‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 4)Chapitre 31 sur 61 · SL Ÿ · texte numérisé non relu

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Liv. IV. Chap. IT. — LA PRÉSIDENTE BRULART. 319

« Je vous ai dit une fois, et m'en ressouviens fort bien, que j'avais trouvé en votre confession générale toutes les marques d’une vraie, bonne et solide confession. C’est la vraie vérité, Madame ma chère sœur, et croyez qu’en telles occasions je parle fort purement. Que si vous avez omis quelque chose, considérez si ç’a été à votre escient et volontairement ; car en ce cas là; vous devriez sans doute refaire la confession, si ce que vous auriez omis était péché mortel, où que vous pensassiez à cette heure-là que ce le fût! : mais si ce n’est que le péché véniel, ou que vous l’ayez omis par oubliance, ne doutez point; car, au péril de mon âme, vous n'êtes nullement obligée de refaire votre confession, mais suffira de dire, à votre confesseur ordinaire le point que vous avez omis : de cela j'en réponds. N'ayez pas crainte non plus de n’avoir pas apporté tant de diligence qu'il fallait à votre confession générale... »

« Toutes les règles du Rosaire et du Cordon n’obligent nullement à péché...?; ne vous en mettez donc nullement en peine , mais servez Dieu gaîment et en liberté d'esprit. »

« Il faut avant toutes choses observer les commandements généraux de Dieu et de l’Église.…; outre lesquels il faut soigneusement observer les commandements particuliers qu’un chacun a pour le regard de sa vocation... Qu’une personne fasse miracles étant en état de mariage, et qu'elle ne rende pas le devoir du mariage à sa partie, ou qu'elle ne se soucie point de: ses enfants, elle est pire qu'infidèle, dit saint Paul; et ainsi des autres. Voilà donc deux sortes de commandements... et la vertu de dévotion ne consiste pas à les observer, mais à les observer avec promptitude et volontiers. Or, pour acquérir cette promptitude, il faut employer plusieurs considérations : 1° C'est que Dieu le veut ainsi; il est bien raison que nous fassions sa volonté, car nous ne sommes au monde que pour cela. Hélas!... nous disons à tous coups : Seigneur, je suis vôtre ; et quand il nous veut employer, nous sommes si lâches! 2° Que les commandements sont doux, gracieux et suaves…. Et qu'est-ce donc qui vous les rend fâcheux? Votre propre volonté. Il faut vouloir ce que Dieu veut; et si Dieu veut que

1 11 ya des âmes constamment troublées qui voiént partout des péchés mor-

tels : leur appréciation, ou plutôt leur crainte n'est pas wn jugement; ce qu'elles pensent doit être tenu pour nul, et le confesseur n'a pas à en tenir compte. — ? Ainsi en est-il de toutes les confréries et dévotions particulières,

sauf le cas de vœu.

» je le serve en une chose, je ne dois pas le servir en une autre. » 3° [1 n'y a nulle vocation qui n'ait ses ennuis, ses amertumes » et dégoütements, et, si ce n’est ceux qui sont pleinement ré- » signés à la volonté de Dieu, chacun voudrait volontiers » changer sa condition. Mais quiconque n’est pleinement rési- » gné, qu'il tourne deçà et delà, il n’aura jamais le repos... » 4° I] faut non-seulement vouloir faire la volonté de Dieu, mais » pour être dévot, il la faut faire gaîment... 5° Il ne faut pas » porter la croix des autres, mais la sienne; et pour porter » chacun la sienne, Notre Seigneur veut qu’un chacun renonce » à soi-même, c'est-à-dire à sa propre volonté’. »

61. Tels sont les principes, que suit un règlement de vie; mais, dans ces règles, une chose est particulièrement remarquable, c’est la manière dont la communion est laissée en quelque sorte au gré du mari et du père. « Ils ont un peu de » jalousie de leur empire et domination... Que voulez-vous? Il » leur faut permettre cette petite humanité. Ils veulent être » maîtres, et n'est-ce pas la raison, en ce qui dépend du service » que vous leur devez? Mais les bons seigneurs ne considèrent » pas que, pour le bien de l’âme, il faut croire les directeurs et » médecins spirituels... Mais, nonobstant tout cela, il faut beau- » coup condescendre à leur volonté... Il est force que quelquefois » nous laissions Notre Seigneur. Peut-être leur avez-vous donné » occasion de se mêler de votre dévotion et de s’en cabrer. Que » sais-je, moi? à l'aventure que vous êtes un peu trop em- » pressée et embesognée, et que vous avez voulu les presser » eux-mêmes... [} faut nous empêcher de rendre notre dévotion » ennuyeuse. Quand vous pourrez communier sans troubler vos » deux supérieurs, faites-le selon l'avis de vos confesseurs. » Quand vous craindrez de les troubler, contentez-vous de com- » munier d'esprit; et croyez-moi, cette privation de Dieu agréera » extrêmement à Dieu, et vous le mettra bien avant dans le- » cœur. Je réponds de même pour votre fille... Vous êtes, à ce » que je vois, au vrai essai de la résignation et indifférence, » puisque vous ne pouvez pas servir Dieu à votre volonté. Je » connais une dame, des plus grandes âmes que j’aie jamais ren- » contrées, laquelle a demeuré longtemps à telle subjection sous » les humeurs de son mari, qu’au plus fort de ses dévotions et » ardeurs , 1l fallait qu'elle portât sa gorge ouverte et fût toute » chargée de vañité à l'extérieur, et'qu’elle ne communiât

1 Lettre 822e.

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» jamais, sinon à Pâques, qu'en secret et à l’insu de tout le » monde; autrement elle eût suscité mille tempêtes... : et par » ce chemin, elle est arrivée bien haut, comme je le sais, pour » avoir été son père de confession fort souvent. Mortifiez-vous » donc joyeusement.. Vous ne désirez pas ces résignations, vous » en désireriez d’autres; mais faites celles que vous ne désirez » pas, car elles en valent mieux’, »

Plus tard, ces conseils exactement suivis amenèrent un changement de situation et plus de liberté; le Saint put alors régler même les communions, qui devinrent plus fréquentes, à mesure que le confesseur le trouva bon. « Quant à la sainte communion, » j'approuve que vous continuiez à la désirer fort fréquente; » pourvu que ce soit avec la soumission que vous devez avoir à » votre confesseur, qui voit l’état présent de votre âme... Quand » les fêtes seront grandes, nonobstant la communion ordinaire, » il ne faut pas laisser de les célébrer par une communion » extraordinaire ?. »

62. M°° Brulart néanmoins continua longtemps encore à éprouver comme un sentiment d'impatience, quand ce qu’elle avait projeté ne se pouvait faire; et des pensées étrangères ou contradictoires et des tentations l’agitaient et la troublaient. « Vous me parlez de votre impatience : à ce que j'ai reconnu de » VOUS..., Vous avez un Cœur qui s'attache puissamment aux » moyens de votre prétention. Vous ne prétendez, je le sais bien, » que l'amour de notre Dieu : pour y parvenir, il faut employer » des moyens, des exercices, des pratiques. Or je dis que vous » vous attachez puissamment aux moyens que vous goûtez, et » voudriez tout réduire là : c'est pourquoi vous avez de l’in- » quiétude , quand on vous empêche ou qu'on vous distrait. Le » remède serait de prendre la peine de bien persuader votre » esprit en ce sentiment : c’est que Dieu veut que vous le serviez » par les exercices convenables à votre état et par les actions » qui en dépendent. Mais voyez-vous, il ne faut pas penser à » ceci simplement en passant; il faut mettre cette cogitation » bien avant dans votre cœur, et vous rendre cette vérité savou- » reuse et bien venue dans votre esprit; et croyez-moi, tout ce

» qui est contraire à cet avis n’est autre chose qu'amour- » propre”. »

1 Lettre 823. Voyez aussi la suivante, et, sur les devoirs du mariage, les

aumônes, la confession , la communion..…, la lettre 828e. — La lettre 826e parle des rapports avec les confesseurs et directeurs. — 2 Lettre 828e et 830e. — 3 Lettre 830e, À

« Cette multitude de pensées qui tracassent votre esprit ne » doivent nullement être attaquées; car, quand auriez-vous » achevé de les défaire l’une après l’autre? Il faut seulement, » plusieurs et plusieurs fois le jour, les démentir toutes en- » semble et les rejeter en gros, et puis laisser l’ennemi faire tant » de fracas qu'il voudra à la porte de votre cœur; car, pourvu » qu'il n'entre point, il n'importe’. Cette variété en laquelle » votre esprit se voit, en l’oraison et hors de l’oraison, tantôt » fort, tantôt faible, tantôt regardant le monde avec plaisir, » tantôt avec dégoût, ce n’est autre chose qu'un sujet que Dieu » vous laisse de vivre bien humblement et doucement : car vous » voyez par ce moyen quelle vous êtes de vous-même, et quelle » avec Dieu, de sorte que vous ne devez nullement vous décou- » rager pour cela?. »

« Affermissez tous les jours de plus en plus la résolution que » vous avez prise avec tant d'affection, de servir Dieu selon son » bon plaisir, et d’être entièrement sienne , sans vous en rien » réserver pour vous ni pour le monde *?. Je suis bien consolé » de voir combien vous estimez le bien de servir Dieu, car c’est » le sigae que vous l’embrasserez étroitement. Je le suis autant » du contentement que vous donnez aux vôtres, de la gaîté avec » laquelle vous vivez; car Dieu est le Dieu de joie. Continuez et » persévérez; car la couronne est pour ceux qui persévèrent *. »

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