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Liv. IE. Chap. V. — QUARANTE-HEURES DE THONON. 169
.du prélat et des missionnaires fut qu'il fallait démasquer le sectaire, et tous jugèrent aussi que c'était au prévôt qu'il 'appartenait de répondre : la croix avait été plantée par lui, il connaissait le ministre et personne n’était aussi habile dans ce genre de composition. Presque humilié de cette honorable décision, François s’y soumit néanmoins parce qu'étant le plus ancien confrère de la Croix, il se sentait obligé d'en soutenir l'honneur, . etil promit à l'œuvre tous ses loisirs. Avec la licence du Saint- Siège, il commença par lire le pamphlet, notant à la marge les fausses allégations, les impostures et les blasphêmes du traiteur : nous dirons plus tard comment il répondit.
113. Pour le nombre des fidèles que l’on attendait, l'église Saint-Hippolyte était insuffisante et au contraire Saint-Angustin convenait parfaitement; mais elle était au pouvoir des protestants. M5 de Granier, considérant leur petitnombre, qui encore décroissait tous les jours, crut devoir leur enlever cet édifice, et il le fit sans rencontrer d’obstacle sérieux. L'église fut solennellement réconciliée; on y reporta la pierre du grand autel, que les Bernois avaient fait mettre à la maison de ville, et le samedi 19 septembre, le prélat y conféra les Ordres et la Confirmation. Il y consacra de même plusieurs autels, bénit un certain nombre de croix pour les avenues des chemins, et décida que chaque procession en emporterait une pour la planter au lieu qui lui serait désigné. Poussant plus loin la prévoyance, il fit élever, sur la place voisine de l’église, un magnifique oratoire où serait exposé le Saint-Sacrement, visible ainsi pour un plus grand nombre d’adorateurs; et près de l’oratoire, comme à Annemasse, on dressa le théâtre destiné aux représentations pieuses.
114. Le jour venu, « la première oraison futcommencée, » et déjà l’affluence était si grande, qu'on ne saurait pas bien le dire : il s’y trouvait des peuples « non-seulement des provinces voisines , de Savoie, de Bourgogne, de Suisse, du Valais, du Val d'Aoste et de la Bresse, mais encore des lieux éloignés de deux et trois journées. Le matin on fit une procession générale, en laquelle le bon prélat porta le Saint-Sacrement; et comme l’on fut de retour à l’oratoire, voilà arriver les confrères pénitents de Taninge, vêtus de blanc, et après eux 300 hommes de Bellevaux qui demandent l’absolution de l'hérésie. Ils furent. suivis des confrères de Boège à qui François, saisissant l’occasion d'une fort belle représentation faite sous leurs yeux, de la descente de la manne, ädressa une émouvante instruction de la réalité et dignité de l'Eucharistie. Les processions, jusqu'au
nombre de 40, continuèrent de venir par ordre, chacune à son
heure. Elles allaient se surattendant les unes les autres, et quatre prêtres avaient mission de les prêcher au lieu où elles attendaient. Les paroissiens de Saint-Cergues avaient pour étendard l’ancienne croix de leur église, soigneusement cachée avec Ja custode tant que dura la terreur protestante : leur nombre s'élevait à plus de trois cents. Plus de deux cents âmes de la paroisse de Fessy se convertirent, et bien soixante de Perrigny, outre plusieurs particuliers de divers endroits. » Le deuxième jour au matin arrive l’évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, avec les processions des villes de Cluses et de Sallanche, et une suite de peuple innombrable, accouru de plus de deux journées et des plus hautes montagnes du Faucigny. Tous marchaïent vêtus de blanc et pieds-nus, et ce fut avec grande humilité et dévotion qu'ils représentèrent la Passion du Sauveur. Is furent suivis de la nombreuse procession de Bonneville, puis de celle de la noblesse du Chablais, que conduisait le gouverneur, M. de
Lambert. Après midi vint celle d'Évian, avec une troupe d’anges.
portant les mystères de la Passion : ils montèrent sur le théâtre et récitèrent plusieurs beaux vers, représentant le prophète Élie qui reçut le pain de l’ange sous le genévrier, quand il fuyait la colère de Jézabel. Sur le tard parurent ceux de Ternier, qui seraient venus plus tôt, mais qui avaient subi, malgré la paix, les insultes du Genevois.
« Ceux que la lumière du jour avait retenus de venir aux prédications, émerveillés du bruit des conversions sans nombre, y vinrent plus hardiment à la faveur du voile de la nuit, durant laquelle, tant l’apostolique François que le Père Chérubin, ne cessèrent de faire de beaux sermons sur les matières de controverse *. » Pour tout dire , la piété des nombreux confrères de la Croix, la pompe des cérémonies et l'immense quantité des conversions firent de ces Quarante-Heures un véritable et éclatant triomphe pour la religion : là fut aussi la source de grâces abondantes, et il était facile d'annoncer que bientôt le protestantisme disparaîtrait entièrement de ces contrées.
115. La solennité finit comme elle avait commencé, par une procession générale, dans laquelle on reporta le Saint-Sacrement - à l’église Saint-Augustin. Au retour, François employa le reste de la journée à préparer quarante personnes, qui revenaient d'un grand attachement à l'hérésie, et dont il fallait tout ensemble
1 Ch.-Aug. de Sales.