LA RME
Liv. V. Chap. [V. — LES FUNÉRAILLES. 269
= grand reliquaire d’or semé de fleurs de lis et portant d’un côté
Le saint nom de Jésus, de l’autre les armes et chiffres du roi et
de la reine.
Après que le corps eut été embaumé, on le revêtit d’habits pontificaux blancs que prêta l’évêque de Damas et dont ensuite il fit présent aux Carmes de Lyon. Le 30 décembre, on lui rendit les honneurs funèbres dans l’église de la Visitation, et Dom Pierre de Saint-Bernard, supérieur des Feuillants de Lyon, prononcça le panégyrique. Le lendemain, tout était prêt pour transporter la sainte dépouille à Annecy, quand M. Olier, sollicité par les Lyonnais, vint mettre opposition au départ. Il fallut subir ce délai : le corps fut placé dans le chœur intérieur du monastère, et l’on célébra plusieurs services solennels.
138. Georges Rolland partit aussitôt pour Annecy, dans l'espoir que le testament lèverait cette difficulté imprévue; et il trouva le peuple dans une désolation inexprimable : tous pleuraient comme à la perte irréparable du père le plus tendre et le plus vénéré. Les magistrats d'Annecy, ayant vu la clause relative à la sépulture, se hâtèrent d’implorer l'intervention du prince de
7 Piémont ; le comte de Verrue, ambassadeur de Savoie, reçul ; l'ordre d'agir énergiquement, et Louis XIII donna aussitôt des lettres qui aient cesser toute opposition.
De la place Bellecour à la Croix-Rousse, les chanoines de Saint-Nizier portèrent sur leurs épaules le saint fardeau, qui alors fut remis aux chanoines d'Annecy, et l’heureux cortège s’éloigna - de Lyon le 48 janvier 1623. Ce fut constamment une marche | triomphale; car les habitants des villes, des bourgs et des villages accouraient en foules pressées, désirant offrir les hom-
mages de leur piété et faire toucher au cercueil des linges, des = médailles et des chapelets. Inutile de chercher à exprimer les sentiments qui éclatèrent-dans la petite ville dont François de Sales avait été surtout le père et l’apôtre. Les funérailles s’y firent avec toute la pompe que put inspirer le grand cœur de la 3 Mère de Chantal; car elle s'était hâtée de revenir pour exécuter 2 ordre de son bien-aimé Père : « Il faut qu'elle aille préparer — » le lieu de ma demeure. » Et près du tombeau encore, elle vou- — lut réaliser cette autre parole. « Nous parlerons de nous à An- » necy. » On la vit longtemps à genoux, et alors elle exposait tout l'état de son âme; puis les sœurs observèrent qu'elle était 3 radieuse et comme transfigurée.
Après elle, bien d’autres âmes vinrent trouver la joie et la consolation; car Dieu voulut rendre glorieux le sépulcre du saint
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d10 VIE DE S. FRANÇOIS DE SALLS.
évêque, imitateur si constamment fidèle du Sauveur crucifé. Jusqu'aux jours désastreux de la Révolution, toutes les classes et tous les âges fournirent de pieux pèlerins, et des grâces sans nombre attestèrent en milleendroits le céleste pouvoir de François de Sales. Alors, de généreux chrétiens purent soustraire le saint corps à la fureur de l’impiété; puis plus tard, quand les filles de la Visitation eurent reconstruit une nouvelle église avec un nouveau monastère, une translation solennelle eut lieu. Les fidèles contemplèrent, dans une châsse magnifique ‘, l'objet sacré de leur vénération; et cette châsse placée au-dessus de l'autel, contre le mur du fond du sanctuaire, attira comme auparavant les pèlerins de toutes les nations.
139. Saint François de Sales, dit Charles-Auguste, était grand, bien fait, robuste; il avait le corps droit, les épaules larges, les couleurs vives, la tête grande, pleine et presque toute chauve, les cheveux châtains, tirant sur le blond, le front large et plein, les sourcils élevés et bien courbés, les yeux bleus, les paupières blondes, longues et médiocrement larges, le nez bien fait, les joues vermeilles, la bouche ronde et un peu grande, les lèvres vermeilles et un peu renversées, la barbe large et médiocrement longue, le cou plein et court, la voix grave, la parole lente, les mains pleines et fermes, les gestes nobles et naturels, la démarche mesurée, et les habits toujours très-propres. Quoiqu'il eût la tête presque chauve, sa tonsure étail apparente, parce qu'elle était très-grande. Il portait tou- Jours, comme nous lavons dit, le rochet, le camail et le bonnet carré.
C'était un homme profond dans ses pensées, d’un jugement mûr, d'un esprit très-tranquille, el si bien réglé que ce qu'il avait à faire un jour il ne le différait jamais au lendemain, et que ce qu'il ne devait faire que le lendemain, rarement il l’anücipait, si ce n'est pour de graves motifs de prudence; ennemi de l'empressement, d’une patience à toute épreuve, qui ne négligeait rien, même dans les plus petites choses: doux et affable pour les petits enfants, qu'il affectionnait à limitation du divin Sauveur. On peut affirmer qu'il a été véritablement la colombe des Cantiques toute belle et toute agréable, le sel de la terre, la lumière du monde et la lampe mise sur le boisseau pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison.
1 Paul-François de Sales, arrière-petit-neveu du Saint, et ambassadeur du roi de Sardaigne en Russie, l'avait fait venir de Paris.
Liv. V. Chap. IV. — BULLE DE CANONISATION. D71
Cette lumière brillante que Dieu manifestait constamment par les plus éclatants prodiges, ‘devait trouver un nouveau lustre dans les gloires de la canonisation et du culte. La Mère de Chantal provoqua, dès 4623, les informations juridiques; et le procès, après bien des lenteurs et des délais, se termina enfin, le 19 avril 1665, par le solennel décret d'Alexandre VIT, admiraleur si éloquent de la vie et des œuvres du grand évêque de Genève. Il disait :
ALexanpre VII, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu.
Que ceci serve de monument perpétuel.
Quoique l'Église catholique, comme une ville forte, bien garnie de troupes et de provisions, ne craigne point les insultes des légions infervales, il n’est pas moins certain, qu'après les mérites du Rédempteur, elle n'a pas de secours plus puissant que celui qu'elle tire de la sainteté des serviteurs de Dieu. L'exemple de leurs vertus produit sans cesse dans l'Église de merveilleux fruits de salut, l'homme étant naturellement plus docile à la voix de l'exemple qu’à celle du précepte. Aussi Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans les jours de sa vie mortelle, a-t-il employé d’une manière ineffable tantôt l’un et tantôt l’autre de ces deux moyens, selon les deux différentes natures de son unique et divine personne. Avait-il quelque dogme à proposer : « Ma doctrine, disait-il, n’est pas la mienne, mais celle de mon Père qui m'a envoyé; » et s’il voulait prescrire quelque chose à pratiquer : « Je vous ai donné l'exemple, disait-il, afin que vous agissiez de la même manière que j'ai fait à votre égard. » Et c'est en ce sens qu'il faut entendre ce qu'il dit de lui-même en un autre endroit de l'Évangile : « Je suis la lumière du monde, et » celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres. » Or, la sainteté des hommes étant une précieuse émanation et une vive image de cette lumière essentielle et divine, serait-il convenable de la laisser cachée sous le boisseau? N’est-il pas bien plus à propos de la placer sur le chandelier, d’où elle puisse éclairer les hommes, et, en s’attirant leur vénération, les porter à l’imitation, et les conduire sûrement, comme par un chemin déjà frayé, jusqu'à la Jérusalem triomphante, pour les y faire jouir éternellement de la souveraine félicité? C’est pourquoi nos prédécesseurs, excités par le mouvement du Saint-Esprit, ont introduit dans l'Église la pieuse et louable coutume d’y placer les saints dans un lieu éminent. Quoi donc! après que ces grands hommes, par la bonne odeur de leurs vertus et par la prédication de l'Évangile, ont édifié l'Église et lui ont rendu des services importants, on ne leur rendrait point, après leur mort, les honneurs qui leur sont dus; on leur refuserait ce culte religieux que Dieu lui-même veut que l'on rende à la sainteté reconnue! Non, quoi qu’en puisse dire l'impiété, jamais un tel procédé ne pourrait s'accorder ni avec les règles de la bienséance, ni avec celles de la justice.
À ces causes, et pour nous conformer à l’ancienne coutume des pontifes romains, après avoir invoqué le saint nom de Dieu, et en avoir
conféré avec nos vénérables frères, nous avons, par l'inspiration divine.
décrété de mettre au nombre des noms que l'Église catholique révère
FRANÇOIS DE SALES, évêque de Genève, célèbre par sa doctrine, admi-
rable par sa sainteté, qui de nos jours a été l’un des plus fermes appuis de la religion, et comme un antidote salutaire coutre le poison des nouvelles hérésies.
François naquit le 21 du mois d'août, l’an de grâce 1567, au château de Sales, dans le duché de Savoie, au diocèse de Genève, et fut régénéré au même lieu sur les saints fonts de baptême. Il suça, avec le lait, une piété qui n’est pas moins illustre en sa maison que la noblesse du sang- Durant son enfance, on ne vit dans ses mœurs rien qui sentit cet âge; mais, comme s'il eût voulu dès lors se préparer, et, pour ainsi dire, préluder aux exercices de la plus haute sainteté, auxquels il devait se consacrer dans la suite, il mettait tout son plaisir à dresser de petits autels, à les orner, à nourrir sa piété en représentant dans le secret de la maison paternelle le culte public que l’Église rend à Dieu. Sa charité le
rendait si sensible à la misère des pauvres que s’il n'avait pas de quoi les soulager il fondait en larmes.
A mesure qu'il croissait en âge, on voyait croître en lui la piété et lx sagesse. L’ardeur qu'il fit paraître pour les sciences ne ralentit point e» lui la ‘ferveur et la dévotion. S'il sortait de la maison, ce n’élait point pour perdre le temps en promenades ou en visites inutiles; mais c'ébait ordinairement pour aller répandre son âme devant le Seigneur au pied des autels. Au surplus, dans le commerce nécessaire de la vie civile, ii était d'une vigilance, d’une exactitude extrême à fuir toute compagni: dangereuse ou suspecte, et à ne fréquenter que des personnes de qui il püt recevoir, où à qui il pût communiquer quelque étincelle du divin amour.
Étant revêtu, dans le sacrement de confirmation, de la force d’enhaut, il comprit que, pour se rendre un instrument plus utile entre les mains du Seigneur, plus propre aux divines opérations de la grâce, il devait faire une plus ample provision de piété et de doctrine. Il avait reçu du ciel une âme bonne; il la rendit meilleure en s'appliquant de plus en plus à cultiver son esprit par l’étude des belles-lettres, et à sanctifier son cœur par la pratique des vertus.
Après ses études d'humanité, qu'il fit dans le collège d'Annecy, il étudia la philosophie et la théologie dans l’université de Paris. S'il pénétra bien avant dans les secrets de ces deux scieuces, il ne fit pas de moindres progrès dans les voies de la sainteté; car il fréquentait en même temps la congrégation établie à l'honneur de la Mère de Dieu dans le collège des Pères Jésuites; et là, non-seulement il recevait tous les huit jours la sainte eucharistie pour la nourriture spirituelle de son âme, mais encore il remplissait exactement tous les devoirs de piété, surtout en ce qui concerne le culte de Marie. Il porta même sa ferveur jusque-là, qu'étant un jour dans
l'église de Saint-Étienne des Grès, prosterné devant une image de la sainte