‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 4)Chapitre 24 sur 61 · D'Annonay, François revint à Lyon, puis se TON dans le · texte numérisé non relu

D'Annonay, François revint à Lyon, puis se TON dans le

pays de Gex, où l’attendait le baron de Luz. Celui-ci ne jugea à propos de rétablir que trois paroisses, dont une dans la ville même de Gex, que Louis de Sales desservit gratuitement. Ce petit nombre affligea le Saint, qui en écrivit à Henri IV : « C’est beau’ » coup moins , disait-1l, que je n’avais conçu en mon espérance, » laquelle, portée de la grandeur de la piété qui reluit en la cou- » ronne de Votre Majesté, n'aspirait à rien moins qu'au tout. » J'espère néanmoins encore; et par la bonté du commencement » que je vois, je suis toujours tant plus invité d’en désirer le pro- » grès..., plein d'assurance que cette main royale, qui ne sait » laisser aucun de ses ouvrages imparfait, ayant donné ce com- » méncement..…., ne tardera point d’y apporter la perfection que » le Saint-Siège en attend, que son édit promet, et que je lui » demande très-humblement...". » Il se plaignit également au Pape, dans la lettre par laquelle, annonçant la mort de son prédécesseur et faisant du prélat défunt le plus touchant éloge, il remerciait Sa Sainteté des grands bienfaits de la munificence âpostolique à son égard ?.

. Ces réclamations ne furent pas sans quelque effet; il y eut déux paroisses de plus, et François s’empressa de remercier Henri IV. « Sire, écrivait-il, après avoir donné gloire à Dieu » pour le nouveau rétablissement de l'exercice catholique en » deux paroisses du bailliage de Gex..., j'en rends grâces à la » providence royale de Votre Majesté, de la piété de laquelle » ces pauvres peuples ont reçu ce bien infini. Je dis infini, Sire, » parce qu’en effet il regarde le salut, non-seulement des âmes » qui ont été maintenant favorisées de cet incomparable bon- » heur, mais de plusieurs autres, qui, excitées par l'exemple de » celles-ci, et par l'odeur de la sainte affection de Votre Majesté, » minutent de très-humbles requêtes pour en obtenir une pa- » reille grâce*. »

1 Lettre 78e, —2 Lettre 79e. — 3 Lettre 80e. Le Saint y fait un magnifique cloge. du Roi, et aussi du baron de Luz.

Liv. LT. Chap. IV. — LETTRE AUX FILLES-DIEU. 249

60. Ces affaires terminées, il fallait songer au sacre, et le Saint, pour s’y préparer, voulut faire une longue retraite. Il vint au château de Sales, et « n’y fut pas plus tôt arrivé, que la ville d'Annecy lui envoya le syndic du Four avec des lettres de congratulation. Les chapitres de l’église cathédrale et des collégiales, et tout les corps des villes de son diocèse en firent de même. » La joie de tous émut son cœur d'un sentiment de vive affection ; mais sa faiblesse était ce qui le frappait le plus etil disait seulement, pour se rasurer : « Je me confie en la bonté » de Dieu, laquelle ne nous défaut jamais ès choses nécessaires, » qu'ilme donnera la grâce de sa sainte assistance pour vous » rendre tous les services que je désire. » — « Il écrivit ensuite au P. Jean Forier, de la Compagnie de Jésus, qui était à Thonon, le priant de venir à Sales, pour lui servir de directeur en là revue qu’il voulait faire de toute sa vie’; et en attendant il se livra tout entier à la presse d’un monde d'affaires qui l’environnaient en ce commencement de sa charge.

Du nombre de ces affaires fut une longue et remarquable lettre qu'il jugea nécessaire d'écrire à la communauté des Filles- Dieu de Paris. C'étaient des religieuses de l'Ordre de Fontevrault ?, dont le monastère, rue Saint-Denis, avait été un hôpital fondé par saint Louis : François avait reçu d'elles les marques les plus singulières d'estime et de confiance, et c'était ce qui l'excitait et l’encourageait à réclamer la réforme de plusieurs abus qu’il venait seulement d'apprendre, « On m'a dit qu’il y a ».en votre maison des pensionnettes particulières et des pro- » priétés dont les malades ne sont pas également secourues; que » les saines ont des particularités aux viandes et habits sans né- » cessité, et que les entretiens et récréations n’y sont pas fort » dévotes.. Vous devez corriger ces défauts, à mon avis, parce » qu'ils sont petits; car, si vous attendez qu'ils eroissent, vous » ne les pourrez pas aisément guérir... S'ils sont petits, n'êtes- » vous pas beaucoup moins excusables de ne les pas corriger ?... » Ils sont petits, si on les met en comparaison des plus grands, » car ce ne sont que commencements...; mais, si vous les con- » sidérez en comparaison de la vraie et entière perfection reli- » gieuse, ils sont sans doute très-grands et très-dangereux. Est- » ce, je vous prie, un petit mal que celui qui attaque le vœu de » pauvreté ?..… Encore trouvé-je ce mal en votre maison bien

1 Ch.-Aug. de Sales. — 2 Fondé par le B. Robert d'Arbrisselles, vers 1100, sous la Règle de saint Benoît.

» grand, parce qu'il y est maintenu, parce qu'il y est en repos

et qu'il y séjourne comme habitant ordinaire... Je me doute que vous n’estimez pas qu’en ces pensions..…, il y ait aucune propriété contraire à votre vœu, parce qu'à l'aventure tout s'y fait par la permission de la supérieure. C’est déjà un mauvais mot que celui de permission... Mais outre cela, ce sont les pensions de telle sœur et non pas d'une autre... Que veut dire qu'étant toutes sœurs, vos pensions ne sont pas sœurs ?.. Le rebgieux qui a un hard ne vaut pas un liard, disaient les anciens. L'amour que vous portez à votre maison peut être un gränd empèchement à la réformation... Mais prenez garde, je vous supplie. ; le vrai amour de nos maisons nous rend jaloux de leurs perfections réelles, et non de leur réputation seulement. Quiconque aime sa maison, en procure la pureté, santé et réformation. — Je pense qu'il y a un autre empêchement... ; votre maison ne pourrait se maintenir sans ces pensions parce qu'elle est pauvre. Au contraire, je pense que ce monastère est. pauvre parce que ces pensions y sont... Dieu veut que l’on se fie en lui... — A l'aventure, ceux qui ont proposé la réformation jusqu'alors ont manié la plaie un peu âprement; mais voudriez-

» vous pour cela rejeter votre guérison ?.. Elie mangeait le

pain porté par les corbeaux... Job râclait l’ordure et supuration de ses ulcères avec une pièce de pot cassé. Que tous ces empêchements ne soient point assez forts, je vous prie...

» Priez.., et appelez à votre secours quelques-uns des plus spiri- » tuels qui sont à l’entour de vous... Je suis indigne d’être » écouté; mais j'estime votre charité si grande, que vous ne

mépriserez pas mon avis... Je me promets l'assistance de vos

» oraisons pour toute ma vie, et plus particulièrement pour cette » entrée que-je fais en la laborieuse et dangereuse charge d'é- » vêque, afin que, préchant le salut aux autres, je ne sois ré- » prouvé à damnation”. »

61. Ayant écrit cette lettre, où l'homme de Dieu se montre si

bien, el « étant délivré de toutes autres pensées, il demeura l’espace de 20 jours presque en solitude, se préparant par la prière, le jeùne et les austérités à la confession générale de ses péchés, après laquelle il se prescrivit, sous l'inspiration de Dieu et de son directeur une admirable façon de vivre. » « Je fais » la revue de mon âme, écrivait-il, et sens au fond de mon cœur » une nouvelle confiance de mieux servir Dieu en sainteté et en

1 Lettre 7640.

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Liv. IT. Chap. IV.— RÈGLEMENT DE VIE. 251

» justice tous les jours de ma vie. J'ai eu de grands sentiments » des obligations que je lui ai; j'ai résolu de m'y sacrifier avec » toute la fidélité qu'il me sera possible, tenant incessamment » mon âme en sa divine présence, avec une allégresse non point » impétueuse, mais, ce me semble efficace pour le bien aimer : » car rien du monde n’est digne de notre amour; il le faut tout » à ce Sauveur, qui nous a tout donné le sien. Je vois tous les » contentements terrestres un vrai rien- auprès de ce régnant » amour, pour lequel je voudrais volontiers mourir, où tout au » moins vivre pour lui seul. Qu'il me tarde que ce cœur que » Dieu m'a donné lui soit inséparablement et éternellement » hé!» :

Son règlement suivait ces admirables paroles, etil faut le méditer pour en comprendre toute la sagesse?. Il y décrit d’abord sa tenue extérieure, simple, modeste et décente pour sa personne et ses vêtements : rien de précieux que le seul anneau pastoral; mais en toute la dignité et l’imposante et douce gravité de l’'évêque.— Deux serviteurs ecclésiastiques : « et encore suf- » firait-il d’un, mais maintenant il en prend deux, en considéra- » tion d'André de Sauzea, lequel étant bon prédicateur pourra » faire beaucoup de bien en ce diocèse. » — Unsecrétaire, deux » valets de chambre..., un euisinier avec son garcon, et un la- » quais. » — Tous appartiendront à la Confrérie de la Sainte- Croix et auront leurs exercices de piété, soit particuliers, soit communs, très-bien réglés. — En chaque chambre un oratoire; » deux chambres seront tapissées, une pour les étrangers, et » l’autre pourrecevoir les affaires; les serviteurs seront avertis » et accoutumés de traîter honnêtement avec tous, mais princi- » palement avec les prêtres. » — « La table soit modérée et fru- » gale, mais toutefois propre et nette. » Le Saint marque le rang de chacun, les lectures et entretiens, et l’heure des deux repas. — L’aumône comme du temps de M5 défunt, plus forte en hiver, faite quelquefois de la main de l'évêque. Ordre du Mandat au jeudi-saint; aumônes visibles aux religieux. « Quant aux au- » mônes particulières et extraordinaires, l’onclion enseignera ce » qu'il faudra faire. » — Toutes les fêtes de commandement, l'évèque assistera aux offices, et à Matines même aux fêtes solennelles. Il officiera dix fois dans l’année et suivra l’octave du Saint-Sacrement et les exercices des Confréries de la Sainte- Croix, du Saint-Sacrement, du Rosaire, du Cordon.

1 Tome VI, page 26.— 2 Voy. tome VI, page 27.

Ayant ainsi réglé l’extérieur, le Saint règle sa vie intime. — Deux heures d’études et une heure de lecture dévote.— L’oraison pendant une heure! ; l’exercice de la présence de Dieu continuel, les oraisons jaculatoires, l'office et le chapelet avec les méditations, « d'autant qu'il est obligé par vœu de le réciter. » — La messe tous les jours, après neuf heures; préparation n2 trop lonque ni trop courte, à la sacristie?; action de grâces de même, et prolongée au retour. Il célébrera dans les églises où il y aura quelque dévotion particulière ou indulgence, « afin que le » peuple y venant trouve toujours son évéqueen tête. » — Il se confessera chaque deux ou trois jours, « quelquefois en l’église, à la vue de tous. » — Outre les jeûnes prescrits, «il jeûnera » toutes les veilles des fêtes de Notre-Dame, et les vendredis et » samedis. Tous les ans, par l’espace de huit jours, et davan- » tage quand il pourra, il fera la recollection et purgation de » son âme, » au temps du carnaval, ou mieux peut-être entre Pâques et la Pentecôte.

A ce qui précède, François avait ajouté une troisième partie, relative à l’administration du diocèse et à sa conduite envers ses peuples. Le temps ne nous a conservé que ce que nous venons de voir; mais, par ce que sa vie nous montrera, nous pourrons juger des règles qu’il avait tracées : car, ainsi que nous l'avons dit, quand il avait pris une résolution, jamais il ne s’en départait volontairement. Ayant fait signer et approuver son règlement par sou directeur, pour le consacrer par l’obéissance, il y fut constamment fidèle, quoique souvent les circonstances et la presse des affaires aient changé les heures et dérangé certains détails. « Ce n’était pas certes qu'il ne fût désirable que nos mai- » sons épiscopales fussent dans le règlement; mais je sais par » mon expérience qu'il faut s’accommoder à la nécessité du » temps, des lieux, de l'occasion et de nos occupations. Je vous » confesse que je n'ai point de scrupule de me dérégler de mon » règlement, quand c'est le service de mes brebis qui m'occupe; » car alors il faut que la charité soit plus forte que nos propres » inclinations, pour bonnes que notre amour-propre nous les » fasse voir, et en faisant cet écrit, mon dessein a été, non de » me gêner, mais de me régler, sans m'obliger à aucun scrupule » de conscience : car Dieu me fait la grâce d'aimer autant la

1! L'oraison est l'exercice des saints ; François en ‘vint à n'avoir plus d'heure, sa vie étant une oraison continuelle.

2 Voy. Esprit, Part. I, Sect. 20.

Liv. II. Chap. IV. — sox saCRE. 253

» sainte liberté d'esprit, que de haïr la dissolution et le liberti- » nage; en somme, nous devons dire avec le grand évêque ». d'Hippone : Mon poids, c’est mon amour’. »

62. Cependant M"° de Boisy s’occupait des préparatifs du sacre. Après une retraite de quelques jours, faite en vue de se disposer aux grâces qu'elle espérait de Dieu dans cette précieuse cérémonie , elle mit tous ses soins à décorer l’église paroissiale de Thorens. François avait choisi cette église, selon les désirs de sa famille, et parce qu'en un lieu retiré du bruit du monde, le recueillement lui serait plus facile. La nef, qui pouvait contenir 2,000 personnes, fut ornée de superbes tapis; sur le haut de la façade du chœur se voyaient les armoiries de la maison de Sales, surmontées d’une mître, ‘d’une crosse d’or, et d’un chapeau vert à glands pendants, avec cette inscription : Aprés de longues années, le ciel!

L'auguste cérémonie eut lieu le dimanche 8 décembre, jour de la Conception de Marie, que le saint aimait à proclamer Jmmaculée. Le prélat consécrateur fut Vespasien Grimaldi, autrefois archevèque de Vienne”, assisté de Thomas Pobel, évêque de Saint-Paul et de Jacques Maistret, nommé par Grégoire XIII évêque de Damas, et qui vivait retiré à Aix en Savoie. Les chanoines de la cathédrale, ayant reçu par Jean-François la résignation de la dignité de prévôt, députèrent quatre d’entre eux, permettant en outre l'absence du chœur à ceux qui voudraient assister à la cérémonie ; et tous les musiciens, tant de la cathédrale que de la collégiale, se rendirent en même temps à Thorens.

63. On avait lu la bulle apostolique, reçu le serment et fait l'examen; « mais voilà, pendant que le bienheureux élu demeure en attention à genoux devant son consécrateur, qu’il est tout particulièrement environné de la divinité, que la Très- Sainte-Trinité se manifeste à lui d’une façon inénarrable; il se voit assisté de la très-glorieuse Vierge Marie, et des apôtres saint Pierre et saint Paul : dont, tout couvert de majesté, et prenant une extraordinaire rougeur au visage, il paraît rayonnant à tout le peuple. Cette merveille le tint l’espace d’une demi-heure, après quoi il tomba en défaillance, au grand étonnement de chacun. Étant relevé et revenu à ses forces, il assura que ce n'était rien, et qu'il se portait bien. Mais la très-auguste Trinité opérait invisiblement, en la suprême pointe de son âme,

1 Lettre 1040, — 2? Voy. Esprit, Part. XV, Sect. 24.

tout ce que les évêques faisaient visiblement : à l'imposition du livre des Évangiles sur la tête et les épaules, il connut très-distinctement et clairement qu’on lui donnait la charge de prêcher; à l'imposition des mains, que la vertu de la bénédiction divine était épanchée sur lui; à l'onction, qu'il devait abonder en la constance de la foi, en la pureté de la dilection, et en la sincérité de la paix....; au bâton pastoral, qu'il fallait corriger les vices avec une sévérité religieuse, tenir le jugement sans colère, adoucir les esprits pour nourrir les vertus, et ne point omettre la censure de la sévérité en la tranquillité; à l'anneau..., qu'il devait être orné d’une foi immaculée, pour garder assurément la sainte Église, épouse de Dieu; à la mitre..., qu'il devait paraître terrible aux adversaires de la vérité...; aux gants, que ses mains étaient environnées de la netteté du nouvel homme descendu du ciel, afin que, comme Jacob, les mains coùvertes de peau de chevreau, ayant présenté à son père une viande et un breuvage très-agréable, obtint la bénédiction paternelle, de même en offrant l'hostie salutaire, il méritât d'obtenir la bénédiction de la grâce divine’. »

Sous l’action de ce prodige, François renouvela l'offrande de toute sa personne et de sa vie même au service des âmes; «et » alors, écrivait-il plus tard, Dieu m'ôta à moi-même pour me » prendre à lui et me donner aux penples, afin que je ne vécusse » plus que pour lui et pour eux?, » L’impression même quil ressentit fut si vive, qu'elle l’absorba pour ainsi dire pendant plus de six semaines, lui inspirant un si grand respect pour la charge épiscopale, qu'il ne portait et ne touchait les ornements pontificaux que comme des choses saintes et mystérieuses. Il conserva toujours ce sentiment de profond respect et de foi vive avec lesquels il se revêtait des ornements de sa dignité”?.

64. Après sa consécration, le saint évêque voulut passer encore quelques jours à Sales, pour y méditer dans la retraite le grand changement que Dieu opérait en lui; et cependant il envoya le chanoine Louis de Sales à Annecy pour prendre en son nom possession de l'évêché.

Il fixa son entrée au 14 décembre, parce que c'était un samedi; car il disait : « La sainte Mère du souverain Pasteur sera » mon introductrice dans le bercail de son Fils. » — « Une grande troupe de gens de marque, accourus de tous côtés, le précé-

1 Ch.-Aug. de Sales. — ? Dépos. de Ste Chantal. — 3 Dom Jean de S. Fran- çois. Voy. Esprit, Part. IV, Sect. 35.

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daient et suivaient pour honorer le triomphe qu'il allait faire. La ville lui avait envoyé quatre des principaux conseillers, députés exprès pour le conduire et qui l’introduisirent dans la chapelle de Notre-Dame de Compassion, au faubourg du Bœuf. Là, le saint évêque, après avoir fait sa prière, fut revêtu de ses ornements pontificaux, et, du milieu de l'autel, assis en majesté, le visage tourné vers le peuple et la cité, entendit les harangues &es syndics, du Conseil et de la Chambre des comptes. Après une très-suave réponse du bienheureux, le maître des cérémonies commanda à tous les ordres de la ville de marcher. Un valet de ville précédait, couvert d’un manteau rouge; puis, deux à deux , les Capucins, les Cordeliers de l'Observance, les Dominicains , les chanoines de Saint-Augustin, du prieuré du Saint- Sépulcre, les vicaires de Saint-Maurice, les chanoines de la collégiale de Notre-Dame et le chapitre de la cathédrale, dont les musiciens faisaient retentir les rues de léurs chants de joie. Suivaient deux chantres de la même église, revêtus de chapes et de miîtres, et appuyés sur des bâtons à pomme d’argent; puis un prêtre en surplis portant haut la crosse, et, sous le dais que portaient les syndics, entre quatre chanoines en tunique dont les deux premiers tenaient le gremial, le Pontife sacré allait gravement, bénissant le peuple agenouillé; enfin les prêtres en surplis, portant les mîtres, puis le magistrat du Conseil et de la Chambre , une noblesse nombreuse et une grande foule de peuple. 65. Tout ce cortège s'avançait parmi les carillons de toutes les cloches, et lorsqu'on fut à la porte de la ville, où la jeunesse attendait sous les armes, les décharges de mousqueterie, mêlant leur fracas au son de l’airain sacré, convièrent les peuples d’'alentour à la joie universelle. Sur cette porte étaient les armes du prélat, surmontant celles d'Annecy, le tout dans une couronne de lauriers avec cette devise : Au saint prélat, la cité hôtesse. Par les rues on n’entendait que cris et acclamations, ce bon peuple souhaitant vie et félicité à son évêque; et les larmes de joie distillaient abondamment des yeux de plusieurs. Les trois grandes portes de la cathédrale (Saint-François) étaient entièrement ouvertes; et tout le frontispice orné de peintures et de devises, . œuvre des jeunes collégiens. Sur la porte principale, le chanitre avait placé deux grands tableaux. En l’un, deux chiens blancs comme neige soutenaient les armoiries du bienheureux François, timbrées d’une verge, sur le bout de laquelle était un œil rayonnant, comme la vit le prophète Jérémie; et on lisait une épigramme latine qui signifiait : Au Pasteur veillant. En l’autre,

Je glorieux apôtre saint Pierre, avec son livre et ses clefs, était appuyé sur un écu de queules ! à deux clefs d’or passées en sautoir, et disait eu latin cette devise : Elles ferment et ouvrent. La grande chaire à prêcher, outre l’écusson du prélat soutenu -par deux anges, présentait quatre emblêmes : c'étaient quatre mains qui semblaient sortir des nues, et chacune avait son action, répondant à l’une de ces sentences : Pour que tu arraches, que tu détruises, que tu édifies, que tu plantes. La première main déracinait des épines et des chardons ; la seconde, avec un marteau crochu, ruinait une tour; la troisième, avec la truelle, enduisait de mortier une maison; la quatrième enfin plantait en terre un rameau d'olive. A l'arc triomphal était un grand tableau : Dieu le Père, environné d’anges et les bras étendus, regardait aux choses inférieures, et on lisait : Que votre main soit sur l'homme de votre droite. Toute l’église était tapissée et parée, comme une belle épouse ; mais elle reçut bien plus d’ornement de la venue de son époux, qui, après avoir adoré le Très-Saint-Sacrement au milieu de son grand autel, lui voua un amour indestructible. Alors le chanoine Nouvellet, de la stalle de l'archidiacre, fit une très-belle et très-élégante harangue, souhaitant toutes sortes de félicités et bénédictions célestes au Pontife et à son Église : on chanta le Ze Deum et le saint évêque bénit son peuple ; puis chacun se retira, car il était déjà nuit ?.

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1 C'est-à-dire de couleur rouge. — ? Ch.-Aug. de Sales.

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