‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 4)Chapitre 44 sur 61 · Ces miracles ne demandaient rien à l’activité du saint · texte numérisé non relu

Ces miracles ne demandaient rien à l’activité du saint

évêque; ils étaient dans sa vie comme ces actions que l’on ne compte point, parce qu'on les fait en allant à autre chose. Au mois de septembre, il était en visite (Voy. N° 23) dans le Faucigny et le Chablais; de Thonon, il implorait l'assistance du Due en faveur des habitants de Sixt, ruinés encore une fois par la chute « d’une pièce de montagne. » A la fin de novembre, il partait encore une fois pour Gex, ardent à profiter de l’impru-

dence des ministres huguenots de France, qui avaient réclamé

l'exécution de l’édit de Nantes, sans prendre garde que cet édit, ailleurs favorable à la réforme, lui était contraire dans le bailliage. François n’obtint d’abord que deux églises ; mais il revint avec l'espérance « qu’on lui remettrait tout le reste, » parce que l'affaire allait être sérieusement examinée par le conseil royal. Cette espérance ne fut point vaine, et, dans le courant de 1612, il put écrire à la reine Marie de Médicis : « Madame, après » avoir rendu grâces à Dieu du rétablissement de son église ès » lieux et biens ci-devant occupés et détenus par les ministres » de la religion prétendue réformée au bailliage de Gex, j'en » remercie très-humblement Votre Majesté, de la royale provi- » dence et piété de laquelle ce bienfait nous est arrivé. Dieu » éternel veuille à jamais établir la royauté du roi votre fils, » puisque vous avez si grand soin du rétablissement de celle de » son Fils, Roi des rois; Dieu remplisse votre royale personne de ses bénédictions, puisque, par l'autorité qu’il vous a don- » née, vous faites bénir son saint nom en tant d’endroits, èsquels il était profané. » Bientôt même, encouragé par la bienveillance de la reine, qui tenait à honneur de lui écrire, il réclama le rétablissement à Gex de l’ancien monästère des Carmes * : nous verrons la suite de cette affaire.

Mais ces consolations, qui venaient du dehors, étarent compensées par des contrariétés dans la Savoie même. Non seulement son désir « de pouvoir aller faire un Carème à Paris » rencontrait de la part du Duc une opposition persévérante* ; mais alors encore, pour une cause qui est restée inconnue, le Sénat menaça de faire saisir une partie de son temporel, et le sénateur chargé de signifier la sentence, injurieuse dans ses termes, y ajouta l'indignité de ses procédés. « Le saint et magnanime

1 Lettre 173. — 2? Voy. Lettres 174 et 180. — 3 Lettre 172,

Liv. V. Chap. [I. — CARÈME DE CHAMBÉRY. 4TA

évêque avertit sérieusement ce turbulent commissaire du respéct dû à sa dignité, et quant à la sentence, il en poursuivit la réparation avec un courage fort et généreux, de sorte qu'enfin le Sénat en vint aux excuses ‘. »

51. Comme vengeance, François conféra bientôt un canonicat de sa cathédrale au neveu du sénateur insolent, et il alla de plus prêcher à Chambéry le Carème de 1612. Le sermon solennel se faisait devant le Sénat; mais, selon sa coutume, François ne se refusait à personne, en sorte que les confessions, les conférences particulières, les instructions données à toutes les communautés et confréries, lui laissaient à peine le temps de respirer. « Néanmoins il suffisait à tout, prêchait à l’apostolique, s’oubliant lui-même et uniquement préoccupé du salut des âmes ?. »

À la prière du vicaire général de Grenoble, Abel de Sautereau, il célébra les ordres dans l’église des pénitents de la Sainte-Croix; mais aussi, favorisant les désirs des magistrats de Chambéry, il réclama près du Saint-Siège l'érection d’un évèché en cette ville. L'importance de Chambéry, qui était la capitale de la Savoie; l’insuffisance d'un vicaire-forain pour maintenir le clergé et le peuple; la diversité des dominations temporélles ; l'éloignement de Grenoble, la difficulté des chemins et l'immense étendue du diocèse; enfin la situation particulière de l'évêque de Grenoble, qui ne pouvait guère pénétrer en Savoie sans soulever des soupçons de tous côtés : c’étaient là des motifs plausibles ; mais la France fit opposition aux instances du Saint et du Duc, et l'érection fut ajournée indéfiniment *.

Une autre affaire cependant tenait bien plus fortement au cœur du saint prélat : c'était la canonisation « du bienheureux » duc Amédée III. » Grandement édifié de la piété des peuples, dans la Savoie et les lieux voisins, plus touché encore « des mi- .» racles que Dieu faisait en faveur de ce grand prince, » 1l avait commencé par exciter avec chaleur le zèle de Charles-Emmanuel; puis il adressa au Souverain-Pontife et à la congrégation des Rites les instances les plus vives et les plus touchantes. Ayant rappelé combien l’Église, dans tous les temps, se plaisait à glorifier les saints, combien le temps présent avait particulièrement besoin d’être réveillé par cette gloire, il venait joindre sa prière à un grand nombre d’autres, et il faisait intervenir

1 Ch.-Aug. de Sales. — 2 Dépos. de Daunant. — 3 Ce n’est qu'en 1779 que Chambéry devint siège épiscopal. Pie VI l'érigea par sa bulle du 18 août.

avec lui la majesté de Dieu qui réclamait cette canonisation comme un droit, la céleste Jérusalem qui s’en réjouirait, l'Église militante qui y applaudirait, la conduite même de Paul V qui venait de canoniser un prince de l'Église (S. Charles), la famille

si méritante de Savoie, toute la province et spécialement le :

diocèse de Genève, enfin les mérites et les miracles du bienheureux. « Laissez-vous donc gagner, Très-Saint Père; ne souffrez » pas que cette lampe, embrasée d’un feu tout divin, demeure » plus longtemps cachée sous le boisseau; mais placez-la sur le » chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la » maison de l’Église.…, annoncez à toute l’assemblée des fidèles » qui sont sur la terre, que le Seigneur a glorifié son saint dans » le ciel, pour nous exaucer lorsque nous réclamerons son assis- » tance ‘. » Assurément Paul V eût désiré accéder aux vœux de l’évêque du monde qui se montrait le plus saint; mais des difficultés et des oppositions mirent obstacle à sa bonne volonté : François dut se résigner, et il se consola en redoublant de piété et en excitant de plus en plus la confiance des fidèles.

52. Pour l'Avent de 1612, et le Carême suivant, le Saint était vivement désiré par les chanoines de Saint-Jean de Lyon; mais il sollicita vainement la permission de Charles-Emmanuel, et fut réduit à s’excuser. « Vous ne pourrez, disait-il, que beau- » coup gagner au change, si l’on a égard à la suffisance, puis- » qu'en cette partie-là je suis inférieur à tous les prédicateurs qui » hantent les bonnes villes, et montent dans les grandes chaires » comme la vôtre. » Mais en même temps il s'engageait pour une autre année si, après ces lonqueurs ordinaires aux Cours, » la réponse de S. À arrivait ?. »

D'autre part, M. Deshayes avait offert la chaire de Saint- Benoît, à Paris, et François eût accepté d'autant plus volontiers que c'était le moment où les affaires de Gex se traitaient dans le conseil privé de France : « Dieu sait bien, dit-il, que je prépa- » rais un cœur tout nouveau, plus grand, ce me semble, que le » mien ordinaire, pour aller là prononcer les saintes et divines » paroles... et je me promettais, par un certain excès d'amour à

1 Voy. Lettres 1810, 183c, 184e et 2206. « Amé ou Amédéc naquit à Thonon le er février 1435. Il épousa Yolande de France, sœur de Louis XI, et vécut dans des infirmités continuelles jusqu’à l’âge de 37 ans ; mais il se sanctifia par un constant exercice de toutes les vertus chrétiennes, se montrant aussi brave et sage administrateur qu'il était pieux (Voy. Gerdil, ist. de la maison de Savoie), » — ? Lettres 190e et 191e.

Liv. V. Chap. Il. — LE POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL. 473

» ce dessein, que, prêchant maintenant un peu plus mürement, » solidement, et, pour le dire tout en un mot entre nous, un peu » plus apostoliquement que je ne faisais il y a dix ans, vous » eussiez aimé mes prédications, non-seulement pour ma consi- » dération, mais pour elles-mêmes. » Vainement toutefois il demanda l’assentiment du prince, vainement encore la régente de France écrivit et fit agir son ambassadeur, Charles- Emmanuel demeura inflexible, et François songeait à faire intervenir un ordre du Pape, quand il apprit que le Duc devait venir à Chambéry et voulait qu’il s'y trouvât. L’attente de ce voyage arrêta tout, et une demande faite pour 1614 fut également inutile, ainsi que celle de l’évêque de Montpellier, qui l'invitait à prêcher à Toulouse’. Ce n’est qu'en 1616 et 161%, que François pourra prêcher à Grenoble, puis à Paris en 1618 et 1619; et l’on voit que la principale cause de tant de refus était son amitié pour M. de Charmoisy, qui demeurait suspect à la Cour de Savoie, et dont la disgrâce retombait ainsi sur l'évêque le plus estimé du prince et le plus zélé comme sujet?.

53. C'était aussi le temps où s’agitait beaucoup en Europe, et plus spécialement en France, la grande question des droits du Pape sur les choses temporelles, question soulevée d’un côté par les écrits de Jacques [* d'Angleterre, au sujet du serment qu'il exigeait des catholiques, et de l’autre par les vigoureuses réponses du grand cardinal Bellarmin. Les Parlements français et l'Université de Paris s’agitaient sous les arguments de l’illustre controversiste, l'accusänt d’excès en un sens et de l’autre courant aux extrémités opposées. Évidemment, dans une telle discussion, ce qu'il y avait de plus visible c’est que les esprits s’échauffaient; que la passion prenait la place du raisonnement et prêtait une valeur absolue à des considérations sans valeur; et le seul résultat que devait produire la lutte ne pouvait être que la suspicion des princes vis-à-vis du Saint-Siège, qui alors pourtant ne réclamait rien. François, consulté en même temps par une femme savante et par M. Milletot, conseiller au parlement de Dijon, qui avait écrit pour le pouvoir royal, bläma grandement une dispute inutile, inopportune et qui ne pouvait finir. Il prècha fortement le silence et il était si frappé de la nécessité de le garder, qu’il écrivit dans ce but au cardinal Borghèse un vigou-

1 Voy. Lettres 195e, 202e et 207e. — 2 Ce zèle se manifestait avec toute l’ardeur d'une vive affection, et nous en avons vu, nous en verrons encore de belles preuves; pour le moment où nous sommes, voy. Lettre 198e.

reux mémoire, indiquant avec insistance les mesures de conciliation qu'il fallait inspirer en même temps au Pape et à la Remmemère. Heureux si Paul V, dont la sagesse approuva ces mesures, eût pu les imposer efficacement, et si les princes, fermant l’oreille à ceux qui soufflaient la défiance et la jalousie, se fussent tenus en garde contre ces exagérations qui étaient loin d’affermir le pouvoir en le voulant absol!

Dociles aux inspirations de saint François de Sales, que les bons esprits méditent seulement ces paroles : « Le Pape est le » souverain pasteur et père spirituel des chrétiens, parce qu'il » est le suprême vicaire de Jésus-Christ en terre; partant, 4 a » l'ordinaire souveraine autorité spirituelle sur tous les chré- » tiens, empereurs, rois, princes et autres, qui en cette qualité » lui doivent non-seulement amour, honneur, révérence et res- » pect, mais aussi aide, secours et assistance envers tous, et » contre tous ceux qui l'offensent, ou l'Église, en cette autorité » spirituelle : tellement que, comme par droit naturel, divin et » humain chacun peut employer ses forces et celles de ses alliés » pour sa juste défense contre l'injuste et inique agresseur et of- » fenseur; aussi l’Église ou lè Pape (car c'est tout un) peut ém- » ployer ses forces ét celles des princes chrétiens, ses enfants » spirituels, pour la juste défense et conservation des droits de » l'Église, contre tous ceux qui la voudraient violer et détruire. » Et d'autant que les chrétiens, princes et autres, ne sont pas » alliés au Pape et à l’Église d'une simple alliance, mais d’une » alliance la plus puissante en obligation, la plus excellente en » dignité qui puisse être, comme le Pape et les autres prélats de » l'Église sont obligés dé donner leur vie et subir la mort, pour » donner la nourriture et pâture spirituelle aux rois et aux » royaumes chrétiens, aussi les rois et les royaumes sont tenus » et redevables, réciproquement, de maintenir, au péril de leur »-vie et États, le Pape et l'Église, leur pasteur et père spirituel. ‘» Grande mais réciproque ébligation entre le Pape et les rois, » obligation invariable, obligation qui s'étend jusqu'à la mort » inclusivement, et obligation naturelle, divine, humaine’. »

Assurément, dès que cette remarquable doctrine sera mise en pratique, bien des faits que l’on à pu regretter cesseront de se produire, et il est pleinement inutile de réveiller des discussions dans lesquelles moins que jamais on parviendrait à s'entendre.

54. Obligé à ne point sortir pour les prédications, François .

1 Lettre 199... Voyez aussi Lettres 200e et 361e.

Liv. V. Chap. IT: — MIRACLES DE GRACE. 4TS

nourrissait son zèle en prêchant dans sa ville épiscopale et partout où il pouvait être appelé par son ministère d’évêque. Parlant un jour dans l’église de Saint-Dominique de la communion spirituelle, il s’écria plusieurs fois, comme dans un saint transport : « Ah! que tout le monde meure, s’il ne veut vivre en » Jésus-Christ et pour sa gloire! » Et ce cri pénétra l’âme d’un pécheur public, à ce point qu’il se leva hors de lui, se frappant la poitrine et priant à haute voix le saint évêque de le réconcilier avec Dieu. Cette action fut suivie de l’abjuration de douze hérétiques, que François préparait depuis quelque temps, et heureux de cette belle journée, il les voulut avoir à sa table avec le nouveau converti : « Jésus-Christ, disait-il, alla au festin avec joie, » lorsqu'il eut converti Matthieu, qui était publicain et pécheur » public; allons aussi dîner joyeusement au nom et à l'exemple » de ce Sauveur adorable. » Son visage rayonnait durant le repas, et quelqu'un lui ayant demandé qui lui causait plus d’allégresse, ou du pécheur converti, ou des douze néophytes : « Je » me réjouis, dit-il, du retour de tous, mais toutefois les héré- » tiques reviennent de plus loin; puisqu'ils n'avaient pas au » cœur la vraie foi, qui est le commencement du salut. » L'action divine se montrait ainsi merveilleusement presque en

toute occasion, glorifiant de plus en plus le Saint qui était son. instrument fidèle et si dévoué. Charles-Auguste rapporte encore à ce temps une intervention céleste qui, pour n’avoir été visible qu'à deux âmes, n’en est pas moins extraordinaire. Gasparde d’Avise, issue d’une grande famille et dont François avait annoncé la vocalion dès le moment où elle fut baptisée, était entrée à la Visitation, par suite d'un appel soudain et prodigieux qui l'avait comme arrachée au goût du monde; mais l'ennemi ne cessait de l'assiéger de tentations, en sorte que déjà elle hésitait beaucoup. Le Saint consulta Dieu, interrogea cette fille, offrit pour elle plusieurs fois le Saint Sacrifiee, et enfin, un jour qu'elle communiait de sa main, il fut inspiré de prononcer sur elle, sans se faire entendre, cette prière : « O Dieu! regardez favo- » rablement votre servante, pour laquelle Notre Seigneur Jésus- » Christ n’a point refusé d’être trahi et livré aux mains des mé- » chants, et de subir le tourment de la croix! » Et il vit que l’esprit de persévérance était retourné en cette fille, et ellemême sentit que la main du Très-Haut la fortifiait. Tous deux remercièrent la divine Bonté, et depuis, quand elle était tentée, elle disait : « Arrière, Satan! mon très-cher Père m'a dit que ‘» j'étais bien appelée, et m'en a donné toute assurance. »

55, Nous savons que le saint fondateur avait voué le pèleri= nage du tombeau de saint Charles (N° 25) : il l'entreprit le 45 avril, en Compagnie de quelques ecclésiastiques et laïcs pieux, du nombre desquels était le marquis de Lullins. Ce grand seigneur se rappela toute sa vie avec allégresse le bonheur qu'il avait goûté dans ce voyage. « Ses actions, dit-il, et ses paroles » célestes imprimaient dans mon cœur un sentiment d'estime et » de respect que je ne puis exprimer. Il m'exhortait avec une » suavité forte et charmante à la pratique de toutes les vertus » chrétiennes, montrant qu'il est plus aisé qu'on ne pense de les » allier avec les emplois militaires, que la dévotion est de toutes » les conditions, que de grands rois l'ont pratiquée sur le trône, » et de grands capitaines au milieu des batailles. D’autres fois » il s’attachait à faire ressortir la vanité du monde, l’inconstance » de la fortune, le peu de fond qu'il y à à faire sur la faveur, » sur les grandeurs elles-mêmes; et il montrait que Dieu est l’u- » nique fondement sur lequel on se puisse reposer. »

À Turin, François offrit ses hommages au Duc, et en reçut l'accueil le plus flatteur. Il avait bien des demandes à faire; mais pour plusieurs il ne devait pas être heureux. Ce fut vainement qu'il sollicita la permission d’aller prêcher hors de la Savoie : il reçut « des paroles si honorables que rien plus, mais nullement favorables à son intention. » Vainement aussi chercha-t-il à disculper M. de Charmoisy et les autres gentilshommes accusés comme auteurs ou complices de la bastonade! dont nous avons parlé (N° 47); ce ne fut qu’à la fin de l’année que son intervention parut efficace. Mais d’ailleurs il obtint toute la protection désirée pour l'Ordre de la Visitation (Voy. N° 29); et quant au collège d'Annecy, dont les Jésuites n'avaient pu se charger et qui le mettait fort en peine, Charles-Emmanuel lui reeommanda les Barnabites, qu'il pourrait étudier à Turin, à Verceil et surtout à Milan : « Ils sont, dit-il, fils de notre saint » Charles, au tombeau duquel vous allez; je pense que vous ne » vous retirerez d'avec eux que très-content et satisfait. »

56. Le saint pèlerin, ayant traité ces affaires; se remit en route et arriva à Milan le 25 avril. « En cette grande cité, que

1 D’autres historiens , d'après Charles-Auguste, supposent ici que Berthelot avait été assassiné : quoique Charles-Auguste écrive le mot assassinat, nous croyons qu'il ne le faut pas entendre à la rigueur; les lettres que nous avons ndiquées ne parlent que de bastonade , et l'on y voit que Berthelot, après l’attentat, cherchait à incriminer un des frères du Saint. Voy. les Lettres 1203-1207.

Liv. V. Chap. IT. — PÉLERINAGE DE MILAN. 477

le glorieux apôtre saint Barnabé a éclairée du flambeau de l'Évangile, il fut reçu avec de très-grands honneurs par le cardinal Frédéric Borromée, cousin et très-digne successeur de saint Charles, et par dom Juan. de Mendoza, gouverneur pour S. M. Catholique. » Le cardinal voulait le loger dans son palais *; mais il préféra vivre en pèlerin inconnu.

« Le lendemain de son arrivée, il célébra la messe au sépulcre de saint Charles, revêtu d’ornements très-précieux, tout brodés et relevés d'or, de perles et de pierreries; mais c'est bien la vérité que son visage parut plus étincelant que ces riches habits, et il arrosa de ses larmes le tombeau sacré. » Après le Saint Sacrifice, il demeura là prosterné durant plusieurs heures, méditant les vertus de celui qu'il regardait comme son modèle, implorant la grâce de bien gouverner son diocèse et « la force nécessaire en tant de traverses et d’angoisses qui souvent venaient presque l’accabler. » Pendant qu'il prolongeait ainsi les actes de sa piété, ses prêtres eurent le temps d'admirer la cathédrale; mais lui sortit sans avoir rien vu, n’ayant pas même remarqué les ornements dont il s'était servi, parce qu'il était tout absorbé par « les ornements intérieurs de la sainteté du grand cardinal Borromée. »

Il passa plusieurs jours dans le couvent des Barnabites, occupant avec bonheur la cellule où saint Charles venait faire les exercices spirituels et ne sortant que pour retourner à son tombeau, près duquel même il voulut passer une nuit entière. Il eut le temps d'étudier les religieux, qu’il admira là comme il l'avait fait à Turin et à Verceil, et l’on s’entendit aisément pour le collège d'Annecy.

Quoiqu'il eût voulx rester caché, sa vertu le trahissait malgré lui : toutes les conditions lui témoignèrent un grand respect ; la garnison espagnole même, en dépit de la froideur qui était entre le Duc et le roi catholique, l’honora particulièrement, et « à son départ, on ne saurait dire combien de témoignages d'amitié il reçut, tant du cardinal? que des principaux de la ville. En passant par Novare, il visita le sépulcre de saint Bernard de Menton, et persuada aux chanoines de tenir le corps de ce saint avec plus de vénération qu'ils ne faisaient. »

87. Il arriva à Turin pour la fête du Saint-Suaire (4 mai), etle

1 Voy. Esprit, Part. VIII, Sect. 9. Sur les vertus et la frugalité du cardinal. — 2? Plus tard le cardinal lui envoya des reliques de saint Charles. Voy. Lettre 238e, — 3 Ch.-Aug. de Sales.

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