‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 29 sur 158 · VE · texte numérisé non relu

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liez-vous d’une humilité douce et paysible, et non pas d’une humilité chagrine et troublée; car c’est nostre malheur : nous portons devant Dieu des actes d’humilité depiteux et ennuyeux, et par ce moyen nous ne raccoisons pas nos esprits, et ces actes sont infructueux. Mais si, au contraire, nous faysions ces actes devant la divine Bonté, avec une douce confiance, nous sortirions de là tout rasserenez et tranquilles, et desavoüerions bien facilement apres toutes les raysons, bien souvent et pour l'ordinaire irraysonnables, que nostre jugement et nostre amourpropre nous suggere, et nous irions avec tant de facilité parler à ceux qui nous ont fait la correction ou contradiction, comme auparavant. Vous vous surmontez bien (dites-vous) à leur parler; mais, s'ils ne vous parlent pas ainsi que vous desirez, cela redouble la tentation. Tout cela provient du mesme mal que nous avons dit. Que vous doit-il importer, que l’on vous parle de façon ou de l’autre, pourveu que vous fassiez vostre devoir? Tout bien compté et rabattu, il n'y a personne qui n’ayt de l’adversion à la correction. S. Pachosme, apres avoir vescu quatorze ou quinze ans és desert, en grande perfection, eut une resvelation de Dieu, qu'il gaigneroit une grande quantité d'ames, et que plusieurs viendroient dans les deserts se ranger sous sa conduitte : il avoit desjà quelques religieux avec luy, et le premier qu'il avoit reçeu estoit son frere, nommé Jean, qui estoit son aisné. S. Pachosme donc commença de faire aggrandir son monastere, et faire une grande quantité de cellules : son frere Jean, ou pour ne sçavoir pas son dessein, ou bien pour le zele qu'il avoit à la pauvreté, luy fit un jour une grande correction, luy disant, si c'estoit ainsi qu'il falloit et vouloit imiter Nostre-Seigneur, lequel n'avoit pas où reposer son chef, tandis qu’il estoit en cette vie, faysant faire un si grand couvent, et plusieurs semblables choses. S. Pachosme, tout sainct qu’il estoit, eut tellement du sentiment de cette correction, qu'il se tourna de l’autre costé, affin (si je ne me trompe) que sa contenance ne fist paroistre son ressentiment : or, ils’en alla de ce pas se jetter à genoux devant Dieu, demandant pardon de sa faute et se plaignant de quoy, apres avoir tant demeuré dans le desert, il n’estoit encore mortifié, se disoit-il : il fit une priere si fervente et si humble, qu'il obtint la grace de n’estre jamais plus subjet à l’impatience. S. François mesme, sur le dernier tems de sa vie, apres tant de ravissemens et d'unyons amoureuses avec Dieu, apres avoir fait tant pour sa gloire et s'estre surmonté en tant de sortes, un jour qu'il plantoit des choux dans le jardin, il arriva qu'un frere, voyant qu'i

ne les plantoit pas bien, l’en reprint, et le Sainct fut esmu d'un si puissant mouvement de cholere, de se voir reprins, qu'il prononça à moitié une injure contre ce frere qui l’avoit reprins. Il ouvrit la bouche pour la prononcer; mais il se retint, et prenant du fumier, qu'il enterroit avec les choux : Ah! meschante langue, dit-il, je t'apprendray bien s’il faut ainsi injurier ton frere; et soudain se prosterna à deux genoux, suppliant le frere de luy pardonner. Or, quelle apparence y a-t-il, je vous prie, que nous autres nous estonnions de nous voir prompts à la cholere , et si nous ressentons quand on nous reprend, ou que l’on nous fait quelque contradiction? Il faut donc tirer exemple de ces Saincts, lesquels se surmonterent incontinent, l’un recourant à la priere, et l’autre demandant humblement pardon à son frere; et ne firent rien ny l’un ny l’autre, en faveur de leur ressentiment, mais s’amenderent et en firent profict. Vous me dites que vous acceptez de bon cœur la correction, que vous l’appreuvez, et treuvez juste et raysonnable; mais que cela vous donne une certaine confusion à l’endroict de la Superieure, parce que vous l'avez faschée, ou luy avez donné occasion de se fascher; que cela vous oste la confiance de vous approcher d'elle, nonobstant que vous aymiez l’abjection qui vous revient de la faute. Cela se fait, ma fille, par le commandement de l’amour-propre. Vous ne scavez peut-estre pas qu'il y a en nous-mesmes un certain monastere, dont l’amour-propre est superieur, et pourtant (1) il impose des penitences, et cette peine est la penitence qu'il vous impose, pour la faute que vous avez faite d'avoir fasché la superieure, parce que peut-estre elle ne vous estimera pas tant comme elle eust fait si vous n’eussiez pas failly. C’est assez parlé pour celles qui reçoivent la correction, il faut que je die un mot pour celles qui la font. Donc, outre qu'elles doivent avoir une grande discretion pour bien prendre le tems et la sayson de la faire avec toutes les circonstances deües, elles ne doivent jamais s’estonner, ny offenser, de voir que celles à qui elles la font en ont du ressentiment; car c’est une chose bien dure à une personne de se voir corriger.

Vous demandez, en troisiesme lieu, comment vous pourriez faire pour porter vostre esprit droict en Dieu, sans regarder ny à droicte ny à gauche. Ma chere fille, votre proposition m'est fort aggreable, d'autant qu’elle porte sa response avec elle. Il faut faire ce que vous dites, aller à Dieu sans regarder ny à droicte ny à gauche. Ce n’est pas cela que vous demandez, je le voy

(4) Pour cela.

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