‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 4)Chapitre 34 sur 61 · PRÉDICATIONS, RÉFORMES ET PEINES. L'ZNTRODUCTION A LA VIE DÉVOTE · texte numérisé non relu

PRÉDICATIONS, RÉFORMES ET PEINES. L'ZNTRODUCTION A LA VIE DÉVOTE

1607 et 1608.

88. Comme nous l'avons vu, François attendait toujours l’effet des promesses de Henri IV pour le pays de Gex; mais alors 1 reçut quelque consolation par le baron de Luz, qui lui faisait part d’un arrêt royal autorisant l’envoi de missionnaires dans ce bailliage. Ce seigneur ajoutait : « Ne me soyez point chiche de » vos commandements : en me les départant, vous ferez chose » charitable , puisque je ne puis faire aucune autre chose plus » digne d’agréer à la divine Majesté. » Le Saint fit donc choix de zélés religieux qu’il envoya au pays de Gex, tandis que luimême se préparait à la station du Carème, qu'il devait prêcher à Annecy.

Nous n’avons pas besoin de redire combien il déploya de zèle, d'activité et de dévouement : le peuple d'Annecy était particulièrement son peuple, et le devoir à son égard se mêlait à la charité; puis encore c'était bien le peuple dont il connaissait mieux le caractère, les habitudes et les besoins. Il prêchait, il confessait, 1l officiait et 1l se prodiguait tellement que son ancien gouverneur, qui avait conservé sur lui le plus grand empire, crut devoir le blâmer et le fit avec sa sévérité ordinaire. Le Sant répondit doucement et en souriant : « Ah! Monsieur Déage, vous » seriez bien glorieux si vous aviez un disciple martyr, qui eût » le bonheur de mourir en se consumant pour le service de Dieu » et le salut des âmes; mais vous m'avez trop ménagé et rendu » trop poltron pour que je vous procure une gloire devenue s » rare dans notre siècle’. »

Soit déférence toutefois, soit impossibilité de suffire à tout nous savons par lui-même? que parfois il cédait à d’autres prédicateurs la chaire de la cathédrale, se donnant plus volontiers à de petits auditoires devant lesquels il avait {oute commodité delâcher la bride à ses pauvres et menues affections; mais il

LS

1 Année de la Visitation, — ? Lettre 425e.

Liv. IV. Chap. IV. — cARÊME D'ANNECY. 351

assistait régulièrement à ce qu’il appelait /e sermon de la ville, ets’ y montrait singulièrement attentif, pour que son exemple attirât les fidèles. Ceux-ci néanmoins persistaient à le goûter exclusivement, et 1l arrivait que la chaire n’était guère entourée. Un homme fort docte, et sans doute médiocrement éloquent, s’oublia une fois jusqu'à s’irriter de voir un trop petit nombre d’auditeurs . et il s’écria, dans sa mauvaise humeur : « À quoi » bon se donner tant de peine pour jeter la semence dans un ter- » rain si ingrat et si stérile? » Le soir, François disait à un de ses confidents : « À qui en veut ce prédicateur? Il nous a tancés » pour une faute que nous n’avions pas commise, puisque nous » étions présents : ce n'était pas notre faute s’il y avait tant de » places vides. S'il voulait faire la réprimande aux coupables ,'il » Jui fallait aller dans les rues ou sur les places publiques. » On conçoit que le peuple fut plus sévère encore et que le prédicateur éloigna par ses invectives le peu d’auditeurs qui étaient venus. Dès lors le Saint reprit seul la chaire et l’affluence considérable des fidèles promit les plus heureux fruits.

88. « Il célébrait la messe devant ses auditeurs en la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine (église Saint-Dominique), pendant que la cloche sonnait pour annoncer le sermon , et, ayant encore les lèvres teintes du sang précieux qui a été épanché pour la rédemption du monde, il montait en chaire et prêchait avec tant d’efficace qu'il convertissait les pécheurs à grandes troupes". » Lui-même a écrit : « Vous savez bien que le Carème, c’est la » moisson des âmes. Je n'avais encore point fait de Carême en » cette chère ville que celui-ci, depuis que je suis évêque, hor- » mis le premier, auquel on me regardait pour voir ce que je » ferais ; et j'avais assez à faire à prendre contenance, et pour- » voir au général des affaires du diocèse qui m'était tombé sur » les bras tout fraîchement. Maintenant, sachez que je moissonne » un peu avec des larmes, partie de joie et partie d'amour... Je » viens de trouver dans nos sacrés filets un poisson que j'avais » tant désiré il y a quatre ans. Il faut que je confesse la vérité, » j'en ai été bien aise : je dis extrêmement. Je la recommande à » vos prières, afin que Notre Seigneur établisse en son cœur les » résolutions qu’il y a mises. C’est une dame?, mais toute d'or, » etinfiniment propre à servir son Sauveur : que si elle continue,

1 Ch.-Aug. de Sales. — ? C'était une jeune dame protestante. Ch.-Aug. dit : « une noble âme, à l’occasion de laquelle il s’est diverses fois réjoui par lettres, » ct a continué toute sa vie de lui donner les vrais avertissements de la sincère

» piété. »

» elle le fera avec fruit. — Il y a sept ou huit jours que je n'ai » point pensé à moi-même, et ne me suis vu que superficielle- » ment, d'autant que tant d’âmes se sont adressées à moi afin » que je les visse et servisse, que je n'ai eu nul loisir de penser » à la mienne. Il est vrai que... je la sens encore toute dedans » mon cœur, dont je loue Dieu; car c'est la vérité que cette sorte » d'occupation m'est infiniment profitable. Que puisse-t-elle être » bien utile à ceux pour qui je la prends".

Son zèle, ordinairement conduit par la douceur, s’anima une fois, sur la fin de la station, d'une surprenante énergie. Comme il prêchait, ses regards tombèrent sur un jeune gentilhomme (lequel lui appartenait même de parentage) qui portait la vue insolemment sur une jeune demoiselle, et s’interrompant avec indignation, il s'écria : « Que signifie cette conduite, et où » sommes-nous? Quoi! l’on osera porter l’injure à Dieu jusque » dans nos églises et pendant que l’on prêche sa parole! Cessez, » quique vous soyez, et implorez le pardon du Seigneur; car » autrement Je vous nommerai et reprendrai publiquement. » Le : coupable se contint, et la confusion pénétra tellement son âme de repentir, qu'après le sermon il alla implorer sa grâce aux pieds de l’homme de Dieu*.

90. Lorsque les fêtes de Pâques furent passées, François, de concert avec le président Fabre, son admirateur et son ami, réalisa le dessein formé depuis quelque temps d'établir à Annecy une Académie. Amants passionnés de la science véritable et persuadés intimement qu'elle est un des plus grands moyens, un des principes les plus sûrs de la vertu, ces deux hommes illustres gémissaient de voir la jeunesse, après des études insuffisantes, se perdre dans une oisiveté qui ouvrait la voix aux plus déplorables écarts. [ls savaient aussi que bon nombre de jeunes gens accueilleraient volontiers une institution qui joindrait aux grands avantages de la science le charme toujours puissant d’un association honorable et de leçons intéressantes. Et ils voyaient enfin, dans Annecy même et tout près d'eux, beaucoup d’esprits solides et d'un grand savoir qui seraient d'autant plus heureux de prêter leur concours , que les efforts qu'ils feraient pour les autres leur seraient à eux-mêmes grandement utiles. Les éléments de l’Académie étaient donc là; son but paraissait évidemment réalisable et les constitutions en furent dressées.

1 Lettre 424°, écrite aw saint temps de la, Passion. — ? Ch.-Aug. de Salès. Durant ce Carême, le Saint reçut des lettres d'affiliation à l'Ordre des Chartreux.

Liv. IV. Chap. IV. — ACADÉMIE FLORIMONTANE. 353

Ce serait l’Académie florimontane, ayant pour emblème wn oranger en fleurs, avec cette devise : Flores fructusque perennes (Fleurs et fruits immortels); car elle recueillerait les plus belles fleurs de la littérature, les plus beaux fruits de la science que produiraient les monts de Savoie : « sa fin serait l'exercice de toutes les vertus, la souveraine gloire de Dieu, le service des sérénissimes princes et le bien public. » — A sa tête, une personne illustre, vertueuse et dévouée, ayant le nom de Prince de l'Académie, et après lui deux Assesseurs, hommes sages, prudents, savants et expérimentés. Puis le Secrétaire, esprit généreux , lucide, élevé, très-versé dans les belles-lettres; des Censeurs habiles en tout genre, et bien près de lPencyclopédie; des Académiciens tous savants et hommes de bien, tous catholiques et fidèles sujets, tous graves et incapables de légèreté, tous généreux et éloignés de l’avarice, tous modestes et ennemis de la dissension ou des prééminences.

Tout candidat au fauteuil académique serait présenté par quelqu'un des académiciens; après son admission, il prendrait un nom et une devise, qu'il garderait toujours, et les divers emblèmes seraient peints et affichés, selon l’ordre de réception, dans la salle de l’Académie. On déterminerait à l'avance, et après mûre délibération, ceux qui devraient parler en public; et aux assemblées générales seraient admis tous les plus habiles maîtres des arts honnêtes.

Les leçons faites par les académiciens auraient pour objet l'arithmétique, la géométrie, la cosmographie, la philosophie, la rhétorique, la théologie et la politique, l’ornement des langues et surtout de la langue française. On ferait en sorte que la lecon fût complète en une seule séance; on enseignerait en un style grave, poli et plein, éloigné de la pédanterie, disant beaucoup en peu de temps; et chaque maître, après la leçon, donnerait les éclaireissements demandés. « Les discours et harangues se feraient avec plus d’éloquence que les leçons, et l’on y emploierait les ornements de l’art oratoire'. »

Telles étaient en substance les constitutions, qui obtinrent la haute approbation du duc de Savoie et du duc de Nemours. Ce dernier accepta, comme seigneur du Genevois, le titre de Prince, à la condition que François et son ami seraient ses assesseurs , le premier chargé de la philosophie et de la théologie, le second de la jurisprudence, et tous deux ensemble des sciences

1 Voy. tom. VI, pag. 118.

et des belles-lettres. Les plus nobles esprits ambitionnèrent le titre d’Académicien, au point qu’il fallut faire un choix; les dignitaires furent nommés, les cours furent assurés d’une affluence considérable, et François inaugura la première réunion par un magnifique discours. Il eût voulut céder l'honneur au président; mais celui-ci le déclina, se réservant pour la deuxième séance.

Cette belle œuvre n’eut point d'enfance; elle fut grande et magnifique dès l’origine, « et cette première année, on commença le cours des mathématiques par l’arithmétique, les éléments d'Euclide, la sphère et cosmographie avec ses parties (géographie, hydrographie, chorographie et topographie); suivit l’art de naviguer et la théorie des planètes, et enfin la musique théorique. Certes, il ne se pouvait rien voir de plus beau ni de plus suave que ces exercices, et la ville d'Annecy se vit en peu de temps habitée, sous ces deux grands personnages, des plus beaux esprits, non-seulement du Genevois, mais encore de toute la Savoie. »

91. Au mois de mars, le Père Chérubin avait apporté de Rome un Jubilé de deux mois pour la ville de Thonon? et le Saint ne manqua pas cette occasion de revoir ses enfants privilégiés. Là comme partout, sa vie fut celle d’un apôtre; mais on n’a conservé le souvenir que d’un seul fait particulier. Il y avait une languissante congrégation de Pénitents en l'honneur du Saint- Sacrement et de la Sainte Vierge, et il s’'appliqua à la rétablir, fixant le costume des confrères et s'inscrivant le premier sur le catalogue renouvelé des membres. Il les instruisit, les enflamma de zèle et, pour affermir leur piété par un grand souvenir, les conduisit en pèlerinage aux reliques de saint Claude, objet d'indicible vénération pour les fidèles d'alors. Sous les triomphales enseignes de la Croix et au son des clochettes , dit Charles-Auguste, plus de 400 personnes traversèrent processionnellement, et par deux fois, le pays de Vaud, tout rempli d’hérétiques, et les territoires de Genève et de Berne, sans que personne osût troubler leur chant et les exercices de leur piété. On allait à pied sous la protection du Seigneur dont le Saint avait donné l’assurance, et de distance en distance une pieuse halte interrompait la marche; et alors François, tout embrasé d'amour, laissait échapper de son cœur les plus tendres exhortations. Ainsi tout le voyage fut sanctifié ; la grâce du Seigneur, fervemment implorée, arrosa la terre du pèlerinage et la confrérie, au retour, se

1 Ch.-Aug. de Sales. — ? Lettre 1270.

Liv. [V. Chap. IV. — RÉFORME DE L'ABBAYE D'ABONDANCE. 355

trouva toute remplie et merveilleusement animée de l'Esprit de Dieu.

C'est pendant son séjour à Thonon que le saint évêque, enfin autorisé par le Pape et agissant en son nom, réforma définitivement l’abbaye d’Abondance. Nous savons ses premiers efforts, qui n’aboutirent guère qu'à une punition inutile (Liv. II, N° 99), malgré Pintervention de Charles-Emmanuel. Depuis lors, François n'avait point cessé de chercher des moyens plus efficaces, et il le fit en vain jusqu’à ce qu’un nouvel abbé, Vespasien Agacia, prit lui-même l'affaire à cœur. N'ayant que des religieux trop âgés et dont les vieilles habitudes n’offraient aucun espoir de réforme, il résolut d'introduire en son monastère les Bernardins connus sous le nom de Feuillants, et dès le mois d'octobre 1604, François s’adressa tout ensemble, dans ce but, au duc de Savoie et au pape Clément VII. « L'abbé, disait-1l, en a déjà traité » avec le général des Feuillants, et à fait avec lui les arrange: » ments nécessaires; et il né reste plus qu’une chose, mais la » principale, pour rendre l'établissement solide et perpétuel, » c’est l'approbation du Saint-Siège apostolique". » Cette approbation se fit attendre et les choses étaient restées au même point quand Jean-François arriva à Rome ; mais cette fois les difficultés et les lenteurs disparurent, et le Saint fut délégué comme commissaire apostolique. En cette qualité, laissant là le religieux qui avait la charge de la paroisse, il plaça les autres, au nombre de cinq seulement, dans trois monastères de leur Ordre (Saint-Augustin), assignant à chacun une pension de 40 écus d’or, puis il concéda perpétuellement aux Pères Feuillants la maison avec ses droits et revenus. Ainsi la contrée s’édifia par la sainte vie des nouveaux religieux et les monastères en désordre purent prévoir ce qui les attendait, si bientôt ils ne revenaient à la discipline régulière ?.

92. Parmi ces travaux, Anne d’Est, duchesse douairière de Nemours, terminait à Paris une longue vie de vertus et de grandeur (Voy. Liv. [, N° 4); et comme elle avait choisi, pour le lieu de sa sépulture, l’église Notre-Dame d'Annecy, le duc son fils, écrivant à François pour lui annoncer le deuil de sa famille (23 mai), le priait en même temps de tout organiser pour la cérémonie des obsèques. Le Saint partit donc promptement et prit toutes les dispositions convenables : le corps devait arriver

1 Voyez Lettres 105e et 106e. — ? Ch.-Aug. de Sales, le Saint ne fit pas cet acte en personne ; il avait swbdélégué son grand vicaire.

le 7 juin au soir, et il fut au devant jusqu’à une lieue d'Annecy, accompagné de son clergé, des magistrats et de la noblesse de Genevois et de Faucigny. « Le lendemain matin, après les cérémonies funèbres, il fit la harangue sur les louanges de la défunte, et recommandation de son âme, avec son éloquence et piété ordinaires. »

Il n’aimait guère ces sortes de discours : car, disait-il, « il y » faut mêler de la mondanité, à laquelle je n’ai point d'inelina- » tion, Dieu merci. » Toutefois, dans la circonstance présente, il était obligé par le devoir et aidé par la piété de l'illustre princesse : il put louer avec vérité, parler à l'aise de la foi catholique et de l'amour du bien, flatter ses auditeurs en les détachant des vices et des affections de la terre. Son discours émerveilla l'assemblée, et lui-même nous apprend que le due voulut l'avoir : « Je suis fort pressé d’affaires. M. de Nemours » m'a tellement conjuré de lui envoyer l’oraison funèbre de ma- » dame sa mère, que je suis contraint d'en écrire une presque » toute autre; car je ne me ressouviens pas de celle que je dis, » sinon grosso Modo”. »

93. Dans l'intervalle, il retourna à Thonon pour terminer un différend qui lui tenait au cœur. En remettant à la Sainte- Maison le prieuré de Saint-Hippolyte (Liv. IT, N° 54), on avait, pour ménager la susceptibilité des chevaliers de S. Maurice et S. Lazare, qui se trouvaient dépouillés, proposé une certaine association entre la nouvelle institution et l'Ordre : les prêtres devaient porter la croix de S. Maurice et les chevaliers étaient déclarés protecteurs de la Sainte-Maison. Is prirent cet honneur pour un droit et de là des prétentions à s’ingérer dans les affaires et dans l'administration des biens, en sorte qu’il fallut recourir à Rome. Le Pape donna un bref que François était chargé de signifier : c’est pourquoi il réunit, avec le vice-préfet de la Sainte-Maison, Balthazard Maniglier, et le chevalier Berghera, le procureur fiscal Claude Marin, le prévôt Louis de Sales et deux chanoines, l'abbé d’Abondance, le P. Chérubin, et le supérieur de la mission des Capucins. Devant ces personnages distingués, « il déclara et ordonna que le prieuré de S. Hippolyte était perpétuellement et inviolablement uni à la Sainte- Maison, et qu'elle n’était point unie, ni annexée ou incorporée à la milice des Saints Maurice et Lazare, mais seulement associée; qu’en vertu de cette association, sans déroger en rien à

1 Lettre 431e.5Voy. aussi lettre 134.

Liv. IV. Chap. IV. — visiTE. MORT DE JEANNE DE SALES. 351

la juridiction de l'Ordinaire, la milice prendrait désormais la protection de la Sainte-Maison, l’un des chevaliers étant nommé protecteur, et que les prêtres seraient tenus de prier Dieu et faire des sacrifices pour l’heureux succès de la milice". » Cette utile et pacifique alliance fut aussitôt sanctionnée, et Berghera prêta serment comme protecteur entre les mains de François, qui, en même temps, éleva Maniglier au titre de Préfet *?.

9%. En rendant compte au Souverain-Pontife de la visite de son diocèse, François exprimait la volonté de continuer avec l’aide de Dieu, et de se porter dans les paroisses et les monastères qu'il n'avait pu visiter encore. Déjà, étant à Thonon, il s'était rendu au prieuré de Notre-Dame de Celengy, et sans doute il profitait de toutes les occasions pour connaître par luimême tantôt une paroisse, tantôt une autre : car il était tout entier aux affaires de son ministère et au bien des âmes, sacrifiant même souvent ses goûts pour la piété et jusqu’à ces communications intimes de l’oraison, si chères pourtant à son cœur *.

Nous le trouvons à Sales le 15 septembre, et il montre dans une lettre à un de ses curés combien les occupations continuaient à le presser ‘. Le 7 octobre, il se mit en chemin pour la visite, et commença par la paroisse du Petit-Bornand, dont il avait été curé (Liv. IT, N° 8). Cette fois encore il allait bien avant dans les montagnes, en espérance de se retirer pour l'hiver dans son petit Annecy, et comme toujours il comptait pour rien les fatigues. Ce fut pour son cœur une grande consolation de visiter la chapelle construite en l'honneur du bienheureux Pierre Lefebvre, premier prêtre, premier théologien et premier compagnon de saint Ignace de Loyola. Il voulut voir la maison paternelle et les parents de ce grand religieux, et il ne se lassait point de redire ses louanges : c'était un grand honneur pour son diocèse d’avoir produit un homme aussi illustre et aussi saint, et plus tard, quand il eut pu voir le manuscrit de sa vie, tous ses vœux en réclamèrent l'impression ‘.

95. « Mais cependant qu’il va ainsi heureusement accomplissant sa charge pastorale, voilà arriver de Sales un messager

1 Ch.-Aug. de Sales. — ? Il n'y avait point de préfet depuis que le Saint avait cessé de l'être en devenant évêque. — 3 Voy. Lettre 432e. — # Lettre 130e, — 5 Lettre 131e. On y voit qu'il était fortement contrarié par des brouilleries qui pullulaient tous les jours entre les officiers du duc de Nemours et qui épuisaient les belles humeurs et l’âge du président Fabre. — 6 Voy. Lettre 176e.

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annonçant la mort de sa plus jeune sœur Jeanne de Sales.et la douleur qui régnait dans la famille entière. » Cette jeune personne offrait les plus belles espérances : on l’avait confiée d’abord à l’abbesse du Puits-d'Orbe, et M"° de Chantal ensuite, animée du désir de la former, éprise du bonheur de posséder près d'elle, ainsi qu'un précieux souvenir, l'objet des plus tendres affections de la famille de Sales, avait voulu l'emmener dans sa résidence. Là elle se développait sous l’action de la grâce, comme une plante bénie du ciel, et bientôt le Seigneur, qui prend tout à saison, la sortit du lieux fangeux de ce monde, avant qu’elle s’y fut souillée : elle expira doucement dans les bras de la sainte baronne, à la fin du mois d’octobre 4607, n’étant âgée que de 14 ans.

François l’aimait cordialement; car, disait-l, « je l'avais » engendrée à son Sauveur, l'ayant baptisée de ma propre main. Ce fut la première créature sur laquelle j’exerçai mon ordre de » sacerdoce. J'étais son père spirituel, et me promettais bien » d’en faire un jour quelque chose de bon... Hélas! je suis tant » homme que rien plus; mon cœur s’est attendri plus que je n’eusse jamais pensé... Mais néanmoins, au milieu de mon » cœur de chair qui a eu tant de ressentiments de cette mort, » j'aperçois fort sensiblement une certaine suavité, tranquillité, » et certain doux repos de mon esprit en la Providence divine, » qui répand en mon âme un grand consentement en ces dé- » plaisirs !. »

Aïnsi était-il personnellement résigné, ou plutôt joyeux sous ce Coup, {enant le parti de la Providence, qui fait tout bien et dispose toutes choses au mieux; mais il s’occupait du déplaisir de sa mère et de celui de M" de Chantal : car, écrivait-il, ’a2 eu peur de votre cœur et de celui de ma mère. Dans ces sentiments, il interrompit aussitôt la visite et courut promptement à Sales; de là, le 2 novembre, il adressait à la baronne les exhortations les plus sublimes, que relevait encore le tableau des merveilleuses dispositions de M**° de Boisy et de la famille entière. Nous ne résistons pas au désir d'exposer ces miracles de la résignation dans des cœurs si profondément affigés.

« Hé bien! ma chère fille! mais n’est-il pas raisonnable que la » très-sainte volonté de Dieu soit exécutée, aussi bien ès choses ». que nous chérissons comme aux autres? Ma bonne mère a » bu ce calice avec une constance toute chrétienne, et sa vertu,

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