‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 21 sur 158 · DE LA CONFIANCE · texte numérisé non relu

DE LA CONFIANCE

üon, à cause de sa grande sagesse on le vouloit affranchir; mais luv, par un renoncement le plus extreme de tous, ne voulut point sa liberté, et demeura ainsi volontairement en un esclavage, avec une telle pauvreté, qu’apres sa mort on ne luy treuva rien qu une lampe, qui fut vendue bien cher, à cause qu’elle avoit esté à un si grand homme; mais nous autres, nous ne voulons pas nous abandonner, sinon pour nous laisser à la mercy de la volonté de Dieu. Il y a beaucoup de gens qui disent à Nostre-Seigneur : Je me donne tout à vous sans aucune reserve; mais 1l y en à fort peu qui embrassent la prattique de cet abandonnement, lequel n’est autre chose qu'une parfaicte indifference à recevoir toutes sortes d’evenemens, selon qu'ils arrivent par l'ordre de la Providence de Dieu; aussi bien affliction comme la consolation, la maladie comme la santé, la pauvreté comme les richesses, le mespris comme l'honneur, et l’opprobre comme la gloire. Ce que j'entens selon la partie superieure de nostre ame ; car 1l n y a point de doubte que l’inferieure et l’inclination naturelle tendra tousjours plutost du costé de l’honneur que du mespris, des richesses que de la pauvreté, quoyqu'aucun ne puisse ignorer que le mespris, l’abjection et la pauvreté ne soyent plus aggreables à Dieu que l’honneur et l'abondance de beaucoup de richesses. Or, pour faire cet abandonnement, il faut obeyr à la volonté de Dieu signifiée, et à celle de son bon playsir : l’un se fait par maniere de resignation, et l’autre par maniere d'indifference. La volonté de Dieu signifiée comprend ses commandemens, ses conseils, ses inspirations, nos Regles, - et les ordonnances de nos superieurs. La volonté de son bon playsir regarde les esvenemens des choses que nous ne pouvons pas prevoir : comme, par exemple, je ne sçay pas si je mourray demain ; je voy que c'est le bon playsir de Dieu, et partant, je m'abandonne à son bon playsir, et meurs de bon cœur. De mesme, je ne sçay pas si l’année qui vient tous les fruicts de la terre seront empestez; s’il arrive qu'ils le soyent, ou qu'il y ayt de la peste, ou tels autres esvenemens, il est tout evident que c'est le bon playsir de Dieu, et partant je m'y conforme. Il arrivera que vous n'aurez pas de la consolation en vos exercices; 1l est certain que c'est le bon playsir de Dieu, c’est pourquoy il faut demeurer avec une extreme indifference entre la desolation et la consolation : de mesme en faut-il faire en toutes les choses qui nous arrivent, és habits qui nous sont donnez, és viandes qui nous sont presentées. Il faut de plus remarquer qu'il y a des choses esquelles il faut joindre la volonté de Dieu signifiée à

celle de son bon playsir : comme, si je tombe malade d’une grosse fievre, je voy en cet esvenement que le bon playsir de Dieu est que je demeure en indifference de la santé ou de la maladie ; mais la volonté de Dieu signifiée est, que moy qui ne suis pas sous l’obeyssance, j'appelle le medecin, et que j'applique tous les remedes que je puis, je ne dy pas les plus exquis, mais les communs et extraordinaires; et que les religieux qui sont sous un superieur, reçoivent les remedes et traittement qui leur sont presentez, en simplicité et sousmission : car Dieu le nous a signifié, en ce qu'il donne la vertu aux remedes; la saincte Escriture le nous enseigne en plusieurs endroicts, et l'Eglise l'ordonne. Or, cela fait, que la maladie surmonte le remede, ou le remede surmonte le mal, il en faut estre en parfaicte indifference ; en telle sorte que, si la maladie et la santé estoient là devant nous, et que Nostre-Seigneur nous dit : Si tu choysis la santé, je ne t'en osteray pas un grain de ma grace, si tu choysis la maladie, je ne l’augmenteray pas aussi de rien; mais au choix de la maladie, il y a un peu plus de mon bon playsir : alors l'ame qui s’est entierement deslaissée et abandonnée entre les mains de Nostre-Seigneur, choysira sans doubte la maladie, pour cela seulement qu'il y a un peu plus du bon playsir de Dieu; oùy mesme, quand ce seroit pour demeurer toute sa vie dans un hiet, sans faire autre chose que souffrir, elle ne voudroit pour rien du monde desirer un autre estat que celuy-là : ainsi les saincts qui sont au ciel ont une telle unyon avec la volonté de Dieu, que s'il ÿ avoit un peu plus de son bon playsir en enfer, ils quitteroient le paradis pour y aller. Cet estat du delaissement de soy-mesme comprend aussi l’abandonnement au bon playsir de Dieu, en toutes ces tentations, ariditez, seicheresses, aversions et respugnances qui arrivent en la vie spirituelle; car, en toutes ces choses, l’on void le bon playsir de Dieu, quand elles n’arrivent pas par nostre deffaut, et qu'il n’y a pas du peché. Enfin, l'abandonnement est la vertu des vertus; c’est la cresme de la charité, l'odeur de l'humilité, le merite, ce semble, de la patience, et le fruict de la perseverance : grande est cette vertu, et seule digne d’estre prattiquée des plus chers enfans de Dieu. Mon Pere, dit nostre doux Sauveur sur la croix, 7e remets mon esprit entre vos mains : il est vray, vouloit-il dire, que tout est consommé, et que j'ay tout accomply ce que vous m'avez commandé; mais pourtant, si telle est vostre volonté que je demeure encore sur celte croix pour souffrir davantage, j en suis content, je remets mon esprit entre vos mains, vous en pouvez

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