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du ciel et comme le sablon de la mer, et cependant il reçoit le commandement de tuer son fils Isaac. Le pauvre Abraham ne perdit son esperance pourtant, ains il espera contre l’esperance mesme, que si bien il obeyssoit au commandement qui luy estoit fait de tuer son fils, Dieu ne lairroit (1) pas pourtant de luy tenir parolle. Grande, certes, fut son esperance : car il ne vovoit en aucune façon rien en quoy il la peust appuyer, sinon sur la parolle que Dieu luy avoit donnée. O que c’est un vray et solide fondement que la parolle de Dieu, car elle est infaillible. Abraham sort donc pour accomplir la volonté de Dieu avec une simplicité nompareille; car il ne fit non plus de consideration ny de resplique que lorsque Dieu luy avoit dit qu'il sortist de sa terre et de sa parenté, et qu'il allast au lieu qu’il luy monstreroit, ‘sans le luy specifier, affin qu'il s'embarquast plus simplement dans la barque de sa divine Providence : marchant donc trois jours et trois nuicts avec son fils Isaac, portant le bois du sacrifice, cette ame innocente demanda à son pere où estoit l’holocauste ; à quoy le bon Abraham respondit : Mon fils, le Seigneur y pourvoyra. O0 mon Dieu! que nous serions heureux, si nous pouvions nous accoustumer à faire cette response à nos cœurs, lorsqu'ils sont en soucy de quelque chose : Nostre-Seigneur y pourvoyra; et qu'apres cela nous n’eussions plus d'anxieté, de trouble ny d’empressement, non plus qu'Isaac; car il se teut apres, croyant que le Seigneur y pourvoyroit, ainsi que son pere luy avoit dit. Grande est certes la confiance que Dieu requiert que nous ayons en son soing paternel et en sa divine providence; mais pourquoy ne l’aurions-nous pas, veu que jamais personne n'y a peu estre trompé? Nul ne se confie en Dieu qui ne retire les fruicts de sa confiance. Je dy cecy entre nous autres; car quant aux gens du monde, bien souvent leur confiance est accompaignée d'apprehension : c’est pourquoy elle n’est de nulle valeur devant Dieu. Considerons, je vous supplie, ce que Nostre-Seigneur et nostre Maistre dit à ses Apostres pour establir en eux cette saincte et amoureuse confiance : Je vous ay envoyez par le monde sans besaces, sans argent et sans nulles provisions, soit pour vous nourrir, soit pour vous vestir; quelque chose vous a-t-elle manqué? etils dirent : Non. — Allez, leur ditil, et ne pensez ny de quoy vous mangerez, ny de quoy vous boirez, ny de quoy vous vous vestirez, ny mesme ce que vous aurez à dire estant devant les grands seigneurs et magistrats des provinces par où vous passerez; car, en chaque occasion, vostre (4) Manquerait.
Pere celeste vous fournira de tout ce qui vous sera necessaire : ne pensez point à ce que vous aurez à dire; car 1l parlera en vous, et vous mettra en la bouche les parolles que vous aurez à dire. Mais je suis si grossiere, dira quelqu’une de nos sœurs, je ne sçay point comment il faut traitter avec les grands, je n’ay point de doctrine : c’est tout un, allez et vous confiez en Dieu, car 1l a dit : Quand bien la femme viendroit à oublier son enfant, si ne vous oublieray-je jamais; car je vous porte gravez sur mon cœur et sur mes mains. Pensez-vous que celuy qui a bien soing de pourvoir de nourriture aux oyseaux du ciel et aux animaux de la terre, qui ne sement ny ne recueillent rien, vienne jamais à s’oublier de pourvoir de tout ce qui sera necessaire à l’homme qui se confiera pleinement en sa providence, puisque l'homme est capable d’estre uni à Dieu nostre souverain bien? Cecy, mes tres-cheres sœurs, m'a semblé estre bon à vous dire sur le subjet de vostre depart; car si bien vous n’estes pas capables de la-dignité apostolique à cause de vostre sexe, vous estes neantmoins capables en quelque façon de l'office apostolique, et vous pouvez rendre plusieurs services à Dieu, procurant en certaine facon l’advancement de sa gloire comme les apostres. Certes, mes cheres filles, cecy vous doit estre un motif de grande consolation, que Dieu se veüulle servir de vous pour une œuvre si excellente que celle à laquelle vous estes appellées, et vous vous en devez tenir grandement honnorées devant la divine Majesté; car, qu'est-ce que Dieu desire de vous, sinon ce qu'il ordonna à ses Apostres, et ce pourquoy il les envoya par le monde, qui estoit ce que Nostre-Seigneur mesme estoit venu faire en ce monde, qui fut pour donner la vie aux hommes? et non-seulement cela, dit-il, mais affin qu'ils vecussent d’une vie plus abondante, qu'ils eussent la vie et une vie meilleure, ce qu'il a fait en leur donnant la grace. Les Apostres furent envoyez de Nostre-Seigneur par toute la terre pour le mesme subjet; car Nostre-Seigneur leur dit : Ainsi que mon Pere n'a envoyé, je vous envoye; allez et donnez la vie aux hommes; mais ne vous contentez pas de cela; faites qu'ils vivent, et d'une vie plus parfaicte; par le moyen de la doctrine que vous leur enseignerez, ils auront la vie en croyant à ma parolle que vous leur exposerez; mais ils auront une vie plus abondante par le bon exemple que vous leur donnerez; et n'ayez nul soucy si vostre travail sera suivy du fruict que vous en pretendrez, car ce n’est pas à vous que l’on demandera le fruict, ains seulement si vous vous serez employez fidellement à bien cultiver ces terres steriles