‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 4)Chapitre 54 sur 61 · PA A · texte numérisé non relu

PA A

ET EAPAUIEE

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Vierge, qui est encore aujourd'hui en grande vénération dans la même église, il y fit vœu de virginité perpétuelle.

Il ne fut pas longtemps sans recueillir les fruits salutaires d’une action si généreuse, ni sans éprouver ce que peut une âme fidèle dans les tentations les plus délicates, sous la protection de la Reine des vierges. De Paris il se rendit à Padoue pour y étudier en droit. Dans cette dernière ville, de jeunes débauchés, qui étaient ses compagnons d'étude, voyant que tous les artifices qu’ils avaient employés jusque-là, pour enlever à ce chaste jeune homme le beau lis de la pureté, n'avaient pu rien gagner sur lui, en vinrent jusqu'à cet excès d’impudence, de chercher à le corrompre au moyen de femmes impudiques. Celles-ci, pour le faire consentir à leurs désirs infâmes, mettent en œuvre les amorces de la volupté les plus séduisantes; mais François, armé de son vœu, et animé d’une ferme confiance dans le secours de sa puissante protectrice, oppose à ces malheureuses une résistance invincible, et les oblige enfin, en leur crachant au visage, à se retirer toutes confuses. ;

Le cours de ses études étant fini, il vint à Rome pour y reconnaitre les vesliges subsistants de la piété primitive, dont il voulait faire désormais la règle de sa conduite. C’est là que sa foi et sa religion trouvèrent un théâtre digne d'elles ; c'est là que la grâce du Saint-Esprit se répandit sur lui avec abondance, pour l’aider à mettre la dernière main à ce prodigieux édifice de sainteté commencé dès son enfance, et qui, non-seulement s'était conservé durant sa jeunesse, mais même s'était augmenté considérablement dans ce temps critique, où le bouillonnement du sang et l’ardeur des passions exposent l’homme à de si funestes orages.

Ainsi François, vainqueur du monde et de lui-même, retourne en sa patrie pour y faire usage des connaissances qu'il avait acquises dans ses études. Ses espérances ne furent point vaines, et ses compatriotes ne furent point trompés dans la haute idée qu'ils avaient conçue de lui. Granier, qui pour lors était évêque de Genève, ne l’eut pas plus tôt vu que, par un joyeux pressentiment de l’abondante récolte que son arrivée promettait à l'Église, et comme par un esprit prophétique, il s’écria : « J'ai présentement un successeur ! »

François reconnut aussi que la Providence divine lui ouvrait là un vaste champ pour y exercer le zèle qui le pressait de travailler au salut des âmes : car quoique d’abord, pour obéir à son père, il eût pris le parti de la magistrature, et la charge d’avocat-général, voyant bientôt après que cette première démarche tendait au mariage, auquel il avait renoncé par son vœu, il quitta la robe de sénateur pour prendre celle d’ecclésiastique, et, pour rendre son nouvel engagement irrévocable, il reçut successivement les ordres sacrés, même le sacerdoce ; après quoi on lui conféra la dignité de prévôt de la grande Église d'Annecy. Dès lors il tourna tous-ses soins à rappeler aux hommes la pensée de l'éternité, répétant souvent cette belle maxime : Tout ce qui n'est pas pour l'éternité n'est que vanité. Dans cette vue, il institua la confrérie des pénitents de la Sainte-Croix; et s'étant armé, par l'ordre de son évêque, du glaive de la divine parole, il ramena

au sein de l'Église catholique des hérétiques d’un grand nom. Animé par ses premières conquêtes, il porta ses vues plus loin, et u’entreprit rien moins que la destruction de l'hérésie de Calvin dans tout le Chablais et les pays circonvoisins, où elle dominait comme dans son fort.

Avec quelle allégresse, quelle ardeur, quelle fermeté, quelle confiance en Dieu, quelle charité pour le prochain, se présenta-t-il aux différents combats qu’il eut à soutenir pour une si juste cause! Tout ce qu'on en pourrait dire, tout ce qu’on en pourrait croire, serait bien au-dessous de la vérité même; il suffira de remarquer que ces travaux ne furent point infructueux, et qu’il eut la consolation de les voir couronnés de glorieux succès.

On rapporte qu’un jour, du haut de la forteresse des Allinges, portant ses regards sur les vastes campagnes des environs, et considérant les horribles ravages que l’hérésie y avait faits, il fut si vivement touché de la perte éternelle de tant d’âmes que, jetant un profond soupir, il s’écria : « Non, » je ne puis m'empêcher de courir à leur secours. » En effet, bientôt après il se rendit à la ville de Thonon, capitale de cette province, où ayant levé létendard de la vérité, à force d'instructions, de patience, de douceur, se faisant tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ , il releva la piété languissante , et renversa, comme un autre David, l’impiété triomphante.

Mais ce qu'il y a de plus admirable en lui, c’est qu'il ne désespéra jamais du succès des affaires de la religion, quelque désespérées qu’elles parussent. Tous les obstacles qui se présentèrent, il sut toujours ou les éluder par sa prudence, ou les surmonter par son courage. N'ayant pas la liberté de célébrer à Thonon le saint sacrifice de la messe, il allait tous les jours la dire au château des Allinges , qui en est éloigné de plus d’une lieue , et séparé par la Durance, qu’il était obligé de traverser en rampant sur une pièce de bois toute couverte de glace.

Que n’a-t-il pas eu à souffrir de la part des hérétiques ? Il fut en butte à leurs plus noires calomnies. Ils le décriaient partout comme un perturbateur du repos public, comme un séducteur, comme un magicien; il sut même qu'ils avaient aposté des gens pour attenter à sa vie ; mais il n’y eut jamais ni menaces, ni dangers, qui pussent le forcer à abandonner l'œuvre de Dieu. .

Jamais il ne prit conseil de la politique mondaine, ni du respect humain : mais, quand il ne pouvait paraître au grand jour et rendre un témoignage public à la foi sans mette sa vie dans ün péril évident, alors, pour obéir à l'Évangile, il disparaissait pour un peu de temps. Encore, où se retiraitil? partout où il trouvait un plus prompt et plus sûr asile : tantôt sous les ruines de vieilles masures, tantôt dans l'horreur des plus sombres forêts, quelquefois dans un four, d’autres fois dans des glaces profondes. C'est là que ce généreux soldat, comme dans un fort impénétrable, comme sous la tente du Dieu des armées, se dérobait aux poursuites des hérétiques : et s'il resserrait là pour quelque temps l’ardeur de son zèle, c'était pour le déployer ensuite avec plus de force contre les ennemis de Ja religion.

De là cette grandeur d'âme, vraiment héroïque, qui lui faisait mépriser tous les artifices de leur malice, tous les excès de leur fureur. Le baron

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d'Hermance, commandant de la forteresse des Allinges, lui représenta qu'il ne pouvait se garantir des dangers de mort, auxquels il était sans cesse exposé; que tôt ou tard il succomberait, à moins qu’il ne se résolût à ne sortir jamais des Allinges que sous une bonne escorte; et il la lui offrit, le conjurant de la vouloir bien accepter. Mais François, animé d’une vive confiance en Dieu, lui répondit, avec cette candeur qui lui était naturelle, qu'il n'avait besoin d'autre escorte que de celle des saints anges que la Providence lui avait destinés.

Le même commandant lui ayant dit, en lui montrant les pièces d'artillerie et la garnison de la place : « Tout ce que vous voyez là est à votre service, vous n'avez qu'à parler; nous avons icitout ce qu'il faut pour convertir ou pour foudroyer les hérétiques les plus obstinés : ces gens-là n’eutendent point raison; ce n’est que par la force qu’on peut les réduire; » l’homme apostolique fit bien voir les hauts sentiments qu’il avait de la divine parole, quand il assura que, pourvu qu'il plût à Dieu de permettre qu’elle fût entendue, elle seule était assez puissante pour opérer les plus grands prodiges.

Une si noble confiance ne pouvait être trompée. Les assassins, après bien des recherches inutiles, trouvèrent enfin l’occasion d'exécuter leur détestable dessein. Déjà ils couraient sur le saint missionnaire , l’épée nue et en grand nombre, tous prêts à lui ôter la vie; mais Dieu, qui n’abandonne jamais les défenseurs de la foi qui ont mis en lui toute leur confiance, fit que ces loups furieux, à la vue de François, furent si touchés de l’air de sérénité et de douceur qui brillait sur son visage , que les armes leur tombèrent des mains : ils le laïissèrent échapper sans lui faire aucun mal.

Une infinité de pareilles expériences étaient pour l'homme de Dieu de sûrs garants de la protection du ciel, et fortifiaient en lui de plus en plus ce courage intrépide qui le faisait marcher en assurance au milieu des plus grands dangers. Il n’en était pas ainsi de son père, le comte de Sales; il tremblait à tout moment pour les jours d’un fils qui lui était si cher; et, pour calmer des frayeurs qui lui paraissaient si bien fondées, il prit le parti de le rappeler à la maison paternelle, lui représentant qu’il y pourrait vaquer au service de Dieu avec bien plus de liberté, parce qu'il y trouverait et plus de sûreté et plus de repos. Mais ce fidèle disciple de Jésus-Christ ne craignit point de désobéir en cette occasion à son père selon la chair pour obéir au Père céleste, et pour remplir les devoirs de sa vocation dans toute leur étendue.

Son zèle, qui croissait tous les jours, lui fit ?inventer de nouveaux moyens de se rendre de plus en plus utile à l’Église. Dans le temps qu’il ne pouvait travailler à l'instruction des peuples par le ministère de la prédication, il se mit à les instruire par écrit, et composa plusieurs ouvrages de piété, et même de controverse, où il attaquait l’hérésie jusque dans ses derniers retranchements. Il eut en tout cela des succès si avantageux à la religion catholique qu’il parvint à ériger une paroisse à Thonon; et à quelque temps de là, il eut la consolation de voir revenir, par ses soins, des ténèbres du mensonge à l’admirable lumière de la vérité, un grand nombre de ceux

qui, par la réputation de leur doctrine, étaient les principaux appuis de l'erreur.

Il u’arrive que trop souvent aux personnes dont le zèle est plus ardent que prudent de ruiner l'œuvre de Dieu, pour la vouloir avancer avec trop de précipitation. François ne donna pas dans cet écueil. Quelque heureuses que fussent toules ses entreprises pour la foi, on ne le vit jamais, ébloui par tant de glorieux avantages, se livrer aveuglément aux transports de son zèle; il sut toujours le retenir dans les bornes de la modération, et le régler par la prudence. Faisant à Thonon les fonctions de curé, il était obligé de porter le saint Viatique aux fidèles dangereusement malades. Pour prévenir les irrévérences que les sectaires n'auraient pas manqué de commettre contre cet adorable sacrement s’il l’eût porté à découvert, il le portait dans une boîte d'argent suspendue à son cou, marchant d’un pas grave, d'un air vénérable, son chapeau sur sa tête, en veloppé de son manteau, sans ue personne ni en allant ni en retournant.

La bonne odeur de tant de vertus se répandit jusqu’à Rome, et engagea

Clément VIIT, d'heureuse mémoire, notre prédécesseur, à faire usage des.

rares talents de l’ouvrier évangélique. Genève avait alors pour ministre principal Théodore de Bèze, le plus habile et le plus zélé défenseur du calvinisme. Quel avantage n'eût-ce pas été pour la religion de faire rentrer au bercail de Jésus-Christ cette brebis, dont l'exemple aurait pu servir à en ramener beaucoup d’autres! Et c’est ce que Clément désirait de tout son cœur. Pour exécuter un si louable dessein, il jette les yeux sur François de Sales, à qui il donne ordre, par son bref, d’aller trouver Théodore de Bèze, et de conférer seul à seul avec lui. Mais comment entrer dans Genève? Comment y avoir un entretien particulier avec le ministre calviniste? C'est ce que François ne pouvait entreprendre sans mettre sa vie dans un péril imminent, Il l'entreprit pourtant, et s'acquitta si bien de la commission dont il était

bonoré, qu’il força l'hérétique à reconnaître ses erreurs, mais non pas jus=.

qu'à les abjurer publiquement. Ainsi Bèze fut éclairé des lumières de la vérité, parce que le saint missionnaire arracha le bandeau fatal qui lui couvrait 16 yeux; mais il n'eut pas le bonheur de rentrer dans le sein de l'Église, parce que son attachement au péché le rendit indigne d’une si grande grâce : juste et terrible effet des secrets jugements de Dieu! Bientôt après, la peste gagna la ville de Thonon et le pays d’ alentour elle moissonnait chaque jour un nombre prodigieux de personnes. François n'avait garde de laisser échapper une si belle occasion d'exercer sa charité. I] accourut au secours de ce pauvre peuple, et lui rendit avec tant de bonté, d'adresse, de persévérance, tous les services spirituels et corporels, qu'il se fit aimer et admirer universellement. On était surpris comme il avait pu subvenir à tant de nécessités, parce qu'on savait qu'il avait refusé des sommes considérables que différentes personnes , surtout l’évêque Granier, lui avaient envoyées ou offertes.

Ce sage vieillard, touché de tant de marques de sainteté si peu équivoques, voulut avoir François pour coadjuteur de sa sollicitude pastorale: Il l’envoya donc à Rome pour les affaires de son Église, et écrivit à Clément

Prat

de.

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VII, notre susdit prédécesseur, pour le prier de vouloir bien honorer de cette dignité un si digne sujet. Clément se fit un plaisir très-sensible d’accorder cette demande; et, après les preuves de doctrine que donna François dans l'examen qu'il subit, suivant la coutume, comme il était prosterné aux pieds du pontife, celui-ci le releva, et l'embrassant avec tendresse, lui adressa ces paroles de l’Écriture sainte au livre des Proverbes : « Allez, mon fils, buvez de l’eau de votre citerne, et de la vive source de votre puits; mais ce n'est pas assez, il faut encore que vous fassiez couler au dehors ces eaux salutaires, et qu’elles deviennent des fontaines publiques, où tout le monde ait la liberté de venir se désaltérer. »

Revêtu de cette nouvelle dignité, qui donnait un surcroît d'autorité à son zèle, et honoré du caractère épiscopal, qui était pour lui une nouvelle source de grâces et de secours, il se livra tout entier aux moyens les plus efficaces d'étendre l'empire de Jésus-Christ, et d'élever l'Église sur les

ruines de l’hérésie. Étant de retour à Annecy, il y remplit, en l'absence

de l’évêque diocésain, toutes les fonctions épiscopales: il y établit un séminaire, et à Thonon une maison de piété, qui, par ses différentes manufactures, était comme un magasin de toutes sortes de marchandises, afin que les habitants de la ville et ceux de la campagne, engagés par leur propre commodité à les y acheter, plutôt que de les aller chercher jusqu'à Genève, rompissent tout commerce avec les hérétiques, commerce toujours très-dangereux pour la foi.

La constance de l'homme de Dieu fut mise encore à de nouvelles épreuves. L’ennemi dont il est parlé dans l'Évangile, c’est-à-dire le démon, qui se plaît à semer la zizanie dans le champ du Père de famille, avait jeté entre la France et la Savoie des semences de discorde, qui produisirent enfin une guerre ouverte. Les Genevois, profitant de cette conjoncture pour étendre leur hérésie, sous prétexte de porler du secours à la France, s'emparent du Chablais et du pays de Thonon, en chassent les curés catholiques, y envoient des prédicants de la secte de Calvin, qui répandent partout la semence empoisonnée de l'erreur, et arrachent le bon grain de la vérité catholique.

François ne l’a pas plus tôt appris, qu'animé par ces paroles du roiprophète : « Oui, je me verrais seul contre des armées entières, sans que la crainte saisit mon cœur; elles seraient prêtes à fondre sur moi, sans que ma confiance en Dieu en reçût la moindre atteinte, » et plein de cette force plus qu'humaine que l'esprit de religion inspire, il se jette dans le camp des Français. On l’arrête, et, suivant les lois de la guerre on le conduit au commandant : c’était le sieur de Vitry, capitaine des gardes-du-corps. Il reçoit François avec les plus grandes marques d’honneur, et lui fait expédier des lettres royales qui défendent de rien innover en matière de religion, et qui ordonnent que, dans tous les endroits où l'on aurait fait des innovations , on rétablisse les choses sur l’ancien pied.

Non content de cette victoire, qui réparait les pertes de la religion, François en remporta encore une autre, qui enrichit la religion par les pertes de l'hérésie même. Le pays de Gex, où l’hérésie était dominante,

venait d'être uni à la couronne de France. François fait un voyage à Paris, et obtient du roi des lettres-patentes qui permettent de prêcher en ce pays-là les vérités catholiques. L'homme de Dieu y prêche, mais avec tant de grâce et d’efficace qu’il convertit un grand nombre d’hérétiques.

En effet, il avait une éloquence admirable, à laquelle on ne pouvait résister: et c'était en lui moins un talent naturel, ou acquis par l'étude, qu'un don surnaturel et le fruit de la pureté de son cœur. On en était si généralement persuadé, que le roi très-chétien avait coutume de dire, qu'il ne connaissait personne au monde qui fût plus propre que M. le coadjuteur de Genève à gagner le cœur de Jacques [*", roi d'Angleterre , et à le faire plier sous le joug de la foi; et que Paul V, notre prédècesseur d’'heureuse mémoire, le délégua, quelques années après, pour ter= miner, en qualité d’arbitre, les différends qui étaient survenus entre l’archidue Albert, l’archiduchesse Eugénie, et le clergé de la Franche- Comté.

Tant que vécurent le comte de Sales et l’évêque Granier, François vit son zèle resserré, d’un côté par l'autorité paternelle, qui le rappelait sans cesse à des soins domestiques, et de l’autre par le respect qu’il devait à son évèque, sur les fonctions duquel il craignait d'empiéter. Mais après leur mort, ce même zèle, qui paraissait très-ardent dans le coadjuteur, le fut bien davantage dans le nouvel évêque de Genève : il se voyait enfin en pleine liberté de suivre toutes les impulsions de sa charité.

Jouissant done de la plénitude de son autorité, il se mit à remplir les devoirs de la sollicitude pastorale dans toute leur étendue. On le vit veiller plus qus jamais à préserver son troupeau de la morsure des loups qui lui tendaient des pièges, à mettre son diocèse à couvert des incursions du libertinage et de l’hérésie. Il publia de saintes ordonnances pour éta= blir le bon ordre dans son clergé; il fit de sages règlements pour former, en toutes les personnes qui composaient sa maison, des mœurs édifiantes; et, pour ne laisser aucun vide en sa vie, il résolut d’en remplir tous les moments par des actions de vertu et par l’accomplissement des fonctions de sa charge, se proposant pour modèle les saints Pères et les évêques de l’autiquité. Tenir des synodes , rétablir les anciennes lois de la discipline ecclésiastique, ou en faire de nouvelles; surtout travailler sans relâche à conserver la religion catholique dans toute sa pureté, soit en formant les fidèles à la vertu, soit en réfutant les erreurs des hérétiques, soit en ramenant au troupeau de Jésus-Christ les brebis égarées : telles étaient les occupations de l’évêque de Genève.

Par là, surtout pour avoir converti à la foi catholique deux gentilshom= mes du pays de Gex, il anima tellement contre lui les ministres de l’hérésie, que, se portant aux derniers excès de rage et de fureur, ils le firent empoisonner. Mais François, par un effet miraculeux de la protection de la très-sainte Vierge, à qui il se recommanda, fut préservé des funestes effets du poison. j

Un si grand danger, bien loin de refroidir son zèle, ne servit qu'à l'enflammer davantage. On vit après cela ce grand évêque travailler plus que

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Jamais à la conversion des âmes par le ministère de la prédication, à Dijon, à Paris, à Grenoble , et'en d’autres endroits, où il fit de Blofieuses conquêtes pour la religion catholique. Entre autres, il convertit Ciaude Boucart, professeur public de théologie à Lausanne; fetes, duc de Lesdiguières, vice-roi du Dauphiné; Barbier et Philippe Jacob, célèbres ministres de Ja secte de Calvin.

Et pour ne laisser, au sujet de la pureté de ses intentions, aucun soupçon qui pôt être préjudiciable au salut des âmes, qu’il avait uniquement en vue, jamais, quelque instance que l’on fit, et par quelque personne qu'il en fût prié, même par des princes et princesses, il ne voulut rien recevoir pour ses sermons, soit sous le titre d’honoraire, ou de pension alimentaire, ou sous quelque autre prétexte que ce fût; jusque-là que, la duchesse de Longueville lui ayant un jour offert une bourse pleine de pièces d’or, il la refusa généreusement, en disant qu’il fallait donner gratuitement ce qu'on avait reçu gratuitement, et que les prédicateurs de l'Évangile n'étaient que trop magnifiquement récompensés de leurs peines par le salaire précieux que le Seigneur a promis aux ouvriers qui cultivent sa vigne, sans vouloir encore prétendre à quelque autre récompense.

On sait qu'étant grand-aumônier de la princesse Christine, duchesse de Savoie, il se contenta de porter le titre et de remplir les fonctions de cette dignité, et refusa toujours avec une grande modestie la pension qui y est attachée, et que la princesse lui ayant fait présent d’un diamant très-précieux, de la valeur de cinq cents écus , ille destina pour les pauvres, en disant : Voici qui sera fort bon pour nos pauvres d'Annecy.

Mais sa constance devait être mise à de plus fortes épreuves, afin de faire éclater la grandeur de sa foi. Ii y a deux choses surtout qui ébranlent la foi : ce sont la perte et le gain. L'un et l’autre lui furent mis devant les yeux; mais sa foi, bien loin d’en souffrir le moindre affaiblissement , n’en reçut qu’un nouveau lustre.

Le roi de France lui fit savoir que son intention était qu’il se rendit au pays de Gex pour ÿ conférer avec le baron de Lux, lieutenant de roi au duché de Bourgogne, des moyens de rétablir en ce pays-là l'exercice public de la religion catholique. François n’avait que deux voies pour s’y rendre : lune était de passer le Rhône en bateau; mais les pluies avaient tellement augmenté la rapidité naturelle du fleuve, et il était si prodigieusement débordé, qu'on ne pouvait tenter cette première voie sans courir le risque d’y périr : la seconde était de passer par Genève, au milieu d’un peuple rebelle à l'Église, ennemi déclaré de son propre pasteur. Ce fut cette dernière voie que François choisit; et n'étant muni d’autres armes que de la prière, après avoir invoqué Does du ciel, il traversa hardiment cette vile hérétique, sans user d’aucun déguisement dans ses habits, sans même dissimuler aux gardes, à la porte de la ville, qu’il était l’évêque du diocèse. Il fut obligé de s'arrêter une heure à Genève, d’où il arriva heureusement à Gex.

Aussitôt des hommes impies , pour faire avorter ses pieux desseins, l’accusèrent à la Cour de Savoie de n'avoir entrepris ce voyage que pour traiter avec le Roï de France, et lui faire transport de ses droits sur la ville de Ge-

nève. D'abord on rejeta cette calomnie, puis elle trouva créance dans les esprits ; enfin le sénat, soit pour punir, soit pour intimider l’évêque, fit un arrêt qui déclarait le temporel de l'évêché de Genève confisqué au profit du prince.

À cette nouvelle, François répondit sans s'émouvoir : « Cet arrêt ne me fait pas aussi grand tort qu'on pourrait se l’imaginer, et, puisque Dieu permet qu’on m'ôte mon temporel, il me donne assez à connaître qu’il veut que je sois désormais tout spirituel. » Le sénat fut si touché de cette réponse qu'il fit faire des excuses au saint évêque, et le rétablit dans tous ses biens. Car tel est l’ordre de la divine Providence, que la foi, en faisant des sacrifices pour Dieu, reçoit de ces sacrifices mêmes un nouveau lustre.

Si celle de François fut insensible aux coups de l’adversité les plus violents, elle ne le fut pas moins aux attraits de la prospérité les plus séduisants. On lui offrit la dignité de coadjuteur de Paris : quoi de plus brillant ? Le motif était honnête. François était pauvre, et avait besoin pour subsister d'un revenu plus considérable que le sien. Tout cela ne fut point capable de le tenter; il n’hésita pas à refuser ces offres obligeantes, et à donner pour raison de son refus cet oracle de la sainte Écriture : « Le Seigneur prend soin de moi, il ne me laissera manquer de rien; c'est lui qui m'a placé dans le lieu de pâturage où je suis. »

Telle a été la foi de François, humble, constante, intrépide, inébranlable, féconde en toute sorte de bonnes œuvres; et c’est sur un fondement aussi solide que ce grand homme a élevé jusqu'au comble de la perfection cet admirable édifice de sainteté qui a déterminé l'Église universelle à lui rendre, d’un consentement unanime, les honneurs qui ne sont dus qu'aux saints.

Il avait un amour tendre et compatissant pour les pauvres, et il en portait toujours sur lui la liste exacte. Mais il donnait sa principale attention à découvrir et à soulager une espèce de misère d'autant plus pressante que la honte la tient plus cachée. Sobre et frugal dans son boire et son manger, simple et modeste dans ses vêtements, sévère à lui-même, il se comporta en toutes choses avec grande circonspection, afin que, par le retranchement de toute superfluité , il pût en même temps et s’ôter matière à tentation, et grossir le fonds destiné pour le soulagement des pauvres.

Il allait même, en certaines occasions (car tel est l'esprit de la vraie charité), jusqu'à partager avec eux son nécessaire. En savait-il qui fussent pressés de la faim, il leur envoyait les mets qu'on venait de servir sur sa table: et, pour couvrir ceux qui étaient nus, il s’est plus d’une fois dépouillé de ses habits de dessous, et même de sa chemise. S'il n’avait pas de quoi les soulager, il recourait à l'emprunt, et il a engagé pour cela jusqu’à sa vaisselle d'argent, ses chandeliers, ses burettes, son anneau pastoral,

Pour mettre la chasteté des jeunes et pauvres filles hors de danger, il leur procurait d’honnêtes et avantageux établissements, en les dotant le mieux qu'il pouvait. Les pèlerins et les religieux, il les recevait chez lui, avec une cordialité toute fraternelle; sa main ne fut jamais fermée à l'indigent; ses secours, dans les différentes nécessités du prochain , furent toujours abondants et ménagés à propos.

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Tout le pays et les environs étant affligés d’une cruelle famine, il n’y eut aucun pauvre qui, par les soins ‘de François, ne fût assisté dans son besoin particulier, aucune famille nécessiteuse à qui il ne fit distribuer une certaine quantité de blé. Il était naturellement bienfaisant, et sa piété jui fit cultiver si soigneusement cette heureuse inclination, qu’un jour, ayant trouvé un homme sourd et muet, réduit à l'extrême indigence, il le recueillit en sa maison, et non-seulement lui procura tout ce qui était nécessaire pour soutenir la vie temporelle, mais encore, s’étant chargé lui-même de son instruction, il parvint, tant la charité est ingénieuse, à lui faire entendre par signes ce qu’un chrétien doit croire et pratiquer pour la vie éternelle. Enfin sa charité a élé si ardente, et a su employer si utilement le ministère des autres vertus, qu’on assure qu’elle a soumis jusqu’à soixante et dix mille hérétiques au joug de la foi catholique.

C’est la même charité qui, de son fonds inépuisable, à produit tant de livres excellents , dont les maximes salutaires, comme autaut de ruisseaux d’une source pure et féconde, s’insinuant agréablement dans les âmes des lecteurs, de quelque condition qu'ils fussent, y font germer les pratiques de la vie spirituelle, suivies d’une ample moisson de toutes les vertus.

C’est la même charité qui, comme une souveraine législatrice, a prescrit des règlements à plusieurs congrégations qui reconnaissent François pour leur instituteur : comme sont celles du très-saint Sacrement, de la pureté de la sainte Vierge, des ermites du Mont-Voiron , et surtout l'Ordre des religieuses de la Visitation Sainte-Marie, sous la règle de saint Augustin. Cet ordre est devenu si célèbre, et ses progrès ont été si éclatants et si rapides, que peu de temps après sa naissance on y complait déjà cent trente monastères.

Enfin c’est la même charité qui pressait sans cesse, et le jour et la nuit, le cœur de ce vigilant et fidèle pasteur pour l’engager à procurer de toutes ses forces le bien de ses chères ouailles.

Telles étaient ses occupations, quand il a plu au Seigneur de l'appeler à lui. Dans le cours des visites de son diocèse, et en route pour retourner à Anvecy, après avoir célébré le saint sacrifice de la messe à Lyon, il y fut surpris d'une violente apoplexie, qui ne l’empêcha pourtant pas de recevoir les sacrements de l'Église avec toutes les marques de religion et d'humilité les plus édifiantes. Après avoir fait sa profession de foi, et répété plusieurs fois ces parolles : « Je ne suis qu’un serviteur inutile. Que la volonté de Dieu soit faite, et non pas la mienne. O mon Dieu et mon tout! » le lendemain, qui était le jour de la fête des saints Innocents, tandis qu'on récitait auprès de lui les litanies des Saints, et qu’on en était à cet endroit, Saints Innocents, priez pour lui, il rendit à Dieu son âme pure et innocente, l’an de grâce 1622, et de son âge le cinquante-cinquième.

Or il a plu au Très-Haut, qui est admirable en ses saints, de glorifier les mérites de son serviteur, non-seulement par la vénération et la confiance des peuples, mais encore par quantité de prodiges et de miracles, qui font sensiblement connaître que ce charitable pasteur n'est pas moins utile après sa mort qu’il l'était durant sa vie. En voici quelques-uns, dont la vérité est

constante et reconnue par des informations publiques, faites et mürement examinées par la sacrée congrégation des Rites, sous notre autorité. es

Jérôme Gémin s'était noyé, et l'on portait en terre son cadavre enveloppé d'un linceul et exhalant déjà une odeur fétide,. lorsque tout à coup ressuscité, il remua les bras sous son suaire, et éleva la voix pour publier les louanges de François de Sales, disant qu’à ce moment ce saint évêque . lui était apparu, revêtu de ses habits pontificaux, avec un visage plein de douceur et de majesté, tout resplendissant de gloire; miracle qui fut encore accompagné d'autres circonstances tout à fait merveilleuses.

Claude Marmon, âgé de sept ans, aveugle-né, ne pouvait rien voir absolument : en finissant sa neuvaine au tombeau de François, il reçut l'usage de la vue.

Jeanne-Pétronille Evrax, âgée de cinq ans, était paralytique, et l'extrême aridité de ses jambes et de ses cuisses la faisait regarder comme privée de toute espérance de pouvoir marcher : mais à l’heure même que son père priait pour elle au tombeau de François, elle se trouva tout à coup guérie, et courut à sa mêre.

Claude Juliar était affligé depuis dix ans de la même maladie, qu'il avait apportée en venant au monde; il ne pouvait faire aucun usage ni de ses jambes, ni de ses cuisses : sa mère le porta par trois fois au susdit tombeau, pour le lui faire baiser avec respect ; la troisième fois il se sentit tout à coup plein de force et de vigueur dans ces mêmes parties de son corps qui avaient été jusques-là sans force et sans mouvement: il se leva, resta ferme sur ses pieds, et marcha seul avec assurance.

Par l’intercession du même serviteur de Dieu, Françoise de la Pesse recouvra la vie, qu’elle avait perdue en tombant dans un fleuve, où elle s'était noyée. Sa résurrection fut si miraculeuse qu’il ne lui resta sur le corps ni bosse, ni meurtrissure, ni aucune des autres marques qu’un si funeste accident y avait imprimées.

Jacques Guidi était absolument perclus dès sa naissance et la contraction des nerfs de tout son corps faisait regarder sa maladie comme incurable; il implora le secours de François, et obtint aussitôt une entière guérison.

Charles Moteron était aussi perclus de tous ses membres dès le sein de sa mère, mais d’une manière si affreuse qu’il avait plus l'air d'un monstre que d'un homme. Par l'intercession du saint évêque, dans un instant ses membres furent dénoués, rétablis, fortifiés, prirent la figure humaine dans toute sa perfection, et il marcha aussi bien que s’il n'avait jamais eu la moindre incommodité.

Par ces considérations, et pour rendre à une sainteté de vie si éclatante et si distinguée les honneurs qu'elle mérite, comme aussi pour répondre aux prières qui nous ont été faites pour la même fin de la part de notre trèscher fils en Jésus-Christ, Louis, roi de France très-chrétien ; de nos trèschères filles Anne sa mère, veuve, reine de France, et Henriette-Marie, reine d'Angleterre; de la part de nos bien-aimés fils et filles, nobles personnes, Charles-Emmanuel, duc de Savoie et prince de Piémont, et

Liv. V. Chap. IV. — BULLE DE CANONISATION. 583

Christine sa mère, veuve, duchesse de Savoie; et François-Marie et Adé- Jaïde, duc et duchesse de Bavière; de la part du clergé de France, des - princes et seigneurs du même royaume, et de tout l'Ordre des religieuses - de la Visitation de Sainte-Marie.

Après avoir célébré publiquement dans la sainte basilique du prince des Apôtres, le 28 décembre de l’année 1661, la béatification du même François de Sales, le sacrifice de la messe achevé, nous donnâmes notre consentement à ce qu'il fût procédé à sa canonisation. Enfin, après que toutes les formalité requises pour une si sainte fonction, tant celles qui sont fon- - dées sur l'autorité des saints Pères, sur les décrets des sacrés canons et sur l'ancienne coutume de la sainte Église romaine, que celles qui sont prescrites par les nouveaux décrets, ont été exactement observées, sans qu’il en ait été omis aucune;

Persuadé, comme nous le sommes, que c’est pour nous un devoir de justice de rendre sur la terre un culte de louange et de vénération publique à ceux que Dieu lui-même daigne honorer dans le ciel : aujourd’hui, dans la sainte basilique du Vatican, où nous nous sommes rendu solennellement avec les cardinaux de la sainte Église romaine, les patriarches, archevêques et évêques, nos chers fils les prélats de la Cour de Rome, nos officiers et autres personnes de notre suite, le clergé séculier et régulier de la même ville, et une très-grande affluence de peuple; après les trois demandes qui nous ont été présentées, pour le même décret de canonisation, au nom du roi très-chrétien, par notre fils bien-aimé, noble personne Charles, duc de Créquy, son ambassadeur près de nous; après avoir dûment imploré les grâces du Saint-Esprit par des hymnes, des litanies el autres prières ;

A l'honneur de la très-sainte et indivisible Trinité, pour l’exaltation de là foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, celle des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et la nôtre; après une mûre délibération et de fréquentes prières pour implorer l'assistance divine; par le conseil de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine, les patriarches, archevêques et évêques qui sont présentement dans la ville; nous avons décidé et défini, comme par ces présentes nous décidons et définissons, que le bienheureux François de Sales, évêque de Genève, est saint, et, par la même décision et définition, nous l'avons inscrit et inscrivons au catalogue des Saints, ordonnant que tous les ans, le 29 janvier, on fasse dans l'Église universelle, avec piété et dévotion, mémoire de lui comme d’un saint confesseur pontife. Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Et par la même autorité, nous avons accordé à tous les fidèles de l'un … et de l’autre sexe, vraiment contrits et confessés, qui, chaque année, au- » dit jour 29 janvier, visiteront le tombeau où repose son corps, sept ans ét autant de quarantaines d’indulgence, leur relâchant miséricordieusement, au nom du Seigneur, et en la forme qui est d'usage dans l'Église, pour autant de pénitences qui leur auront été enjointes, ou auxquelles ils seraient obligés en quelque manière que ce soit.

Et après avoir chanté l'hymne Te Deum laudamus, et récité ensuite l’oraison pour louer et remercier l’infinie bonté et la suprême majesté de Dieu d’avoir bien voulu se servir de notre ministère pour décerner à saint François de Sales, évêque de Genève, le culte, les éloges et les honneurs que l'Église à coutume de rendre aux saints CoBÉsReutE pontifes, nous avons célébré, selon la coutume, le second dimanche après Pâques, une messe olerbelle à l'autel de Saint-Pierre, ajoutant la seconde oraison propre de saint François avec la secrète et postcommunion du commun des confesseurs pontifes ; nous y avons fait largesse à tous les fidèles présents de l’indulgence plénière et rémission de tous leurs péchés. <

Que Dieu, qui est admirable en ses saints, soit donc béni de ce que nous avons reçu sa miséricorde au milieu de son temple par le don qu'il a fait à son Eglise d’un protecteur et d’un intercesseur nouveau auprès de sa divine Majesté, pour la tranquillité de la même Église, pour l’accroissement de la foi catholique, pour l'instruction et la conversion des hérétiques, et de tous ceux qui sont dans l’égarement, hors de la voie du salut.

Au reste, comme il serait difficile que l'original des présentes fût porté partout où besoin serait , nous voulons qu'aux copies, même imprimées, d’icelles, munies de la signature d’un notaire public et du sceau de quelque personne constituée en dignité ecclésiastique, partout même foi soit ajoutée qu’à l'original même, s’il était produit ou représenté.

Qu'il ne soit donc permis à personne absolument d’enfreindre cet acte de décision ou décret, de définition, inscription, ordonnance, concession , relaxation, largesse et déclaration de notre volonté, ou d’être si téméraire que d’oser y contrevenir. Que si quelqu'un avait la présomption de se porter à un pareil attentat, qu’il sache qu’il encourra l’indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, l’an de J'Incarnation de Notre Seigneur 1665, le treizième jour avant les calendes de mai, la onzième année de notre pontificat. Signé sur l'original :

Moi, ALEXANDRE, évêque de l'Église catholique {le Pape).

(Suivent les signatures des cardinaux, au nombre de trente-huit.)

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