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1 Lettre 433e,
Liv. IV. Chap. IV. — RÉSIGNATION SUBLIME. 359
» de laquelle j avais toujours bonne opinion, a devancé mon es- » time. Dimanche matin, elle envoya prendre mon frère le cha- » none; et parce qu'elle l'avait vu forttriste, et tous les autres » frères aussi, le soir précédent, elle lui commença à dire : J'ai » rêvé toute la nuit que ma fille Jeanne est morte. Dites-moi, je » vous prie, est-ce vrai? Mon frère, qui attendait que je fusse » arrivé pour le lui dire, voyant cette belle ouverture de lui » présenter la coupe, et qu’elle était couchée dans son lit : Il est » vrai, dit-il, ma mère; et cela sans plus, car il n’eut pas assez » de force pour rien ajouter. La volonté de Dieu soit faite, dit » ma bonue mère; et pleura un espace de temps abondamment ; » et puis appelant sa Nicole : Je veux me lever pour aller prier » Dieu en la chapelle pour ma pauvre fille; et soudain fit ee » qu'elle avait dit. Pas un seul mot d’impatience, pas un seul » clin d'œil d'inquiétude; mille bénédictions à Dieu, et mille » résignations en son vouloir. Jamais je ne vis une douleur plus » tranquille : tant de larmes que merveille; mais tout cela par » de simples attendrissements de cœur, sans aucune sorte de » fierté : c'était pourtant son cher enfant. Hé bien ! cette mère, » ne la dois-je pas bien aimer ? — Hier, jour de Toussaint, je fus » le grand confesseur de la famille, et avec le très-saint Sacre- » ment je cachetai le cœur de cette mère contre toute tristesse. » Au demeurant, elle vous remercie infiniment... Autant vous » en dit toute la fraternité, laquelle, de vrai, s’est témoignée » d’extrêèmement bon naturel au ressentiment de ce trépas. — » Non, ma chère fille, il ne faut pas seulement agréer que Dieu » nous frappe ; mais 1l faut acquiescer que ce soit sur l'endroit » qu'il lui plaira : il faut laisser le choix à Dieu, car il lui appar- » tient. Que Dieu touche et pince par où il voudra, et sur telle » corde de notre luth qu’il choisira, jamais il ne fera qu'une » bonne harmonie. Seigneur Jésus ! sans réserve, sans si, sans » mais, sans exception, sans limitation, votre volonté soit faite » sur père, sur mère, sur fille, en tout et partout !... Hélas ! ma » fille, à la vérité dire, cette leçon est haute; mais aussi Dieu, » pour qui nous l’apprenons, est le Très-Haut. Vous avez, ma » fille, quatre enfants ; vous avez un bon père, un si cher frère, » et puis encore un père spirituel : tout cela vous est fort cher, » et avec raison, car Dieu le veut. Hé bien ! si Dieu vous ravissait » tout cela, n’auriez-vous pas encore assez d’avoir Dieu! N'est-ce » pas tout, à votre avis ? Quand nous n’aurions que Dieu, ne se- » rait-ce pas beaucoup? Hélas! le Fils de Dieu, mon cher Jésus; » n’en eut presque pas tant sur la croix, lorsqu'ayant tout quitté
» et laissé pour l’amour et obéissance de son Père, il fut comme » quitté et laissé de lui’. »
96. Dès le 4 novembre, « après avoir remis et laissé de la sorte l'esprit de sa bonne mère, ayant bien montré à sa chère fille de Chantal comment nos pertes et nos séparations ne sont que pour ce petitmoment, François retourna à son emploi apostolique, » et visita encore 35 paroisses et prieurés ; puis il revint à Annecy le 23 novembre pour les prédications de l’Avent.
Sur ces entrefaites, Maurice de Savoie, 3° fils de Charles- Emmanuel, avait été élevé au cardinalat, et le Saint en prit occasion de l’exhorter tout en le félicitant; car à ses yeux les honneurs étaient avant tout des charges et la source de plus grands devoirs. L'Église entière devait bénir la Providence, qui fournissait au grand Siège Apostolique une colonne de grand prix; mais le diocèse de Genève avait particulièrement à se réjouir, assuré doublement, et de la protection d’un prince de Savoie devenu d'Église, et de celle d'un cardinal dont la pourpre ne teignait aucune place des vêtements que pour représenter le sang du Sauveur, dans lequel les grands de l'Église doivent toujours tremper leur zèle. D'ailleurs, tous les cardinaux de Savoie, jusqu'alors, ayant occupé le siège de Genève, le nouvel élu, sans doute, succéderail à leurs affections en héritant leurs honneurs. « Dieu nous fasse voir, Monseigneur, les jours de » V. A. fleurir en toutes sortes de bénédictions, et l’Église fleu- » rissante en la piété, de laquelle, comme d’un beau printemps, » le chapeau de V. A., à guise d’une rose vermeille, nous vient » donner un doux et gracieux présage?. »
Vers ce même temps encore il se réjouit de la nomination d'un de ces diocésains, Pierre de Fenouillet, à l'évêché de Montpellier : « Obligé, disait-il à Paul V, de recueillir les témoignages » qui regardent ses mœurs et son origine, pour en informer le » Saint-Siège, selon la coutume, je n'ai pu m'empêcher de » marquer à V. S. la joie que je ressens de tous les biens que » j'en ai entendu dire... On ne peut douter du besoin qu'a l’'E- » glise de Montpellier d’un époux qui soit au-dessus du commun, » après ce qu'elle a souffert depuis si longtemps de la part des » hérétiques.. Il est donc juste que tous les gens de bien pren-
1 Lettre 433. — ? Lettre 432e. Ce jeune cardinal, sans donner lieu à aucun reproche, fut toujours plutôt prince que prélat, et il n'entra jamais dans les ordres : habile dans la politique et y prenant goût, il renvoya son chapeau dans la suite, et épousa Louise-Marie de Savoie, sa nièce ; il mourut sans postérité.