‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 30 sur 158 · SES OI · texte numérisé non relu

SES OI

bien ; mais comment vous pourriez faire pour affermir tellement vostre esprit en Dieu, que rien ne l’en puisse destacher ny retirer. Deux choses sont necessaires pour cela, mourrir, et estre sauvé; car apres cela, il n’y aura jamais de separation, et vostre esprit sera indissolublement attaché et uny à son Dieu. Vous dites que ce n’est pas encore cela que vous demandez; mais que c'est que vous pourriez faire pour empescher que la moindre mousche ne retirast vostre esprit de Dieu, ainsi qu’elle fait : vous voulez dire la moindre distraction. Pardonnez-moy, ma fille; la moindre mousche de distraction ne retire pas vostre esprit de Dieu, ainsi que vous dites, car rien ne nous retire de Dieu que le peché ; et la resolution que nous avons faite le matin de tenir nostre esprit uny à Dieu, et attentif à sa presence, fait que nous y demeurons tousjours, voire mesme quand nous dormons, puisque nous le faysons au nom de Dieu, et selon sa tres-saincte volonté. Ilme semble mesme que sa divine bonté nous dit : Dormez et reposez, et cependant j'auray les yeux sur vous pour vous garder, et deffendre du lyon rugissant, qui va tousjours autour de vous pour penser vous deffaire. Voyez donc si nous n'avons pas rayson de nous coucher modestement, ainsi que nous avons dit : c’est le moyen de bien faire tout ce que nous faysons, que d'estre bien attentifs à la presence de Dieu ; car aucun de nous ne l’offensera, voyant qu’il nous regarde. Les pechez veniels mesmes ne sont pas capables de nous destourner de la voye qui conduict à Dieu : ils nous arrestent, sans doubte, un peu en nostre chemin; mais ils ne nous en destournent pas pourtant, et beaucoup moins les simples distractions : et cecy, je l’ay dit en l'introduction. Pour ce qui est de l’orayson, elle ne nous est pas moins utile ny moins aggreable à Dieu, pour y avoir beaucoup de distractions : ains elle nous sera peut estre plus utile que si nous y avions beaucoup de consolations, parce qu'il y a plus de travail, pourveu neantmoins que nous ayons la fidellité de nous retirer de ces distractions, et n’y laissions point arrester nostre esprit volontairement. C’en est de mesme de la peine que nous avons le long de la journée d’arrester nostre esprit en Dieu, etés choses celestes, pourveu que nous ayons le soing de retirer nostre esprit, pour l’empescher de courir apres ces mousches et papillons, comme fait une mere à l’endroict de son enfant : elle void que ce pauvre petit s’affectionne à courir apres les papillons, pensant de les attrapper; elle le retire et retient incontinent par le bras, luy disant : Mon enfant, tu te morfondras à courir apres ces papillons au soleil; il vaut mieux que tu demeures aupres de

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