que la predication ? Je soustiens au contraire, que cette invocalion : Je {e baptise, au nom du Pere, du Fils, et du Sainct-Esprit, est encore un ver-
bum viutæ, comme l'ont dit S. Chrysostome et Theodoret. Aussi sont bien les autres prieres et invocations du nom de Dieu, qui ne sont pas pourtant la predication. Si S. Hierosme, suivant le sens mystique, veut que la predication soit une sorte d'eau purifiante, il ne s’oppose pas pourtant aux autres Peres, qui ont entendu par le lavoir d’eau, le baptesme precisement : et par la parolle de vie l’invocatiou de la tres-saincte Trinité, affin d'interpreter le passage de S. Paul, par l’autre de S. Matthieu : Enseignez toutes les gens, les baptisant au nom du Pere, du Fils, et du Sainct-Esprit. Quant à ce dernier passage, personne ne nya jamais que l'instruction dust preceder le baptesme, à l’endroict de ceux qui en sont capables, suivant la parolle de Nostre-Scigneur, qui met l'instruction devant, et le baptesme apres. Ainsi, nous arrestant precisement à la mesme parolle, nous mettons l'instruction devant (comme une disposition requise, en celuy qui a l'usage de la raison) et le baptesme à part : d’où s'ensuit que l’un ne peut oster la forme de l’autre, c’est-à-dire, que le baptesme n'oste point la disposition de la predication, ny la predication la forme du baptesme. Que si neantmoïins l'un des deux devoit estre la forme de l’autre, le baptesme seroit plutost la forme de la predication, que la predication du baptesme, puis que la forme ne peut preceder, ains (1) doit survenir à la matiere ; et que la predication precede le baptesme, et le baptesme survient par apres à la predication. S. Augustin n’avoit-il pas bien pensé, quand il disoit : Accedit ad verbum elementum, et fit sacramentum? Pourquoy donc ne disoit-il pas : Accedit elementum ad verbum ? Ces deux passages ne sont pas advenans ny à propos pour vostre reformation; neantmoins voilà tout.
Je vous advoüe que vos pretentions seroient en certaine façon plus tolerables, si nous n'avions pas en l’Escriture de raisons contraires plus expresses que les vostres ne sont, hors de toute comparaison ; les voicy. : Quis crediderit, et baptizatus fuerit. Voyez-vous la creance qui naist en nous par la predication, separée du baptesme ? Ce sont donc deux choses distinctes, la predication et le baptesme. Qui doubte que S. Paul n’ayt catechisé et instruict à la foy plusieurs Corinthiens , qui, par apres ont esté baptisez? que si l'instruction et la predication estoit ià forme du baptesme, Saint Paul n'avoit pas raison de dire : Gratias ago Deo, quod neminem baptizavi, nisi Crispum et Caïum, etc. Car, donner la forme à une chose , n'est-ce pas la faire
(4) Mais.
ce qu'elle est? Il n’est rien de plus clair, sinon cecy, que S. Paul met à part l’action de baptiser, de celle de prescher: Non me #misit Christus baptizare, sed evangelizare. Et pour monstrer que le baptesme est de Nostre-Seigneur, non de celuy qui l’administre , il ne dit pas : Numquid in prædicatione Pauli baptiza estis; mais plutost : Numquid in nomine Pauli baptizati estis? Monstrant que quoy que la predication precede, si (1) n'est-elle pas de l'essence du baptesme, qui est attribué par excellence à celuy, le nom duquel y est invoqué. Pour vray, celuy qui regardera de pres le premier baptesme qui fut fait apres la Pentecoste, verra clair comme le jour, que la predication est une chose, et le baptesme une autre : His auditis; (voilà la predication d’un costé) compuncti sunt corde, et dixerunt ad Petrum, et ad reliquos Apostolos : Quid faciemus, viri fratres? Petrus vero ad 1llos : Pœnitentiam, inquit, agite,
et baptizetur unusquisque vestrüm , 1n nomine Jesu Christ,
in remissionem peccatorum vestrorum (voilà le baptesme d'un autre costé, et mis à part). Autant en peut-on remarquer au baptesme de ce devot eunuque d’Ethiopie, et en celuy de S. Paul , auquel il n’y eut point de predication; et en celuy du bon et religieux Cornelius. Quant à la tres-saincte Eucharistie. qui est l’autre sacrement que les ministres font semblant de recevoir, où treuveront-ils jamais que Nostre-Seigneur y ayt usé de predication? S. Paul enseigne aux Corimthiens comme il faut celebrer la cene, mais on ne treuve point qu'il y soit commandé de prescher; et affin que personne ne doubtast que la ceremonie qu'il proposoit ne fust legitime, il dit qu’il l’avoit ainsi apprins de Nostre-Seigneur : Ego enim accepi a Domino, quod et tradidi vobis. Nostre-Seigneur fit certes un admirable sermon apres la cene, recité par S. Jean; mais ce ne fut pas pour ce mystere de la cene, qui estoit desjà parfaict et accomply. On ne dit pas qu'il ne soit convenable d'instruire le peuple chrestien de la doctrine des sacremens qu'on luy confere; mais seulement que cette instruction n’est pas la forme des sacremens. Que si, en institution de ces divins mysteres, et en la prattique mesme, nous treuvons de la difference entre la predication et les sacre- . mens , à quelles enseignes les confondrons-nous? ce que Dieu a separé, pourquoy le conjomdrons-nous? En ce poinct donc, selon l’Escriture, nous l’emportons tout net, et les ministres sont convaincus de violation de l’Escriture , qui veulent changer lessence des sacremens , contre leur propre institution.
(4) Encore. ; Il. 40
Ils violent encore la tradition et l’authorité de l’Egliseet des saincts Conciles, des Papes et des Peres, qui, tous, ont creu, et croyent encore, que le baptesme des petits enfans est vray et legitime; mais comme veut-on que la predication y soit employée? Les enfans n’entendent pas ce qu'on y dit, car ils ne sont pas encore capables de l'usage de la raison : à quoy faire les instruire? On pourroit bien prescher devant eux; mais ce seroit pour neant, car leur entendement n’est pas encore ouvert, pour recevoir l'instruction : comme l'instruction ne les touche point, ny ne leur peut estre appliquée, quel effect peut-elle donc faire en eux? Le baptesme leur seroit donné en vain, puisqu'il seroit sans forme ; et ainsi la forme du baptesme n'est pas la predication.
Luther respond, que les enfans ressentent en ce moment des mouvemens actuels de la foy, par la vertu de la predication; n'est-ce pas là dementir et violer l’experience, et le sentiment mesme? Certainement la plupart des baptesmes qui se font en l'Eglise catholique, se font sans predication; ils ne sont donc pas vrays baptesmes,: puisque la forme y manque : que ne rebaptisez-vous donc tous ceux qui vont de nostre Eglise à la vostre? car, selon vous, c'est un anabaptiste. Or sus, voilà, selon les regles de la foy, et principalement selon l’Escriture saincte, comme vos ministres vous abusent, quand ils vous enseignent que la predication est la forme des sacremens. Mais voyons si Ce que nous en croyons est plus conforme à la saincte parolle. Nous disons, que /a forme des sacremens est une parolle consecratoire de benediction et invocation. Y a-t-il rien de si clair dans l'Escriture? Docete omnes qentes, baptizantes eos, in nomine Patris, et Filii, et Spiritüs sancti. Cette forme enoncée, au nom du Pere, etc., n'est-elle pas invocatoire? Certes, le mesme S. Pierre qui a dit aux Juifs : Pœnitentiam agite, et baptizsetur unusquisque vesträm, in nomine Jesu Christi, in remissionem peccatorum vestrorum, dit peu apres au boiteux. devant la belle porte : /n nomine Jesu Christi Nazareni, surge et ambula. Qui ne void que cette derniere parolle est invocatoire? et pourquoy non la premiere, qui est de mesme substance? Ainsi S. Paul ne dit pas : Calix prædicationis de quo præchcamus, nonne communicatio sanquinis Christi est? Mais au contraire : Calix benedictionis. Ainsi au Concile de Laodicée, ch. 25 : Non oportet diaconum calicem benedicere, quem benedicimus. On le consacroit donc, et on le benissoit. S. Denys, disciple de S. Paul, les appelle consecratoires; et en la description de la Litur-
gie ou de la Messe, il n'y met point la predication; tant s’en faut qu'il la tienne pour forme de l'Eucharistie. Au Concile de Laodicée, où il est parlé de l’ordre observé en la Messe, il ne se dit rien de la predication, comme estant chose de dehors, et non de l'essence de ce mystere. Justin Martyr descrivant l'Office ancien que les chrestiens faysoient le dimanche, entre autres choses dit, qu’apres les prieres generales, on offroit pain, vin, et eau; et alors le prelat faysoit de tout son pouvoir des prieres et actions de graces à Dieu, le peuple benissoit, disant : Amen. His Eucharistiæ consecratis unusquisque participat, eademque absentibus dantur, à Diaconis perferenda. Plusieurs choses sont icy remarquables. L'eau se mesloit au vin, on offroit, on consacroit, on en portoit aux malades; mais, si nos reformateurs eussent esté là, il eust fallu lever l’eau, l'offrande, et la consecration, et porter simplement la predication aux malades, ou, sans elle, cette communion eust esté pour neant; car, comme dit Jean Calvin : Mysterii explicatio ad populum sola facit, ut mortuum elementum inciprat esse Sacramentum. Mais S. Gregoire Nissene dit mieux : Ecce nunc etiam verbo Dei sanctificatum panem (et parle du S. Sacrement de l'autel) in verbr corpus credimus immutarti. Et apres il adjouste, que ce changement se fait virtute benedictionnis. Le grand S. Ambroise dit de mesme : Potest, qui pans est, corpus esse Christ, consecratione. Et plus bas : Non erat corpus Christi ante consecrationem , sed post consecrationem dico tibi, quod jam est corpus Christi. Voyez-le bien au long, car je me reserve sur ce subjet, quand
- nous traitterons de la saincte Messe.
Mais je veux finir ce Discours par cette signalée sentence des. Augustin : Potuit Paulus significando, prædicare Jesum Christum, aliter per linquam suam, aliter per epistolam, aliter per Sacramentum corporis el sanquinis ejus; nec linguam quippe ejus, nec membrana, nec attramentum, nec significantes sonos linqua editos, nec signa lillerarum conscripta pellicuhs, corpus Chrisli et sanquinem dicimus, sed illum tantium , quod. ex fruchibus terræ acceplum, et prece mystica consecratum, rite sumimus. Si S. Augustin dit : Est tanta vis aquæ, ut corpus tangat, et corpus abluat, sed quid, nisi faciente verbo, non quia dcitur, sed quia creditur? nous ne disons rien au contraire : car à la verité, les parolles de benediction et de sanctification, avec lesquelles on forme et on parfaict les sacremens, n’ont point de vertu, sinon estant proferées ; et sans la generale attention, elles seroient dites voirement, mais
pour neant, parce que, non quia dicitur, sed quia creditur, dicendo tamen creditur, et credendo dicitur.
De l'intention requise en l'administration des Sacremens.
Ex verité, je n’ay jamais treuvé aucune preuve puisée des Eseritures, de l'opinion que vos predicans ont debitée en cet endronct. Ils disent que, « quoy que le ministre n’eust aucune intention » de faire la cene, ou de baptiser, ains seulement de se mocquer » et badiner, neantmoins, pourveu qu'il fasse l’action exterieure » du sacrement, le mystere y est complet. »
Tout cecy se dit à credit, sans produire autre chose que de certaines consequences sans parolles de Dieu, par forme de ch1canerle.
Au contraire, le Concile de Florence, et celuy de Trente, declarent expressement que « si quelqu'un dit que l'intention au » moins de faire ce que fait l'Eglise, n’est pas requise aux mi- » nistres, quand ils conferent les sacremens, il est.anatheme : » ce sont les termes du Concile de Trente. Le Concile ne dit pas quil soit requis d’avoir l'intention particuliere de l'Eglise; car autrement les Calvinistes (qui n’ont pas intention au baptesme de laver le peché originel) ne baptiseroient pas, puisque l'Eglise a cette intention ; mais seulement de faire en general ce que l'Eglise fait quand elle baptise, sans particulariser, ni determiner en quoy, ny comment.
Le Concile ne dit pas non plus qu’il soit necessaire de vouloir faire ce que l’Eglise romaine fait, mais seulement en general, ce que l'Eglise fait, en supposant, sans particulariser, quelle est la vraye Eglise. Ainsi qui, pensant que l’Eglise de Geneve pretenduë est la vraye Eglise, limiteroit son intention à l'intention de l'Eglise de Geneve, se tromperoit, si jamais homne se trompa, en la cognoissance de la vraye Eglise ; mais son intention suffiroit en cet endroict, puisqu'encore qu'elle se terminast à l'intention d'une Eglise fausse, si est-ce qu'elle ne s’y termineroit que sous la condition et conception de la vraye Eglise : ainsi l'erreur ne seroit que materielle et non formelle, comme le disent nos docteurs. J’adjouste encore qu'il n’est pas requis que nous ayons cette intention actuellement, quand nous conferons les Sacremens; mais il suffit qu'on puisse dire avec verité que mous
faysons telle et telle ceremonie, et disons telle et telle parolle (comme en jettant l’eau nous prononçons : Je te baplize au nom du Pere, en intention de faire reellement tout ce que font les vrays chrestiens, et que Nostre-Seigneur a luy-mesme commencé, quoy que pour lors nous ne soyons pas en attention, et n’y pensions pas si precisement : comme il suffit pour dire que je presche pour servir Dieu, et pour le salut des ames, si lors que je me suy voulu preparer, j'ay dressé cette intention, quoy que quand je suy presentement en chaire, je pense seulement à ce que j'ay à dire, età m'en retenir le fil en memoire, sans plus penser à cette premiere intention : ou comme celuy qui a resolu de donner cent écus pour l'amour de Dieu, puis sortant de sa maison pour ce faire, pense à d’autres choses, et neantmoins distribuë la somme promise, encore qu'il n'ayt pas en ce tems la pensée dressée actuellement à Dieu, si ne peut-on pas dire qu'il n’ayt pas son intention à Dieu, puisque c’est en vertu de sa premiere deliberation, qu'il accomplit effectivement cette œuvre de charité, deliberement et de son plein gré. Cette intention est du moins requise, et suffit aussi pour la collation du sacrement.
Puisque la proposition du Concile est esclaircie à fond, voyons si elle est, comme celle des adversaires, sans fondement de l'Escriture. On ne peut raisonnablement doubter, que pour faire la cene de Nostre-Seigneur, ou administrer le baptesme , il ne faille faire au moins ce que le Fils de Dieu a commandé pour cet effect, et non-seulement qu’il le faille faire, mais qu'il le faille exercer encore en vertu de ce commandement et institution. Il est certain que quelqu'un pourroit faire cette action en vertu d’une autre raison, que du commandement de Nostre-Seigneur; exemple, d'un homme qui, en dormant, songeroit et baptiseroïit, ou d'un homme estant yvre : pour vray, les parolles y seroient, et l’eslement aussi, mais elles n'auroient point de force, ne procedant pas du commandement de celuy qui, seul, les peut rendre vigoureuses et efficaces : tout ce qu'un juge dit et ce qu'il escrit, ne sont pas des sentences judiciaires, mais seulement ee qu'il dit en qualité de juge. Or, comme pourroit-on mettre la difference entre les actions sacramentales, estant faites en vertu du sacrement . qui les rend effectives , et ces mesmes actions faites à autre fin? Certes , la difference n'y peut estre considerée que par l'intention avec laquelle on les employe. Il faut donc, apres tout, que les parolles soient proferées, avec intention de faire le commandement de Nostre-Seigneur en la cene : Æoc facile, etc., au baptesme : Baptizantes eos, in nomine Patris, et Filii, et Spiruüs
sancti. Mais, à le dire de bonne foy, n'est-il pas vray que ce commandement : Hoc facite, s’addresse proprement aux ministres de ce sacrement? Cela est hors de doubte. Or, il n'est pas dit simplement : Hoc facile, mais : Facile in meam commemorationem. Comme done peut-on faire celte sacrée action, en commemoration de Nostre-Seigneur, sans avoir aucune intention d'y faire ce que Nostre-Seigneur a commandé, ou du moins, ce que les chrestiens disciples de Nostre-Seigneur font, affin que, sinon immediatement, au moins par l'entremise de l'intention des chrestiens, ou de l'Eglise, on fasse cette action en commemoration de Nostre-Seigneur? Je croy qu’il est impossible d'imaginer qu'un homme fasse la cene en commemoration de Nostre- Seigneur, s’il n’a l'intention de prattiquer ce que Nostre-Seigneur a commandé, ou au moins de faire ce que font ceux qui le font en commemoration de Nostre-Seigneur. Il ne suffit donc pas de faire ce que Nostre-Seigneur a commandé, quand il dit : oc facite; mais il le faut faire selon l'intention que Nostre-Seigneur a commandée, c'est-à-dire, 2x sui commemorationem : Sinon avec cette intention particuliere, au moins generale, sinon immediatement, au moins mediatement, c’est-à-dire, en voulant faire ce que l'Eglise fait, laquelle a intention de faire ce que Nostre-Seigneur a commandé; en ce cas, on s’en rapporte à l’intention de l’espouse, qui est adjustée au commandement de l’espoux. Pareillement Nostre-Seigneur n’ordonne pas qu’on dise ces parolles : Ego te baptizo, simplement à la lettre, mais il a commandé que le baptesme se fit, 2n nomine Patris, si bien qu'il ne suffit pas qu’on dise en badinant , Ego te baptizo, mais il faut que l’aspersion, ou le lavement exterieur se fasse in nomine Patris, et que cette authorité anime et vivifie non-seulement la parolle, mais toute l’action du sacrement, laquelle de soy n’auroit point de vertu surnaturelle sans l'intention. En quel sens pourroit estre faite une action au nom de Dieu, qui se feroit pour se mocquer de Dieu? Certainement l’action du baptesme ne depend pas tellement des parolles, qu’elle ne se puisse faire en une vertu et authorité toute contraire à ces parolles, si le cœur, qui est le moteur des parolles et des actions, les venoit addresser à une fin et intention opposée. De fait, ces parolles : Au nom du Pere, etc., pourroient estre dites au nom de l’ennemy du Pere, comme ces parolles, en verité, peuvent estre, et sont souventesfois dites ex mensonge. Si donc Nostre-Seigneur ne commande pas qu'on fasse simplement la chose du baptesme, ny qu'on prononce simplement les parolles, mais veut-encore que l’aetion se
fasse, et les parolles se disent, Au nom du Pere, etc., il faut avoir au moins une intention de faire le baptesme au nom de Nostre-Seigneur, et en son nom, et de sa part. Pour le regard de l'absolution sacramentale, l'intention sans doute (1) y est requise, et ces parolles en font foy : Quorum remaserilis peccata remiltuntur eis. Il laisse l'effect de ce ministere à leur deliberation , et c’est pour cela que je repete cette belle sentence de S. Augustin : Unde lanta vis aquæ, ut corpus tangat, et corpus abluat , nisi faciente verbo, non quia dicitur, sed quia creditur? Ce qui monstre que les parolles, de soy, estant proferées sans aucune intention et sans foy, n’ont point de vertu; mais estant dites en intention et en foy, et selon la fin generale de l'Eglise, elles font cet effect salutaire. S'il se treuve dans nos histoires certains baptesmes qui semblent avoir esté faits par jeu, ils ont esté approuvez par les circonstances ; et il ne le faut pas treuver estrange, parce qu’on peut faire en jeu plusieurs choses, et neantmoins avec l'intention de les faire veritablement et sans feintise : si l’on l’appelle jeu, en ces rencontres, c’est parce que M ubhors de saysons +. . hu", ut,
Du Purgatoire et des suffrages pour les morts.
A Messieurs de la ville de Thonon.
Sans doute (1), Messieurs, la saincte Eglise a esté tres-temerairement accusée, par les novateurs de nostre aage, de superstition, en la priere qu'elle fait pour les fidelles trespassez, d'autant que cet usage doit supposer deux veritez que l’on pretend n’estre point du tout, à sçavoir, que les ames en l’autre monde soient en necessité et indigence, et que l’on les puisse secourir. Voicv comme raisonnent nos adversaires : Les deffunts sont ou dummez ou sauvex : les damnex sont verilablement dans les peines, mais elles sont irremediables; les sauvex sont comblex de tout playsir, et n'ont Point besoin de secours. Ainsi, aux uns manque l’indigence, aux autres le moyen de recevoir de l’aide; d’où s'ensuit, qu'il n’y a aucune raison de prier pour les trespassex. Voilà les deux chefs de l’accusation; mais, certes, on doit informer à fond tout le monde, pour faire un juste jugement sur cette procedure, que les reformateurs sont des personnes particulieres, de l'accusé * (1-2) Certainement.
est le corps de l'Eglise universelle; neantmoins, parce que l'humeur de: nostre siecle veut, qu’on sousmette au contre-roole et à :a censeure d’un chascun toutes les choses les plus sacrées, les plus religieuses et authentiques, plusieurs sçavans, personnes d’honneur et de marque, ont prins le droict de l'Eglise en main pour la deffendre, estimant ne pouvoir mieux employer leur pieté et leur doctrine, qu’en la deffense d’une mere, du sein et. par les mains de laquelle ils’ ont receu tout leur bien. spirituel’, comme sont , le baptesme,, la doctrine chrestienne et les Escritures mesmes. Leurs raisons sont si fortes, que si elles estoient bien balancées ef contre-pesées avec celles des.accusateurs , on cognoistroit, incontinent leur bon calibre. Mais quoy? on a porté sentence sans oùüyr les parties : n’avons-nous pas: raison, tous autant que nous sommes de domestiques et enfans de l'Eglise, de nous porter pour appellans, et de nous plaindre de la partialité des juges? Laissant donc à part, pour cette heure, l’incompetence de leur tribunal, au moins nous appellons des juges non instruicts, aux mesmes mieux instruicts, et des jugemens faits, parties non oùüyes, à des jugemens parties entenduës, suppliant ceux qui voudront juger sur ce differend, de considerer nos: raisons et allegations d'autant plus attentivement, qu'il s'y agit, non pas de la condamnation d’une partie supreme accusée, (qui ne peut. estre condamnée par ses inferieurs), mais. de. l’absolution et du salut de ceux là mesmes qui en jugeront.
Du nom du Purgatoire.
AVONS-NOUS pas raison de soustenir que l’on peut prier pour les fidelles trespassez, que les suffrages et bonnes actions des gens de bien vivans les peuvent beaucoup soulager et leur sont profitables, parce que tous ceux qui decedent en la graçe de Dieu, et qui, par consequent, sont du nombre de ses esleus,. ne vont pas tous, ny tousjours de premier abord en paradis; mais plusieurs vont en purgatoire, où ils souffrent en satisfaction une: peine temporelle, que nos prieres et bonnes œuvres, faites en: bonne disposition, peuvent ayder et servir tres-utilement ? Voilà le gros de nostre difficulté.
Nous sommes d’accord que le sang de nostre Redempteur est le vray Purgatoire des ames pecheresses ; car c’est par son merite que toutes les ames du monde sont nettoyées. S. Paul lappelle, aux Hebr. 1 : Purgationem peccatorum facientem. Les tribulations que souffrent les fidelles sont pareillement de certaines purgations , par lesquelles. nos ames sont renduës plus pures, de mesme que l'or est affiné en la fournaise (Eccli, 27):
Vasa fiquli probat fornaz ; justos autem tentatio tribulationis. La penitence et la contrition sont encore une espece de purgatoire; David en parle au psalme 50 : Asperges me, Domine, hyssopo et mundabor. On sçayt aussi que le baptesme, dans lequel nos pechezsont tous lavez, peut estre appellé pwrgatorre. En un mot, nous pouvons nommer purgatorre tout ce qui sert à la purgation de nos offenses. Mais icy nous appellons proprement purgatoire, « un lieu dans lequel, apres cette vie presente, les ames » qui partent de ce monde, si elles ne sont parfaictement epurées » des soüilleures qu’elles ont contractées icy-bas, sont purifiées, » ne pouvant entrer dans le paradis sans estre nettoyées et pur- » gées des moindres taches. » Si on veut sçavoir pour quelle raison ce lieu est plutost appellé simplement purgatoire, que les autres moyens qui servent icy-bas à la purgation des ames, on respondra que c’est parce qu’en ce lieu-là on n’y fait autre chose que la purgation des restes du peché, qui sont demeurez dans l’ame au partir de ce monde; mais au baptesme, en la penitence, et aux autres moyens non-seulement l’ame s’epure de ses imperfections, mais encore s'enrichit de plusieurs graces et dons spirituels : ce qui fait qu’on a laissé le nom de purgatoire àree lieu de l’autre monde, lequel, à proprement parler, n’est pour aucune autre raison, que pour la purification des ames. Mais pour le regard du sang de Nostre-Seigneur, nous cognoissons tellement la vertu de son merite, que nous protestons en toutes nos prieres, que la purgation des ames, soit en ce monde, soit en l’autre, ne se fait que par la puissance de son application ; et nous sommes plus jaloux de l'honneur deu à cette precieuse medecine, que ceux qui, pour la priser, en mesprisent les usages. Ainsi, par le purgatoire, nous entendons un certain lieu où les ames , pour un tems, sont purgées des taches venielles et 1mperfections qu'elles emportent de cette vie mortelle, et pour lesquelles elles n’ont point pleinement satisfait.
De:ceux qui ont nyé et aboly le Purgatoire, et des moyens de le: preuver contre: les: Novateurs.
Or, la doctrine du purgatoire n’est pas une opinion receuë à la: volée, ny nouvelle parmy les chrestiens ; il y a long-tems que l'Eglise a soustenu cette creance envers tous et contre tous
les heretiques : 1l semble que le premier qui l’a combattuë, ayt esté Arrius, et, depuis luy, les Arriens, ainsi que S. Epiphane le tesmoigne en l'her. 75. S. Augustin en l’her. 53. et Socrate, lib. 2, cap. 35.11 y a environ deux cens ans que parurent certaines gens qui s’apelloient les Apostoliques, et qui nyoient le purgatoire; il y a cinq cens ans que les Petrobusiens escartoient cet article de leur creance, comme l'escrit S. Bernard, sermon 65 et 66, In cant., et en l'esp. 241, et Pierre de Cluny, ep. 1 et 2, et ailleurs, cite cette mesme opinion des Petrobusiens, qui fut suivye par les Vaudois, environ l’an 4470, comme l'a observé Guidoz en sa Somme. Quelques Grecs furent soupçonnez de cette erreur, de quoy, neantmoins, ils se jusüfierent au Concile de Florence, et encore en leur Apologie, presentée au Concile de Basle; enfin, Luther, Zuingle, Calvin, et ceux de leur party, ont du tout nyé et tronqué de leur reforme la verité du purgatoire ; car quoy que Luther in disputatione hpsica, dit qu'il croyoit tres-fermement, et scavoit tres-asseurement qu'il y avoit un purgatoire, si est-ce que par apres il s’en est dedit au livre De abroganda missa privata. Certes, c'est l'ordinaire de toutes les factions de nostre aage, de se mocquer du purgatoire, et de mespriser les prieres qui se font pour les trespassez; mais l'Eglise catholique s’est opposée vivement à tous ces ennemys, chascun en son tems. Elle a l'Escriture saincte en main, de laquelle nos devanciers ont tiré plusieurs belles preuves : car elles nous apprennent que les aumosnes, les prieres et autres sainctes actions peuvent soulager les deffunts; d'où s'ensuit qu'il y a un purgatoire, estant vray que les ames des damnez ne peuvent recevoir aucun secours en leurs peines, et que les sauvez d’autre part, estant bien-heureux, nous ne pouvons employer du nostre aucune chose pour ceux qui sont glorieux au ciel : reste que cela soit pour ceux qui sont en un troisiesme lieu, que nous appellons purgatoire; les Escritures nous apprennent encore qu’en l’autre monde, quelques deffunts ne sont pas entierement delivrez des peines qui sont deuës à leurs pechez, ce qui ne se pouvant faire ny en enfer, ny en paradis, il s'ensuit qu'il y a un purgatoire; de plus, elles nous apprennent encore que plusieurs ames, avant que d'arriver en paradis, doivent passer par un lieu de peine, qui ne peut estre que le purgatoire; davantage elles preuvent que les ames de quelquesuns sont ürées d’un lieu, d’où elles vont rendre honneur et reverence à Nostre-Seigneur : ce qui marque necessairement le purgatoire, puisque cela ne se peut dire de ces pauvres mise-
rables qui sont en enfer; enfin, l'Escriture nous fournit plusieurs autres passages, d’où l’on tire des consequences, toutes neantmoins bien à propos; et en cecy l’on doit d'autant plus deferer à nos docteurs, que les mesmes argumens, qu'ils alleguent maintenant, on esté apportez à ce mesme subjet par nos anciens Peres et devanciers, qui, pour deffendre la verité de l’article du purgatoire ne sont point allez forger de nouvelles interpretations; ce qui monstre assez la candeur avec laquelle nous cheminons et allons en besongne, là où nos accusateurs à credit tirent des consequences de l'Escriture, qui n’ont jamais esté pensées cy-devant, et qui sont mises tout de nouveau en œuvre, vour seulement combattre l’authorité de l'Eglise. Voicy donc, Messieurs, nos raisons, que nous allons ranger en ordre : Premierement, nous cotterons les textes de l’Escriture. Secondement, les saincts Conciles. Troisiesmement, les Peres du plus grand credit; apres nous accorderons ces raisons entre elles-mesmes; enfin nous examinerons les argumens du party contraire, et nous en monstrerons le peu de valeur; ainsi nous conclurons pour la croyance de l'Eglise catholique, et il ne restera à nos adversaires que l’aveuglement de leur passion, à qui nous souhaittons la grace de penser attentivement au merite et à l'excellence de nos preuves, et les jetter aux pieds de la Bonté divine, pour qu'ils luy puissent dire en toute humilité avec David : Da mihi intellectum, et scrutabor legem tuam, et custodiam illam in toto corde meo. S'ils le font, je ne doubte point qu'ils reviennent au giron de leur mere l'Eglise catholique.
Textes de la saincte Escriture, où il est parlé du tems, du lieu et des peines de la purgation des ames apres cette vie.
REesPonDEz, Messieurs, si vous le pouvez, voicy le premier argument, et il est invincible. S'il est vray qu'il y a un lieu de purgation pour les ames apres cette vie mortelle, il s'ensuit avec certitude qu'il y a un purgatoire, puisque l'enfer ne peut recevoir aucune purgation, et que le paradis ne peut recevoir aucune chose qui ayt besoin de purgation : or, qu'il y ayt un tems et un lieu de purgation apres cette vie, voicy la preuve de l'Escriture :
4. Au psalme 65 : Transivimus per ignem et aquam, et eduxisti nos in refrigerium; ce lieu est interpreté de la peine du purgatoire par Origene, homel. 25 sur les Nombres ; par S: Ambroise sur le psalme 36 et au serm. 3 sur le psalme 115, où il expose par l’eau, le baptesme ; et par le feu, le purgatoire.
2. En Isaye, au 4° chapitre : Purgavit Dominus sordes: filiorum et filiarum Sion, et sanguinem emundavit de medio eorum, in spiritu judici, et combustionis. Cette purgation faite: en esprit de jugement et de bruslement, est entenduë du purgatoire par S. Augustin, auliv. 20 de la Cité de Dieu, chap. 25; et de fait, les parolles precedentes favorisent cette interpretation, dans lesquelles il est parlé de la salvation des hommes; et encore à. la fin du mesme chapitre, où il est parlé du repos des bienheureux; donc, ce qui est dit, purgavit Dominus sordes, se doit entendre de la purgation, qui se doit faire en esprit d’ardeur et de bruslement, et nese peut bonnement interpreter que du purgatoire et du feu purifiant.
3. En Michée, au 7° chap. : Quia cecidi, consurgam; cum sedero in tenebris Dominus lux mea est; tram Domini portabo, quoniam peccavi ei, donec causam meam judicet, et faciat judicium meum, educet me in lucem, videbo justitiam ejus. Ce lieu estoit desjà en train pour preuver le purgaloire , parmy les catholiques du tems de S. Hierosme, il y a environ 4200 ans, ainsi que le mesme sainct le tesmoigne sur le dernier chapitre d'Isaye, là où ce qui est dit : Cüm sedero in tenebris, iram Domini portabo, donec causam meam judicet, ne se peut entendre d'aucune peine si proprement, que de celle du purgatoire.
4. En Zacharie, c. 9 : Tu autem in sanguine testament tui eduxisti vinctos tuos, de lacu in quo non est aqua. Ce lac duquel sont tirez ces prisonniers, n'est autre que le purgatoire, duquel Nostre-Seigneur les deslivra lors de sa descente aux en-. fers, et cecy ne se peut entendre du lymbe où estoient les saincts Peres avant la resurrection de Nostre-Seigneur, dans le sein d'Abraham, parce que là il y avoit un lieu de consolation et d’esperance, comme l’on peut voir en S. Luc 16. Aussi S. Augustin en l’epistre 99, ad Evodium, dit, que Nostre-Seigneur visita ceux qui estoient tourmentez dans les enfers, c’est-à-dire dans le purgatoire , et qu'il les en deslivra ; d’où s’ensuit qu'il y a un lieu, où quelques fidelles sont tenus prisonniers, et duquel ils peuvent estre deslivrez.
5. En Malachie, 3° chap. : E# sedebit constans et emundans argentum, et purgabit filios Levi, et colabit eos, quasi aurum
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et quasi argentum, etc. Ce lieu est exposé d’une peine purifiante par Origene, homil. 6 sur l’Exode; par.S. Ambroise sur le psal. 36; par S. Augustin auliv. 20 de la Cité de Dieu, chap. 25; par S. Hierosme sur ce mesme texte. Nous scavons bien qu'ils l’entendent de la purgation qui se fera à la fin du monde par le feu, et de la conflagration generale, là où seront purgez les restes des pechez de ceux qui seront treuvez vivans; mais nous me laissons pas d’en tirer un bon argument pour nostre purgatoire, qui doit purifier les ames avant que de ressentir l’effect de la benediction du Juge supreme : pourquoy est-ce que quelques-uns de ceux qui meurent avant ce tems n'en auroient pas besoin, puisqu'il s’en peut treuver qui auront à la mort quelque reste d'imperfection? Pour vray, si le paradis ne peut recevoir aucune tache en ce tems-là, il ne le peut non plus maintenant. S. Irenée, à ce propos au chap. 29 du lv. 5, dit qu’en ce dernier tems l’Eglise montera dans le celeste paradis de son Espoux, et qu'il n’y aura plus de tems de purgation, parce que les fautes et pechez seront tout incontinent purgez par ce feu qui precedera le jugement universel.
6. Je laisse à part le passage du psal. 37 : Domine, ne in furore luo arquas me, neque in tra tua corripias me; lequel S. Augustin interprete de l'enfer et du purgatoire, de sorte que, 2 furore arqui, soit dit pour la peine eternelle; #n tra corrimr, soit dit pour la peine du purgatoire.
7. En la premiere aux Corinthiens : Dies Domini declarabit, qui in igne revelabitur, et uniuscujusque opus quale sit, igmis probabit ; si cujus opus manserit, quod super edificavit, mercedem accipit; si cujus opus arserit, detrimentum autem patitur 2pse tamen salvus erit, sic tamen quasi per ignem. On a tenu tousjours ce passage pour l'un des plus illustres et des plus difficiles de toute l'Escriture; or, dans ce texte, commeilestaysé de voir à celuy qui regardera de pres tout le chapitre, l’Apostre use de deux similitudes; la premiere, est d’un architecte qui fonde une maïson precieuse, et de matiere solide sur un roc; la seconde, est celuy qui, sur un mesme fondement, dresse une maison de matiere non ferme, mais de matiere combustible ; imaginons maintenant que le feu se mette en l’une et l’autre maison, celle qui est de matiere solide sera hors de fortune. et lPautre sera incontinent reduite en cendre; si l'architecte se treuve dans la premiere, il y demeurera sain et sauve; au contraire, s’il est dans la seconde, et qu'il se veüille eschapper, il faudra qu'il se jette à corps perdu à travers le feu et la flamme ,
et se sauvera tellement, qu'il portera les marques de l'incendie : ipse autem salvus erit, sic tamen quasi per ignem. Le fondement sous-entendu en cette similitude, c'est Nostre-Seigneur, de qui S. Paul a dit : Ego plantavi, et ego ut sapiens architectus fundamentum posui; et puis apres : Fundamentum enim aliud nemo potest ponere, præler id quod positum est, quod est Christus Jesus. Les architectes sont les predicateurs et les docteurs de l'Evangile, comme l’on peut cognoistre en considerant attentivement les parolles de tout ce chapitre, et comme l'interprete S. Ambroise de Sedule, sur ce lieu; le jour du Seigneur, duquel il est parlé, s'entend de celuy du jugement, lequel, en l'Escriture, a coustume d’estre appellé le jour du Seigneur; en Joël. 2 : Veniet dies Domini; en Sophonie : Juxta est dies Domini; puis encore par ce qui est adjousté : Dies Domint revelabit ; car c'est en cette journée-là que seront declarées et manifestées toutes les actions du monde. Enfin, quand lApostre dit : Qui in 1gne revelabitur, 11 monstre assez que c’est le dernier jour du jugement. En la seconde des Thessaloniciens : /n revelatione Domini Nostri Jesu Christi de cœlo, cum Angeli virtutes ejus in flamma ignis. Au psalme 96 : Jgnis ante ipsum præcedet ; ce feu donc par lequel l’homme se sauve, ipse autem salvus erit, sic tamen quasi per inem, ne se peut entendre d'autre que du feu du purgatoire : car, quand l’Apostre dit qu’il se sauvera, il exclud le feu de l’enfer, duquel personne ne se peut jamais eschapper; et quand il adjouste, qu'il se sauvera par le feu, et qu'il parle de celuy seulement qui a sur-edifié le bois, la canne et le chausme, il monstre qu'il ne parle pas icy du feu qui precedera le jour du jugement, puisque par iceluy passeront non-seulement ceux qui auront sur-edifié l'or et l'argent, mais tous les hommes qui seront alors vivans. Cette interpretation, outre qu'elle s'accorde tres-bien avec le texte, est encore tres-authentique, pour avoir esté suivie du commun sentiment de tous les anciens Peres. S: Cyprien, 1. 48, 2, semble faire allusion, pour le purgatoire, à ce passage; S. Ambroise aussi sur ce lieu mesme; S. Hierosme sur le 4° d'Amos ; S. Augustin sur le psal. 37; S. Gregoire, Rupert et les autres, y sont tout clairs. Entre les Grecs, Origene, en l’'homil. 6 sur l’Exode; Ecumene sur ce passage, où il allegue S. Bazile et Theodoret, exposé par S. Thomas en l’Opuscule premier contre les Grecs. On dira peut-estre qu'en cette interpretation il y a de l'equivoque et du mal-entendu, en ce que le feu, duquelil est parlé, est pris pour le feu du purgatoire, ou pour celuy qui precedera le jour du jugement sans distinction. On res-
pond que cette extraordinaire façon de parler s'entend par la confrontation des textes; car voyez tout le sens de la sentence : Le jour du Seigneur sera esclairé par Le feu qui le precedera, et comme ce jour sera esclairé par le feu, ainsi ce mesme jour par le jugement esclairera le prix et le merite de chaque œuvre bonne ou mauvaise; et comme chaque œuvre sera esclairée, ainsi les œuvres qui auront esté operées avec imperfection, seront examinées pour le salut par le feu du purgatoire : mais outre cecy, quand nous dirions que S. Paul use diversement d'un mesme mot en un mesme passage, ce ne sera pas chose nouvelle ; car il en use de cette maniere en autres lieux, mais si proprement, que cela sert d'ornement à son langage : comme en sa seconde aux Corinthiens, c. 5, 15 : Qui non noverat peccatum, pro nobrs peccatum fuit, là où l’on void que le mot peccatum, dit pour la premiere fois, se prend proprement pour l'iniquité, et la seconde fois il est pris en figure pour celuy qui porte la peine du peché. On dira encore qu'il n’est pas dit, qu’il sera sauvé par le feu, et que partant on ne peut pas conclure le feu du purgatoire. Certes, je responds, qu’il y a de la similitude en ce passage, car %’Apostre veut signifier, que celuy duquel les œuvres ne sont pas tout-à-fait solides, sera sauvé, comme l’architecte qui s’eschappe du feu, ne laissant pas pour cela de passer par le feu, mais un feu d’autre calibre que n’est le feu qui brusle en ce monde. Il suffit que de ce passage on conclud ouvertement, que plusieurs de ceux qui doivent prendre possession du royaume de paradis, passeront par le feu; et celuy-cy n’est pas le feu d’enfer, ny le feu qui precedera le jugement, c'est donc le feu de purgatoire. J'advouë que le passage est difficile et mal-aysé, mais bien consideré, il nous preste la main, et fait conclusion pour nostre preuve. Voilà les lieux de l’ Escriture, d'où l’on peut tirer - raisonnablement, qu'apres cette vie il y a un tems et un lieu de purgation où quelques-uns sont transferez pour se purifier : l’authorité des livres des Machabées est claire et evidente comme le Jour, et c'est simplement pour eluder leur credit, que nos adversaires les rejettent, mais tres-mal à propos, comme nous l'avons monstré cy-dessus. Les livres 1 et 2 des Machabées sont justifiez au chapitre 19, contre les heretiques qui les rejettent.
De quelques autres lieux par lesquels on preuve, en l'Escriture, que la priere , l’aumosne, et les actions meritoires., servent au soulagement des deffunts.
Donnons un second argument que nous tirons de la saïncte parolle, pour la preuve du purgatoire , :et le prenons du second livre des Machabées, au chap. 2, là où l’Escriture remarque : « Que Judas Machabée envoya en Hierusalem douze mille dragmes » d'argent, pour faire offrir le sacrifice pour les morts, » «et apres elle adjouste : Sancta ergo et salubris est cogitatio, pro defunctis exorare, ut à peccatis solvantur. Noïcy nostre raisonnement : sic’est une chose saincte et profitable de prier pour les morts, il y a donc encore un tems et un lieu apres la mort pour la remission de leurs pechez; or, ce lieu ne peut estre my l'enfer ny le paradis, c'est donc le purgatoire. Cet argument est si bien fait, si fort et si preignant, que, pour y respondre, nos adversaires ont nié tout franc l’authorité du livredes Machabées, et le tiennent pour apocryphe ; mais à la verité, ce n’est-que par faute d'autre response; car ce livre a esté teneu pour authentique et pour sacré par le 3° Concile de Carthage, au Canon 4 par. Innocent |, en l’epistre ad Exuperum; et par S. Augustin, li. 10 de la Cité de Dieu, chap. 36, duquel voicy les «expresses parolles : Libros Machabæorum non Judæi sed Ecclesia pro Canonicis habet; et le mesme S. Augustin, au liv. 2 de Doctrina Christiana, chap. 8; et le pape Damase, au decret des livres canoniques, qui fust fait et leu en un Concile de septante evesques, avec plusieurs autres anciens Peres, qu'il ‘seroit ennuyeux de nommer, l'ont approuvé; ainsi ceux qui nient temerairement l’authorité du livre, nient quant et quant (1) l’authorité de l'antiquité chrestienne. On sçait bien tout ce qu’on apporte pour soustenir cette negative, mais la plupart ne fait que monstrer la difficulté qu'il y a dans les livres, plutost que de la fausseté; nous voulons bien respondre aux deux ou trois plus fortes objections que font nos adversaires : en la premiere, ils disent, que la priere auroit esté faite pour monstrer simplement la bonne intention que Judas Machabée avoit à l’endroict des deffunts, non pas qu'il creut reellement que les deffunts en eussent aucun besoin; mais l’Escriture dit expres ces claires parolles : wf a pec-
(4) En même temps. :
DISCOURS LXXYI. 641
catis solvantur; en la seconde : que c'est une manifeste erreur de prier pour la resurrection des morts, avant le jugement : car c'est presupposer, ou que les ames ressuscitent, et par consequent meurent, ou que les corps ne ressuscitent pas, si ce n’est par l’entremise des prieres et des bonnes actions des vivans, ce qui seroit contre l’article credo resurrectionem mortuorum. Cette pretenduë erreur n’est rien qu'un pretexte pour ecarter ce lieu des Machabées; il est visible par le sens des parolles : Masi emim eos, qui ceciderant, resurrecturos Sperarel, superfluum videretur et vanum, pro defunctis orare. On respond aysement, qu'en cet endroict, Judas ne pretend pas qu'on prie pour la resurrection de l’ame ny du corps, mais seulement pour la deshivrance des ames; en quoy ces prians ont presupposé l’immortalité de l’ame, car s'ils eussent creu que l’ame fust morte avec le corps ils n’eussent point prins le soin de leur deslivrance, et parce que parmy les Juifs la croyance de l'immortalité de l'ame et de la resurrection des corps, estoient tellement joinctes par ensemble, que qui nyoit l’une, nyoit l’autre; pour faire voir, que Judas Machabée croyoit en l'immortalité de l'ame, il dit qu'il croyoit encore en la resurrection des corps, ainsi il met en preuve la resurrection des corps par l’immortalité de l'ame, car il ne se peut faire que l'ame fust immortelle sans la resurrection des corps, comme on lit en la premiere aux Corinth. 15 : Quid mil, si mortui non resurqunt? comedamus et bibamus, cras
emim moriemur. Or, il ne s’ensuivoit aucunement qu'il fallust
ainsi s'abandonner, encore qu'il n'y eust point de resurrection, car l'ame qui demeureroit en son estre, souffriroit la peine deuë à ses pechez, et pourroit recevoir la recompense de ses vertus; mais S. Paul, en cet endroict, met en compte la resurrection des morts pour l'immortalité de l’ame, parce que, de son tems, qui croyoit l’un, croyoit l’autre; il n'y a donc aucune raison de
. refuser le tesmoignage des Machabées en preuve d’une si juste
creance ; que, si à tout rompre, nous ne le voulons prendre que comme un tesmoignage d’un simple, mais grave historiographe, ce qu'on ne nous peut refuser, au moins faudroit-il confesser, que la Synagogue ancienne croyoit un purgatoire; puis que toute cette année-là fut si dediée et si employée à prier pour les
deffunts.
Certes, par abondance de droict, nous avons encore des marques visibles de cette devotion envers les deffunts en d’autres endroicts de l'Escriture, qui nous doivent faciliter la reception de ce livre, que nous venons d’alleguer; en Tobie, 4° chap. :