Pour montrer enfin sous toutes ses formes la grande cha
1 Divers témoins et Ch.-Aug. de Sales.
Liv. V. Chap. LIL. — CHARITÉ. TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU. 501
rité de l’homme de Dieu, Charles-Auguste raconte ce qui suit. Parmi les maux de la guerre, il avait surtout soin des pauvres, car la famine était la compagne de ce fléau. Un célèbre avocat, dont le fils étudiait à Paris, presque réduit à l'extrême nécessité, s’avisa de recourir au débonnaire prélat, et obtint en don une bien grande somme d'argent, que le jeune homme réclamait avec angoisse. Il ne savait comment la faire parvenir, craignant qu’elle ne se perdit en route, et le Saint se chargea de l’envoi à ses risques et périls, comme si c'eût été le bien du père : une lettre d'encouragement accompagnait, qui excita l'étudiant à la piété et à une grande diligence.
Le curé de Thonnex, réduit également à une extrême pauyreté, ne savait à qui recourir, et se décida enfin à s'adresser au saint évêque, bien qu'il le connüt très-peu riche. François en effet ne trouva rien qu'il pût donner; mais, comme la misère de ce pauvre prêtre devait l'exposer à la dérision des hérétiques, il se rendit à la chapelle, prit sur l’autel deux chandeliers d’argent et lui recommanda de les vendre pour avoir de quoi vivre. Rolland voulut ensuite les remplacer ; mais le Saint s’y opposa : « Cela, dit-il, ne se ferait qu’au préjudice des pauvres; nous » nous passerons de chandeliers. »
Sans compter en effet ceux qui se présentaient presque continuellement, « deux jours de la semaine, il faisait distribuer à sa porte une très-bonne aumône à tous venants; et parce qu'il y avait dans la ville d'Annecy plusieurs pauvres honteux, ayant appris leurs noms par le moyen des confesseurs, il fit distribuer vingt-quatre mesures de froment : et la mesure valait 30 et 35 florins?. »
16. Parmi tant d'œuvres et de travaux, l'homme le plus diligent chercherait avec peine quelques loisirs; et toutefois en cette année 4616 (fin juillet) parut le grand traité de l'Amour de Dieu. Un peu plus de deux ans, c’est tout ce qu'avait demandé ce livre sans pareil; mais le Saint l'avait écrit parmi les ardeurs de l'oraison, dans les embrasements du divin amour dont il voulait parler, dans l’effusion des lumières célestes et comme sous la pression de l'Esprit divin. « Notre intérieur, écrivait-il, n’a plus
1 Charles-Auguste ajoute que cet avocat, « sous prétexte du devoir de la visite, » se montrait singulièrement importun : « Bien souvent, dit-il, par une indiscrétion intolérable à tout autre, il allait l’entretenir de tricheries et de choses de néant par l’espace de quatre, de cinq heures, et davantage. » — 2? Ch.-Aug. de Sales. Le florin valait 46 centimes : c'était donc de 300 à 400 francs.
» de résistance; il faut que la crainte et la paresse de l’homme » extérieur cède à la volonté victorieuse de notre Maître, qui » veut que, tout froid et tout glacé que je suis, j'écrive de son » saint amour. Comptez ce jour pour celui auquel je commence » d’y employer tous les moments que je pourrai tirer de la presse » de mes autres devoirs, et invoquez incessamment sur moi » l'amour du divin Amant'. »
C'était le 11 janvier 1644, et depuis lors en effet, tous les instants furent occupés et ménagés avec une sainte parcimomié : « ce lui était un martyre bien grand de ne pouvoir gagner Île » temps requis. » Souvent le démon tâcha de l'arrêter par d’horribles manifestations de sa colère, poussant des mugissements étranges, faisant entendre des hurlements et aboïements « comme de loups et de chiens; » mais le Seigneur en retour faisait descendre sur lui les suavités de sa bonté divine, en sorte « qu'il écrivait autant sur son cœur qu'il mettait de mots sur le papier, » et que parfois ses larmes l’'empêchaient d'écrire. Il y eut surtout une visite de Dieu « célèbre et solennelle : c'était le 25 mars, que la sainte Église fête l’incompréhensible mystère de. l'Incarnation du Verbe éternel. Étant de retour de la prédication, sur le tard, il voulut être laissé seul en sa chambre pour réciter son chapelet, après quoi il se jeta à deux genoux sur son prie- Dieu, pour méditer; et voilà que le Saint-Esprit tomba sur lui, en espèce visible d’un globe de feu qui se partagea soudain en tant de petites flammes et l’entoura de telle sorte qu'il se vit tout couvert de feu. Surpris d’abord, il se remit bientôt et fut rempli d'une si grande douceur du divin amour que l'homme ne saurait l’exprimer. Il était comme abîmé dans cette ardeur de feu, quand son frère Louis, entrant inopinément, en fut effrayé et le crut malade. Il sortait pour appeler les serviteurs, mais François le retint par ces paroles : «Non, mon frère, n’appelez personne; » je ne suis point malade : je vous raconterai ce que c'est, » pourvu que vous me promettiez de ne le dire à personne; car » c’est un secret du Seigneur. » Et racontant toute l’histoire, il tremblait de tout le corps en parlant. Louis se retira tout pénétré de révérence; et ce soir-là l’homme séraphique s’abstint de manger et de boire; car il ne lui était pas possible de faire autre
1 Lettre 5060. I1 ne faut pas omettre une réflexion. Le Saint ne travailla que deux ans à la rédaction de son livre: mais ce livre néanmoins avait pris toute sa vie : toutes ses études, tous ses travaux , toutes ses prédications, toutes ses oraisons, toutes ses œuvres enfin, y compris celle de la Visitation, se trouvent là comme en un résumé inexprimable.
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chose que de laisser son cœur ainsi dilaté dans la suavité des voluptés divines'. » Il écrivit en son livret cette faveur : « Au- » jourd'hui, 25 mars, le Seigneur a daigné visiter miséricor- » dieusement son serviteur François. »
Dieu encore manifestait son intention par les fruits que produisait le livre, avant qu'il fût terminé. Le président de la Valbonne, Réné Fabre, très-affligé en son intérieur et comme livré à la mélancolie, étant venu voir le Saint pour prendre quelque avis et consolation, il le mena, sans qu’il eût rien dit, à son cabinet où, lui lisant deux ou trois chapitres de l'Amour de Dieu, il le laissa tellement satisfait, que ce seigneur crut avoir été deviné surnaturellement. Louis de Sales aussi profitait grandement de cette lecture, la faisant à genoux, après s'y être préparé par l’oraison, quelquefois par la sainte communion, et souvent il se relevait tout enflammé.
François cependant, ne s’arrêtant point à ces signes, et non content de soumettre ce qu’il écrivait au jugement des docteurs de son Église, envoyait ses cahiers à l'archevêque de Lyon, comme à l'Ordinaire du lieu où l'impression se faisait. Il voulait subir la censure de tous les hommes compétents : « car, disait- » il, je me reconnais très-fautif, et de plus, j'ai peu de temps » pour revoir mes petits ouvrages. Je supplie et désire qu'ils » soient vus à loisir et charitablement examinés par les doctes. »
71. L'œuvre était hautement approuvée; elle parut enfin, avec plusieurs fautes que le libraire avait laissé couler, et fit partout une sensation profonde. Le général des Chartreux estima cette fois que le Saint ne devrait faire autre chose qu'écrire; les Jésuites et la Sorbonne comparèrent ce livre aux plus beaux traités des plus grands docteurs de l'Église; un gentilhomme français se hâta d’en féliciter sa patrie en même temps qu'il glorifiait le saint auteur par cet anagramme latin : Sal es Francis decus?; et le roi d'Angleterre, Jacques I‘, dans l’enthousiasme de son admiration, défiant ses évêques de jamais écrire rien de semblable, s’écriait : « O que je voudrais voir l’auteur » de ce livre angélique! Ce doit être un grand personnage. » François l’apprit, et cette nouvelle rappela une douleur qui toujours affigeait son âme quand il songeait à la grande île, autrefois si riche en saints personnages et perdue maintemant dans les ténèbres de l'erreur. « Ah! disait-il, qui me donnera des » ailes comme de colombe, et je volerai à ce roi, en cette île qui
1 Ch.-Aug. de Sales. — 2? Vous êtes le sel et la gloire des Français.
» fut l’île des saints? Vive Dieu! Si S. A. me le veut permettre, » je me lèverai et j'irai à cette Ninive; je parlerai à ce roi, etlui » dirai au péril de ma vie le mot du Seigneur, et la parole qu'il » a faite à mille générations. »
Deux critiques néanmoins se firent entendre : on bläma comme un peu trop libres certaines comparaisons et expressions tirées de l'amour charnel; et l’on demanda si le livre n’était point trop théologique pour être à la portée du commun des lecteurs. Reproches peu sérieux vraiment : car l’âme qui n'a point dominé les sens n'ira pas loin dans un tel livre; et c’est précisément la qualité du Traité de l'Amour de Dieu d'être un ouvrage de haute portée dogmatique, inabordable en sa première partie aux lecteurs sans doctrine, et fermé pour le reste à toute autre clef que celle même du saint amour’. Le Saint a dit lui-même : « Les quatre premiers livres et quelques chapitres des autres » pouvaient sans doute être omis, au gré des âmes qui ne » cherchent que la seule pratique de la sainte dilection; mais » tout cela néanmoins leur sera bien utile, si elles le regar- » dent dévotement... Ce traité est fait pour aider l’âme déjà » dévote.., et pour cela il m'a été force de dire plusieurs choses » un peu moins connues au vulgaire, et qui, par conséquent, » sembleront plus obscures. Le fond de la science est toujours » un peu plus malaisé à sonder, et il se trouve peu de plongeons » qui veuillent et sachent aller recueillir les perles dans les » entrailles de l'Océan. Mais si tu as le courage franc pour enfon- » cer cet écrit, il t’arrivera de vrai comme aux plongeons, les- » quels, étant és plus profonds gouffres de la mer, y voient » clairement la lumière du soleil : car tu trouveras és endroits » les plus malaisés de ces discours une bonne et amiable clar- »AÉE- 0
78. À ces paroles de l'écrivain, joignons le jugement du P. Jean de Saint-François, général des Feuillants, l’ami et le fidèle historien du saint évêque. « Là il représente comme en des tableaux sacrés l’histoire de la naissance, du progrès, de la dé-
1 À notre époque, où la doctrine fait trop généralement défaut, le Traité de l'Amour de Diew est malheureusement un livre fermé à la plupart même des personnes pieuses. Pourtant, le chemin de la perfection reste ouvert, et il est des âmes qui y marchent; il en est surtout qui y marcheraient, si elles étaient bien conduites. Pour conclusion, qu'un directeur sérieux passe bien attentif à travers les Lettres et l'Introduction; puis, qu'il étudie l'Amour de Dieu. — C'est le tome IVe des Œuvres.
2 Préface du Saint.
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cadence, des opérations, propriétés, avantages et excellences de l'amour divin: et le tout si divinement que nul autre avant lui n’est parvenu, nul après lui n’atteindra jamais à cette perfection. On peut appeler ce livre une Somme très-accomplie de théologie amoureuse, où la volonté, épurée des autres affections, fait son cours en la science de l’amour sacré de son Dieu; où les beautés et perfections divines ne sont pas étrécies, comme dans les autres Sommes des théologiens, pour être accommodées à la compréhension de notre entendement, mais au contraire les volontés et les puissances des âmes amoureuses sont dilatées et élevées aux grandeurs et hauteurs du divin amour. Il n’y a rien de si secret et mystique dans les chastes embrassements de l’âme et de l'époux sacré, qu'il n’explique et ne déclare d'une manière si exquise et si sainte que, pour être divulgué, il n’est toutefois nullement profané. Des choses plus communes et ordinaires qui se passent en la nature, il tire des comparaisons qui lui accourent avec tant de facilité, que vous diriez qu'elles ont été faites exprès par le grand Auteur de l'univers pour servir à ce saint homme. Et ce qui est infiniment admirable, c'est que des buissons mêmes et des halliers épineux de la scholastique, il cueille des roses d'amour si fraiches et si délicieuses , que les esprits se peuvent délecter de leur vue et de leur odeur sans être nullement atteints des piqüres de leurs épines. Il traite les matières scholastiques si mystiquement, et les mystiques si amoureusement, et les amoureuses si chastement, que vous ne savez ce que vous devez plus admirer, ou la science, ou la sagesse, ou la charité, ou la pureté de ce très-docte, très-savoureusement sage, très-amoureux et très-chaste auteur. Il n’est toutefois que pour les âmes déjà fort avancées, pour les aigles, et non pour les aiglats qui barbaillent encore à l'éclat de cette trop grande lumière. Partant ce n'est pas merveille si plusieurs, ayant jeté les yeux sur ce divin traité, n'en ont pas continué la lecture, ou si beaucoup s’en abstiennent tout à fait. En quoi ils se doivent humilier, et reconnaître, ou la faiblesse de leur vue, ou l'impureté de leur goût, trop occupés encore des affaires de la terre, qui ne leur permettent pas de comprendre ni de goûter la doctrine contenue en ce livre. »
Les lecteurs seraient sans doute plus nombreux, et le Traité de l'Amour de Dieu renouvellerait son œuvre de sanctification, si l'on pouvait déjà le connaître avant même de l'aborder; mails l'analyse, unique moyen de cette connaissance préparatoire et comme d'initiation, aurait ici le tort d’être bien longue, en-
nuyeuse dès-lors et désagréable à beaucoup : nous l’offrirons toutefois avant de fermer cette histoire‘.
19. Francois cependant, tout occupé qu’il pouvait être de son livre, avait une attention toujours égale aux affaires de son diocèse. La Sainte-Maison de Thonon allait en décadence, bien que le collège prospérât merveilleusement sous la direction des Barnabites, et que les missionnaires Capucins fissent aussi trèsbien leur devoir. La communauté des prêtres séculiers chargés. des fonctions curiales offrait d'assez nombreux abus, que le Saint aspirait à détruire; mais il ne voyait de ressource que dans l’établissement des Pères de l’Oratoire, auxquels il désirait confier encore l’église de Rumilly. Ce fut une longue affaire, qu'il poursuivit tout le reste de sa vie, en même temps que la réforme des monastères, et nous ne voyons malheureusement, dans sa correspondance, que des désirs, des efforts, des démarches, des espérances et des sollicitations?.
Il devait en être de même pour les droits de son Église dans le collège dit de Savoie, à Avignon. Ce collège avait été fondé par Jean le Frasse, cardinal d’Ostie et évêque de Genève, en faveur de 24 écoliers qui voudraient s’avancer en l’étude des bonnes lettres, et principalement de la jurisprudence et théologie, savoir : huit du diocèse de Genève, 8 du duché de Savoie, etc. « Or, les intentions du fondateur n'étaient plus suivies, et le Saint réclamait fortement, sollicitant à la fois à Turin et à Rome et faisant agir près du vice-légat d'Avignon. Tout fut inutile, et, même dans le voyage qu'il fit en cette ville peu de temps
avant sa mort, François ne traita qu'avec peu de profit, parce “qu'il n'avait pas assez de temps, et que le vice-légat était empêché de trop d’autres affaires *. »
80. Le temps vint où il dut se rendre à Grenoble; car le parlement du Dauphiné l'avait instamment demandé pour l'Avent de 1616 et le Carême de 1617. Avant obtenu cette fois la permission du Duc et du Pape, il partit avec deux conseillers députés pour lui faire honneur.
Pour l'Avent, tout consacré au mystère du Verbe incarné, son unique sujet de station fut l’Ave Maria; et chaque jour il en commentait quelque parole avec tant d’onction et d’éloquence, que de nombreuses conversions en résultèrent. Grenoble ne comptait pas moins de calvinistes que de catholiques ; et des uns
1 Voy. à la fin de ce volume. — ? Lettres 249e et 250e, 2906, 329e à 3530, — 3 Lettres 252e, 253c, 2566. — # Ch.-Aug. de Sales.
Liv. V. Chap. HI. — AVENT DE GRENOBLE. GUÉRISONS. 507
et des autres le nombre encore était égal autour de la chaire sacrée, parce que tous regardaient l'orateur comme un saint : les ministres essayèrent inutilement de retenir leurs sectateurs. Leurs efforts en ce sens devaient être d'autant plus stériles que le maréchal de Lesdiguières, qui commandait en Dauphiné, non content d'assister à presque tous les sermons, avait réclamé du Saint une longue conférence particulière, et montrait pour lui une vénération affectueuse et de jour en jour croissante. Il l’invitait à sa table et le visitait souvent; mais surtout il ne négligeait aucune occasion de le louer, et proclamait hautement qu'il était digne d’être aimé, estimé et admiré de tout le monde.
Cette manière d'agir parut scandaleuse aux coryphées de l’erreur, qui se résolurent à faire des remontrances; mais le maréchal, informé de ce dessein, le déconcerta aussitôt. « S'ils vien- » nent en amis, dit-il, ou pour m’entretenir de quelque affaire, » je les recevrai volontiers ; mais s’ils se permettent des remon- » trances, qu'ils sachent bien qu’étant entrés par la porte ils » sortiront par les fenêtres. » Ne pouvant parler eux-mêmes, ils employèrent un des principaux seigneurs de la province; mais le maréchal répondit : « J'ai assez d'âge pour savoir ce » que je dois faire; et ils sont trop petits compagnons pour ap- » prendre à un homme de ma qualité comment il faut vivre. Je » sais comment on doit traiter les évêques, qui sont bien autre » chose qu'eux. Quand je verrai les princes souverains, les fils » et les frères des rois se faire ministres, comme j'en vois qui se » tiennent honorés d'être évêques, archevêques et cardinaux, » je verrai quel honneur je dois rendre aux ministres. »
Lesdiguières sans doute eût renoncé à ses liaisons adultères, et peut-être consommé plus tôt son retour à la foi, mais il dut partir au mois de décembre pour secourir le duc de Savoie. Ses relations furent ainsi rompues avec le Saint, pour ne reprendre qu'au Carèême de 1618, et sa conversion, dès lors bien avancée, n’eut lieu définitivement qu’en 1622.
81. Après l'Avent, François était revenu à Annecy, où deux guérisons dues à l'efficacité de sa prière accrurent encore son renom de sainteté. Il guérit subitement d’une fièvre pestilentielle et ramena des portes du tombeau, en priant sur lui, le Père Claude de Coëx, prieur de Talloires; et encore, étant allé voir un homme à l’agonie, il fit sur lui le signe de la croix, le bénit, annonça son rétablissement prochain et sortit pour aller à vêpres : au retour, le malade était bien, et peu après il était guéri. C’est aussi dans ce temps que, prêchant à Saint-Dominique et remar-
quant dans l’auditoire un hérétique très-obstiné, il se sentit inspiré de traiter la vérité de la religion catholique : ce gentilhomme écoute, se sent convaincu, renonce à ses erreurs et abjure bientôt après.
82. Rappelé à Grenoble pour le Carême, le saint apôtre se résolut d'y prêcher surtout la controverse, et il l’annonça dès le premier jour : « Me voici, dit-il, en la chaire de vérité : je ny » suis que pour la dire entièrement, et rien au monde ne m'em- » pêchera de la dire. Que plutôt ma langue s’arrête à mon go- » sier, qu’elle se sèche sur mon palais, et que je demeure muet. » Et il prononça ces paroles avec tant de dévotion et si puissamment, qu'il émut grandement ses auditeurs.
« Le premier qui revint au bercail fut Claude Boucard, de Verdun qui fit abjuration publique, non sans tirer les larmes des yeux du saint évêque et de tous ceux qui étaient présents. « Moi, disait-il, né en Lorraine d’honnêtes parents, baptisé et » élevé en l'Église catholique, et maintenant âgé de 50 ans, je » confesse franchement et ingénûment d’être rentré dans la Com- » pagnie de Jésus au temps de ma jeunesse, où j'ai fait les vœux » simples. J'ai enseigné à Paris le cours entier de philosophie » l’espace de trois ans; devenu prêtre, j'ai enseigné un an la » théologie en l’Université de Pont-à-Mousson; et après cela, » j'ai passé au parti des calvinistes, non que je doutasse aucune- » ment de la vérité catholique , mais afin d’avoir plus de hberté » et de moyens de satisfaire ma convoitise, qui était selon le » monde et la chair. » Et, dans son repentir il étalait toute sa vie : un premier retour et une première abjuration dans les mains mêmes du saint évêque; une rechute dans les malheureuses passions qui le rejetèrent avec la foi dans les rangs de l'erreur; de nouvelles sollicitations de pardon et de grâce, et enfin l’arrivée à ce jour bienheureux où pour jamais il faisait serment d’être à Dieu. Ses larmes et la solennité qu'il avait désirée étaient cette fois des gages assez sûrs : François lui donna l’absolution avec une joie d'autant plus grande, qu’il voyait la foule extraordinairement émue; et en effet, la conversion de Boucard fut un événement qui occupa toute la ville’. »
Une autre suivit bientôt, également éclatante. Le ministre Barbier, fort renommé dans la secte, n’y trouvait point cette plénitude de conviction que réclame un noble esprit, et son cœur était mal à l’aise dans une religion qui n'aime pas. Il écouta et
1 Ch.-Aug. de Sales.
Liv. V. Chap. III. — GARÈME DE GRENOBLE. 509
suivit l’apôtre du saint amour, se pénétra de sa doctrine et devint, après son abjuration, un écrivain redoutable à l'hérésie.
D’autres suivirent en grand nombre, et c'était, parmi les calvinisles, un incompréhensible enthousiasme : de jour en jour, leur présence augmentait l'auditoire dans l’église Saint-André, ‘qui était celle de la Station. Les ministres demeuraient consternés, et l’un d’eux imagina, pour arrêter ceux qu'il appelait ses ouailles, de faire son prêche à l'heure du sermon : il n’en vit que mieux sou impuissance, car ilse trouva presque seul dans son temple désert. Alors, ne se possédant plus de colère, il annonça partout qu'il voulait avoir avec l’évêque une conférence publique. François l’apprit et s’en réjouit, et comme on l'avertissait que le ministre était d’une insolence extraordinaire : « Tant » mieux, dit-il; voilà justement ce qu’il nous faut. » — « Mais il » vous traitera indignement. » — « Tant mieux encore. Oh ! que » de gloire Dieu tirera de ma confusion! » — « Mais il ne con- » vient pas d'exposer votre caractère à l’opprobre! » — « Jésus- » Christ en a souffert bien d’autres! J'espère que Dieu me fera la » grâce d’endurer plus d'injures qu’il ne m'en saurait dire, et, » si nous sommes bravement humilié, Dieu sera magnifiquement » exalté. Vous verrez des conversions à tas; c’est la pratique de » Dieu de tirer son honneur de notre ignominie. » Malheureusement cette conférence n’eut point lieu; car les calvinistes s’effrayèrent de la supériorité de l’athlète catholique, et toutes les bravades du pauvre ministre s’en allèrent en fumée”.
83. Parmi ceux dont la foi sommeillait dans les enivrements du monde et des plaisirs, beaucoup aussi perdirent leurs illusions. On cite entre autres deux gentilshommes de très-haute noblesse qui renoncèrent à la vanité de leurs habitudes pour embrasser une vie désormais édifiante. Sur ces paroles de l’Ecclésiaste : Vanité des vanités, et tout est vanité, le Saint avait si fortement établi l'inutilité et la dégradation de la vie qui n’est point consacrée à Dieu, que ces seigneurs s'étaient pris à rougir d'eux-mêmes: et l'élévation de leur naissance avait encore grandi cette honte à leurs yeux.
Les âmes tièdes étaient ranimées, et les cœurs sincèrement chrétiens bénissaient le Seigneur en redoublant la ferveur de leurs désirs et de leurs promesses. « Je ne vis jamais, écrit le » saint évêque, un peuple plus docile que celui-ci, ni plus porté » à la piété; surtout les dames y sont très-dévotes, et douze des
U Esprit, Part. I, Sect. 27.
» premières de la ville se sont rendues mes filles'. » Mais aussi sa parole avait quelque chose de si extraordinairement lucide en sa force et onction, qu’elle étonnait même les plus habiles. Un éminent docteur, chanoine de la cathédrale, sortant un dimanche avec le peuple, s'arrêta tout hors de lui, sur la place Saint-André : « Quel est cet homme, s’écria-t-il, qui expose les questions » les plus difficiles de la théologie, et les fait entendre aux » femmes et aux plus petits esprits? » Plusieurs même, et spécialement un Franciscain et un Dominicain, désireux de conserver ses discours, les transcrivaient avec une ardeur quitenait de l'enthousiasme et de la dévotion.
C'était à peine cependant s’il trouvait quelques moments pour se recueillir avant de monter en chaire. « Dieu, disait-il, me par- » tage en mille choses! » et, en effet, sans parler de la direction des âmes, et de la réconciliation des pécheurs, on voit que les conférences particulières lui prenaient beaucoup de temps, que toutes les maisons religieuses demandaient à l'entendre, et que les malades ne voulaient que lui pour consolateur et pour médecin. Sa présence calmait les douleurs; le toucher de sa main, une prière de lui, sa bénédiction, c’étaient là des remèdes infaillibles, qu'il appliquait en demandant le silence et qui grandissaient de plus en plus la réputation de sa sainteté ?.
« Sur la fin du Carême, il s’enrôla en la confrérie du Cordon de l'Ordre des Minimes, parce qu'il avait une grande dévotion au glorieux saint François de Paule, et portait une très-sincère affection à ses enfants. Ille reçut le 2 avril, au monastère de Saint- André, des mains du P. Antoine de Billy, et vénéra en cette occasion le manteau de ce merveilleux saint. Sa dévotion fut telle, qu'étant agenouillé et pressé d’une très-grande foule de peuple, qui se jetait sur lui, jamais pourtant il ne fit le moindre signe d’impatience, mais se tint toujours en une posture si égale, qu'il ravit en admiration tous ceux qui en furent témoins. Depuis lors, quand il rencontrait quelque religieux Minime, il parlait du cordon et disait : « Voyez si je ne suis pas de vos frères, mais c'est » la vérité que je ne suis pas Minime de nom seulement?. »
84. « Enfin, après avoir fait à Grenoble presque autant de miracles que d’actions, il revint promptement en sa chère ville d'Annecy; » là il retrouvait pour ainsi dire sa vie, qu'ailleurs il semblait interrompre, quoique pour la gloire de Dieu et le bien du prochain : « Hors de là, disait-il, je suis comme une statue
1 Lettre 562. — ? Voy. Ch.-Aug. de Sales, — 8 Ch.-Aug. de Sales.
Liv. V. Chap. [I[. — MORT DU BARON DE THORENS. 511
» hors de sa niche. » Sublime pensée d’humilité et d’amour par laquelle il exprimait tout ensemble, et le sentiment de son inutilité personnelle , et sa volonté joyeusement dévouée à servir le Seigneur selon son bon plaisir. Le diocèse d’ailleurs trouvait à sa présence une consolation d'autant plus grande qu'il continuait à souffrir les maux de la guerre; et nous savons quels secours le Saint portait à son peuple : surtout « il ne cessait de lever les mains au ciel pour la concorde des princes, et tâchait de rendre là divine Majesté favorable aux affaires de la chrétienté. »
En ce temps il reçut des lettres d'affiliation à l'Ordre des Barnabites, « bienfait et témoignage d’affection qui causa bien de la consolation et de la joie à son âme. » Mais « cette joie fut interrompue par la triste nouvelle de la mort de son très-cher frère, le baron de Sales et de Thorens, » enlevé tout à coup par une fièvre pestilentielle, alors que la Savoie admirait en lui l’un de ses plus nobles et plus braves officiers". Le Saint versa d'abondantes larmes, car cette perte était doublement pénible à son cœur, à cause de la jeune baronne et de la Mère de Chantal; mais toutefois, levant les mains et les veux au ciel : « Oui, dit- » il, 6 Père, parce que cela vous a semblé bon. Je me suis tu et » n'ai pas ouvert la bouche, parce que c'est vous qui l'avez » fait. Le nom du Seigneur soit éternellement béni! »
Deux heures après, il était à la Visitation; car il craignait que la belle-mère et l'épouse du défunt n’apprissent de quelque langue indiscrète la grande perte qu'elles venaient de faire. Rappelant le pieux dessein formé entre la jeune baronne et son mari, que celui qui survivrait ne serait plus qu'à Dieu : « Ma chère fille, dit-il, ce qui n’était qu'un simple projet est maintenant » un ferme propos : M. de Thorens a trouvé ce que son cœur dé- » sire, et le Seigneur a voulu que vous fussiez à lui. » — « Ah! » mon père, mon père! j'ai trop compris; mon cher époux est » mort. » Et la jeune dame s’affaisse sur elle-même ; puis bientôt revenue : « O mon Dieu, dit-elle, je suis donc désormais toute à » vous seul! » La Mère de Chantal parut alors : « Ah! ma Mère, » s'écrie la baronne, voilà Monseigneur qui me dit que M. de » Thorens est mort. » Et les deux nobles femmes, abimées par la douleur, tombent dans les bras l’une de l’autre ; mais bientôt, sous la parole du Saint, elles raniment leur courage, pour accepter doucement de la main de Dieu leur calice amer. Ecoutons,
4 I] était colonel et conduisait son régiment à l’armée du Duc; son corps fut inhumé à Turin dans l’église des Barnabites,
comme dans le secret de la famille, le grand cœur de S. François de Sales : « O Dieu, ma pauvre très-chère sœur‘, que j'ai » de peine pour le déplaisir que votre cœur souffrira sur le trépas » de ce pauvre frère, qui nous était à tous si cher! Pour moi, » j'ai pleuré plus d'une fois..., et n’ai pu m'empêcher d’avoir les » ressentiments de douleur que la nature m'a causés; mais pour- » tant je suis maintenant tout résolu et consolé, ayant su com- » bien il est trépassé dévotement entre les bras de nos Pères » Barnabites, de notre chevalier”, après avoir fait sa confession » générale.…., avoir reçu la communion et l’extrême-onction fort » pieusement. Que lui peut-on désirer de mieux selon l'âme? Et » selon le corps, il a été assisté en sorte que rien ne lui a man- » qué. MS le prince-cardinal et M”* la princesse l’envoyèrent » visiter….; et enfin M® le prince-cardinal, après son trépas, » envoya douze flambeaux avec les armoiries de $S. A. pour ho- » norer son ensevelissement. Dieu donc soit à jamais béni, pour » le soin qu'il a eu de recueillir cette âme entre ses élus; car en » somme, que devons-nous prétendre autre chose? Il ne se peut » dire combien la pauvre petite veuve a témoigné de vertu en » cette occasion. Nous la garderons encore ici quelques jours, » jusqu'à ce qu’elle soit bien rassise. Jamais homme ne fut plus » généralement regretté que celui-ci. Or sus, consolons nos » cœurs le mieux que nous saurons, et tenons pour bon tout ce » qu'il a plu à Dieu de faire; car aussi tout ce qu'il a fait est très- » bon°. »
85. Malgré toute sa résignation, la baronne de Thorens avait recu un coup dont elle ne put se relever. Désormais elle parut triste et silencieuse, ne prononçant que des paroles de regret, ou subissant l'irrésistible pressentiment de son prochain départ. Elle était enceinte et elle disait : « Seigneur, je puis à présent » vous servir sans partage; je ne tiens plus au monde que par » cette petite créature que vous avez formée dans mon sein : » donnez-lui la naissance et le baptême, puis disposez de la » mère et de l'enfant selon votre sainte volonté. »
Le baron était mort le 23 mai; le 7 septembre, sa veuve allait le retrouver près de Dieu. Surprise d’un accouchement avant terme, elle mit au monde dans un long évanouissement un enfant qui fut baptisé et qui était mort quand elle revint à elle. Sa faiblesse la rendit incapable de supporter cette nouvelle dou-
1 Lettre 867e, à Mme de Cornillon. — 2 Janus de Sales, chevalier de Malte, — 3 Voy. aussi Lettre 876e.
Liv. V. Chap. II. — MORT DE LA BARONNE DE THORENS. 913
leur; elle tomba en convulsion et bientôt les médecins désespérèrent. Le Saint accourut, et il est impossible d'exprimer ce qui se passa dans les dernières heures de cette vie de 19 ans. « Vous » vous imaginerez bien, écrit-il, de quelle sorte nous avons été » touchés ces jours passés. Ce n'est pas la M®*° de Thorens que » vous avez vue, quoique celle-là fût fort aimable; c'est une » M”° de Thorens toute dédiée à Dieu, toute relevée au dessein » de ne vivre qu’à Dieu, toute pleine de clarté ès choses spiri- » tuelles, et de la connaissance de Dieu et de soi-même, et telle » qu'on pouvait espérer que dans quelque temps elle serait une » autre notre Mère. Je ne vous dirai rien de sa fin très-sainte, » Entre ceux qui la virent, il y en eut qui, le jour suivant, me » vinrent demander congé de l’invoquer, et d’autres qui vinrent » renouveler leur propos, émus du spectacle de cette mort toute » pleine de douleur extrême, et douleur toute parsemée de Vive » Jésus! Seigneur Jésus, tirez-moi à vous! O passion el mort » de mon Sauveur! je vous embrasse, je vous aime, je vous » adore; vous êtes mon espérance. Vive Jésus et Mari ie, que » j'aime plus que ma vie! Et cela prononcé si suavement que » merveille. Or sus, ma très-chère fille, il m'a fait grand bien » de vous dire ces quatre mots, qui sont un échantillon de la » piété de cette mort. Elle est morte sœur et fille de la Visi- » tation. »
C’est de Belley que François écrivait ces lignes; car, dans sa grande douleur, après avoir rendu à la défunte les honneurs funèbres, il avait senti le besoin de se consoler près de son ami. Dès que la cérémonie fut ächevée, il commanda qu’on lui tint dés chevaux prêts, et comme on lui remontrait que la Mère de Chantal, extrêmement affligée, avait grand besoin de sa présence : « Vous faites tort à mon affection, répondit-il, de l’esti- » mer plus affligée que moi. Je connais la force de son esprit et » la faiblesse du mien : comment lui apporterais-je de la conso- » lation, moi qui en ai plus besoin qu’elle? » Et dans ses entretiens avec l’évêque de Belley, il racontait cette sainte mort avec tant de larmes et d’édification, qu'il était impossible de ne point pleurer avec lui; il parlait de sa chère belle-sœur comme d'un ange, plutôt que d’une créature mortelle ?.
86. Ayant bientôt remis son âme, il revint à Annecy, et le 17 septembre il écrivait tout ensemble au pape Paul V et au cardi-
1 Lettre 572e. Voy., à l'occasion de cette admirable mort, les Lettres 570€, 511e, 8770 et 878e, — 2 Esprit, Part. II, Sect. 32e.
nal Bellardin, dépeignant avec l'angoisse d’un père l’extrême pauvreté et misère des religieuses Clarisses, et s’autorisant dece qui avait été accordé à celles de Greuoble pour solliciter en leur faveur « dispense pour posséder en commun des terres et d’autres biens immeubles. » — « Voyant, disait-il au cardinal, combien » cette pauvreté extrême est nuisible à la vie intérieure, et que » ces religieuses ne peuvent persévérer longtemps dans la sain- » teté de leur profession, quoiqu’elles ne soient point sous ma » juridiction, mais qu’elles soient dirigées par les Frères Mineurs, » je n'ai pas voulu manquer d'ajouter mes très-humbles prières » à celles qu’elles présentent à S. S., et de recommander cette » affaire à Votre Seigneurie [llustrissime, que je supplie instam- » ment leur être favorable. » Il signalait en même temps les points à réformer dans leur vie, selon le décret du saint concile de Trente; car le zèle et la charité bienveillante ne se séparaient jamais dans cet admirable Saint.
Dans le même temps, nous le voyons très-attentif au progrès du bien que pouvaient faire les Barnabites, très-ardent à célébrer leurs louanges et travaillant à les introduire en France, « ès lieux où les Jésuites ne sont pas”. » D'autre part, consulté sur le projet d'une Somme de Théologie, il donne sur la manière
“écrire de tels ouvrages des avis qui ne sont autres que ceux d’un maître’. Enfin, c’est à la même époque (novembre), et avec une joie nompareille, qu'il envoya au Souverain-Pontife l'éloge de son vénérable ami Juvénal Ancina, que l’on songeait à béatifier. Nous avons déjà (Liv. III, N° 14, et Liv. IV, N° 45) cité quelques mots de cette admirable lettre, où François s’est peint lui-même en célébrant avec vérité l'évêque de Saluces; mieux vaut inviter à la lire que chercher à la faire connaître en en extrayant même de longs passages *.
87. Parmi ces occupations et bien d’autres encore”, l'Avent approchait et le saint prédicateur devait retourner à Grenoble; car, sollicité par le Parlement, Lesdiguières l’avait obtenu une seconde fois pour cette station et celle du Carèême. Il partit en dépit des craintes humaines de ceux qui présumaient qu'il devrait se répéter, espérant bien, puisqu'il ne voulait prêcher que Jésus et sa gloire, « faire voir à tout le monde que notre Dieu est un fonds inépuisable; » et toutefois 1l ne s’éloignait point
1 Lettres 276€ et 277e. — ? Lettres 281e et 285°. — 3 Lettre 282e. — # Lettre 2830. — 5 Le temps était revenu de rendre compte de son diocèse, et il voulait, pour cela et pour d'autres affaires , envoyer à Rome le P. Juste Guérin (Lettre