‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 4)Chapitre 13 sur 61 · La fureur des protestants ne tarda pas à amener ces dan · texte numérisé non relu

La fureur des protestants ne tarda pas à amener ces dan

1 Lettre Te. — ? Lettre 12e, — 3 Lettre 13e.

Liv, IT, Chap. IT. — PÉRIL, SUCCÈS ET CALOMNIES. 407

gers que le sénateur ne soupçonnait pas. Ayant appris, le 1° juillet, que François était allé à la montagne de Voirons, pour essayer d'y rétablir l’oratoire de la Sainte Vierge, dès longtemps détruit par les Bernois, ils y coururent en grand nombre, et, non contents de s'opposer à son pieux dessein, ils l’accablèrent d'injures et de menaces. Son calme même excitant leur colère, tout annonçait la volonté de le mettre à mort, quand il parvint à se dérober par la fuite. Lui-même depuis attribuait son salut à une protection spéciale de la Sainte Vierge, et il s’humiliait de n'avoir pas été jugé digne alors de mourir pour le service du Fils et de la Mère*.

Pour le moment, 1l disait avec S. Paul : Ayant souffert et reçu des injures, je puis maintenant m'appuyer sur Dieu pour annoncer l'Évangile; et son âme entrevoyait enfin le succès; dont jamais il n'avait douté. En effet, quelques jours après, comme il prèchait à Thonon, il eut la consolation de voir autour de sa chaire, malgré la défense générale et les menaces, un certain nombre de protestants; et sans doute que cette vue, excitant son zèle et sa charité, le rendit plus éloquent, comme aussi la grâce divine descendit dans les cœurs. Sa parole et son attitude produisirent un tel effet, que ces nouveaux auditeurs furent autant de prosélytes dont les impressions devinrent promptement contagieuses ; car déjà sa vie et ses écrits de controverse avaient vivement frappé. Aussi le 17 juillet, fête de saint Alexis, l’auditoire fut plus nombreux encore et plus ému : quelques-uns même déclarèrent vouloir se convertir; et tout semblait annoncer un ébranlement général,

54. Les ministres, qui voyaient leur puissance tourner au déclin, s’assemblèrent tumultueusement, et leur concilhabule n’aboutit qu’à cette ridicule conclusion, qu'il fallait faire passer le prêvot pour un sorcier. Dans les prêches comme dans les maisons, ils affirmèrent que ce magicien papiste entretenait commerce avec le démon, de qui il apprenait la nuit ce qu’il devait faire, et les artifices par lesquels il attirerait à soi le peuple. Il se trouva même un misérable qui jura l'avoir vu au sabbat, et déclara vouloir être pendu, si l’on ne trouvait sur le corps du prêtre la marque du diable. Le peuple, dont la crédulité est d’autant plus grande qu'il est plus loin de la foi, se laissa prendre à ces grossières imputations; et chacun disait qu'il-fallait condamner au feu le papiste : en sorte que les nouveaux convertis, ef-

1 Année de la Visitation.

frayés et tout tremblants, vinrent avertir le missionnaire et le prièrent de confondre l’impudence des ministres. François ne put s'empêcher de sourire, voyant que ses ennemis en étaient réduits à des moyens aussi absurdes ; et, faisant un grand signe de croix : « Voilà, dit-il, toute ma marque et tous mes charmes : avec ce » signe puissant, je m’assujettis les diables, je chasse les tem- » pêtes de l’air et les frayeurs nocturnes, et je déjoue les machi- » nations ténébreuses. Muni de ce signe, 7e ne crains rien dece que peuvent faire les hommes; si des armées entières se lè- » vent contre mot, c'est en ce signe que j'espérerai. Si les mi- » nistres ont envie de faire quelque merveille, qu'ils viennent à » moi, et avec ce signe je leur enseignerai tout ce qu'ils vou- » dront : ce n’est pas sans raison qu'ils m’appellent homme de » sabbat; pourquoi me contraignent-ils de le sanctifier!? »

55. Malgré ce hardi langage, alliant la prudence à la fermeté, il ne crut pas devoir s’exposer, sans nécessité, à la fureur des gens capables de tout, et il prit gîte ce soir-là chez le procureur fiscal, où il passa en oraison une partie de la nuit.

Le lendemain, fête de sainte Symphorose, il prêcha sur l'invocation des saints, avec une clarté et une solidité qui frappèrent tous les auditeurs. Ce sermon fut un véritable événement : il inclina à la foi grand nombre d’âmes et jeta dans le camp de l’hérésie la consternation et un désespoir furieux; la mort du prédicateur fut résolue, et des assassins soudoyés allèrent l’attendre sur la route des Allinges. Promptement averti, il eût pu, cédant aux prières de ses amis, demeurer encore à Thonon; mais il était pressé d'écrire au nonce de Turin, pour une affaire très-importante, et certains papiers qui y avaient rapport se trouvaient dans la forteresse. Il crut de son devoir de ne pas hésiter, et il répondit tranquillement à ceux qui le sollicitaient : « Celui qui s'appuie » sur le secours du Très-Haut demeure en assurance sous la » protection du Dieu du ciel. Les promesses du Seigneur sont un » bouclier qui me garantira des traits de mes ennemis. J'ai mis » ma confiance dans le Seigneur. »

Il partit donc, suivant le chemin ordinaire, accompagné de son serviteur et de deux catholiques dévoués, et arriva au pied de la montagne comme la nuit commençait. Toup à coup sortent d'une embuscade deux hommes armés qui se précipitent vers lui en vociférant, et il allait s'ensuivre un combat sanglant entre ces assassins et les compagnons du missionnaire; mais lui, se

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1 Ch.-Aug. de Sales.

Liv. IT. Chap. II. — COURAGE DEVANT LES ASSASSINS. 109

rappelant Jésus au jardin : « Remettez, dit-il, l’épée dans le four- » reau; je dois aller seul vers ceux qui en veulent à ma vie. » Et doublant le pas, il joignit ces malheureux qui, frappés de la douceur de ses paroles et de la majesté de son attitude, se jetèrent à ses pieds en implorant leur pardon, et en lui promettant que désormais ils seraient tout à lui '.

56. À peine arrivé au château, Georges Rolland courut avertir le gouverneur du danger auquel son maître venait d'échapper, et le baron, justement alarmé, vint conjurer François de se laisser désormais accompagner par une escorte. « Saint Paul et » les Apôtres, répondit-il, n’ont point eu recours aux soldats, eux » qui, par la seule épée de la parole de Dieu, ont rompu les » puissances des arcs, le boucler, le glaive et la querre. C'est » par les armes que Luther et Calvin ont planté leurs perfidies ; » mais la seule parole doit les arracher : La voir du Seigneur, » seule, brisera les cèdres, et ébranlera le désert de Cadès. Je ne » veux point à ma vie d'autre terme que celui que Dieu a mar- » qué, et il me serait glorieux d’endurer la mort pour soutenir la » sincérité de la foi catholique ?. »

Devant cette confiance et cette fermeté prodigieuse, qui ne s’expliquaient guère que par l'inspiration divine ou la sainteté de l’apôtre, le baron d'Hermance n'’insista point; mais il donna des ordres pour que six soldats, ou au moins cinq, le suivissent à distance quand il partirait, et allassent au devant de lui vers le soir.

571. Ces précautions ne rassurèrent point Rolland qui, dans son effroi, écrivit à M. de Boisy, et provoqua de la part du vieillard un ordre sévère de retour immédiat. François répondit : « Mon

» très-honoré père, si Rolland était votre fils, aussi bien qu'il » n’est que votre valet, il n'aurait pas eu peur, pour un si petit » choc que celui où il s’est trouvé, et n’en ferait pas le bruit » d’une grande bataille. Nul ne peut douter de la mauvaise vo- » lonté de nos adversaires; mais aussi fait-on tort, quand on » doute de notre courage. Par la grâce de Dieu, nous savons que » celui qui persévérera sera sauvé, qu'on ne donnera la cou- » ronne qu'à celui qui aura légitimement combattu, et que les » moments de nos combats et de nos tribulations opèrent le prix » d’une gloire éternelle. Je vous supplie donc, mon père, de ne » point attribuer ma persévérance à la désobéissance, et de me » regarder toujours comme votre fils respectueux *. »

1 Ch.-Aug. de Sales, de Cambis, etc. — ? Ibid. — 3 Lettre 16e.

Ce langage si noble rappela au souvenir du vieux gentilhomme les temps où il bravait la mort dans les combats; il se sentit fier du courage de son fils, et l'admiration, dans le cœur du guerrier, fit taire un instant les inquiétudes du père. François, sans doute, avait deviné ce résultat de sa lettre, et ce fut le moment dont il profita pour s'engager plus avant encore dans la glorieuse lutte qu'il soutenait au nom du Seigneur : il quitta le château des Allinges pour fixer sa résidence à Thonon.

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