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» nent part à sa joie, quand elle est sur le point d’être si bien » pourvue, et en témoignent leurs sentiments à l'Église » Romaine. » Après de brillantes études, étant docteur en théologie et prédicateur très-célèbre, Pierre de Fenouillet fut successivement curé, puis chanoine de la cathédrale; « mais » comme une si grande lumière-ne pouvait être resserrée plus » longtemps dans des bornes si étroites, il fut appelé à Paris » pour y prêcher le Carème. On n’eut pas plus tôt goûté son élo- » quence , pleine d'un feu tout divin, et sa manière d’enseigner » insinuante et persuasive, que le bruit de sa réputation se » répandit jusqu'à la Cour... S. M. T. C. ne manqua pas de le » demander pour prêcher devant Elle; et il montra de jour » en jour dans cette fonction une grande fermeté d'âme, «et » la force de sa doctrine croissait à mesure qu'avançait sa carprière. »
Enfin, et comme consolation à la mort de Jeanne de Sales, tout s’arrangeait dès lors parfaitement pour unir le baron de Thorens, Bernard de Sales, avec la fille aînée de M”*° de Chantal. François écrivait le 25 novembre : « Mais dites-moi, ma chère » fille, n’est-ce pas notre bon Dieu qui ouvre le chemin au ma- » riage de nos jeunes gens? Cette facilité de Messieurs vos plus » proches, d’où peut-elle provenir que de la Providence cé- » leste? De decà, mâ fille, je le confesse, mon esprit y est, je ne » dis pas porté, mais lié et collé. Ma mère ne pense qu’à cela; » toute la fraternité y conspire, et, tandis que la saison s’avan- » cera (l’âge d’Aimée), prions bien Dieu que sa säinte main nous » conduise l’œuvre*. »
97. Pour le Carême de 1608, François se rendit à Rumilly, petite ville de son diocèse, et il fut là comme à la Roche (N°63), en sorte qu'il répétait au retour : « Je reviens de mes délices ; » j'ai enseigné un peuple facile, humble et dévot. » Il délivra là une femme possédée, et dans l'intervalle des prédications et des autres œuvres, il visitait les paroisses du voisinage. Une de ses lettres nous apprend qu’il avait fait venir plusieurs chanoines pour le seconder : il écrit : « Mes chanoines font merveilles à » faire des exhortations et à gagner nos jeunes demoiselles pour » la dévotion. Mais, savez-vous, tout cela va par ordre, et n'y » a rien à craindre, sinon parce que tout se tient à moi qui suis » un grand misérable. Mais je ne sais comme je suis fait; encore » que je me sens misérable, je ne m'en trouble point, et quel-
1 Lettre 133°. — 2 Lettre 434e.
» quefois j'en suis joyeux, pensant que je suis une vraie bonne » besogne pour la miséricorde Dieu *. »
« Environ ce temps, comme il arrivait presque à Annecy, deux femmes de Genève y vinrent voir leurs parents et alliés, lesquelles, curieuses de voir le saint évêque, lui furent présentées par la dame de Leaval. Il arriva que parmi l'entretien on tomba sur:les controverses, et François résolvait fort bien toutes les difficultés, et réfutait les erreurs de Calvin; mais elles obstinèrent leurs esprits, de sorte qu’elles se retirèrent cette première fois sans espérance de conversion. Toutefois, étant de retour chez leur hôte, elles tombèrent en de nouvelles difficultés, et il fallut retourner au bon évêque ; et voilà qu’éclairées à la même heure de la lumière céleste, elles reconnurent l’impiété et fausseté de la religion de Calvin, et embrassèrent la foi catholique : et depuis ont passé le reste de leurs jours en toute piété et édification chrétienne ?. »
98. Au mois d'avril, une nouvelle instance était faite par M. Des Hayes, grand ami du Saint, pour l’attirer en France, où Henri IV ne se lassait point de le désirer. « J’admire, répondit- » il, la bonté du Roï, qui non-seulement me fait l'honneur de se » ressouvenir de moi, mais encore de me vouloir du bien, et » m'estimer digne de lui rendre du contentement au service de » l’Église en son royaume; mais cet honneur ne m'éblouit point » tant que je ne voie les bornes et limites de ma capacité, les- » quelles sont sans doute fort courtes et étroites. Et pour cela je » vous supplie d'apprendre de S. M. ce que c’est qu’elle pense- » rait faire de moi... ; car sans doute je ne suis pas bon à beau- » coup de choses, et j'ai néanmoins cette générosité de ne vou- » loir être appliqué que pour ce que je suis... Je sais bien qu'il » n'y à nulle si mauvaise pièce au monde qui ne soit utile à quel- » que chose; mais il faut lui trouver son usage et son lieu... Je » ne suis et ne serai jamais enfant de fortune, tandis que le ciel » m'éclairera... Où que je sois appelé pour le service de la gloire » divine, je ne contredirai nullement d'y aller, mais surtout en » France. Il est vrai que je suis en mon pays et entre les miens, » avec une certaine suffisance qui me suffit, avec un repos désor- » mais assez ferme ; mais tout cela ne me tient qu’au bout des » doigts... Si donc S. M. vous dit son intention particulière, » j'examinerai avec Dieu et en sa présence mes forces... et si
1 Lettre 437e. Voyez pour des affaires pénibles à son cœur, et qu'il dut traiter étant à Rumilly, les lettres 134e et 135. — 2 Ch.-Aug: de Sales.
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Liv. IV. Chap. IV. — coNVERSION DE DEUX PRÈTRES. 363
» S. S. me le commande, je me rendrai tout prêt, tout prompt, -- » tout affectionné à suivre la vocation divine... — Je proteste » devant la souveraine Majesté que je ne veux vouloir que sa » volonté très-sainte, soit à demeurer, soit à changer de place: et » si je la sais connaître, je ne me veux divertir ni à droite ni à » gauche du chemin qu’elle me montrera : car ce peu de temps » que j'ai à passer ne m'est rien au prix de l'éternité... Au » demeurant, je ne doute point que votre amitié n'ait beaucoup » contribué pour amplifier et agrandir l'estime que le roi fait de » moi, de laquelle, sans mentir, je suis honteux; et en cas que » je dusse paraître à sa vue, je serais bien en peine de soutenir » cette opinion’. »
99. Se rendant à Thonon (juin), où le Duc lui mandaiït d’aller s’entendre avec le président de Lescheraine et un maître auditeur de la Chambre des comptes, au sujet des affaires de la Sainte-Maison, il s'arrêta chez le curé de Machilly, Bernard Monjonier, « auquel il avait une affection particulière et amitié de longue main. » On vit là jusqu'à quel point son esprit de mortification avait soumis les sens. « Le serviteur de la maison, par mégarde, avait mis sur la table de la farine blanche pour du sel, et le bon prélat s'en servit tout de même. Ses compagnons attendaient avec étonnement ce qu'il ferait ou dirait à la fin; mais lui, attentif aux discours, continuait comme il avait commencé. Ils se lassèrent, ne pouvant plus s'empêcher de rire, et l’un disait : « Que ce sel est doux! Pourtant ce n’est pas du sucre. » — « Ce serait bien plutôt de la farine, reprit un autre. » Alors le bon évêque fit attention et dit en souriant : « Je croyais » bien que ce füt du sel, et ce m’a été tout un?. » L C'est dans ce voyage que le Seigneur ramena à lui ces deux prêtres dont le Saint raconte la conversion dans une lettre à M”° de Chantal. « J'ai fait ces jours passés une bonne course à » Thonon, pour recevoir des habiles hommes ecclésiastiques qui » s'étaient mis entre les huguenots par débauche”. Hélas! quelle » chute avaient-ils faite! Ce m'a été une grande consolation de » les voir revenir entre les bras de l'Église, avec une grande » violence qu'ils se sont faite pour cela. Hélas! ils étaient reli- » gieux, et l’un était jésuite. La jeunesse, la vaine gloire et la » chair les avaient emportés en ces abîmes contre leur propre
1 Lettres 137e et 138e, — ? Ch.-Aug. de Sales. — 8 Charles-Auguste les nomme : « Claude Boucard, de Verdun, très-docte théologien, qui avait enseigné publiquement à Lauzanne la philosophie et les mathématiques, et Pierre Gillette, de
Nice. »
» conscience. Le jésuite surtout, me racontant sa chute, faisait » grande pitié, et d'autant plus de joie de sa constance à reve- » nir. O Dieu! quelle grâce ai-je reçue, d’avoir été tant de temps, » et si jeune, et si chétif, parmi les hérétiques, et si souvent in- » vité par les mêmes amorces, sans que jamais mon cœur ait » seulement voulu regarder ces malheureux objets! Bénie soit la » main débonnaire de mon Dieu qui m’a tenu ferme en ses en- » clos ‘! »
Revenu de Thonon, il passa deux jours à Sales, et rentré dans Annecy, il apprit la défection d’un diacre qui avait embrassé la profession de soldat. Ce malheureux, mandé par son saint prélat, s’oublia jusqu’à frapper le messager, et ce fut vainement encore que François menaça de le punir, mais il fut vaincu par la douceur. « Ayez pitié de votre âme et de la mienné, » écrivit le Saint, et bientôt, ayant repris sa soutane, le coupable revint comme l'enfant prodigue et comme lui fut rétabli dans son premier élat : il y persévéra saintement jusqu'à la mort.
400. Ainsi Dieu, visiblement, rendait efficaces la mansuétude et la miséricorde, là où s’épuisait inutilement la rigueur : c’est un des caractères providentiels de François de Sales, que tous alors ne reconnaissaient pas. Nous avons vu (Liv. Il, N° 105) ce que prétendaient les Capucins, durant la mission du Chablais, impossible à tout autre que le Saint de la douceur; et maintenant que la foi prospérait merveilleusement dans le diocèse entier, le Père Chérubin trouvait encore funeste au bien l’indulgence de son évêque. Il en vint à croire et il écrivit au Pape qu'il sortait tous les jours de Genève un grand nombre de livres hérétiques dont la lecture ébranlait la foi et amenait même la chute de plusieurs ; et l’on ne voyait pas, disait-il, que François parât suffisamment à ce mal désastreux.
« Le sieur Médard, chanoine de l’église cathédrale de Verdun, revenant de Rome et passant par Annecy, dit avoir appris d'un très-illustre cardinal, que pour cela Sa Sainteté était grandement indignée; » et ce fut pour le Saint une grande peine, car il tenait avant tout à la bienveillance du Souverain-Pontife. Il écrivit au cardinal et il disait : « Certes, s'il en était ainsi, Sa Sainteté » aurait un juste sujet, non-seulement d'être indignée contre » moi, mais de châtier ma négligence, pour ne pas dire ma » trahison. Mais, je le dis avec vérité, ayant presque achevé la visite générale de mon diocèse, sans oublier la moindre pa-
1 Lettre 439.
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roisse, je n’ai trouvé aucun hérétique dans celles qui n’ont pas » été occupées par les Bernois et les Genevois, ni aucun livre » défendu, si ce n’est ceux que l'indifférence a laissés peut-être » dans quelque coin ; et nos catholiques sont tellement scrupu- » leux, qu’au moindre doute ils jettent le livre au feu ou le por- » tent aux députés. C’est bien la vérité que l’on fait à Genève » beaucoup de livres très-pernicieux; mais il n’est nullement » vrai que nos Savoyards les lisent. Au demeurant, je confesse » que je n’use pas peut-être dela diligence qui serait nécessaire ; » mais je suis fidèle et sincère en celle qui dépend de mai, et » l’on ne trouvera point en moi de perfidie ni de manque de cou- » rage, quoique je sois dépourvu des forces et talents qu'il fau- » drait. Je vous supplie, Monseigneur, de vouloir bien me pro- » curer la joie qui m’estnécessaire, en cette province très-affligée, » joie qui dépend pour moi de savoir que le Saint-Siège n’est » point fâché de mes actions, afin que je ne sois pas privé de » cette bienveillance dont il use envers tous ses inférieurs". » Ce fut tout, et sans s’arrêter à reprendre le zèle téméraire du Père Chérubin , sans lui témoigner en rien son mécontentement, sans s'ouvrir à d’autres qu'à ses plus intimes amis, il attendit en toute patience et tranquillité. La réponse vint bientôt de Rome, affectueuse et consolante, et il disait : « Ah! je sens mieux que » jamais que je suis un vrai fils du Saint-Siège : il me semble que » Dieu me rend la vie; car je ne sais comment je pourrais ne pas » mourir de douleur, si je savais que le père commun des enfants » de Dieu fût irrité contre moi, et mal satisfait de ma conduite ?. » 101. Comme pour montrer mieux encore sa grande confiance, le Souverain-Pontife délégua alors François pour régler plusieurs affaires très-importantes qui exigeaient un voyage en France; et le Saint partit heureusement pour la Bourgogne, où depuis quelque temps il désirait se rendre, ayant à y traiter beaucoup de choses qui lui tenaient grandement au cœur. C'était au mois d'août, et il passa par le Bugey et la Bresse : car, dans le Bugey, il avait cinquante ou soixante curés sous sa charge, et il devait s’enquérir de l’état de leurs paroisses et de leur situation personnelle*. Arrivé à Saint-Rambert, il dut s’arrèter trois jours, étant choisi comme arbitre d'un grand différend, qui divisait depuis longtemps deux seigneurs et menaçait de ne jamais finir.
{ Lettre 13%. — 2? Année de la Visitation. — 3 Il vit leur pauvreté, et plus tard écrivit à Henri IV pour les faire exempter des décimes. Voy. lettre 140e, ;
Jean de Chaudé, au moment du mariage de la dame de Moyria, sa sœur, lui avait donné, pour gage de sa dot, la terre et le château de Vessalier; elle en avait joui de la sorte, et Jean de Chaudé étant mort sans enfants, elle s’en était mise en possession comme définitive propriétaire. La dame de Chaudé cependant avait épousé en secondes noces le seigneur de Montchalin, qui réclamait la terre et le château, par ce motif qu'engager un bien n’est pas en transférer le domaine. François, heureux de l'espoir d'empêcher un procès (car il avait les procès en telle horreur, qu'il en estimait les afflictions pires que celles des péchés), examina soigneusement les prétentions et les droits de chacun, puis 1l adjugea la terre et le château de Vassalier au seigneur de Montchalin, sous la condition que ce dernier paierait la dot entière de la dame de Moyria.
Cette sentence arbitrale obtint l’assentiment des parties, et François, avec les bénédictions d’une famille réconciliée, se remit en chemin pour l’abbaye du Puits-d'Orbe. C'était là que l’envoyait d'abord la commission du Saint-Siège, pour y établir enfin la réforme à laquelle il travaillait depuis longtemps avec cette sagesse toute divine que nous avons admirée (N° 53 et suiv.) dans ses lettres à l’abbesse. Cette fois, il donna un règlement en neuf articles, ayant pour objet spécial la clôture, lélection d’une prieure, le tenue du chapitre et la remise des pensions aux mains de la supérieure; et 1l partit laissant à cette dernière des avis admirables sur la manière de gouverner‘. Nous avons assez dit précédemment pour que le lecteur nous dispense ici de plus longs détails.
102. Du Puits-d’Orbe, le Saint se rendit à Dijon, où son arbitrage épargna aux Carmélites un procès ruineux et qui les effrayait beaucoup; puis il alla à Monthelon, chez le vieux baron de Chantal. Il avait avec lui ses deux frères, Louis et Bernard; car on devait régler les conditions du mariage de ce dernier avec Marie-Aimée de Babutin-Chantal, dresser le contrat et faire les fiançailles. Tout se fit à la grande satisfaction des deux familles, et François, accompagné seulement de Louis, se dirigea vers la Franche-Comté : c'était là qu’il devait traiter la plus difficile des affaires pour lesquelles il venait au nom du Pape; car, si les parties étaient bien d'accord sur le but à atteindre, l'appréciation exacte des droits de chacun était cependant nécessaire et toute remplie de difficultés. Il s'agissait d'une convention entre l’ar-
1 Voy. tom. V, pag. 487.
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chiduc Albert d'Autriche et le clergé de Bourgogne, relativement aux eaux salées de la ville de Salins : le clergé désirait échanger ses droits, devenus plus onéreux que productifs, contre une rente annuelle que paierait le prince, et ce dernier aspirait à la propriété entière des salines, pour n'avoir plus à faire chaque année des partages sujets à contestation.
Comme le Saint arrivait à Faverney, il trouva les âmes encore vivement émues de l'insigne miracle qui avait eu lieu trois mois auparavant. Pendant la nuit, le feu s'était déclaré à l’autel sur lequel, dans un riche ostensoir, deux grandes hosties étaient conservées : les ornements, les linges, les tapis, les gradins, le tabernacle même et l’autel, tout avait été brûlé; mais l’ostensoir était demeuré intact et, durant trente-trois heures, plus de 10,000 personnes avaient pu le voir suspendu sans soutien à l’endroit même où 1l reposait ordinairement. Après ce temps seulement, on avait mis au-dessous, à terre, un corporal, et l’ostensoir, en présence de tous, était descendu lentement pour s’y placer‘. On conçoit, sans que nous avons besoin de le dire, avec quelle effusion d'amour et de reconnaissance, avec quels sentiments de foi, l’évèque de Genève et l'ardent défenseur de la présence réelle se prosterna devant les deux hosties exposées à ses adorations.
A Dôle, où il entra de nuit, la veille de la Toussaint, les syudics vinrent aussitôt lui offrir leurs hommages et l’inviter à prêcher le lendemain. « Le matin étant venu, sur les huit heures, il fut conduit par les Pères Jésuites au collège, où il célébra vers neuf heures avec une si grande affluence du peuple que c'était merveille, et communia plus de huit cents personnes. Après dîner, vers une heure, il monta en chaire dans la grande église, et prècha si éloquemment de la prédestination que le peuple, qui croyait voir en lui un ange descendu du ciel, ne put s'abstenir des applaudissements et acclamations ?. » |
A Besançon, le chapitre métropolitain, par considération pour un évêque si renommé, fit exposer solennellement le Saint- Suaire, et lui, devant l’auguste relique, « adora prosterné à deux genoux avec une humilité merveilleuse : le feu de son amour se dilata si fort en sa méditation, pendant qu'il consi-
1 Ce prodige a été non-seulement constaté par les informations de l'archevêque de Besançon, mais consacré par son décret et par une bulle de Paul V. L'une des deux hosties fut donnée à la ville de Dôle qui envoya pour la chercher ses habitants les plus considérables, et la reçut avec une grande solennité. — ? Ch.-Aug. de Sales.
dérait les plaies et le précieux sang de son divin Maître, qu'il arrosa la terre de l'abondance de ses larmes. » En reconnaissance, et tout rempli d'une inexprimable tendresse de dévotion, il prêcha sur ces paroles : S2 je touche seulement le bord de sa robe, je serai quérie; et il sembla que la ferveur dont il était embrasé pénétrait tous les cœurs pendant qu'il parlait. Sa visite au collège des Jésuites fut pour les élèves une véritable fête, et les plus habiles d’entre eux s’exercèrent à l’envi pour le célébrer dans leurs vers et par les essais de leur éloquence. Mais dans la ville entière, on vit « une chose digne d’admiration et qui proclamait sa sainteté : tous, grands et petits, sans distinction d'âge, de sexe ou de fortune, accouraient devant lui par les rues et les places publiques, se jetant à genoux pour le toucher, bénissant Dieu et le remerciant de ce qu’il leur était donné de voir son serviteur; et ils ne pouvaient être retirés de sa présence, tant son regard leur était doux et agréable. »
103. Enfin il arriva à Baumes, qui était le terme de son voyage, et il y trouva l’évêque de Bâle, nommé juge avec lui de la question entre l’archiduc et le clergé de Bourgogne. Après un minuteux examen des pièces, ayant entendu les avocats et procureurs des parties, les deux prélats donnèrent leur décision et, chose bien rare mais qu'explique la vénération que François inspirait, tous furent admirablement satisfaits et témoignèrent avec effusion leur vive gratitude. « Or, tout le temps que le Saint put avoir libre après avoir été amplement instruit de l’affaire, il l'employait à entendre les confessions, car on accourait de tous côtés ; 1l prêcha aussi dans les églises et oratoires, et donna de très-saints avis pour la discipline régulière aux religieuses, selon les prières que lui en fit l’abbesse, Marguerite de Genève, qui depuis tira de lui par lettres plusieurs préceptes de la vraie dévotion et religion. Au reste, en ce peu de temps qu'il fut en Bourgogne, il gagna tellement tous les cœurs, que l’on ne saurait dire combien il était honoré des peuples; car ils l’appelaient ordinairement leur évêque, comme s’il eût été leur vrai et propre pasteur?, »
L’archiduc, voulant lui témoigner combien il lui savait gré de la peine qu'il avait prise, lui fit présent d’un beau service d’argent estimé 2,000 livres”; et en même tempsil s’offrit à lui prouver sa reconnaissance par tous les bons offices qui seraient
1 Ch.-Aug. de Sales. — ? Zbid. — 3 Il y avait six chandeliers, un calice avec les burettes et la clochette, des mouchettes avec leurs plateaux, deux bassins, deux aiguières, deux plats et douze assiettes.
HE tit tes
Liv. IV. Chap. IV. — voyAGE EN BOURGOGNE. 369
en son pouvoir. Le Saint acceptait volontiers de tellesavances, qui le mettaient en état de rendre service au prochain et de procurer l'avantage de l’Église : aussi le voyons-nous, quatre ans plus tard, réclamer la protection du prince en faveur de plusieurs filles de Saint-Claude, qui voulaient fonder un couvent d’Annonciades et y trouvaient de grandes oppositions. « Dans un si grand » embarras, — d'autant plus pénible que la maison était com- » mencée, — plusieurs, écrivait François, abusant de leur sim- » plicité, ont tenté de les jeter dans le désespoir; mais elles, » considérant la grande piété de V. A., en ont auguré qu'elle » pourrait leur procurer un libre accès auprès de vous, et elles » se sont persuadées en même temps qu'elles en obtiendraient » sans peine la protection nécessaire pour vaincre tous- les » obstacles. Or,... comme je suis l’évêque le plus voisin, elles » m'ont prié d'écrire en leur faveur et d'appuyer leur requête; » et je crois que mes sollicitations auront l'appui de beaucoup » d’intercesseurs qui sont de grande autorité près de V. A. : car » j'aurai, pour la prier avec moi, sa bonté naturelle, la religion » dont Dieu l’a gratifiée, sa dévotion signalée par tant d'actions » de piété ef la misérable condinon de ces temps, qui est telle » qu'il faut beaucoup de prières, et partant beaucoup de gens » qui prient'. »
104. Comme il passait à Salins, on voulut lui faire voir les salines, qui excitaient la curiosité et l'intérêt de tous les étrangers; mais 1l v avait dans la ville une communauté religieuse et une dame de grande piété qui réclamaient ses exhortations et ses avis : il préféra leur avantage spirituel aux satisfactions qui lui étaient offertes. Les magistrats, que sa grande réputation émerveillait et qui comptaient bien sur sa facilité à toutaccorder, l'avaient prié de venir prêcher une station de Carême, et il avait répondu : « Vous m'obligez extrêmement par le désir que vous » avez de mes prédications, lesquelles seront utiles à votre » peuple, si Dieu me donne autant de force comme il m'a donné » de courage et d'affection à vous rendre service ?. » Cette affaire, car c'en fut une, plaidée durant un an entier, promettait de se terminer à la satisfaction du saint évêque et de ceux qui le désiraient si ardemment; car ol l’avait obtenu de S. A. le duc de Savoie; mais l'archevêque de Besançon, sans que l’on sache te pourquoi selon les hommes, refusa constamment la permission, . et il fallut que les échevins députassent deux d’entre eux pour
1 Lettre 192e. — 2 Lettre 148e,
les excuser et lui dire l’obstacle imprévu qui leur ôtait l'espoir ‘de l'entendre. Sa réponse montre avec quelle tranquillité il recevait ces contretemps : «[lne me reste, disait-il, qu'à vous prier » de croire que je conserverai chèrement en mon âme l'affection » avec laquelle je vous avais dédié les prédications que vous » aviez désirées de moi pour ce Carême, lesquelles je veux con- » trechanger en autant d’oraisons que je ferai pour le bonheur de » votre ville’, »
105. De retour à Annecy, il avait repris la visile de son diocèse, avec le même zèle et les mêmes succès que précédemment et comme il revenait, Dieu mit sur son chemin deux jeunes protestants de Genève, dont 1l entreprit heureusement la conversion : il les nourrit longtemps en sa maison, jusqu'à ce que, ayant appris des métiers, ils fussent en état de soutenir leur vie.
C'était son bonheur de ramener ainsi les pauvres hérétiques et d’exciter, de diriger les autres dans cette œuvre de zèle, et sans doute on nous pardonnera de lui faire dire encore une fois les sentiments que lui inspiraient ces infortunés. « O Dieu! quel » malheur ! Cette pauvrette se veut donc perdre avec son mari! » Les Confessions de saint Augustin et le chapitre que je lui » montrai, passant vers elle, devait suffire pour la retenir, sielle ‘» n’est lancée à son précipice que par les considérations qu’elle » allègue. Dieu, au grand jour de son jugement, se justifiera » contre elle, et fera bien voir pourquoi il l’a abandonnée. 4! » un abyme en tire un autre! Je prierai Dieu pour elle, et spé- » cialement le jour de saint Thomas, que je conjurerai, par son | » heureuse infidélité, d'intercéder pour cette pauvre âme si mal- » heureusement infidèle. — Quelles actions de grâces devons- » nous à ce grand Dieu! Mais moi, attaqué par tant de moyens » pour me rendre à l’hérésie, et que jamais je ne lui aie voulu » regarder au visage, sinon pour lui cracher sur le nez; et que » mon faible et jeune esprit, parcourant sur tous les livres plus » empestés, n'ait pas eu la moindre émotion de ce malheureux » mal! O Dieu! quand je pense à ce bénéfice, je tremble d'hor- » reur de mon ingratitude..... L'autre jour de grand matin, un » homme grandement docte, et qui avait été ministre longtemps, » vint me voir et me raconta comme Dieu l'avait retiré de l’hé- » résie. J’ai eu, me dit-il, pour catéchiste le plus grand évéque » du monde. Je m'attendais qu’il me nommât quelqu'un de ces » grands renommés de cet âge ; ilme va nommer saint Augustin.
1 Lettres 153e et 154e.
Liv. IV. Chap. IV. — L'INTRODUCTION À LA VIE DÉVOTE. 371
» Hélas! le bonhomme s’en alla satisfait d'avec moi, disant que » je l’avais caressé amoureusement, et que j'avais le vrai esprit » du chrétien. Enfin, il faut conclure que ces anciens Pères ont » un esprit qui respire contre l'hérésie, là même où ils ne dis- » putent pas contre elle". »
106. « Cette année-là sortit en lumière le livre tout d’or, voire plus précieux et désirable que l’or et le topaze, l’Introduction à la vie dévote, auquel François donna commencement, ou plutôt le Saint-Esprit par son moyen, en cette manière. IL.y avait quelque temps que Louise du Chastel, femme du seigneur de Charmoisy, émue par la force de ses prédications, avait conçu un ardent désir de la vie dévote. Or, comme elle était douée d’un très-bon esprit et d’un courage mâle pour une entreprise si sainte, elle lui proposait toutes ses difficultés, et demandait ses avis. ; et le saint évêque ne manquait jamais de lui répondre, et lui écrivait même quelquefois des traités entiers de quelque matière spirituelle. À la fin, elle eut un fort grand nombre de papiers, qu'elle tenait bien en ordre et portait partout en ses voyages. Étant allée à Chambéry pour y suivre un procès, pendant que son mari était occupé ailleurs, elle se mit sous la direction du P. Forier; et comme elle demandait souvent ses avis, qui parfois ne répondaient pas entièrement à ceux du Saint, dans les différences, elle lui faisait voir quelques-uns des mémoriaux que François avait écrits pour elle. Le Père y trouva tant de suc et tant de goût, qu'il lui demanda si elle en avait plusieurs de semblables, et en vint à les voir tous et à désirer d’en prendre copie. Bientôt même tous les religieux du collège voulurent imiter leur recteur, et ce fut pour eux un trésor qu’ils conservaient comme pierres précieuses. »
« Quand M°° de Charmoisy revint, le P. Forier écrivit par elle au saint prélat, rendant témoignage de la bonté de cette âme, le priant de continuer à la conduire et louant à merveille /es riches meubles spirituels dont il l'avait garnie. François ne fit d’abord aucune réflexion à ce que signifiaient ces paroles; plusieurs lettres même le pressèrent inutilement, jusqu’à ce que le Père lui manda que s’il ne prenait la résolution de mettre au jour ces excellentes instructions qu'il avait données par écrit à celte dame, il penserait retenir la vérité en injustice, priver les âmes d’un notable avantage et Dieu d’une grande gloire, de ne les communiquer point au public. Tout cela étonnait le Saint;
1 Lettre 149.
mais alors il demanda à voir ces précieuses perles dont on farsait tant de cas, et tout émerveillé de leur multitude, 1l consentit à les examiner de nouveau, promettant de les publier s'il y voyait l'avantage des âmes. Il les relut, en retrancha, ajouta, embellit, distribua, et enfin composa ce livre qui n'aura jamais son semblable comme jusqu'à présent on n’en a point vu de plus excellent en cette matière’. »
107. Le saint auteur s'adresse à Philothée , non qu'il ait voulu former à la dévotion seulement les femmes, comme plusieurs hommes le crurent d’abord, à son grand étonnement; car, dit-il, « c’est l'âme qui aspire à la dévotion que j'appelle Philothée, et » les hommes ont une âme aussi bien que les femmes, et la » dévotion est également pour les hommes comme pour les » femmes. J’adresse encore, ajoute-t-il, mes paroles à Philo- » thée, parce que, voulant réduire à l'utilité commune de plu- » sieurs âmes ce que j'avais premièrement écrit pour une seule, je l’appelle du nom commun à toutes celles qui veulent être » dévotes : car Philothée veut dire amatrice ou amoureuse de » Dieu. »
» Regardant donc en tout ceci une âme qui, par le désir de la » dévotion, aspire à l'amour de Dieu, j'ai fait cette Introduction » de cinq parties. En la première, je m’essaye, par quelques » remontrances et exercices , de convertir le simple désir de Phi- » lothée en une entière résolution, qu’elle fait 4 la parfin, après » sa confession générale, par une solide protestation, suivie de » Ja très-sainte communion, en laquelle se donnant à son Sau- » veur et le recevant, elle entre heureusement en son saint » amour. — Cela fait, pour la conduire plus avant, je lui montre » deux grands moyens de s’unir de plus en plus à sa divine Ma- » jesté : l'usage des sacrements, par lesquels ce bon Dieu vient » à nous, et la sainte oraison par laquelle il nous tire à soi. Et » en ceci j'emploie la 2° partie. — En la 4°, je lui fais voir comme » elle se doit exercer en plusieurs vertus plus propres à son » avancement, ne m'amusant pas sinon à certains avis particu- » liers qu’elle n’eût pas su aisément prendre ailleurs, ni d’elle- » même. — En la 4°, je lui fais découvrir quelques embûches de
1 Ch.-Aug. de Sales, et Esprit, Part. VII, sect. 8e, — L'Zntroduction fut aussi formée en parties des lettres de direction que le Saint adressait à sa mère; et François fut excité à la publier, non-seulement par le P. Forier, mais encore par Henri IV, qui désirait de sa main un livre où la religion, exposée telle qu'elle est vraiment, se moatràt praticable à toutes les classes et dans toules les positions (De Cambis, Ch.-Aug. de Sales),
Liv. IV. Chap. IV. — L'INTKODUOTION À LA VIE DÉVOTE. 373
» ses ennemis, et lui montre comme elle s’en doit démêler, et » passer outre. — Et finalement, en la 5° partie, je la fais un peu » retirer à part soi, pour se rafraïchir, reprendre haleine et ré- » parer ses forces, afin qu’elle puisse par après plus heureuse- » ment gagner pays, et s'avancer en la vie dévote'. »
Ces lignes donnent avec précision une première idée de l’ouvrage, qui, comme on le voit, n’est proprement, et dans la pensée de son auteur, qu'une introduction à la vie dévote. Une fois entré dans cette vie, en marchant sous sa conduite, on trouvera quelque chose de plus élevé, en rapport avec l'avancement de l'âme; et ce sera le Traité de l'Amour de Dieu. Chose merveilleuse, et que l’on a peine encore à concevoir après avoir lu et médité notre Saint, mais qui surprend moins toutefois pendant qu'on le lit, parce qu'on est comme emporté et ravi naturellement par {a naïveté du vrai: ce livre est sans pareil pour conduire à la perfection les âmes mêmes qui y aspirent dans la vocation réputée la plus parfaite; et ce livre pourtant n'aura rien de trop pour une âme qui vit dans le monde et, comme dit Charles-Auguste, dans la cour, dans les palais et châteaux, dans les armées, dans les places publiques, dans les ménages et dans le tracas des affaires. « À ceux qui, — ainsi s’exprimait Heori IV, — comme s’il n'était point de Dieu, où que ce fût chose indigne de lui de prendre garde à toutes les actions des hommes, se jettent à toutes sortes de vices et de forfaits, 1l donnera une crainte salutaire; et en même temps il assurera les vertus avec la paix à ces faibles esprits qui, pensant que Dieu ne veille sur les actions des hommes qu’en vue de les perdre et damner pour les moindres péchés, saisis de continuelles appréhensions, scrupules et perturbations, passent leur vie misérablement et tombent encore souvent jusqu'aux plus grands désastres. »
Nous ne disons rien du style, dont la noble simplicité se trouve constamment en rapport avec la beauté et l’exactitude merveilleuse des pensées : c’est le style que nous avons pu apprécier dans les lettres et que plusieurs extraits nous feront apprécier encore. Les chapitres sont courts : « car, tout ainsi que les voya- » geurs, sachant qu'il y a quelque beau jardin à vingt ou vingt- » cinq pas de leur chemin, se détournent aisément de si peu » pour l'aller voir ; de même ceux qui savent que la fin d’un cha- » pitre n’est guère éloignée du commencement entreprennent
1 Préface du Saint.
» volontiers de le lire’. » Nous serons courts aussi, tant que nous pourrons, dans l'analyse que nous essayons de faire, ayant en vue qu'un plus grand nombre de lecteurs se décide à parcourir un livre qui serait infiniment plus utile, s’il était aussi bien connu qu'il est justement célébré ?.
108. Le Saint conduit l'âme dés son premier désir de la vie dévote jusqu'à son entière résolution de l’embrasser. C’est la première partie, où il décrit la vraie dévotion, en fait voir l’excellence et la montre convenable à tous les états, possible à toute âme qui sera sous la loi d'un conducteur : cette âme se purgera du péché mortel, puis des affections à ce péché ; elle se lavera dans la pénitence par la confession générale, puis, ayant fermement protesté de sa résolution de servir Dieu, elle s’attachera à se purger encore de l'affection aux péchés véniels, aux choses inutiles et dangereuses, et à se délivrer des inclinations mauvaises, qui sont la source des imperfections.
« Vous aspirez à la dévotion, très-chère Philothée, parce que » vous savez que c’est une vertu extrêmement agréable à la » divine Majesté; mais il faut avant toutes choses que vous » sachiez ce que c'est, car d'autant qu’il y en a une vraie, et » qu'il y en à quantité de fausses et vaines, vous pourriez vous » tromper... La vraie et vivante dévotion n’est autre chose qu'un » vrai amour de Dieu, mais non un amour tel quel : car, en tant » que l’amour divin embellit notre âme, il s'appelle grdce, nous » rendant agréables à la divine Majesté ; en tant qu'il nous donne » la force de bien faire, il s'appelle charité; mais quand il est » parvenu jusqu’au degré de perfection, auquel il ne nous fait » pas seulement bien faire, mais nous fait opérer soigneuse- » ment, fréquemment et promplement, alors il s'appelle dévo- » tion. Et d'autant que la dévotion gît en certain degré d’excel- » lente charité, non-seulement elle nous rend prompts, actifs et » diligents à l'observation de tous les commandements, mais elle » nous provoque à faire promptement et affectionnément le plus » de bonnes œuvres que nous pouvons, encore qu’elles ne soient » aucunement commandées, mais seulement conseillées ou ins- » pirées.… »
« Le monde diffame tant qu’il peut la sainte dévotion, dépei- » gnant les personnes dévotes avec un visage fâcheux, triste et » chagrin. Il voit que les dévôts jeünent, prient et souffrent les
1 Préface du Traité de l'Amour de Dieu. — ? Voyez au tom. Ille des œuvres.
Liv. IV. Chap. IV. — L'INTRODUOTION À LA VIE DÉVOTE. 319
injures, servent les malades, donnent aux pauvres, veillent, contraignent leur colère, suffoquent et étouffent leurs passions, se privent des plaisirs sensuels.. .toutes choses âpres et rigoureuses; mais le monde ne voit pas la dévotion intérieure et cordiale, laquelle rend toutes ses actions agréables, douces et faciles. Les abeilles sur le thym trouvent un suc fort amer, mais elles le convertissent en miel.. La dévotion ôte l'amertume aux mortifications et la nuisance aux consolations : elle ôte le chagrin aux pauvres et l’empressement aux riches, la désolation à l’oppressé et l’insolence au favorisé, la tristesse aux solitaires et la dissolution à celui qui est en compagnie, elle sait abonder et souffrir la pauvreté; elle rend également .utile l'honneur et le mépris; elle reçoit le plaisir et la douleur avec un Cœur presque toujours semblable, rempli d’une suavité merveilleuse... Croyez-moi, chère Philothée, la dévotion est la douceur des douceurs, et la reine des vertus : or c’est la perfection de la charité. Si la charité est un lait, la dévotion en est la crème; si elle est une plante, la dévotion en est la fleur; si elle est une pierre précieuse, la dévotion en est l'éclat; si elle est un baume précieux, la dévotion en est l'odeur, et l’odeur de suavité qui conforte les hommes et réjouit les anges. » « Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits chacun selon son genre, ainsi commanda-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu'ils produisent des fruits de dévotion, chacun selon sa vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée, mais encore il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires, aux devoirs de chaque particulier... La dévotion ne gâte rien quand elle est vraie, mais elle perfectionne tout; et lorsqu'elle se rend contraire à la légitime vocation de quelqu'un, elle est fausse. C’est une erreur, une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés... Plusieurs ont perdu la perfection en la solitude et l'ont conservée parmi la multitude... Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. »
109. « Voulez-vous à bon escient vous acheminer à la dévotion, cherchez quelque homme de bien qui vous guide et vous conduise : c’est ici l'avertissement des avertissements. Sainte Thérèse, voyant que Madame Catherine de Cordoue faisait de
» grandes pénitences, désira fort limiter en cela, contre l'a- » vis de son confesseur.., et Dieu lui dit : Ma fille, tu tiens » un bon et assuré chemin; tu vois la pénitence qu’elle fait, » mais moi je fais plus de cas de ton obéissance.. Priez Dieu » avec une grande instance..., et ne doutez point; car quand il » devraitenvoyer un ange du ciel, il vous donnera un guide bon » et fidèle. Or, ce doit toujours être un ange pour vous, c'est-à- » dire, ne le considérez pas comme un simple homme, et ne » vous confiez point en lui, ni en son savoir humain, mais en » Dieu qui parlera par l'entremise de cet homme... Traitez avec » lui à cœur ouvert et en toute sincérité et fidélité, lui manifes- » tant clairement votre bien et votre mal... Ayez en lui une ex- » trême confiance, mêlée d’une sacrée révérence. : bref, cette » amitié doit être forte et douce, toute sainte, toute sacrée, toute » divine, toute spirituelle. »
L'âme sait maintenant à quoi elle aspire, et son guide sera là : sans doute qu'alors elle sent de bons désirs; mais, si ces fleurs apparaissent en notre terre, le temps d’émonder et tailler est venu. « L'âme qui aspire à l'honneur d’être épouse du Fils de » Dieu, se doit dépouiller du vieil homme et revêtir du nou- » veau, quittant le péché; puis rogner et raser toutes sortes » d’empêchements qui détournent de l’amour de Dieu : c’est le » commencement de notre santé, que d'être purgé de nos hu- » meurs peccantes... Or, la purgation ordinaire... ne se fait que » petit à petit, par progrès d'avancement en avancement, avec » peine et loisir. Cet exercice ne se peut ni doit finir qu'avec » notre vie : ne nous troublons donc point de nos imperfections ; » notre perfection consiste à les combattre, et nous ne saurions » les combattre sans les voir, n1 les vaincre sans les rencontrer : » Notre victoire ne qit pas à ne les sentir point, mais à ne point » leur consentir. Il faut bien que, pour l'exercice de notre hu- » malité, nous soyons quelquefois blessés en cette bataille spiri- » tuelle : néanmoins nous ne sommes jamais tenus pour vaincus, » sinon lorsque nous aurons perdu, ou la vie, ou le courage. »
« La premièré purgation qu'il faut faire, c’est celle du péché; » le moyen de la faire, c’est le saint sacrement de Pénitence.. » Remarquez de point en point en quoi vous aurez offensé, de- » puis que vous eûtes l’âge de raison...; et ayant ainsi ramassé » les humeurs peccantes, détestez-les par un déplaisir aussi » grand que votre cœur le pourra souffrir, considérant que par » le péché vous avez perdu la grâce de Dieu, quitté votre part de » paradis, accepté les peines éternelles de l'enfer, et renoncé à
LA
Liv. IV. Chap. IV. — L'INTRODUCTION À LA VIE DÉVOTE. 317
» la vision et à l’amour de Dieu. Ainsi je parle d’une confession » générale, qui n’est pas toujours absolument nécessaire, mais » qui vous sera extrêmement utile en ce commencement.
Cette purgation est peu, si l’on conserve l'affection aux dde tations du péché : on voudrait bien pécher sans étre damné, du moins jouir sans pécher; la vraie dévotion est impossible avec ces allanquissements de l'âme. « O Philothée! puisque vous » voulez entreprendre la vie dévote, il ne vous faut pas seule- » ment quitter le péché; mais il faut tout à fait émonder votre » cœur de toutes les affections qui dépendent du péché. » Or, comme une haine mortelle et violente, non-seulement fait fuir l'ennemi, mais donne horreur de tout ce qui lui appartient, ainsi devons-nous « agrandir tant qu'il sera possible notre contri- » tion, afin qu’elle s’étende jusqu'aux moindres appartenances du » péché. Pour cela, il faut que vous vous exerciez soigneusement » aux méditations suivantes : de la création, de la fin pour la- » quelle nous sommes créés, des bienfaits de Dieu, des péchés, » de la mort, du jugement, de l’enfer, du paradis. Faites élection » et choix du paradis, élection et choix de la vie dévote..., puis » allez courageusement, en esprit d’humilité, faire votre confes- » sion générale; mais je vous prie, ne vous laissez troubler par » aucune sorte d'appréhension.. Dites bien tout, simplement et » naïvement; contentez bien votre conscience en cela pour une » bonne fois. et écoutez..; c’est Dieu qui parle... — Prenez par » après en main la protestation, qui sert de conclusion à toute » votre contrition : lisez-la attentivement et avec le plus de res- » sentiment qu’il vous sera possible. Alors soyez attentive et ou- » vrez les oreilles de votre cœur, pour ouïr en esprit la parole de » votre absolution : le Sauveur la prononce en même temps que » le prêtre, et la troupe des bienheureux el des anges, se ré- » jouissant de votre bonheur, chantera le cantique spirituel » d'une allégresse nompareïlle, et tous donneront le baiser de » paix et de société à votre cœur, remis en grâce et sanctifié. O » Dieu! Philothée, que voilà un contrat admirable ! signez de bon » cœur votre protestation et allez à l'autel, où Dieu signera et » scellera votre absolution et la promesse de son paradis, se » mettant lui-même par son sacrement, comme un cachet et un » sceau sacré sur votre cœur renouvelé. »
110. « À mesure que le jour se fait, nous voyons plus claire- » ment dans le miroir les taches et souillures de notre visage. » Vous découvrirez, ma chère Philothée, qu'outre les péchés » mortels et affections des péchés mortels, dont vous avez été
» purgée, vous avez encore en votre âme plusieurs inclinations » et affections aux péchés véniels. Je ne dis pas que vous décou- » vrirez des péchés véniels; je dis des affections, et je dis qu'il » en faut purger son âme : » ce n’est rien que le péché véniel, et nous ne pouvons en être tout à fait purs; mais c’est beaucoup que l’affection, car elle est incompatible avec la dévotion et ramènerait le péché.
De même, « les jeux, les bals, les festins, les pompes, les co- » médies, ex leur substance, ne sont que choses indifférentes; » toujours néanmoins ces choses-là sont dangereuses, et de s’y » affectionner, cela est encore plus dangereux... C’est dommage » de semer en notre cœur des affections si vaines et sottes.. Les » petits enfants s'affectionnent et s’échauffent après les papillons, » et nul ne le trouve mauvais, parce qu'ils sont enfants, mais » n'est-ce pas une chose ridicule, ou plutôt lamentable, de voir » des hommes faits s'empresser de s’affectionner après des baga- » telles si indignes? »
« Nous avons encore certaines inclinations naturelles, les- » quelles ne sont pas péchés; mais s'appellent ëmperfections, et » leurs actes, défauts et manquements. Or, par le soin et affec- » tion contraire, on les peut corriger et modérer, et même on » peut s’en délivrer et purger ; et je vous dis, Philothée, qu'il le » faut faire. Je m’en vais maintenant donner les avis et proposer » les exercices par le moyen desquels vous purgerez entièrement » votre âme, à mesure que les humeurs tendront à revenir; car » les affections renaissent aisément dans l'âme, à raison de notre » infirmité et concupiscence, qui peut être mortifiée, mais qui » ne peut mourir pendant que nous vivons ici-bas. »
111. Le principal objet de la seconde partie est l’oraison, puis les sacrements. L’oraison, c’est la prière, par laquelle notre âme s'élève à Dieu et s’entretient avec lui, et lui avec elle; « mais » surtout, Philothée, je vous conseille la mentale, cordiale, » et particulièrement celle qui se fait autour de la vie et passion » de Notre Seigneur. Il faut s'arrêter là, et croyez-moi, nous ne » saurions aller à Dieu le Père que par cette porte... Employez-y » chaque jour une heure, et s’il se peut au commencement de » votre matinée...; n’y mettez pas davantage, si votre père spi- » rituel ne vous le dit expressément... Commencez par la pré- » sence de Dieu, et tenez cette règle sans exception, et vous » verrez dans peu de temps combien elle vous sera profitable. » Cest le premier point de la préparation, pour lequel, à ce » commencement, je vous propose quatre principaux moyens.
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» C’est d'abord une vive et attentive appréhension de cette vé- » rité, que Dieu est en tout et partout : chacun le sait, maïs cha- » cun n'est pas attentif à l’appréhender. Mais non-seulement » Dieu est au lieu où vous êtes; il est très-particulièrement en » votre cœur et au fond de votre esprit, comme le cœur de votre » cœur et l'esprit de votre esprit... En la considération de cette » vérité, vous exciterez une grande révérence en votre cœur. » Le 3° moyen, c'est de considérer notre Sauveur, lequel, en » son humanité, regarde du ciel toutes les personnes du monde. » Vous pouvez enfin, et c’est le 4° moyen, vous servir de la » simple imagination, vous représentant le Sauveur près de » vous, comme nous faisons d'un ami absent... Vous userez » donc de l’un de ces moyens, mais d’un seulement, et cela » brièvement et simplement. »
Suit l’invocation, puis la proposition du mystère que l’on veut méditer; et cetle proposition, pour les commencements, peut se faire par le moyen de l’imagination, quand le mystère s’y prête : plus tard on se le présentera par la foi et une appréhension toute mentale et spirituelle. Viendront après les considérations, ou l'acte de l’entendement, qui est proprement à méditation; et comme il ne faut pas vouloir prendre toutes les considérations préparées, mais s'arrêter sur celle où l’âme sera bien, aussi faut-il passer doucement et tranquillement, après un peu d'essai, celles qui n’inspirent rien. Mais la considération doit tendre à l'affection, et les affections générales doivent se convertir en des résolutions spéciales et particulières. Sur cela, rendez grâces à Dieu de ce que sa miséricorde a fait découvrir à votre âme, offrez-lui ce qu'il vous a ainsi donné et ce que promet votre cœur; conjurez-le de bénir vos affections et résolutions; cueillez ef odorez un peu le petit bouquet spirituel, pour apprendre à l’odorer le long du jour. Au demeurant, dans la méditation, 1l faut surtout se livrer à l’action du Seigneur et se porter aux affections par le colloque, parlant à Dieu, aux anges, aux saints, à votre cœur, aux pécheurs, aux créatures. Mais après, ne donnez point secousse à votre cœur, et l'amenez doucement aux occupations de votre état; mais surtout veillez à praliquer ce que vous avez promis.
« S'il vous arrive de n'avoir point de goût ni | de consolation, » je vous conjure de ne vous point troubler; mais quelquefois » ouvrez la porte aux paroles vocales, lamentez-vous de vous- » même à N. S., confessez votre indignilé, priez, baisez son » image. Autres fois, prenez un livre en main, et le lisez avec
RU OEN e MUs
» attention, jusqu'à ce que votre esprit soit réveillé et remis en » vous; piquez quelquefois votre cœur par quelques contenances » et mouvements de dévotion extérieure... Que si après tout » cela vous n’êtes point consolée, pour grande que soit votre sé- » cheresse, ne vous troublez point, mais continuez à vous tenir » en une contenance dévote devant votre Dieu. Combien de » courtisans vont cent fois l’année en la chambre, du prince, » seulement pour être vus de lui et rendre leur devoir! »
112. Outre cette oraison mentale, et les oraisons vocales que vous devez faire une fois le jour, il y en a d’autres plus courtes, et d’abord l'exercice du matin, qui est la préparatien générale à toutes les œuvres de la journée‘. Il faut faire aussi l’exercice du soir, comme un petit souper ou collation dévote et spirituelle; puis l'examen de la conscience. Ces deux exercices ne doivent jamais être oubliés : « car, par celui du matin vous ou- » vrez les fenêtres de votre âme au soleil de justice; et par celui » du soir, vous les fermez aux ténèbres de l'enfer.
» Rappelez le plus souvent que vous pourrez, parmi la jour- » née, votre esprit en la présence de Dieu... ; regardez ce que » Dieu fait, et ce que vous faites : vous verrez ses yeux tournés » de votre côté, et perpétuellement fichés sur vous par un » amour incomparable. O Dieu! direz-vous, pourquoi ne vous » regardè-je pas toujours comme toujours vous me regardez? » Pourquoi pensez-vous en moi si souvent, mon Seigneur, et » pourquoi pensè-je si peu souvent en vous? Où sommes-nous, » Ô mon âme? notre vraie place, c’est Dieu, et où est-ce que » nous nous trouvons ? — Comme les oiseaux ont des nids pour » faire leur retraite.., ainsi nos cœurs doivent prendre et choi- » sir quelque place chaque jour, ou sur le mont du Calvaire, ou » ès plaies de Notre Seigneur, ou en quelqu'autre lieu proche » de lui, pour y faire leur retraite en toutes sortes d'occasions, » et là s’alléger et récréer entre les affaires extérieures. Cette » solitude mentale ne peut nullement être empêchée par la mul- » titude de ceux qui vous sont autour ; car ils ne sont pas autour » de votre cœur, mais seulement de votre corps. »
« On se retire en Dieu parce qu’on aspire à lui, et on y aspire » pour s’y retirer, tellement que l'aspiration en Dieu et la retraite » mentale s’entretiennent l’une l’autre, et toutes deux viennent » des bonnes pensées. Aspirez donc bien souvent en Dieu par des
1 Outre le chap. 10e, 2e Part. de l'Introduction, voyez, au même volume, pag. 453, le 4er des 12 petits Traités.
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» courts mais ardents élancements de votre cœur : on fait ainsi » les oraisons jaculatoires..…., et cet exercice n’est point malaisé, » car il se peut entrelacer en toutes nos affaires et occupations, » sans aucunement les incommoder... Ceux qui aiment Dieu ne » peuvent cesser de penser en lui: à quoi même toutes choses » les invitent, et n'y a créatures qui ne leur annoncent la louange » de leur Bien-aimé... Or, en cet exercice de la retraite mentale » et des oraisons jaculatoires gît la grande œuvre de la dévotion : » il peut suppléer au défaut des autres; mais son manquement ne » peut presque point être réparé. »
113. Ces deux exercices sont tout spéciaux; mais il y a des avis bien particuliers encore et bien dignes de méditation dans ce que dit le Saint de l'assistance réelle ou spirituelle au saint sacrifice de la messe, centre de la religion chrétienne et cœur de la dévotion. De même il faut noter son enseignement sur l’assistance aux offices, et en particulier aux vêpres; sur les confréries et dévotions particulières qu'il avait si grandement à cœur; sur le culte des saints et plus spécialement des anges, de l'ange du diocèse, de ceux des personnes avec qui nous vivons, du nôtre surtout.
Il veut que l’on soit dévot à la parole de Dieu qui se traduit à nous par les livres spirituels, les entretiens avec des personnes pieuses et spécialement les sermons; et il prononce cette sentence remarquable : « Souvenez-vous que Notre Seigneur re- » cueille les paroles que nous lui disons dans nos prières, selon » Ja mesure avec laquelle nous recueillons les paroles qu’il nous » dit par la prédication. » De là il passe aux inspirations, par lesquelles Ze Seigneur se tient à la porte de notre cœur et y heurte pour nous appeler au bien : ce sont Zes tentations de Dieu, si l'on veut nous permettre ce mot qui rend bien la pensée, et en elles, comme dans les tentations mauvaises, il y a trois degrés; car, « Dieu voulant faire en nous, par nous et avec nous, » quelque action de grande charité, 1°1il nous la propose par son » inspiration, 2° nous l’agréons (y prenant délectation), 3° nous » y Consentons. »
Le chapitre de la confession est trop substantiel pour que nous puissions l'analyser; mais il nous paraît indispensable d'arrêter le lecteur sur ce que le Saint dit de la communion, pour terminer cette seconde partie. Il répète là ce que nous avons déjà vu (N° 61) de la condescendance vis-à-vis de ceux dont on dépend, et il donne pour les personnes mariées une doctrine certaine-
ment exacte’, quoique son application dans la pratique puisse dépendre absolument du directeur; mais ce qu'il importe surtout d'apprécier, c’est son enseignement au sujet de la fréquente communion.
« Le Sauveur a institué ce sacrement très-auguste de l'Eucha- » ristie.…., afin que qui le marge vive éternellement. C'est pour- » quoi, quiconque en use souvent avec dévotion affermit telle-' » ment la santé et la vie de son âme, qu'il est presque impossible » qu'il soit empoisonné d'aucune sorte de mauvaise affection... » Comme les hommes demeurant au paradis terrestre pouvaient » ne mourir point selon le corps, par la force de ce fruit vital » que Dieu y avait mis, ainsi peuvent-ils ne point mourir spiri- » tuellement, par la vertu de ce sacrement de vie. O0 Philothée: » les chrétiens qui seront damnés demeureront sans réplique, » lorsque le juste Juge leur fera voir le tort qu'ils ont eu de » mourir spirituellement, puisqu'il leur était si aisé de se main- » tenir en vie et en santé, par la manducation de son corps, qu'il » leur avait laissé à cette intention. Misérables, dira-t-il, pour- » quoi êtes-vous morts, ayant à commandement le fruit et la » viande de la vie? »
Ces paroles sont remarquables, en ce qu’elles insistent surtout sur l'efficacité du sacrement; et comme on connaît l'arbre à ses fruits, le saint juge par l’état de l’äme qui communie de son habilité à communier plus ou moins souvent. De là, expliquant la doctrine de saint Augustin, il prononce cette décision si frappante : « Pour communier tous les huit jours, il est requis de » n'avoir ni péché mortel, ni aucune affection au péché vémiel, » et d’avoir un grand désir de communier; mais pour communier » tous les jours, il faut, outre cela, avoir surmonté la plupart » des mauvaisesinclinations, et que ce soit par avis du père spi- » rituel. »
En considérant la sainte Eucharistie comme nourriture, il faut dire que la communion quotidienne suppose bon estomac en l’äme, qui dès lors montre la belle santé, exempte nonseulement des affections au péché, qui sont de vraies maladies , mais de la plupart des mauvaises inclinations, lesquelles annonceraient une santé débile; et c’est seulement contre ces inclinations, qui ne sont nullement péché, que la communion alors peut être un remède, tout ainsi que la bonne nourriture pour-
1 On la retrouve dans la lettre 828e,
Liv. IV. Chap. IV. — L'INTRODUCTION À LA VIE DÉVOTE. 383
voit aux débilitations naturelles du corps, lesquelles infailliblement ruineraient la bonne santé'!. L'enseignement de l’{ntroduction est donc incontestable en ce point, et sous tous rapports ; mais 1] paraît sévère quant à la communion de tous les huit jours, parce que, se formulant d’une manière générale, il devait être naturellement incomplet. Peut-être encore faut-il ajouter ‘que François de Sales, malgré son immense réputation pour la conduite des âmes, eût craint de scandaliser et de soulever les clameurs, tant des mondains que d’un grand nombre de directeurs, en poussant plus loin la condescendance qui déjà, pour le temps, avait quelque chose d’extraordinaire. On peut présumer cela d’après plusieurs réflexions semées dans ses lettres, comme aussi d'après ce qu’il ajoute dans son livre même. « Si les mondains vous demandent pourquoi vous communiez si » souvent, dites-leur que c’est pour apprendre à aimer Dieu, pour » vous purifier de vos imperfections, pour vous délivrer de vos » misères, pour vous consoler en vos afflictions, pour vous ap- » puyer en vos faiblesses. Dites-leur que deux sortes de gens » doivent souvent communier, les parfaits. et les imparfaits.… » Dites-leur que ceux qui n’ont pas beaucoup d’affaires mondai- » nes doivent souvent communier parce qu'ils ‘en ont la commo- » dité, et ceux qui ont beaucoup d’affaires mondaines, parce » qu'ils en ont la nécessité... Dites-leur que vous recevez le » saint Sacrement pour apprendre à le bien recevoir. »
Qu'on nous dise si le Saint eût jamais blâmé, même dans Pintime de sa conviction, un directeur qui, trouvant les dispositions qu’il indique, et toutes précautions prises au point de vue des devorrs de l’état, aurait prescrit la communion plusieurs fois la semaine. Ajoutons, toujours dans l'esprit de ce grand maître, qu'il est certainement, pour un grand nombre d’âmes animées de bonne volonté, des situations de faiblesse où la communion devient un remède qui serait pris trop rarement, s’il n’était pris que chaque semaine; et tout est bien réglé dans ce cas par la décision du Père spirituel. « Ce fidèle est faible, dit un autre grand » évêque, émule de notre Saint pour la direction, ce fidèle est » faible; mais il se défie de sa faiblesse, et a recours à l'aliment
1 Remarquez que cette doctrine ne peut s'appliquer rigoureusement au prêtre , parce qu'il est, non pas seulement wn homme qui communie, mais bien plus l'outil de Diew pour le sacrement, et pour le sacrifice qui est l'essence de la religion. — Si nous osions parler de notre expérience, nous affirmerions que notre ministère a été fortement secondé par la communion presque quotidienne de quelques âmes qu'une situation particulière rendait propres à cela,
» céleste pour se fortifier. Il est imparfait ; mais il en gémit, et » travaille pour se corriger de ses imperfections. Je dis qu'un » bon directeur, auquel il obéit avec simplicité, peut et doit le » faire communier presque tous les jours". »
114. La troisième partie traite de l'exercice des vertus, compagnes de la charité, qui les met en œuvre chacune en sa saison. La charité est le chef, sous elle commandent des vertus gur doivent répandre leurs qualités ès actions de toutes les autres, parce qu’elles sont d’un usage général, quoique moins élevées que d’autres en dignité et excellence. Chaque vocation a besoin de pratiquer quelque spéciale vertu, parmi les mezlleures et non parmi les plus apparentes, non point pour abandonner les autres, mais pour tenir plus justement son esprit rangé et occupé : cette vertu est comme le canevas sur lequel l’âme brode les autres, ainsi que de belles fleurs. Il s’agit des vertus, c'est-àdire des fruits de notre volonté, bons souvent quoiqu'imparfaits ; il ne s’agit pas de ces dons de Dieu, que mal à propos on appelle vertus, comme les extases, ravissements…
« En votre patience, vous posséderez votre âme... Ne bornez » point votre patience à telle ou telle sorte d'injures ou d’afflie- » tions, mais étendez-la universellement à toutes celles que » Dieu vous enverra , et permettra vous arriver. Soyez patiente » non-seulement pour le principal des afflictions, mais encore » pourlesaccessoires et accidents. Accusée justement, confessez » que vous méritez plus que l'accusation faite, si l'accusation » est fausse, excusez-vous doucement, et si elle continue ne » vous troublez nullement... Plaignez-vous le moins que vous » pourrez... et ne cherchez point qu'on vous plaigne.. Portez et » offrez, en union à N. S. et aux martyrs, les contradictions, » les peines et les douleurs. »
L’humilité suit la patience : à l'extérieur, elle bannit la vaine gloire et est ainsi plutôt sagesse qu'humilité : pour l’intérieur, c'est la vraie connaissance et reconnaissance de ce que nous sommes ; rien de nous-mêmes, mais plus ou moins de par Dieu. » Ilne faut pas craindre que la connaissance de ce qu'il a mis en » nous nous enfle, pourvu que nous soyons attentifs à cette vé- » rité, que ce qui est de bon en nous n’est pas de nous. Mon » âme; dit la très-humble Vierge, magnifie le Seigneur, parce
1 Fénelon, Lettre sur la fréquente communion. Gette lettre est un véritable traité, qui ne comprend pas moins de 20 pages in-80 : on ne la lira jamais assez.
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» qu'il m'a fait choses grandes... La vraie humilité ne fait pas » semblant de l'être et ne dit guère de paroles d’humilité : car » elle ne désire pas seulement de cacher les autres vertus; mais » encore et principalement elle souhaite de se cacher soi-même : » si même elle couvre et cache les vertus, c'est pour les faire » paraître quand la charité le commande, pour les accroître, » agrandir et perfectionner. » — L’abjection est ce que nous sommes, l'humilité est la vertu qui nous fait connaître et volontairement reconnaître notre abjection : comme la vraie patience aime notre mal, la vraie humilité aime notre abjection. A l’abjection se joignent les mépris, blâmes, rebuts, qu'il faut également aimer, et préférer toujours ce qui vient par accident à ce que nous aurions choisi. — La vraie humilité est compatible avec le soin de notre réputation.
La douceur nous perfectionne envers notre prochain, comme l'humilité nous perfectionne envers Dieu : c’est /a fleur de la charité que l’ensemble de ces deux vertus. Il faut que la douceur soit dans le cœur, avant d’être dans les paroles; elle doit totalement bannir la colère. Mais nous sommes notre premier prochain, et « l’une des bonnes pratiques que nous saurions » faire de la douceur, c’est celle de laquelle le sujet est en nous- » mêmes, ne dépitant jamais contre nous-mêmes, ni contre nos » imperfections et défauts'. » A cela se rattache encore une autre qualité : d’être soigneux et diligent en tout ce que l’on doit faire, mais de ne pas être pour cela en sollicitude, souci et empressement; il se faut appuyer totalement, doucement et confidemment sur la Providence.
« La seule charité nous meten la perfection, mais l’obéissance, » la chasteté et la pauvreté sont les trois grands moyens pour » l'acquérir... Ce sont les trois branches de la croix spirituelle, » toutes trois néanmoins fondées sur la quatrième, qui est l'hu- » milité. » Il y a l’obéissance nécessaire et l’obéissance volontaire : quand vous n’avez pas à obéir autrement, « faites-vous » ordonner les actions de piété que vous devez observer, par » votre père spirituel... Bienheureux sont les obéissants, car » Dieu ne permettra jamais qu'ils s’égarent. » — « La chasteté » est le lis des vertus ; elle rend les hommes presque égaux aux » anges : rien n’est beau que par la pureté, et la pureté des » hommes, c'est la chasteté. Elle a sa gloire tout à part, d’être
1 I] faut lire ce chapitre, qui donne le moyen essentiel du progrès dans la lutte contre nous-mêmes. Voyez déjà N° 56.
» la belle et blanche vertu de l'âme et du corps'. » — « Bien- » heureux sont les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux » est à eur : malheureux donc sont les riches d'esprit, car la » misère d'enfer est pour eux. Celui-là est riche d'esprit qui a » ses richesses dans son esprit, ou son esprit dans les richesses. » Comme on peut garder la pauvreté réelle étant réellement riche, on peut pratiquer une sainte richesse d'esprit parmi la pauvreté réelle.
115. Toutes ces vertus sont fondamentales, ou, comme dit le Saint, générales et gouvernant les autres ; c’est pourquoi nous avons essayé de les faire comprendre comme il les définit, montrant, autant que possible, le cachet particulier dont il les marque. Pour ce qu'il dit des amitiés, dans une série de six chapitres, tout vraiment serait à citer, et nous nous bornons à ce double caractère. « L'amitié mondaine produit ordinairement » un grand amas de paroles emmiellées, une cajolerie de petits » mots passionnés et de louanges tirées des qualités sensuelles ; » mais l'amitié sacrée à un langage simple et franc, et ne peut » louer que la vertu et grâce de Dieu, unique fondement sur » lequel elle subsiste. » L'ami faux est un larron qui veut prendre le plaisir à nos dépens, où un marchand qui ne s’allie que pour l’amour du gain.
[1 faut lire également, pour le bien saisir, ce qui regarde la mortification extérieure, les conversations et la solitude, la bienséance des habits, le parler et spécialement la manière de parler de Dieu, le respect dû aux personnes, les jugements téméraires et la médisance. Cette doctrine si pleine, si sage, si raisonnable, dirions-nous, réalisera particulièrement ce que souhaitait et admirait Henri IV : donner une crainte salutaire et chasser les sots scrupules. Il y a là cette sainte liberté qui met au large, mais dans l’enclos de la charité, et qui conduit à la perfection par des chemins où la rose du divin amour couvre l’épine des mortifications.
Sur les passe-temps et récréations, la doctrine du Saint fut blâmée dès l’origine par un prédicateur plus zélé qu'intelligent; elle sert encore parfois d’excuse à quelques esprits légers, répétant le plus souvent ce qu’ils n’ont jamais vu par eux-mêmes èt assurément plus amis du plaisir que de la vertu, plus hardis à vanter leur innocence que certains de sa réalité : mais certes, pour qui lira sérieusement, nul doute que ces folies paraîtront
1 Lisez ces chapitres, que nous ne pouvons analyser.
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assez blâmées, que le remède donné au mal sera jugé suffisant, et que même en nos temps de danses lascives et de spectacles impurs, une seule des considérations indiquées frapperait l’âme d’une honte efficace. « Notre Seigneur, Notre-Dame, les Anges » et les Saints vous ont vu au bal : ah! que vous leur avez fait » grande plié, voyant votre cœur amusé à une si grande niaise- » rie, et attentif à cette fadaise! ! »
La nécessité d’être fidèle aux grandes et petites occasions, d’avoir un esprit juste et raisonnable qui nous mette à la place du prochain quand nous le voulons juger; le soin d'éviter les désirs, non-seulement vicieux, mais dangereux, mais irréalisables, présomptueux ou trop multipliés : tout cela précède d'inappréciables avis aux personnes mariées et aux veuves; puis viennent ces belles paroles : « O vierges! je n'ai rien à vous dire » que ces trois mots; car vous trouverez le reste ailleurs. Si » vous prétendez au mariage temporel, gardez donc jalousement » votre premier amour pour votre premier mari... Mais si votre » bonheur vous appelle aux chastes et virginales noces spiri- » tuelles, et qu'à jamais vous veuillez conserver votre virginité, » Ô Dieu! conservez votre amour le plus délicatement que vous » pourrez pour cet Époux divin. »
116. La quatrième partie donne des avis contre les tentations les plus ordinaires aux personnes qui commencent la vie dévote. C’est une chose d’abord nécessaire de laisser parler le monde. « Quoique nous fassions, le monde nous fera toujours la guerre : » les araignées gâtent toujours l’ouvrage des abeilles. » Il faut après s’armer de bon courage et persévérer tranquillement, jetant loin les regrets de ce qu’on a quitté, et ne regardant que pas à pas à mesure qu'on avance, sans regarder tout à coup au haut de la perfection. Les tentalions viendront, qui ne doivent pas effrayer; car tout dépend de notre consentement, et seulement faut-il d'autant plus se renfermer en Dieu que l'ennemi soulève un orage plus fort. Mais il n’y a pas seulement à combattre les grandes tentations, et souvent on fait plus de profit à combattre les petites. Ce sont deux funestes sources de tentations que l'inquiétude et la tristesse. « L’inquiétude est le plus grand » mal qui arrive en l'âme, excepté le péché...; la tristesse est » comme un dur hiver, qui fauche toute la beauté de la terre. »
1 On pourrait remarquer au surplus que le Saint parle à une personne dévote obligée par circonstance à ces passe-temps; supposez qu'il se fût agi de ces personnes qui ne s'y livrent jamais sans pécher, son blàme eût été terrible : ilya crime alors et non simplement niaiserie.
— [Il ne faut enfin, ni s'attacher aux consolations, qui sont des faveurs et non des vertus, ni s’effrayer des sécheresses et stérilités, qui sont épreuves de Ja vertu et ne rendent pas nos actions moins agréables à la divine Majesté : « Nos actions sont comme » les roses ; fraiches , elles ont plus de grâce; sèches, elles ont » plus d’odeur et de parfum. »
La cinquième partie offre moins des enseignements que des exercices. L'âme dévote a marché quelque temps sous la conduite de son guide; mais, inexpérimentée encore et fable naturellement, elle a besoin de porter un regard en arrière, de compter ses pas, ses chutes, ses blessures peut-être. Elle commence par renouveler ses bons propos et méditer sa protestation de fidélité : par là elle s’affermit pour l'examen de son âme, sur son avancement en la vie dévote, sur son état envers Dieu, soi-même, le prochain, et sur ses affections, qu'eile modifie et ravive par diverses considérations, de l’excellence de nos âmes et des vertus, de l'exemple des saints, de l'amour de Jésus-Christ pour nous, et de l'amour éternel de Dieu. Durant quelques jours, après ce renouvellement, elle redira de cœur et de bouche qu'elle n'est plus au monde-ni à elle-même, mais à Dieu seul, qui vit et règne en elle maintenant et pour jamais.
117. Dès que ce bel ouvrage parut, il fit dans le monde une sensation prodigieuse et fut promptenent traduit dans toutes les langues de l'Europe : de tous côtés les éditions se succédèrent avec une prodigieuse rapidité. La reine Marie de Médicis l’envoya pour étrennes au roi d'Angleterre Jacques [”, et ce prince, en dépit de ses préjugés, en fut si satisfait qu'il le lisait souvent et le portait presque toujours sur lui. Plusieurs, dans leurenthousiasme et par un sentiment d'affection exagérée pour le saint auteur, lui conseillaient de ne plus écrire; car, ayant atteint la plus haute perfection, il ne pouvait que déchoir de sa renommée par d’autres œuvres. Ce sentiment faisait peine à François, qui, en toutes choses, oubliait sa personne : il s'avouait bien naïvement incapale, étant seulement, disaitl, un homme vil et méprisable ; mais si Dieu peut faire sortir de la mâchoire d’un âne une eau vive et désaltérante, il peut donner à un second livre la bénédicüon qu'il a donnée au premier‘. Aussi concevait-il le dessein d'écrire encore, et lorsque Pierre de Villars, en le félicitant avec un amour presque paternel, le pria de « continuer à servir » d'instrument à la divine Sagesse , rembarrant l'erreur des hé-
1! Noy. Esprit, Part. XVI, Sect. 22.
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» rétiques par la doctrine des controverses, et conduisant les » volontés dépravées dans le chemin de la vertu par ses traités » de piété et de dévotion‘, » François se trouva prêt à exposer l’idée de trois ouvrages nouveaux. « Je médite un livre de l’A- » mour de Dieu, non pour en traiter spéculativement, mais pour » en montrer la pratique... Je pense aussi de pousser dehors un » jour un petit calendrier et journalier pour la conduite de l'âme » dévote, auquel je représenterai des saintes occupations pour » toutes les semaines de l’année. J’ai de plus quelques matériaux » pour l'introduction des apprentis à l'exercice de la prédica- » tion..…...?. » Le Calendrier n’a point paru, et ce que nous avons vu des Controverses suffit à faire regretter qu'un tel ouvrage soit resté incomplet; nous verrons plus tard le Traité de l'Amour de Dieu. :
En atteudant, les critiques sages furent demandées et accueillies avec reconnaissance par le Saint, qui souffrit au contrare avec une admirable charité d'être non-seulement blämé, mais dprement bafoué en public par des censeurs dont la qualité assurait /a bonne intention. Pour mieux dire, en présence du blâme et devant le chœur universel des éloges, attentif à distinguer ce qui venait de lui et ce qui venait de Dieu, il se jugeait indigne et toutefois capable de servir au bien comme un instrament. «Je » ne suis que vanité, et néanmoins je ne m'estime pas tant » que vous m'estimez. Je voudrais que vous me connussiez bien; » vous ne laisseriez pas d’avoir une absolue confiance en mot, » mais vous ne m'estimeriez quère. Vous diriez : Voilà un jonc » sur lequel Dieu veut que je m'appuye : je suis bien assurée, » puisque Dieu le veut, mais le jonc ne vaut pourtant rien. Hier, » après avoir lu votre lettre, je me promenai deux tours, avec » les yeux pleins d’eau, de voir ce que je suis et ce qu'on m’es- » time ?. »
1 Lettre {41e, — 2 Voyez lettre 142e et la réponse qui la suit. — 3 Lettre 444,
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