DERNIÈRES ACTIONS ET SAINTE MORT
104. La famine régnait et le saint évêque revenait pauvre; mais il trouva moyen de distribuer encore du grain et des au-
mônes abondantes. Il eut particulièrement soin de s’enquérir des pauvres honteux, exhortant les confesseurs à solliciter pour
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eux l'assistance des riches, et la sollicitant lui-même avec une sainte hardiesse. En même temps il fournissait à Claude Boucard, dont nous avons dit la conversion (N° 82) une pension annuelle de 350 florins; et depuis longues années il nourrissait une jeune convertie, qu'il avait tenue sur les fonts. C'était la fille d'un libraire venu de Genève à Thonon; et lorsqu'elle fut en âge de se marier, il assura son établissement par une dot de 500 florins. « Ayant appris qu'un chevalier de l'ordre de Malte, de la maison de Cerisier, avait été pris par les Turcs, il présenta promptement et volontairement à son frère toute sa vaisselle d'argent, afin qu'il pût le racheter plus facilement; et il l’eût infailliblement donnée, si presque en même temps la nouvelle ne fût venue que le captif avait changé cette vie en une meilleure! »
Cependant, comme nous l'avons observé déjà (Liv. IV, N°°449 et 120), c'était avec le plus admirable désintéressement qu'il abandonnait jusqu’à ses droits. En son absence, nombre de vassaux, ayant voulu léser son Église, avaient été justement condamnés par le Sénat à des amendes assez fortes : ils en eurent immédiatement la remise, et le Saint ne désira que leur amitié. Comme on avait continué à tirer ses revenus, alors qu'il ne gardait point la résidence, il fit présent à sa cathédrale, pour l'usage des chanoines et de leur sacristie, d'un très-beau lampadaire et de six grands chandeliers d’argent?.
105. Un mariage sur lequel François avait été consulté provoquait maintenant de grandes plaintes et d’amères censures contre lui, de la part d’une des familles : ce fut un véritable orage, devant lequel il dut se défendre en rappelant les faits, bien résolu ensuite à s’abandonner aux mains de la Providence.
Il écrivit d’abord à M. de Monthelon, dont les clameurs étaient les plus passionnées : « Permettez-moi, je vous supplie, Mon- » sieur, de soulager mon âme, en me plaignant à vous-même de » vos plaintes, lesquelles, à la vérité, m’affligent et m'étonnent, » ne croyant pas en avoir donné aucune occasion, puisque, hors » le témoignage que j'ai rendü une seule fois des mérites et » bonnes qualités du gentilhomme, et une autre fois de sa reli- » glon, je n'ai nullement coopéré à cette alliance, que peut-être » par la recommandation que j'en ai faite à Dieu, si elle devait » être à sa gloire; et tout ce qui se dit de plus n’est qu'exagéra- » tion. Il est vrai que, les parties s'étant liées d'affection et de » promesses pendant mon absence (à Maubuisson), je fus présent,
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Liv. V. Chap. IV. — CALOMNIE. FAVEURS CÉLESTES. 535
» soudain après mon retour, à la répétition des promesses, » qu'elles voulurent être renouvelées devant moi; mais d’une » présence si simple, que je ne fis qu'écouter avec plusieurs » autres, sans dire mot ‘. » — Il écrivait de plus à l'évêque de Belley : « Il y a encore ceci de considérable, que M. de Monthe- » lon, lorsqu'il me parla sur ce sujet, ne me témoigna point » d’avoir une si grande aversion, ni un si grand intérêt...; de » sorte que je ne puis encore soumettre mon jugement pour me » tenir coupable, quoique grandement marri de voir tant de » passions émues ?. »
Content de s'être ainsi justifié, il disait d'ailleurs : « Je vou- » drais bien regagner la bonne grâce de ces Messieurs en fa- » veur de mon ministère; si je ne puis, je ne laisserai pas de » marcher. Je ne veux, ni de vie, ni de réputation qu'autant » que Dieu voudra que j'en aie, et je n'en aurai jamais que » trop, selon ce que je mérite *. — Il ne faut pas être si tendre » sur moi :‘il faut bien vouloir qu'on me censure; si je ne le » mérite pas d’une façon, je le mérite de l'autre... Et donc, » faut-il que , moi seul au monde, je sois exempt d’opprobres? » Il y a bien de l'amour-propre à vouloir que tout le monde » nous aime, que tout nous soit à gloire *. »
106. En même temps qu'il le laissait livré à cette peine, Notre Seigneur s’appliquait, pour ainsi dire, à le consoler dans son ministère : « Je prêche ici les Avents, sur les Commandements » de Dieu, qu'ils ont désiré ouïr de moi, et je suis merveilleu- » sement écouté; mais aussi je prêche-de tout mon cœur, du- » quel cœur je vous dirai que Dieu, par sa bonté infinie, le fa- » vorise fort, lui donnant beaucoup d'amour des maximes du » christianisme , et cela ensuite des clartés qu'il me donne de » leurs beautés et de l’amour que tous les saints leur portent au » ciel, m'étant avis que là-haut on chante avec une joie incom- » parable : Bienheureux les pauvres d'esprit, car à eux appar- » tient le royaume des cieux. »
Et dans ces clartés célestes, il envisageait la fin de cette vie qui passe, songeant plus que jamais que la patrie n’est point ici-bas : « Sur le commencement de la semaine qui vient, je » ferai ma revue pour un renouvellement extraordinaire que » N.S. m'invite de faire, afin qu'à mesure que ces années pé- » rissables passeront je me prépare aux éternelles. »
NA
1 Lettre 310e. — 2? Lettre 322e. — 3 Lettre 3116. — * Lettre 313. Voy. aussi,
pour la fin de cette affaire, la lettre 903e. Le mariage en question était celui de M. de Forax.