‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 32 sur 158 · TOR RE À · texte numérisé non relu

TOR RE À

l'ame. Il se faut contenter de sçavoir qu'on fait bien par celuy qui gouverne, et n’en rechercher ny les sentimens ny la cognoissance particuliere, mais marcher comme aveugle dans cette providence et confiance en Dieu, mesme parmy les desolations, craintes, tenebres, et toute autre sorte de croix qu'il luÿ playra nous donner. Demeurez donc, ma chere fille, parfaictement abandonnée à sa conduitte, sans aucune exception ny reserve quelconque, toute, toute, et laissez faire, jettant sur sa bonté tout le soing du corps et de l'ame, demeurant ainsi toute resignée, remise et reposée en Dieu sous la conduitte des superieurs, sans soing que d'obeyr. Or, le moyen d’acquerir cette souplesse à la volonté d’autruy, est de faire souvent en l’orayson des actes d’indifference, et puis les venir mettre en prattique, lors que l'occasion s’en presentera : car ce n’est pas assez de se despoüiller devant Dieu, d'autant que cela se faysant seulement avec l'imagination; il n’y a pas grande affaire mais quand il le faut faire en effect, et que, venant de nous donner tout à Dieu, nous treuvons une creature qui nous commande, il y a bien de la difference, et c’est là où il faut monstrer son courage. Cette douceur et condescendance à la volonté du prochain est une vertu de grand prix : elle est le symbole de l'orayson d’unyon ; car, comme cette orayson n'est autre chose qu'un renoncement de nous-mesme, en Dieu, quand lame dit avec verité : Je n’ay plus de volonté, sinon la vostre, Seigneur, alors elle est toute unie à Dieu; de mesme, renonçant nostre volonté pour faire tousjours celle du prochain, c’est la vraye unyon avec le prochain, et faut faire tout cela pour l’amour de Dieu. Il arrive souvent qu'une personne petite et foible de corps et d'esprit, qui ne s’exercera qu'en des choses petites, les fera avec tant de charité, qu'elles surpasseront beaucoup le merite des actions grandes et relevées : car, pour l’ordinaire, ces actions relevées se font avec moins de charité, à cause de l'attention et de diverses considerations qui se font autour d'elles; si neantmoins une grande œuvre est faite avec tant de charité que la petite, sans doubte, celuy qui la fait à beaucoup plus de merite et de recompense. Enfin la charité donne le prix et la valeur à toutes nos œuvres, de maniere que tout le bien que nous ferons , il le faut faire pour l'amour de Dieu, et le mal que nous eviterons, il le faut eviter pour l'amour de Dieu. Les actions bonnes que nous ferons, qui ne sont pas particulierement commandées, et qui ne peuvent tirer leur merite de l’obeyssance, il le leur faut donner par la charité, encore que

nous les pouvons toutes faire par obeyssance. Bref, il faut avoir bon courage et ne despendre que de Dieu : car le caractere des filles de la Visitation est de regarder en toutes choses la volonté de Dieu, et la suivre.

Vous m'avez autresfois demandé si l’on pouvoit faire des prieres particulieres, et je respons que quant à ces petites prieres qu'il vous vient quelquesfois devotion de faire, il n’y a point de mal, pourveu que l’on ne s’y attache pas, en sorte que, ne les disant pas, il vous en vienne du scrupule, ou que vous fassiez dessein de dire tous les jours, ou un an durant, ou certain tems, quelque orayson à vostre phantaysie; car cela, il ne le faut pas. Que si quelquesfois, pendant le silence, il nous vient devotion de dire un Ave maris stella, ou un Vent creator Spiritus, ou quelque autre chose, il n’y a point de difficulté que nous ne le puissions dire, et qu'il ne soit bon; mais il faut bien prendre garde que cecy se fasse sans prejudice d’un plus grand bien : par exemple, si vous aviez devotion, vous treuvant devant le Sainct-Sacrement, de dire trois fois le Pater à l'honneur de la saincte Trinité, et que l'on vous vinst appeller pour faire quelque autre chose, il faudroit se lever promptement, et aller faire cette action à l’honneur de la saincte Trinité, au lieu de dire vos trois Pater. Il ne faut donc se prescrire de faire certain nombre de genuflexions , d’oraysons jaculatoires, et semblables prattiques par jour; ou durant quelque tems, sans le dire à la Superieure, bien qu'il faille estre fort fidelle en la prattique des eslevations et aspirations en Dieu. Or, si vous pensez que ce soit le Sainct- Esprit qui vous inspire de faire ces petites prattiques, il vous sçaura bon gré que vous en demandiez congé, voire mesme que vous ne les fassiez pas si on ne vous le permet, d'autant que rien ne luy est tant aggreable que l’obeyssance religieuse. Vous ne pouvez non plus promettre à personne de dire un nombre de prieres pour eux. Si l’on vous prie de le faire, il faut respondre que vous demanderez congé de le faire; mais si l’on se recommande seulement à vos prieres ; vous pouvez respondre que vous le ferez volontiers, et en mesme tems eslevez vostre esprit en Dieu pour cette personne là. Tout de mesme en est-il de la tressaincte Communion : car vous ne pouvez point communier pour personne sans congé : cela ne s'entend pas qu’estant prestes de recevoir Nostre-Seigneur, s’il vous vient en memoire la necessité de quelqu'un de vos proches, ou bien les necessitez communes du peuple, vous ne puissiez les recommander à Dieu, en le suppliant d'en avoir compassion. Mais si vous voulez commu-

nier particulierement pour quelque chose, il faut demander congé, si ce n’est pour vos propres necessitez, comme pour obtenir force contre quelque tentation, ou bien pour demander quelque vertü à Nostre-Seigneur. Qu'il soit beny.

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