‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 40 sur 158 · C3 22 NN MEMOIRE · texte numérisé non relu

C3 22 NN MEMOIRE

les monasieres lesquels, en execution du Concile, on veut remettre en closture, auront fort que dire et de quoy se plaindre; tant y a que les protestans et les libertins auront de quoy censeurer les clostures de nos monasteres, puisque par le moyen des Congregations nous savons bien nous en passer, et preuver qu'elles n’estoient point en la primitive Eglise; tant y a que ces sorties seront occasion de grandes distractions aux sœurs qui sortent, et de tentations à celles qui demeurent à la mayson; et par succession de tems, Von ne peut que l’on n’en apprehende des desordres. Si donc les occasions des veufves devotes et necessairement attachées au monde sont fort rares, et si-leurs sorties sont fort dangereuses, il semble plus expedient de les exhorter qu’elles demeurent à servir Dieu dans le monde, combattant vertueusement par sa grace, qui suffit à toutes nos necessitez et tribulations et infirmitez de leur vie, que non pas, en les retirant dans des Congregations, donner occasion à toules les incommoditez susdites.

Et par consequent, puisque les Congregations ne sont necessaires que pour ces veufves, estant suffisamment pourveu à l’autre fin des Congregations par le moyen de la Regle de S. Augustin et des Constitutions douces et gracieuses, comme il a esté dit au commencement, il semble que l’on peut conclure qu'il est plus expedient d’eriger des monasteres et religions formelles ésquelles les sœurs serviront Dieu en un estat de plus grande perfection, et participeront à mille benedictions et indulgences que les Souverains Pontifes ont concedées aux dittes Religions; ou autrement les sœurs ne peuvent seulement estre asseurées d’avoir le consentement de Sa Sainteté : car, recherchée plusieurs fois d’authoriser icelles Congregations, jamais elle l’a voulu faire; oultre qu'il y a grande difference entre sa tolerance et sa benediction et ses indulgences. Il y a de plus qu'elle tolere bien souvent ce qu’elle ne peut empescher, oultre que pour se servir de sa tolerance, il la faut avoir en un cas du tout semblable au nostre, et ne faut pas mettre en une seule Congregation ce que l’on treuve toleré en diverses; car Sa Saineteté souffrant les choses singulieres, l’on ne peut pas inferer qu'elle les veuille souffrir toutes ensemble.

Il y a de plus de la part des religieux ou casuistes qui, entendant parler de cette Congregation, en louent grandement les exercices, et admirent la pieté de l’instituteur et sa charitable prevoyance, defferant infiniment à sa. suffisance et à la lumiere que le ciel luy donne; neantmoins, quand il est question d’accorder ces vœux et ces sorties, et ces autres inconveniens susalleguez, chacun subsiste; et si l’on les proposoit sans alleguer lautheur, beaucoup diroient qu’en ceste sayson et en ce pays cela est fort dangereux; et ne croit-on pas qu'il se puisse treuver autre exemple d'aucune Congregation religieuse en laquelle il entre des femmes encore chargées d'affaires, qui, en habit de religieuse, en sortent de fois à autre pour pourvoir aux dittes affaires.

Si, nonobstant toutes ces considerations, il est jugé expedient de demeurer en terme de simple Congregation, on remarque que l'invocation de la Visitation ayant esté prinse sur le dessein que les sœurs serviroïent les malades, et ce dessein ne se devant plus effectuer, il sembleroit à propos de

changer cette invocation et prendre celle de la Presentation de Nostre- Dame, à laquelle l’oblation des sœurs peut avoir plus de rapport.

L'on remarque aussi que les parolles de l’oblation contiennent vœux de chasteté, pauvreté et obeyssance. L’on doubte si tels vœux publics et avec solemnité ecclesiastique se peuvent faire avec l’authorité des Ordinaires, sans authorité et approbation apostolique; et croit-on qu’il n’y a point d'exemple de cela en l'Eglise. Ains cela semble directement contraire à la disposition des Conciles de Latran et de Trente, qui portent deffense d'introduire aucune sorte de religion nouvelle sans l’approbation du Sainct-Siege; et ne semble pas assez asseuré de recourir à la distinction des vœux solemnels et simples, et des Congregations et Religions : car, oultre que ce seroit eluder l'intention desdits Conciles, qui a esté d'empescher les nouveautez et diversitez en l'Eglise, et ces Congregations sont les vrays moyens de les introduire, estant certain que jamais deux evesques ne seront du mesme advis, il est apparent que cette prohibition s’estend aux Congregations que voudroïient introduire les evesques, puisqu'elle requiert l’approbation apostolique. Et il ne faut pas dire qu’en cela le Sainct-Siege fasse prejudice aux ordinaires; car nous sommes tous d'accord qu'il leur laisse ce qui leur appartient, et qu'ils peuvent eriger des Congregations et Confreries seculieres tant qu'ils voudront. Mais nous disons qu’ils ne peuvent pas, sous le nom de Congregation ou College, eriger des assemblées qui ayent toutes les marques et l'essence encore des Religions, en sorte qu’il n'y ayt à dire que le nom. Les trois vœux, la communauté, l'Eglise, le sacrement, le chœur, chanter tous les jours les divins offices; et que peut-on avoir plus que cela en la Religion ?

L'on dit : La Religion a de plus, qu’elle est appreuvée du Pape, et qu'on

y fait des vœux solemnels et plus indissolubles. Je respons qu’à la verité voilà deux marques principales de la Religion qui ne conviendront jamais aux Congregations; mais je dy que quand les Conciles ont deffendu d’eriger, des Religions nouvelles, ils sçavoient fort bien qu’il n’y a que le Pape qui les puisse eriger avec ces conditions-là, puisqu'elles ne peuvent estre, sinon ensuitte de l'approbation du Pape; mais l'intention des Conciles a esté d'empescher les nouveautez et diversitez en l'Eglise.

Quoy qu’il en soit, cette oblation avec les vœux est jugée perilleuse, et il faudroit avant s'informer si elle se prattique en quelque lieu sous la simple authorité des ordinaires , pour ne pas commencer cela sans quelque grand exemple. Bien est vray qu’il seroit à propos de laisser cette oblation avec ces trois vœux, si l’on le peut faire canoniquement; car cela consoleroit fort, et les sœurs qui entreront en la Congregation, et leurs parens, attendu que chacun n’entend pas ces distinctions des vœux simples et solemnels, et pourtant sembleroit aux uns et aux autres que ce soit vrayement religieux, qui ne seroit qu'un bon et pieux equivoque. Mais si cela ne se peut faire canoniquement, il faudra se restreindre au vœu de chasteté et au ferme propos et establissement du reste, et possible seroit-il à propos de le concevoir ainsi :

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