‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 4)Chapitre 46 sur 61 · VIE TOUJOURS PLUS ADMIRABLE · texte numérisé non relu

VIE TOUJOURS PLUS ADMIRABLE

LE TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU. PRÉDICATIONS ET DOULEURS. ACTION DU SAINT EN FRANCE.

69. Trop souvent la rébellion des sujets les plus considérables a pris son prétexte dans les soupçons, les défiances et les injustices des princes. Le duc de Savoie l'expérimentait alors, et c’était cela peut-être qui le rendait plus étrangement ombrageux, à l'égard même de l’évêque de Genève : François aimait tendrement le duc de Nemours, et le duc de Nemours était en révolte, jeté dans les bras des Espagnols par le mécontentement et l’ambition. Ce jeune prince tenait son titre de la France; il avait pour notre pays des affections traditionnelles, et, par sa naissance comme par les actes dont sa famille se glorifiait surtout, il était attaché à la maison de Guise pour le moins autant qu’à la maison de Savoie’. Ces liens allaient se resserrer encore par son mariage avec Anne de Lorraine, héritière du duché d'Aumale, quand Charles-Emmanuel rompit le projet d’une telle union en promettant une de ses filles. Cette promesse n’était pas sincère; on l’éluda par d'interminables délais, et le duc de Nemours, las d'attendre, se retira en méditant la vengeance. Les agents de l'Espagne ne négligèrent point cette bonne fortune et excitèrent le prince outragé à s'emparer du duché de Genevois, qui n'était que son apanage : il compta sur les secours qu’ils lui offraient, entra en campagne avec une armée de rebelles, de huguenots et d’Espagnols, et se présenta bientôt devant Annecy. Le duc de

1 François Ier avait donné le duché de Nemours à Philippe de Savoie, son oncle, comte de Genevois, Faucigny et Beaufort, qui épousa Charlotte d'Orléans. Philippe eut deux enfants, Jacques et Jeanne : Jacques servit constamment la France, particulièrement uni au duc Francois de Guise dont il épousa la veuve; Jeanne était la duchesse de Mercœur. Des deux fils de Jacques, l’ainé, Charles-Emmanuel, soutint le siège de Paris contre Henri IV, et mourut à 28 ans sans avoir été marié; son frère Henri, qui lui succéda, est précisément celui dont nous parlons : il finit par épouser Anne de Lorraine.

Savoie était alors allié avec la France; mais il ne s’en défiait guère moins que de ses ennemis, et comme résultat de cette défiance, 1l voyait partout des intrigues.

Le Saint cependant gémissait devant Dieu, déplorant les malheurs de sa patrie, la licence et les crimes de la guerre, levant constamment les mains au ciel et appelant par des prières publiques, sur son peuple rudement châtié, le repentir et la miséricorde. Quand le duc de Nemours avait quitté sa ville, évêque s'était rassuré en le voyant à genoux implorer «la bénédiction de » son très-indigne pasteur; » etil avait nourri l'espérance quece prince « lui commandait de conserver de son prochain retour. » Peiné de son absence, alors que la guerre menacçait de devenir plus vive, il avait, dans une lettre aussi forte que touchante, exposé toutes les raisons d'honneur et d’intérêt qui le devaient rappeler, regardant comme « le plus grand bonheur d’être » exaucé, et n’en voulant recevoir autre fruit que celui du mu- » tuel contentement de Son Altesse et de Sa Grandeur, et de la » commune joie des peuples du jeune prince et de tous ses vrais » serviteurs', » Quand enfin la ville fat menacée, « le bienheureux François fut la seule espérance de ses pauvres enfants, el comme beaucoup étaient en crainte de grand malheur, il fallut qu'il se servit de son esprit prophétique pour relever les cœurs de ses peuples : « Cette levée de boucliers s'évanouira, » disaitil. C’était pour lui plus particulièrement que ses amis craignaient, à cause de la présence des hérétiques dans l’armée assiégeante, et ils l'exhortaient sans cesse à mettre en sûreté ses meubles et sa personne. Lui souriait sans rien répondre ou disait avec affection : « Non, non, je ne me cacherai point et je ne » me séparerai pas de vous. Je serai toujours à mon devoir et » ferai ma charge, Dieu aidant : si l’on sonne Vêpres, je my » rendrai; s’il faut faire des dépêches, je les ferai; si l'ennemi » entre d'assaut dans la ville, et qu'il veuille me nuire, me voict » aux mains de la divine Providence. Mais il ne sera rien de tout » cela, je vous en assure : ces grands princes s’accorderont, et » le sang se conformera au sang?. »

Le duc de Nemours, en effet, ne fut que trois jours devant Annecy : car Victor-Amédée, prince de Piémont, accourut promptement au secours de la ville; et de plus, comme François l’avait annoncé, il y eut aussitôt un rapprochement, qui, en peu de temps, rappela au devoir le prince rebelle.

1 Voy. Lettre 1225e, — 2 Ch.-Aug. de Sales.

Liv. V. Chap. LIT. — PROJET DE RÉFORME. PATIENCE. 497

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